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En réimprimant le roman le plus connu de madame de Charrière, on n’a ici d’autre dessein que de rendre hommage à un talent vrai, à un rare esprit, sur lequel la critique a reporté quelquefois son attention en ces derniers temps. On s’est attaché à réunir dans ce volume tout ce qui peut, d’ailleurs, compléter et éclairer le portrait de l’auteur ; on a reproduit avec additions les principaux articles qui lui ont été consacrés : la notice de M. Sainte-Beuve ; le récit, qui a été fort remarqué, de la liaison de madame de Charrière avec Benjamin Constant, récit puisé dans les documents originaux et les pièces émanées de M. E.-H. Gaullieur, de Lausanne ; quelques lettres de madame de Staël à madame de Charrière, puisées à la même source, et dues à la même obligeance, etc., etc. En offrant au public ce choix et cet esprit de madame de Charrière, on a surtout songé (pourquoi n’en conviendrait-on pas !) aux gens de goût et aux natures délicates ; car, même dans cette grande mêlée à laquelle nous assistons, rien ne pourra jamais nous décider à croire qu’il n’en existe plus.
Est-ce de la critique que nous faisons en esquissant ces portraits ? Il y a des personnes qui le croient, et qui veulent bien nous plaindre de nous y absorber ou dissiper. D’autres qui sont pour la critique au contraire, et qui nous la conseilleraient fort, en contestent le titre à ces essais et doutent de la rigueur du genre. Nous-même, avouons-le, nous en doutons. Pour nous, en effet, faut-il le trahir ? ce cadre où la critique, au sens exact du mot, n’intervient souvent que comme fort secondaire, n’est dans ce cas-là qu’une forme particulière et accommodée aux alentours, pour produire nos propres sentiments sur le monde et sur la vie, pour exhaler avec détour une certaine poésie cachée. C’est un moyen quelquefois, au sein d’une Revue grave, de continuer peut-être l’élégie interrompue. Si nous réussissions à souhait et selon tout notre idéal, un bon nombre de ces articles médiocrement sévères et de ces portraits ne seraient guère autre chose qu’une manière de coup d’œil sur des coins de jardins d’Alcibiade, retrouvés, retracés par-ci par-là, du dehors, et qui ne devraient pas entrer dans la carte de l’Attique. Cette carte, c’est, par exemple, l’histoire générale de la littérature, telle que la professait ces années précédentes, et que l’écrira bientôt, nous l’espérons, notre ami Ampère, ou quelqu’un de pareil. En choisissant avec prédilection des noms peu connus ou déjà oubliés, et hors de la grande route battue, nous obéissons donc à ce goût de cœur et de fantaisie qui fait produire à d’autres, plus heureux d’imagination, tant de nouvelles et de romans. Seulement nos personnages, à nous, n’ont rien de créé, même quand ils semblent le plus imprévus. Ils sont vrais, ils ont existé ; ils nous coûtent moins à inventer, mais non pas moins peut-être à retrouver, à étudier et à décrire. Il résulte de ce soin même et de ce premier mystère de notre étude avec eux, que nous les aimons, et qu’il s’en répand un reflet de nous à eux, une teinte qui donne à l’ensemble de leur figure une certaine émotion : c’est souvent l’intérêt unique de ces petites nouvelles à un seul personnage. En voici un encore vers lequel le hasard nous a conduit, et auquel une connaissance suivie nous a attaché.
Horace aime à poser sa Vénus près des lacs d’Albane, en marbre blanc, sous des lambris de citronnier : sub trabe citreâ. Volontiers, certains petits livres, nés de Vénus et chers à la grâce, se cachent ainsi parfumés dans leurs tablettes de bois de palissandre. Pour qui, il y a vingt ans, a jeté parfois un œil curieux, dans une attente chérie, et a promené une main distraite sur quelqu’un de ces volumes préférés, rien de plus connu que Caliste ou Lettres écrites de Lausanne ; rien ne l’est moins que l’auteur. C’est de lui que j’ai à parler.
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The end
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