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Odelettes (Banville)

Théodore de Banville · 1889 · Free in the US

17,537 words · about 1 h 14 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Free in the US: this text is in the public domain in the United States; it may still be in copyright elsewhere.

Licence: PD-US · Published in 1889 (before 1931): public domain in the United States. Text and transcription from fr Wikisource by Wikisource contributors (transcription licensed CC BY-SA 4.0; contributors: https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Odelettes_(Banville)&action=history). · Wikisource contributors

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About this book

Author
Théodore de Banville
Language
French
Published
1889
Length
17,537 words · about 1 h 14 min
Sections
31 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (31)
  1. Front matter about 39 min
  2. Dédicace about 1 min
  3. Préface about 2 min
  4. Loisir about 1 min
  5. À Arsène Houssaye about 1 min
  6. À Sainte-Beuve about 1 min
  7. À Charles Asselineau about 1 min
  8. À Henry Murger about 1 min
  9. À Edmond et Jules de Goncourt about 1 min
  10. À Alphonse Karr about 1 min
  11. À Zélie about 1 min
  12. À Léon Gatayes about 1 min
  13. À Méry about 1 min
  14. À Gavarni about 1 min
  15. À Adolphe Gaïffe under 1 min
  16. « Il est dans l’île lointaine » under 1 min
  17. À Raoul Lebarbier about 1 min
  18. « Aimons-nous et dormons » under 1 min
  19. À Philoxène Boyer about 1 min
  20. À un riche about 1 min
  21. Chant séculaire about 1 min
  22. À Roger de Beauvoir about 1 min
  23. La Vendangeuse about 1 min
  24. À Théophile Gautier under 1 min
  25. À Théodore de Banville about 1 min
  26. À Odette about 2 min
  27. À Eugène Grangé about 1 min
  28. À Jules de Prémaray about 1 min
  29. Théophile Gautier about 6 min
  30. À Alfred Dehodencq about 1 min
  31. Les Muses au tombeau about 2 min

Continue:

Front matter

La sereine Mélancolie Vient éclore au fond de mon cœur, Et j’entends l’âme de ma mie Tressaillir dans le bois rêveur.

Nuit d’étoiles, Sous tes voiles, Sous ta brise et tes parfums, Triste lyre Qui soupire, Je rêve aux amours défunts.

Dans les ombres de la feuillée, Quand tout bas je soupire seul, Tu reviens, pauvre âme éveillée, Toute blanche dans ton linceul.

Dédicace

avez retrouvé la France des rimeurs d’odelettes, et c’est vous qui nous avez appris à lire dans Ronsard. Quand vous avez pratiqué votre critique, vous avez fondu les plus rares suavités du sentiment personnel dans une forme travaillée de main d’ouvrier, et qui touche d’un côté à Callimaque, de l’autre côté à Belleau. C’est à cause de cela que je vous dédie ces quelques pages. Votre œuvre entière, n’est-ce pas l’odelette du dix-neuvième siècle ? Volupté, ce roman de toutes les âmes, ce n’est au fond que l’odelette d’un cœur à trois cœurs. Les Consolations, cette Vie Nouvelle d’à présent, c’est l’odelette d’un seul Dante à vingt Virgiles plus ou moins authentiques. Port-Royal, c’est l’odelette d’un quasi-sceptique à une hérésie ! Les Critiques et Portraits, les Portraits de femmes, les Causeries du lundi, c’est la série des odelettes du critique-poëte à cet ami Protée qui s’appelle le monde !

Si l’on m’accusait pour avoir repris quelques mètres passés de mode, pour avoir tâché d’innover là où vous et vos pairs semblez avoir épuisé les audaces légitimes, ne trouverais-je pas en vous, cher maître, un défenseur naturel ? Les Pensées de Joseph Delorme m’ont enseigné mes théories, les Notes et Sonnets qui sont à la suite des Pensées d’août m’ont donné le type de mes formules.

Vous l’avez dit excellemment, soyons les derniers de notre ordre, les derniers des délicats. C’est justice que je vous rapporte ces grappes folles de ma vendange, à vous qui m’avez signalé Chanaan.

Préface

—

titre de ce petit volume n’a pas été choisi au hasard. Il représente plus nettement qu’aucun autre tout un ordre de compositions poétiques. L’Odelette, c’est une phrase d’ode-épitre, une manière de propos familier relevé et discipliné par les cadences lyriques d’un rhythme précis et bref. C’est, si vous voulez, une goutte d’essence de rose scellée sous une étroite agate dans le chaton d’une bague, cadeau d’anniversaire, rappel quotidien d’une joie fugitive. C’est encore, si vous l’aimez mieux, un de ces thèmes de valse ou de mazurka favorite que le pianiste note en souvenir d’une affection ou d’un amour, et qu’il appelle du nom qui lui dicta cette sincère inspiration du moment.

L’Odelette est née en Grèce, aux premiers temps, pendant les heures perdues de la muse. Anacréon la dépêchait vers Bathylle sous l’aile de son pigeon messager. Elle a picoré, abeille mélodieuse, de Syracuse à Alexandrie, du verger de Moschos au jardin de Méléagre, et son aile a palpité sur la quenouille que Théocrite envoyait à Nicias. Horace n’offrait ni airain de Corinthe ni coupes d’or aux patriciens, ses patrons et ses hôtes, mais il leur dédiait des odelettes. Ainsi firent à leur tour, dans le cycle des croyants de l’Islam, tant de fumeurs de hachich, tant de buveurs d’opium, dont le Mètre solennisa les emportements et les extases. Lauréats de la foire d’Occadh ou courtisans des sultans de la Perse, exécutants de ghazels ou de pantoums, Hafiz ou Rabiah ben al-Kouden, Ferideddin Attar ou Chemidher-el-Islami, tous ces torrents de la poésie orientale ont disséminé dans le palais des souverains ou dans les harems des Fathmas et des Aïchas les limpides ruisseaux de l’Odelette. Ne sont-ce pas des odelettes encore que se renvoient de la tente à la tente, à travers les échos fraternels du désert, et les tolbas mélancoliques, et les chambis improvisateurs ? Sur les bords de la Loire, vers ce château qui se souvient d’Agnès Sorel, dans ces salles où Henri de Guise, dans sa suprême nuit, et attendant les assassins, fredonnait aux pieds de sa maîtresse l’odelette que Desportes avait rimée à ses frais : Rosette, pour un peu d’absence, Abd-el-Kader, prisonnier, a récité plus d’une odelette aux Agnès Sorel d’aujourd’hui !

Laissons l’hypothèse, l’histoire est assez longue. En France, Charles d’Orléans a préludé sur la lyre aux cordes d’argent. Au XVI siècle, tous les virtuoses de la pléiade, Belleau, Baïf, Desportes, et Ronsard plus qu’eux tous, dépensèrent le meilleur de leur art à accomplir l’œuvre légère. Plus tard, l’Odelette ne fut guère en faveur : elle ne s’accommodait pas plus à la gravité froide de Boileau qu’au sans-gêne incorrect de Voltaire. Serai-je assez heureux pour avoir ressaisi l’écho de quelques-unes de ces chansons dont chacune a eu sa minute d’harmonie et de gloire ! Je ne l’espère pas. L’entreprise avait trop de difficultés. Une odelette ne dure pas plus longtemps que la roulade d’un rossignol, mais, pour le jeu de ces trilles et de ces arpèges vite envolés, il faudrait une voix d’un timbre toujours pur.

Ce livre sera éclairé du moins auprès du public par le reflet des renommées fraternelles auxquelles je le consacre. Ainsi les chevaliers d’autrefois, à la veille de leurs lointains voyages, lâchaient à travers leurs parcs et leurs forêts quelque biche privée dont le collier portait le nom d’une dame enlacé avec le nom du suzerain. S’ils n’échappaient pas aux dangers de la route, la pieuse inscription leur survivait et attestait qu’ils avaient entretenu dans leur cœur ces deux grandes vertus de l’homme : la tendresse et le respect.

Loisir

—

Nous avons vu ce mois d’Avril Engourdi par un froid subtil : Le printemps était en péril.

Enfin, tout se métamorphose ! Mai, comme un jeune sein, arrose De pourpre le bouton de rose.

Le vieil Hiver est aux abois. Lauriers, c’est à vous que je bois : Si, nous irons encore au bois !

Les pommiers sont couverts de neige. Avec tout son riant cortège, Le nouveau soleil nous assiège.

Enfants blonds comme les épis, Ébattez-vous, Amours, tapis Sur mes divans et mes tapis !

Voici les jours où tout me presse De chercher ta molle caresse, Poétique et sage Paresse !

L’utile est enfin négligé. Depuis ce beau temps enragé, Chacun prend un petit congé.

Chacun, dans le mois de la sève, À son dur labeur donne trêve, Pour dorloter un peu son rêve.

L’homme grave songe aux houris : On le voit quêter les souris De mesdemoiselles Souris.

On a du répit, même au bagne. Le feuilletoniste en campagne Va revoir la Grèce ou l’Espagne.

Ploutos dédaigne son trésor, Et, pour six semaines encor, Défend qu’on lui montre de l’or.

Nous, par les mêmes théories, Nous fuyons les imprimeries, Le mélodrame et les féeries.

Le soir on ne boit plus de thé, Et notre journal endetté Entame les romans d’été.

Les théâtres n’ont plus de queues ; Scapin court pendant quatre lieues Après les petites fleurs bleues.

L’artiste, affolé de rayons, S’en va regarder les Troyons Que le bon Dieu fait sans crayons.

Rose sort à pied, sans berline, Sans fard, sans diamants. Céline Met sa robe de mousseline.

Le savant au cœur plein de foi Bouquine avec un tendre émoi Pour trouver un Estienne. Et moi,

Cependant que les violettes Ouvrent leurs fraîches cassolettes, Je rimerai des Odelettes.

À Arsène Houssaye

Grâce aux Dalilas, Nos rimeurs sont las De gloire, Et, comme un hochet, Ont jeté l’archet D’ivoire !

Au rhythme ailé d’or Il fallait encor Un maître Fou de volupté, Alors j’ai dompté Le Mètre !

J’ai repris mon luth, Et, suivant le but Féerique, Je m’en vais cherchant Le secret du chant Lyrique.

Œil épanoui, Je peins ébloui Ou triste, Le ciel radieux, Et, mélodieux Artiste,

Près du fleuve grec Murmurant avec Les cygnes Fiers de leur candeur, Je dis la splendeur Des lignes.

Mon vin triomphant, Sais-tu quelle enfant Le verse ? Viens, et tu verras, Poëte, quel bras Me berce !

Ô chasseur altier, Qui fuis le sentier Profane, Songeur qu’autrefois Rencontrait au bois Diane !

Comme toi, qui vins Si jeune aux divins Rivages, Ami, j’ai toujours Voulu des amours Sauvages.

Ah ! quand Mai sourit Aux près où fleurit La menthe, Trouveurs de loisir, Sachons y choisir L’amante !

Nymphe au regard bleu, Si sa lèvre en feu Caresse Nos fronts sans témoins, Qu’elle soit au moins Déesse !

Toi, pâle et rêvant, Au bois que le vent Assiège, Tu suis à dessein La guerrière au sein De neige !

Moi, parmi nos jeux, Mon plus orageux Délire Toujours s’en revient Vers celle qui tient La lyre !

Sans doute elle a pris La foule en mépris, Et porte Un peu trop souvent Sa crinière au vent. Qu’importe !

J’aime sa pâleur, Et sa bouche en fleur Est saine ! Son sang et sa chair Les voilà, mon cher Arsène.

Ô sens embrasés ! Maîtresse aux baisers Savante ! Tendre et chère voix, Ici tu la vois Vivante.

Dos flexible et nu ! Sourire ingénu Qui m’aime ! L’or de ses cheveux M’enivre, et je veux, De même,

Dans mon sang qui bout Gardant jusqu’au bout Ma fièvre Tout comme à présent, Mourir en baisant Sa lèvre !

À Sainte-Beuve

À la porte d’un beau château Bâti pendant la Renaissance, Une dame au riche manteau, Les cheveux baignés d’une essence Divine, rit au vert coteau.

Elle a l’œil superbe et moqueur ; Ses sourcils noirs aux courbes jointes Enivrent comme une liqueur, Et des rayons baisent les pointes Folâtres de sa bouche en cœur.

Elle montre l’un de ses seins Nu. Plus souple qu’une liane, Cette Nymphe, heureuse aux larcins, A pris les armes de Diane Qui lui servent pour ses desseins.

Son arc est d’un bois lisse et dur, Et ses flèches bien aiguisées, Cachant leurs pointes d’acier pur Sous la dorure déguisées, Sonnent dans le carquois d’azur.

Quand sa tresse inonde son cou, (Bien que cette amante farouche Vous plante là pour un bijou,) Pour les morsures de sa bouche On se résigne à mourir fou.

Cette chasseresse d’Amours Dont il faut, même au prix d’un crime, Idolâtrer les fiers atours Et les belles mains, c’est la Rime, Délice et tourment de nos jours.

Quel bonheur, d’orner ses appas De joyaux ! Au bois qu’avril dore, Quel bonheur de baiser ses pas ! Quand on l’a connue, on l’adore Pour jamais, et jusqu’au trépas.

Oh ! pour moi, rien n’éclipsera Sa lèvre indignée et rieuse ! Sa voix seule me bercera Et mon sang tout entier sera Bu par cette victorieuse.

Car, s’il faut la fuir, quel tourment ! Loin de son regard comme on jeûne ! Ce que vaut ce clair diamant Tu le sais bien, toi qui, tout jeune, As été son plus cher amant !

À Charles Asselineau

Vainement tu lui fais affront, Votre brouille m’amuse, Car je reconnais sur ton front Le baiser de la Muse.

Tout est fini, si tu le veux ; Mais que le vent les bouge, Vite on le voit sous tes cheveux, La place est encor rouge.

Tu fuis le bois des lauriers verts Et la troupe des cygnes, Et, pour mieux laisser l’art des vers À des chanteurs plus dignes,

Tu ne t’égares plus jamais Sous la lune blafarde. La modestie est bonne, mais Cette fois prends-y garde !

Par ces scrupules obligeants, Trop souvent on condamne La fée amoureuse à des gens Coiffés de têtes d’âne.

Firdusi ne vit plus à Thus ! Toutes les nuits un ange Vient baiser les fleurs de lotus Aux bords sacrés du Gange ;

L’hyacinthe frissonne encor Dans les clairières lisses ; Toujours, faisant du soleil d’or Les plus chères délices,

La rose à sa douce senteur Enivre Polymnie, Mais je connais plus d’un auteur Qui n’a pas de génie !

Viens ! ne laisse pas galamment Notre gentille escrime Aux sots, privés également De raison et de rime.

Au moins, reprends notre lien Pour une année entière ! Et d’ailleurs, ami, tu peux bien Chez le vieux Furetière

Errer comme en un Sahara ; Acheter et revendre Des bouquins ; Érato saura Toujours où te reprendre !

Au mois où s’ouvrent les boutons, Tous ceux qui l’ont aimée Reviennent comme des moutons Sur sa trace charmée.

Or, justement, pris à l’attrait De mes rimes prolixes, J’entends errer dans la forêt Les elfes et les nixes ;

Et, dans le parc où nous songeons, La sève, dont la force Croît, gonfle déjà les bourgeons Prêts à rompre l’écorce.

À Henry Murger

Comme l’autre Ophélie, Dont la douce folie S’endort en murmurant Dans le torrent,

Pâle, déchevelée Et dans l’onde étoilée Éparpillant encor Ses tresses d’or,

Et comme Juliette, Qui craignait l’alouette Éveillée au matin Parmi le thym,

Elle est morte aussi jeune Au bel âge où l’on jeûne, Ta pensive Mimi Au front blêmi,

Et, dans la matinée De la vingtième année, Elle a fermé ses yeux Insoucieux.

Parmi les pâles ombres Qui, joyeuses ou sombres, À l’entour de ton front Voltigeront,

Dis, il en est plus d’une Dont la tendre infortune Souvent nous consola : Mais celle-là,

C’est notre bien-aimée ! Sa trace parfumée Reste encor dans les champs Avec nos chants !

Lorsque, dans la nuit brune, Un frais rayon de lune Argente les berceaux Et les ruisseaux,

Ta naïve Giselle Effleure de son aile Des lys et des rosiers Extasiés,

Et, diaphane et blanche, Le soir vers nous se penche, En posant ses deux mains Sur les jasmins.

Sa plainte triste et pure Dans le ruisseau murmure, Et s’envole en rêvant Avec le vent.

Que le printemps renaisse, Âme de ta jeunesse, Elle tressaille aux sons De tes chansons,

Et parfois se soulève, Pour les entendre en rêve Dans la brise passer Et s’effacer.

Rendors-toi, dors heureuse, Pauvre fille amoureuse : Notre amour te défend Comme un enfant !

Croise tes mains d’ivoire : Car, du moins, ta mémoire Qui sait nous attendrir, Ne peut mourir !

Que le zéphyr en fête Te berce ! le poëte, Qui jadis te pleura, Se souviendra !

Dans l’herbe toujours verte Où, de roses couverte, Penche sous le tombeau Ton front si beau,

La fleur de la prairie Brille, toujours fleurie, Et peut se marier À son laurier !

À Edmond et Jules de Goncourt

Comme sur un beau lac où le feuillage tremble, Deux cygnes dans l’azur au loin voguent ensemble ;

Comme deux fiers chevaux, buvant au flot des airs, Courent échevelés dans le feu des déserts ;

Comme en un bas-relief plus blanc que les étoiles, S’avancent le front haut deux vierges aux longs voiles ;

Comme deux vers jumeaux volent d’un même essor, Attachés par la Rime avec des liens d’or ;

De même, avec amour, frères, vos deux pensées Marchent d’un pas égal, l’une à l’autre enlacées.

Ô poëtes heureux ! comme dans votre esprit, Le même ardent rayon sur vos lèvres fleurit,

Et, par un double effort, vos âmes fraternelles Vers le même Idéal ensemble ouvrent leurs ailes !

À Alphonse Karr

Que de fois sous les tilleuls, Tous deux seuls Avec ma maîtresse blonde, Ton livre m’a fait songer, Étranger À tout le reste du monde !

Je m’alanguissais, à voir Son œil noir, Et, me répétant : Je t’aime ! Sans songer au lendemain, Dans sa main Elle tenait le poëme.

Oh ! les charmants écoliers ! Vous mêliez Votre voix et votre haleine Et vos soupirs amoureux, Couple heureux, Ô Stéphen, ô Magdeleine !

Tel, au mois couleur du jour Où l’amour À la terre se marie, Au fond des vertes forêts Je pleurais Sur les genoux de Marie !

Telle Eunice emporte Hylas ! Puis, hélas ! Tout s’enfuit de la mémoire, L’oubli vient, puis le remord, Puis la mort, C’est bien l’éternelle histoire.

Il en est une autre aussi, Dieu merci ! Douce à mon âme inquiète : Roméo tombe au printemps, À vingt ans, Auprès de sa Juliette !

Il sort par un beau matin Du festin, Plein de jeunesse et de sève, Et meurt les yeux embrasés De baisers : Mais, celle-là, c’est le rêve !

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