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Livre de raison de la famille Fontainemarie

Philippe Tamizey de Larroque · 1889 · Free in the US

43,053 words · about 3 h 1 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Philippe Tamizey de Larroque
Language
French
Published
1889
Length
43,053 words · about 3 h 1 min
Sections
8 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (8)
  1. Avertissement about 2 min
  2. 01 about 58 min
  3. 02 about 20 min
  4. 03 about 3 min
  5. 04 about 23 min
  6. A1 about 10 min
  7. A2 about 58 min
  8. A3 about 7 min

Continue:

Avertissement

M. Charles de Ribbe a tout dit sur les livres de raison en général, et M. Georges Tholin a tout dit sur les livres de raisons de l’Agenais en particulier. Ne voulant pas revenir sur un sujet épuisé par les deux savants écrivains, je renverrai mes lecteurs aux nombreux ouvrages de l’un, au petit volume de l’autre, et je me contenterai de présenter en quelques mots aux amis des intimes récits du bon vieux temps, les rédacteurs successifs du journal que je viens mettre en lumière.

1. Le premier de ces rédacteurs est Jacques de Fontainemarie, natif de la ville de Marmande : qui devint en 1660 conseiller à la Cour des aides et finances de Guyenne, et qui mourut doyen de cette compagnie, le 18 septembre 1708. Ce magistrat fut le grand homme de la famille. Son récit embrasse la période comprise entre les années 1640 et 1708.

2. Le second rédacteur est le fils ainé de Jacques de Fontainemarie il portait le prénom de François. Né à Bordeaux en 1663, il mourut à Marmande en 1741, après avoir, comme son père, longtemps siégé à la Cour des aides de Guyenne. Son journal s’étend de l’année 1663 à l’année 1730.

3. Ce journal fut continué, de 1741 à 1750, par la veuve de François de Fontainemarie, Marie-Marguerite Boutin.

4. Le quatrième et dernier rédacteur est Jean Baptiste de Fontainemarie, fils de François, né à Marmande en 1723, mort dans cette ville en 1780. Comme son père, comme son grand-père, il appartint en qualité de conseiller, à la Cour des aides de Guyenne. Son journal remonte jusqu’en 1720 et descend jusqu’en 1774.

Ces récits qui, dans leur ensemble, forment l’histoire d’une famille pendant plus de cent trente ans, présentent diverses sortes d’intérêt. Fidèle miroir des mœurs du passé, le livre de raison des Fontainemarie nous révèle, ou du moins nous rappelle, des côtés bien curieux de la vie de nos pères. La sincérité des chroniqueurs, qui semblent se transmettre de main en main la même simple et naïve plume, nous permet de lire jusqu’au fond de leurs âmes, et ceux qui sont jaloux d’interroger le document humain, trouveront dans les mémoires de cette série d’honnêtes gens un attachant sujet d’étude.

Considéré au point de vue de l’histoire régionale, le recueil fournit divers renseignements qui ne sont pas à dédaigner, soit en ce qui regarde cette Cour des aides de Guyenne où, pendant plus d’un siècle, la famille de Fontainemarie fut si brillamment représentée, soit en ce qui regarde un assez grand nombre de villes de l’Agenais et du Bordelais, notamment Agen, Blanquefort, Cocumont, Fauillet, Gontaud, Izon, La Réole, Libourne, Marmande, Tonneins, Tournon, Vayres, Villeneuve-sur-Lot. Mais c’est l’histoire de Bordeaux qui tient le plus de place dans notre livre de raison, lequel pourrait passer pour un supplément à la Chronique Bourdeloise. Je citerai particulièrement les détails relatifs à l’entrée du maréchal d’Albret dans la capitale de la Guyenne (31 mai 1671), à l’émeute qui ensanglanta les rues de cette ville (27 mars 1675). etc.

J’aime à l’espérer, le journal des Fontainemarie sera plus qu’une lecture intéressante : il sera une lecture salutaire. En un temps où trop de publications égarent les esprits et les cœurs, puisse ce modeste recueil, où resplendissent les beaux sentiments et les nobles exemples, être fortifiant, bienfaisant pour tous ceux qui daigneront le parcourir ! Un proverbe indien glorifie l’homme qui a fait pousser un seul brin d’herbe. N’est-ce pas encourageant pour celui qui, s’occupant d’une culture mille fois plus précieuse, aurait fait éclore une seule vertu !

01

Je suis nay (sic) à Marmande le 28 janvier 1610 et baptisé le 5 février suivant dans l’église paroissialle de ladite ville, et confirmé dans celle de Tivras.

J’eus une sy grande maladie le mois d’aoust 1652 qu’on me croioit mort. Les novices des Carmes de Bordeaux communièrent à mon intention avec leur père (Melaine de St-Jean-Baptiste) qui l’escrivit le 19 septembre de ladite année au père prieur des Carmes de Marmande. Enfin Dieu me donna la santé. Mon père et ma mère furent alors à l’extrémité de vie.

Quelque temps après ; à cause de la peste et de la guerre, nous fûmes à Beaupui chez le sieur Sacriste avec les sieurs Viliepreux et Groullie en famille. Les ennemis firent un parti composé de treize

personnes pour y prendre des prisonniers. Les uns furent à Castecu où estoit ma mère avec ledit sieur Villepreux, son frère ; ils firent cotation chez ledit sieur Sacriste qu’ils prirent prisonnier et en eurent 2, 000 livres de rançon, du sieur Grouilie 240 livres et du sieur Plombart 100 livres qu’ils prirent aussy prisonniers. Ils ne dirent rien à mon père attendeu qu’ils creurent qu’il estoit le curé de la paroisse, comme ils ont dit depuis. Cette aventure arriva le 5 juillet 1653 auquel jour en action de graces, il est bon de faire dire une messe comme mon père. A cella près nous feumes à Foncande, proche La Réolle, où nous demurasmes sept mois chez le sieur Laborie, beau-frère de mon père.

Le 22 décembre 1657, j’ay souteneu des thèses de mois en philosophie soubs M. Pierre, principal dudict collège (de Guyenne).Le may 1658 j’en ay souteneu dédiée a la Vierge, ex logica, ex phisico auditu, et ex libris de Cœlo et mundo.

Le 25 aoust 1658 j’ay souteneu un acte particulier en philosophie au collège des Loys dédié à M. le présidant à cause de l’incendie arrivée au collège de Guyenne.

Le mars 1659 j’eus de lettres de mestre ez arts.

Je feus receu advocat le 15 décembre 1659 ayant commancé d’estudier en droit à l’ouverture du collège.

Le 15 may 1660, les articles de mariage d’entre demoiselle Jeanne de St-Angel et moy furent signés à Bordeaux. Mon père et ma mère n’ayant que moy me constituent 50, 000 livres ; M. et de St-Angel 20, 000 livres à leur fille ainée.

Le 5 octobre 1660 mon père m’achepta un office de conseiller en la cour des aydes et finances de Guyenne pour 28, 000 livres.

Le 21 février 1661, jour de lundi à 4 heures du matin, nous avons épousé dans l’église paroissiale de St-Cristoly de Bordeaux. J’ay donné à ma femme treize louis d’or pour erres et quelques petites nippes avec un Rond d’Or, luy ayant reconneu 2, 000 livres pour des bagues et joiaux par nostre contrat de mariage du 8 février 1661 receu par Rougier, notaire royal dudit Bordeaux. Sortant de l’église nous sommes allés chez ledit sieur de St-Angel où nous avons demuré huit jours. De là nous sommes allés dans un appartement d’une maison de la dame Dunoier que j’avois loué pour trois ans le 6 janvier 1661 à raison de 400 livres par an et 30 livres par dessus.

Le 13 mars 1661 mon père a acquité une lettre de change de 500 livres et de ses deniers pour ma dispanse d’aage ; il a donné 100 livres à celuy qui en poursuivit l’obtention.

Le 21 mars 1661 les semestres assemblés pour me donner loy M. le président Maniban à prié la Cour de luy accorder un délai pour rapporter les provisions qu’il poursuivoit pour son fils auprès de Sa Majesté d’un office de conseiller en la Cour dont il disoit avoir traité il y a eu trois mois et cependant [il a été sursis] à ma réception ; il feut receu le premier aoust 1661 et moy le 5.

Le 15 février 1662, mon père a donné quittance receue par ledit Rougier audit sieur et demoiselle de St-Angel de 2, 000 livres qui a esté employée au paiement da partie de nostre ameublement, le surplus de icelluy ayant esté payé de l’argent de mon père, qui m’avoit envoyé par Jean Chalard, munier (sic) de Castecu, cinquante pistoles pour me mettre en estat d’epouser ; il m’a achepté une robe de palais de drap d’Hollande, une sotane et manteau long de moire.

Mon père est mort à Marmande le 20 janvier 1663 à 7 heures d’un samedi matin, jour de saint Fabien et saint Sebastien. Le lendemain, son corps a esté porté aux Carmes ou ma mère a fait dire tous les jours une messe expresse pour raison de quoi elle leur a donné 100 livres. L’invantaire de ses meubles a esté fait le 4 février 1663 par Boutet dit Boutilhon, notaire de Viraseil.

Le 15 novembre 1661, à deux heures après minuit, ma femme a accouché d’un garson qui a esté donné à Baptesme à mon père et à de Saint-Angel ; il est mort le 2 de novembre et a esté enseveli à St-Projet à Bordeaux.

Le 9 octobre 1662, à une heure après minuit, ma femme a accouché d’une fille baptisée à St-André, à Bordeaux le 9 novembre suivant, mon père parrain, St-Angel, marraine ; son nom est Jeanne.

Le 4 décembre 1663, à 4 heures après minuit, ma femme a accouché d’un garson baptisé le juillet 1667, ayant eu l’eau auparavant, ledit sieur de St-Angel parrain, et ma nièce, marraine ; il s’appelle François.

La 25 juillet 1664, ma femme estant grosse de deux mois, s’est blessée.

Le 28 may 1665, ma femme a accouché d’un garson baptisé par M. Mallet et St-Angel, sa tante, le 4 juin de ladite année ; son nom est Estienne.

(En regard de cet article on trouve à la marge la note que voici ajoutée près d’un demi-siècle plus tard : « il est mort cappitaine d’infanterie dans le régimant de Foix du côté de Strasbourg en septembre 1702) »·

Le 4 septembre 1666, ma femme a accouché d’un garson à une heure après minuit ; il a esté baptisé le juillet 1667, par le sieur St-Angel l’ainé et la demoiselle de Faure à la place de la demoiselle de Villepreux, ma tante ; son nom est Jean.

Le 10 aoust 1667, ma femme a accouché d’un garson baptisé par deux pobres. Son nom est Jacques ; il est mort à Marmande le 28 septembre 1674. Il a esté enterré dans la sépulture de mon père aux Carmes.

Le 6 août 1669, jour de mardi, ma femme s’est blessée estant grosse de cinq semaines.

Le 12 juin 1670, ma femme a accouché d’un garson baptisé par François Fontainemarie, son frère, et St.Angel la jeune, sa tante ; il est mort le 31 juillet suivant et enterré à St-Seurin, faubourg de Bordeaux, où il estoit en nourrice. Son nom estoit Joseph.

Le 3 juillet 1671, ma femme a accouché d’un garson baptisé le lendemain par nostre dit fils François et ladite demoiselle de St-Angel. Son nom estoit aussi Joseph ; il est mort le 14 février 1693 ; il a esté enterré le lendemain à Bordeaux, dans la deuxiesme chapelle de l’aisle gauche en entrant à St-André.

Le février 1673, ma femme a accouché, à Bordeaux, comme les autres fois et blessée de mesme, d’une seconde fille, baptisée le 3 dudit mois, ledit sieur Villepreux, parrain et dame Marguerite de Larrocque, marraine, femme dudit sieur Mallet ; son nom est Marguerite. Elle est décédée le 13 mars 1674, et enterrée à Fargues.

Le 7 avril 1674, ma femme a accouché d’une fille baptisée le lendemain par Estienne Fontainemarie et Catherine Roustaut, demoiselle. Son nom est Catherine.

Le 16 mars 1676, ma femme a accouche à Marmande, d’un garson baptisé le lendemain, dans l’église paroissialle de ladite ville ; mon oncle Fontainemarie a esté son parrain et Jeanne Fontainemarie sa sœur, sa marraine, il s’appelle Jean.

Le 15 avril 1677, ma femme s’est blessée à Marmande, estant enceinte de six semaines.

Le premier jour de mars 1678, ma femme s’est blessée, croit-on, de deux enfants, grosse de sept semaines y en ayant cinq qu’elle estoit malade d’une fièvre continue avec des redoubtemans des douleurs par tout le corps avec un mal de teste et de gosier effroiable. Je la trouvé dans cet estat à Marmande, venant de Bordeaux. J’ay fait prier Dieu pour elle à Nostre-Dame de Verdelais où j’ay envoyé le sieur Plombart et a Marmande, n’ayant rien espargné pour cella. J’ay eu plusieurs médecins, dont l’un nommé Proust, très habile, estoit à la suite de la chambre de l’Edit où il avoit un procès important, ladite chambre estant alors à Marmande de mesme que le Parlement, Dieu luy a donné la santé.

Le 22 octobre 1678, estant à la Duronne. ma femme s’est blessée estant grosse de six semaines. Ma femme n’a plus porté d’enfants depuis ce terme.

Le premier avril 1664 j’ay loué au sieur Saint Martin, chanoine, une partie de sa maison presbiteralle située à la place Saint-André à Bordeaux pour 350 livres par an, et le 19 décembre 1667 je lui ay loué toute l’autre maison à 550 livres par an, d’où j’en ay souloué une partie pour 150 livres par an au sieur Polland, secrétaire du roy en la chancellerie près la Cour des Aydes, les contrats ayant esté receus par ledit Rougier.

Quelques particuliers de Marmande ne pouvant dissimuler la peine qu’ils ont de me voir conseiller en cour souveraine ont obligé les sieurs Roquette et Silvine, premier et second consul de me fascher dans une procession, prétextant qu’un laqué (sic) parisien que j’avois vouloit marcher devant eux tenant un bâton haut la main, la conduite desquels Rocquette et Silvine a esté désapprouvée par les sieurs Mimaut et Bourgoignon, et consuls, et comme lesdits Rocquette et Silvine ont mandié un acte de jurade, les principaux taillables ont nommé scindic le sieur Groullie pour s’y opposer, dont ayant fait un procès verbal il a esté decretté d’adjournement personnel par le lieutenant criminel de Libourne devant lequel ils ont randeu leur audition, et comme il m’a esté permis d’informer du conteneu en mon procès verbal l’information a esté faitte. Cependant l’instance ayant esté portée au grand conseil, Monsieur le Marquis de Saint-Luc, chevalier des ordres du roi et lieutenant général pour sa Majesté en Guyenne m’ayant fait demander ma parolle par M. de Mallet a la prière desdits Rocquette et Silvine, je la luy ay donnée par l’advis de Messieurs de nostre compagnie.

A Bordeaux le 9 d’avril 1664, les conseuls, ayant examiné les différans survenus entre M. Fontainemarie, conseiller à la Cour des Aydes et les sieurs Rocquette et Silvine, pour lors conseuls de vostre ville, sur ce qui se passa à la procession de la pentecoste, dont il y a eu instance au grand Conseil, j’ay trouvé à propos de finir cet affaire pour empescher les suites de vos divisions et établir le repos de vostre communauté. Pour cet effet, la présente reçue, un de vous sera député pour aller avec lesdits sieurs Rocquette et Silvine dans la maison dudit sieur Fontainemarie l’assurer que la communauté ny les particuliers n’ont eu aucun dessain de luy contester aucun rang, qu’ils luy rendront ce qui est deub à un conseiller de à la Cour des Aydes, qu’ils honorent et respectent sa personne et son caractère, qu’ils le supplient très humblement d’oublier tout le ressentiment qu’il pourroit avoir eu contre lesdits sieurs Rocquette et Silvine, qu’ils n’ont jamais eu pensée de luy déplaire. et que s’il a creu en avoir eu occasion, ils luy en demandent excuse, comme aussy ladite communauté et lesdits Rocquette et Silvine le remercieront tres humblement de ce qu’il luy a pleu quitter à ma considération les dépens qu’il prétandoit de ladite instance. Et affin que les choses se fassent de part et d’autre sans y rien oublier, et que ledit sieur Fontainemarie en ayt une entière connoissance, vous fairès enregistrer la presante et luy en fairès donner une copie expédiée par nostre greffier, moienant quoy toutes choses demeureront assoupies de part et d’autre, à quoy m’assurant que chaquun se conformera, je demeureray, les conseuls, vostre plus affectionné à vous servir.

A Mess. Mess. les Conseuls de Marmande.

Cette copie a esté extraite sur le livre de jurade de la ville de Marmande par sieur Jean Despeironne, consul à Marmande le 15 d’avril 1564. J’ay ladite copie avec mes provisions.

Cet accommodement a esté exécuté. Ledit sieur Despeironne, consul, ayant esté député, il me mena chez moy dans ma maison à Marmande, accompagné de Lambert, greffier de la communauté, desdits sieurs Rocquette et Silvine, qui me firent la satisfaction portée par ladite lettre de Monsieur le marquis de Saint-Luc, qui fut leue deux fois par ledit sieur Despeironne, député, en présance de plusieurs de mes amis, particulièrement des dits sieurs Mimaut et Bourguignon, alors consuls et collègues desdits sieurs Rocquette et Silvine que j’avois prié de se trouver chez moy, d’où sortant les dits sieurs Despeyronne, député, Lambert, greffier, avec les dits sieurs Rocquette et Silvine, je ne les accompaigné que jusqu’à la porte du salon.

Les conseuls de Marmande ont esté condamnés en 300 livres à la requeste de M. le Procureur général par arrest de let Cour des Aydes pour une levée de dix sols sur chaque pièce d’eau de-vie qui entroit dans ladite ville ou qui se portoit sur le port d’icelle. Il faut voir mon livre de collections d’arrests.

Le 12 juin 1668 la Cour, moy y estant, en presance dudit sieur marquis de St-luc et du sieur Pellot, intendant a enregistré l’Edit portant suppression de la crue et du semestre créés par autre Edit du mois de juillet 1659. Il en a couté 30.000 livres à M. Suduiraut, premier président, 8.000 livres à chaquun des autres présidents, et 9.000 livres à chaquun des conseillers. J’ay payé cette somme. Toutes ces pièces sont ensemble avec mes provisions.

Le 28 juillet 1669 nostre compaignie a assisté aux Jésuites à Bordeaux à un acte particulier de philosophie qui luy a esté dédié par sieur Pierre de la Ville, fils du feu sieur la Ville, secrétaire du Roy en la chancellerie près la Cour des Aydes.

Le 2 aoust 1669 M. de St-Angel, père de ma femme, est mort ; il a esté le lendemain ensevely à St-Cristoli. Il a fait son testament le 3 novembre 1668 receu par ledit Rougier. Sa femme a la jouissance ; son aîné est héritier ; il y a substitution jusqu’aux filles.

Par transaction du 3 octobre 1669 receue par d’Artigolle. notaire de Marmande, le sieur Brezetz, cappilaine, dont mon père avoit esté curateur, et moy demurons reespectivement quittes pour raison de cette curatelle circonstances et dépandances.

Le 19 novembre 1669 le sieur Roux ayant dédié un acte particulier de mathematique audit sieur Suduiraut, premier présidant, nous y avons assisté aux Jésuites.

Le 30 novembre 1669 le Roy a interdit d’Hostein et Métivier, présidans, et Lamezan, conseiller, et a exilé ledit sieur d’Hostein à Auxerre, ledit sieur Métivier à Alanson, et ledit sieur Lamezan à Saint-Malo. Ledit sieur Métivier a esté rappellé 6 sepmaines après, et lesdits sieurs d’Hostein et Lamezan le décembre 1670.

La communauté de Marmande ayant un procès à la Cour des Aydes au rapport de M. Lavigerie, doyen, les sieurs Coudroy, bourgeois, et Fizelier, scindic, députés de la communauté, me sont veneus saluer de sa part, et le 30 les sieurs d’Auber, Labarchède, Laperrière et Faget, conseuls de 1670 m’ont envoié une lettre de tous eux à la réserve dudit sieur Laperrière pour ne scavoir escrire ; cette lettre m’a esté randue par ledit sieur Fizelier, scindic, par laquelle ils me prient respectueusement de randre justice à leur communauté.

Le 25 mai 1670, moy estant à Marmande, lesdits sieurs Labarchède et Faget, conseuls, me sont veneus saluer dans ma maison de la part de leur communauté, et me remercier de la disposition que j’avois à leur randre justice dans le susdit procès.

Le dernier jour du mois de may 1671 M. le Mareschal d’Albret, chevalier des ordres du Roy, gouverneur et lieutenant général pour sa Majesté en Guyenne, a fait son entrée à Bordeaux par la porte du Caillau. Le jour précédant il s’en alla incognito chez le sieur Lombard aux Chartrons d’où on l’alla chercher dans un bateau ou maison navalle, ayant esté receu au bruit du canon de la ville, du Chasteau Trompette et des vaisseaux qui estoient au port, et de descharges de trente-six compagnies de la bourgeoisie que le sieur Villepreux, major de Bordeaux avoient mis sous les armes. M. le gouverneur ayant abordé à une tribune aux harangues, les maire et jurats furent les premiers qui l’aranguèrent (sic), luy ayant présanté dans un bassin d’argent une clef de la ville et les leur rendit après les avoir prinses ; à suite ayant monté au haut de ladite tribune il s’assit dans un fauteuil ayant soubs ses pieds un carreau de velours. Dans cet estat les juges et conseuls de la Bourse luy ont fait leur compliment ; après eux, les officiers de l’eslection, à suite l’université, après le sénéchal, le présidial, après les présidans et thrésoriers de France. Ces harangues finies, les députés de la Cour des Aydes ayant pareu, duquel nombre j’estois, M. le Mareschal desandits (sic) de la dite tribune et fit la moitié du chemin et nous l’autre moitié suivant les ordres du roi couchés sur nostre registre, et dans cet endroit, c’est-à-dire au milieu du chemin, à prandre depuis la tribune aux harangues la porte du Caillau. M. le président Metiver portant la parolle se distingua à son ordinaire et luy fit sa harangue [ici cinq lignes raturées avec tant de soin, qu’il est impossible d’en déchiffrer un seul mot] Nous nous sommes randeus au palais tenant les deux costés de la rue du chay de farines dont nous estions les maistres n’y ayant ni cavalerie ny infanterie mesme les deux rues qui y aboutissent venant de celle des Argentiers, lesquelles deux petites rues estoient fermées d’une barrière chaqune.

Le premier du mois de may de ladite année, moy estant à Marmande, les sieur Brezetz, cappitaine, Campaignol, le sieur Fizelier, et autre Fizelier, greffler, le sieur Perret, procureur du roy, portant la parole, estant accompaignés de maistre Jean Sacriste, scindic de la Communauté, des sieurs Villepreux, Basin, prestre, Marucheau puisné, Roquette, deux Fagets, frères, Despeirone, Mimaut La Sansonnette, Fauché, d’Artigolle, et Coudroy, secrétaire de la ville, m’ont porté un may à son nom ; je l’ay agréablement receu, tout s’est bien passé de part et d’autre et rien n’a esté oblië (sic).

Le 9 avril 1670, jour de mercredy de Pasques, sieur François de St-Angel feut, le soir, assassiné dans la rue St-Pol, et mourut à 7 heures du soir. Le nommé Laborie qui le tua a esté condamné par défaut à estre pandeu par le lieutenant criminel de Libourne. Cette mort a acquis à ma femme une portion de légitime sur laquelle de St’Angel, sa mère, m’a donné 451 livres.

Le 24 décembre 1670, demoiselle Hélaine de Lavergne est décédée à Marmande ; elle a esté enterrée aux Cordeliers dans la sépulture de feu sieur Dumoran, son mari.

J’ay achepté le domaine de la Duronne uniquemant pour contanter ma mère scitué dans la paroisse de Birac, élection d’Agen, proche Marmande, pour dix mille livres des sieurs Lavergne et Villepreux, héritiers de ladite demoiselle de Lavergne, par contrat du 21 juillet et 30 septembre 1670, reteneu par Deymier, notaire royal de Mauvesin demeurant à Castelnau sur Gupie.

Mgr l’Evêque d’Agen estant à Paris, ses vicaires généraux me donnèrent un titre de plassemant de banc dans l’église paroissialle de Marmande le dernier décembre 1675 en verteu duquel titre ledit banc a esté plassé le 28 janvier 1676, moy y estant en presance de M. Lagauzeire, curé, par le nommé Raboi, maistre menuisier, auquel pour sa façon ma mère a donné 30 livres, luy ayant conté 60 livres des deniers de sa mère, outre les 30 livres suivant ce que ledit sieur curé m’avoit dit, dont ledit Raboi m’a donne quittance le 23 décembre 1675, attendeu que lorsqu’on veut plasser un banc dans une église on luy doibt faire un honneste presant : lors duquel plassemant de banc le sieur Perret ayant seu qu’un masson coupoit la crête du pilier contre lequel mon banc est appuyé, suivant l’avis de maistre Lesperance, fort habille architecte qui a accommodé ladite église, et du consantement dudit Sieur curé qui m’avoit fait connoistre qu’il seroit bon de faire le banc de la manière qu’il est, entra seul dans ladite église et demanda audit masson par quel ordre il travailloit, et luy ayant répondeu que c’estoit moy qui l’avoit employé, il repondit que l’église en seroit incommodée et que du moins il en falloit parler aux conseuls. A cella près, il se retira. Comme je sortois de la sacristie avec le sieur Levisson, vicaire, le masson nous dit la chose, ce qui m’obligea d’en donner connoissance audit sieur curé qui escrivoit dans une chapelle, qui n’approuva pas la conduite dudit sieur Perret, non plus que maistre Lesperance et ledit Raboi. Les conseuls trouvèrent qu’il avoit tort, aussi bien que les sieurs Daligues, Villepreux, Groulie père et fils, Despeirone, premier marguillier, qui se vindrent tous offrir à moy, si bien que nous ne sortimes pas de l’église que tout ne feut fait de la belle manière.

J’ay achepté la maison que j’ay fait bastir joignant celle que mon père et ma mère m’ont laissé pour 1, 150 livres à cause de la translation du parlemant à Marmande, et que la Cour des Aydes estant à Libourne, ma femme et moy demeurasmes d’accord, a l’imitation de plusieurs autres, que la famille resteroit à Marmande, ne pouvant nous passer de bastir, nostre famille estant nombreuse et coustant beaucoup moins à Marmande qu’à Bordeaux et à Libourne où j’iray servir Dieu aydant menant avec moy un laqué seulement. Cette maison qui est en franc aleu a esté achetée par deux contrats : le premier, du 29 janvier 1676, (au sieur Lamouroux), le second, du 30 dudit mois (à Anne Coudroy).

Le juillet 1671, dans une assamblée de cent et trante qui se fit à Bordeaux dans l’hostel de ville pour raison du franc aleu, M. d’Essenaut et moy y avons assisté en qualité de députés de nostre Compaignie, où estant arrivé quelque contestation à nostre éguard, M. de Mallet, jurat, la fit cesser à ma considération, et nous estant le lendemain rencontrés, nous proposasmes de nous mesme un accommodement entre nostre Compaignie et les maire et jurats, ce qui a sy bien reussi que par délibération de l’hostel de ville du février 1672, remise au greffe de la Cour des Aydes le 14 mars suivant, homologuée au conseil le douziesme juillet 1672 par les soins de M. Minvielle qui se trouva alors à Paris, il a esté resoleu que lesdits maire et jurats randront à nostre Compaignie les honneurs et les devoirs qui luy sont deubs. Il est constant que ledit sieur de Mallet a bien vouleu obliger à ma considération nostre Compaignie, estant oncle de ma famme, car jamais lesdits maire et jurats n’avoient vouleu faire les démarches que la Cour avoit prétandeu avec justice, de manière que nous en avons l’obligation entière audit sieur de Mallet entre plusieurs autres, comme de ce qui se passa de favorable et d’advantageux pour nostre Compaignie lorsque M. le Mareschal d’Albret fit son entrée de Gouverneur de Guyenne dans la ville de Bordeaux. En exécution duquel règlement dans une autre assemblée des cent et trante ledit sieur de Minvielle et moy ayant esté députez, il n’y eut rien d’obmis à nostre éguard. J’eus l’honneur de porter la parolle, d’ouvrir les advis. Les commissaires du Parlement n’opinent pas dans ces occasions ; ils écoutent seulement, et c’est le premier honneur. Par cette raison, les commissaires du parlement qui sont prins ordinairemant de la grande chambre sont nommés commissaires, et les députés de la Cour des Aydes députés, pour marquer la differance des uns aux autres. Ayant le landemain randeu compte à la Cour de nostre députation, ma relation a esté couchée sur le Registre.

Le 27 mars 1675, à trois heures après midi, il y eut une sédition à Bordeaux, reitérée le jour de St-Roc suivant, où je me suis trouvé. Quelques gens du cartier de St-Michel se soulevèrent, y sonnèrent le baffroi, tuèrent un nommé Rouleau, marchant, passèrent avec un tambour sur le fossé de l’hostel de ville, au Marché, à St-Projet, se rendirent dans la maison du sieur Vivey, thrésorier de France, où ils mirent le feu. M. le compte (sic) de Montegut, lieutenant du Roy en Guyenne et gouverneur du chasteau Trompette où ledit sieur Vivey s’estoit sauvé, en sortit avec quelques compaignies, print des prisonniers et mit en fuite le reste de ces mutins. Le landemain le mal fut plus grand ; tout le quartier de St-Michel se mit soubs les armes ; un nommé Jambe de bois à la teste ; à Ste-Eulalie on fit de mesme, laissant entrer les paisans dans la ville, le baffroy sonnant à St-Michel et à Ste-Eulalie ; le parlemant, les chambres assemblées, envoia des commissaires par les rues et à l’hostel de ville pour calmer cet orage ; M. le mareschal d’Albret, gouverneur de la province, agit de son costé. Les commissaires du parlement furent fort maltraités surtout M. d’Andraut, conseiller en la grand’chambre, et M, Dalon, advocat général. M. Tarneau, conseiller aux Enquestes, feut tué devant sa maison qui est sur le fossé de l’hostel de ville pour n’avoir vouleu crier vive le Roy sans gabelle. Sa Majesté a conservé son office à sa famille qui estoit vacante aux parties casuelles et a donné 3, 000 livres de pension annuelle à la dame sa femme qui ayant coureu pour sauver son mary récent des coups de ces séditieux qui demandèrent au parlement un arrest par force et violance, à quoy j’estime que ne s’applique pas mal le passage de Valère Maxime : non patrem conscriptorum volontate, sed letterima necessitate truculenta manu illi senatusconsulto stilum suum impressit. Sa Majesté envoia huit jours après des lettres d’amnistie par l’entremise de Mareschal d’Albret. Nous avions alors assemblée au palais d’où la Cour envoia procureur général d’Arche vers Mareschal d’Albret l’assurer, que nostre compaignie estoit preste à faire tout ce qui dépandroit d’elle pour le service du Roy, de quoy il feut très satisfait et approuva fort nostre conduite.

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