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Lettres et pensées du maréchal prince de Ligne

Charles-Joseph de Ligne · 1809 · Free in the US

206,655 words · about 14 h 28 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Free in the US: this text is in the public domain in the United States; it may still be in copyright elsewhere.

Licence: PD-US · Published in 1809 (before 1931): public domain in the United States. Text and transcription from fr Wikisource by Wikisource contributors (transcription licensed CC BY-SA 4.0; contributors: https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Lettres_et_pensées_du_maréchal_prince_de_Ligne&action=history). · Wikisource contributors

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About this book

Author
Charles-Joseph de Ligne
Language
French
Published
1809
Length
206,655 words · about 14 h 28 min
Sections
60 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (60)
  1. Front matter about 4 h 49 min
  2. Texte entier about 4 h 49 min
  3. Préface about 6 min
  4. Au Roi de Pologne 1785 about 17 min
  5. Au Roi de Pologne 1786 about 17 min
  6. 01 about 4 min
  7. 02 about 3 min
  8. 03 about 6 min
  9. 04 about 7 min
  10. 05 about 14 min
  11. 06 about 4 min
  12. 07 about 2 min
  13. 08 about 5 min
  14. 09 about 3 min
  15. Kaunitz novembre 1788 about 4 min
  16. mai 1788 about 3 min
  17. De Lacy octobre 1789 about 5 min
  18. Empereur Joseph novembre 1789 about 2 min
  19. De Lacy décembre 1789 about 3 min
  20. Kaunitz décembre 1789 about 3 min
  21. décembre 1787 about 3 min
  22. avril 1788 about 3 min
  23. mai 1788 about 3 min
  24. mai 1788 2 about 1 min
  25. 18 juin about 1 min
  26. juin 1788 about 3 min
  27. juillet 1788 about 2 min
  28. aout 1788 about 3 min
  29. aout 1788 2 about 3 min
  30. octobre 1788 about 1 min
  31. 31 octobre 1788 about 2 min
  32. 01 décembre 1787 about 3 min
  33. 02 8 mai 1788 about 3 min
  34. 03 1 juin 1788 about 1 min
  35. 04 2 juillet 1788 about 3 min
  36. 05 1 aout 1788 about 8 min
  37. 06 1 septembre 1788 about 8 min
  38. 07 1 octobre 1788 about 3 min
  39. 08 1 décembre 1788 about 8 min
  40. 09 1 juillet 1789 about 4 min
  41. 10 18 octobre 1789 about 4 min
  42. 11 about 3 min
  43. 21 février 1790 about 9 min
  44. En 1790 about 1 min
  45. 14 juillet 1790 about 5 min
  46. Lettre about 6 min
  47. En 1790 2 about 4 min
  48. 17 mars 1792 about 3 min
  49. En 1793 about 2 min
  50. En 1793 2 about 2 min
  51. En 1794 about 2 min
  52. septembre 1794 about 3 min
  53. Czarkozelo about 5 min
  54. Pensées diverses about 30 min
  55. Portrait de M. de B about 3 min
  56. Portrait de M. de S about 3 min
  57. Portrait de Mad. de B about 5 min
  58. Dialogue about 10 min
  59. Jean-Jacques about 6 min
  60. Voltaire about 9 min

Continue:

Front matter

On regrettera toujours de n’avoir pas joui de l’entretien des hommes célèbres par leur esprit de conversation, car ce qu’on cite d’eux n’en donne qu’une imparfaite idée. Les phrases, les bons mots, tout ce qui peut se retenir et se répéter, ne sauroit peindre cette grâce de tous les momens, cette justesse dans l’expression, cette élégance dans les manières qui font le charme de la société. Le Maréchal Prince de Ligne a été reconnu par tous les François pour l’un des plus aimables hommes de France ; et rarement ils accordoient ce suffrage à ceux qui n’étoient pas nés parmi eux. Peut-être même le Prince de Ligne est-il le seul étranger qui, dans le genre françois, soit devenu modèle, au lieu d’être imitateur. Il a fait imprimer beaucoup de morceaux utiles et profonds sur l’histoire et l’art militaire. Il a publié les vers et la prose que les circonstances de sa vie lui ont inspirés : il y a toujours de l’esprit et de l’originalité dans tout ce qui vient de lui ; mais son style est souvent du style parlé, si l’on peut s’exprimer ainsi. Il faut se représenter l’expression de sa belle physionomie, la gaîté caractéristique de ses contes, la simplicité avec laquelle il s’abandonne à la plaisanterie, pour aimer jusqu’aux négligences de sa manière d’écrire. Mais ceux qui ne sont pas sous le charme de sa présence analysent comme un auteur celui qu’il faut écouter en le lisant ; car les défauts mêmes de son style sont une grâce dans sa conversation. Ce qui n’est pas toujours bien clair grammaticalement le devient par l’à propos de la conversation, la finesse du regard, l’inflexion de la voix, tout ce qui donne enfin à l’art de parler mille fois plus de ressources et de charmes qu’à celui d’écrire.

Il est donc difficile de faire connoître par la lettre morte cet homme dont les plus grands génies et les plus illustres souverains ont recherché l’entretien, comme leur plus noble délassement. Cependant, pour y parvenir autant qu’il étoit possible, j’ai choisi sa correspondance et ses pensées détachées. Il n’est aucun genre d’écrit qui puisse suppléer davantage à la connoissance personnelle. Un livre est toujours fait d’après un système quelconque qui place l’auteur à quelque distance du lecteur. On peut bien deviner le caractère de l’écrivain, mais son talent même doit mettre un genre de fiction entre lui et nous. Les lettres et les pensées sur divers sujets que je publie aujourd’hui peignent à la fois la rêverie et la familiarité de l’esprit ; c’est à soi et à ses amis que l’on parle ainsi : il n’y a point, comme dans Larochefoucault, une opinion toujours la même, et toujours suivie. Les hommes, les choses et les événemens ont passé devant le Prince de Ligne. Il les a jugés sans projet et sans but, sans vouloir leur imposer le despotisme d’un système ; ils étoient ainsi, ou du moins ils lui paroissoient ainsi ce jour-là. Et s’il y a de l’accord et de l’ensemble dans ses idées, c’est celui que le naturel et la vérité mettent à tout.

Un dialogue entre un esprit fort et un capucin intéresse par l’art aimable avec lequel le Prince de Ligne fait retourner la plaisanterie contre l’incrédulité, et prête sa propre grâce au pauvre capucin, qui soutient la bonne cause. On remarque dans le récit des conversations du Prince de Ligne avec Voltaire et Rousseau le profond respect qu’il témoignoit pour la supériorité de l’esprit : il faut en avoir autant que lui pour n’être ni Prince, ni grand Seigneur avec les hommes de génie. Il savoit qu’admirer étoit plus noble que protéger ; il étoit flatté de la visite de Rousseau, et ne craignoit point de lui montrer ce sentiment. C’est un des grands avantages d’un haut rang et d’un sang illustre, que le calme qu’ils donnent sur tout ce qui tient à la vanité ; car, pour bien juger et la société, et la nature, il faut peut-être devoir de la reconnoissance à l’une et à l’autre.

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