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le marbre bien taillé, ou les couleurs du pinceau employé d’vne docte main, nous ont fait congnoiſtre, non la ſeule beauté du corps, mais encores les mœurs & complexions de ceux qu’ils ont repreſentez : i’ay penſé que la parolle, vraye image de l’ame, & la voix fuyante arreſtee par la plume ſur le papier, dõnoit vn certain indice, non ſeullement de la richeſſe de l’eſprit & de ſes ſens acquis ou naturel, mais de l’integrité naïfue de ceux qui parlent ou eſcriuent. Pour ceſte cauſe, i’ay voulu en ce petit tableau où ie me ſuis depeinte, arreſter ma parolle, pour vous aſſeurer de l’amitié entiere que i’ay touſiours portee à vous (Meſdames) ſi aucunes de vous daignez lire mes humbles vers. Et ſi, m’eſtant plus charitables, vous m’aduiſez, que le ſilence ornement de la femme peut couurir les fautes de la langue & de l’entendement : ie reſpondray qu’il peut bien empeſcher la hon- te, mais non pas accroiſtre l’honneur, auſſi que le parler nous ſepare des animaux ſans raiſon : au fort i’eſpere de voz courtoiſies, que ſi vous ne me iugez digne d’eſtime, vous ne penſerez pas que ie merite grande reprehenſion, pource que ſi c’eſt peu de mes eſcrits pour la valeur, auſſi n’eſt-ce point beaucoup pour la longueur. Ainſi vous me trouuerez aucunement excuſable, mais il vaut mieux que je trouue la fin de mon Epiſtre aſſez pres du commencement, de crainte que vous ennuiant pour ſa longueur, elle contrediſe à moymeſme, & à voſtre deſir, de ſorte qu’il me falluſt chercher excuſe, à mon excuſe, à Dieu mes Dames.
anciens amateurs de ſçauoir, Diſoiẽt qu’à Dieu faut rẽdre le deuoir, Puis au pays, & le tiers au lignage, Les induiſant à force de courage, Soit quelques fois pour ſouffrir paſſiõ, Soit pour dompter la forte affection. Au ſeigneur Dieu ie porte reuerence, Pour mon pays, ie n’ay point de puiſſance, Les hommes ont toute l’autorité, Contre raiſon & contre l’équité : Mais enuers toy fille qui m’es ſi proche Ce me feroit vn grand blaſme & reproche De te conduire au ſentier plus battu, Veu que ton cueur est né à la vertu, Il ne ſuffit pourtant d’eſtre bien nees, Le ſens acquis nous rend morigences, Et le flambeau dans noſtre ame allumé Sans le ſcauoir eſt bientoſt conſommé. La lettre ſert d’vne ſaincte racine, Pour le regime, & pour la Medecine : La lettre peut changer le vitieux, La lettre accroiſt le cueur du vertueux, La lettre eſt l’art qui prenant la matiere Luy peut donner ſa forme plus entiere.
Ce brief diſcours ſur vn tel argument Soit bien receu de ton entendement, Ma fille unique, & de moy cher tenue, Non pour autant que tu en es venue Et que dans toy ie me voy vn pourtraict Du poil, du teint, de la taille, & du traict, Façon, maintien, parolle, contenance, Et l’aage ſeul en faict la difference : Ny pour nous voir tant ſemblables de corps, Ny des eſprits les gracieux accords, Ny ceſte douce aymable ſympathie, Qui faict aymer la ſemblable partie, N’ont point du tout cauſé l’entier effect Demon amour enuers toy ſi parfaict, Ny les efforts mis en moy par nature, Ny pour autant qu’és de ma nourriture. Mais le penſer, qu’entre tant de mal-heurs, De maux, d’ennuis, de peines, de douleurs, Suiection, tourment travail, triſteſſe, Qui puis treze ans ne m’ont point donné ceſſe, Tu as, enfant, apporté vn cueur fort, Pour reſiſter au violent effort Qui m’accabloit, & m’offris dès enfance Amour, conſeil, ſupport, obeiſſance. Le tout puiſſant à qui i’eu mon recours, A faict de toy naiſtre mon ſeul ſecours : Or ie ne puis de plus grands benefices Recompenſer tes louables offices, Que te prier de faire ton deuoir
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The end
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