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Il y a des livres qui n’appartiennent pas à une seule nation, mais au monde entier. La beauté littéraire est universelle, et tous ont le droit et le devoir de s’en emparer. Shakespeare, Byron, Goethe, Schiller, Voltaire, Rousseau, Dante, le Tasse, par la nature de leur génie, par la beauté de leurs œuvres, ne sont ni Anglais, ni Allemands, ni Français, ni Italiens ; toute la terre est leur patrie ; leur langage est devenu universel, car tout le monde lettré les comprend, les admire et s’efforce de les imiter. Manzoni, dont le nom est acquis à la postérité, est du nombre de ces hommes universels, moins par la quantité et la diversité de ses œuvres, que par leur beauté, et par l’influence qu’elles ont exercée sur la littérature moderne de l’Italie. Par ses hymnes et par ses tragédies, il a servi de modèle à la poésie romantique ; par son roman les Fiancés, il a montré aux classiques qu’on peut allier l’invention à l’histoire, sans nuire ni aux œuvres d’imagination ni à celles d’érudition.
Il est inutile de parler ici de la querelle littéraire que ses poésies et son roman ont soulevée chez les Italiens. Pendant longtemps, Manzoni ne fut pas apprécié à sa juste valeur ; et, comme tous les grands hommes, il vécut ignoré par les uns, désavoué par les autres. Mais une partie de ses compatriotes lui resta fidèle, et, dès que sa patrie fut délivrée du joug étranger, l’opinion générale lui revint, et les honneurs, les hommages qu’il avait refusés dans sa jeunesse et dans son âge mûr, entourèrent sa respectée. Enfin les classiques en prirent leur parti et lui reconnurent le génie que, jusqu’alors, ils lui avaient contesté. On le salua chef d’école ; il fut, en effet, un esprit inventif, un historien érudit et profond, un Italien sincère et patriote, un linguiste pur et digne d’être imité.
Le comte Pierre Manzoni épousa le 12 septembre 1781 la fille aînée de César Beccaria, l’auteur du célèbre Traité des Délits et des Peines. De ce mariage naquit à Milan, le 7 mars 1785, Alexandre Manzoni. La famille, qui demeurait une grande partie de l’année au Galeotto, vieux palais tout près de Lecco, y conduisit l’enfant. Le jeune Manzoni fit ses études au collège dirigé alors par les pères Somasques dont il garda toujours un bon souvenir. Il eut, entre autres, comme professeur, le père Soave, auteur d’une grammaire latine très-estimée. En 1799, Manzoni fut envoyé au collège Longone, à Milan, appelé alors le collège des Nobles ; il se trouvait à Castellazzo des Barzi, maison de campagne du collège près de Magenta, lorsque les Français se retirèrent en abandonnant la République Cisalpine à son malheureux sort.
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The end
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