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MON SEIGNEVR Gayant, Seignevr de Varastre, & de la Bourdiniere, Conſeiller du Roy en ſes Conſeils d’Estat & Priué, & en ſa Cour de Parlement Preſident és Enquestes d'icelle.
JE n'aurois iamais pris la hardieſſe de vous preſenter ce liure ,de la Philoſophie, ou, Tranſmutation des Metaux, si ie n'eſtois bien aſſeuré, que vous cheriſſiez telle- ment toutes les sciences en general, qu’elles n’ont rien de si caché, qui ne vous soit manifeste. Car avec ce que par la merveilleuse vivacité de vostre esprit, accompagnée d’un solide jugement, & d’une grande Memoire, vous en avez acquis la Theorie parfaite, vous la sçavez si bien reduire en practique, qu’en tous vos Conseils, & en vos discours il s’y remarque je ne sçay quoy d’extraordinaire, qui dans le bon sens se joinct tousjours à l’eminence de la doctrine. Mais ce qui vous faict le plus admirer, Monseigneur, c’est que les ornemens du sçavoir, se rehaussent en vous par les vertus Morales & Chrestiennes, qui dans l’integrité de vostre vie se proposent à tous pour estre imitées. Par elles aussi vos actions sont à l’espreuve de l’envie ; Par elles vostre Ame n’apprehende ny les injures du temps, ny celles de la fortune, & par elles mesme vous avez l’honneur d’estre assis sur les fleurs de Lys, d’où comme d’un lieu Sacré, vous rendez les Oracles de Themis, sans que les considerations humaines, quelques fortes qu’elles soient ; vous puissent esbranler tant soit peu, ny vous faire égarer des choses justes & raisonnables ; En cela semblable à ces grands hommes de la Republicque Grecque & Romaine, qui malgré les brigues, & les faveurs dont leur probité estoit plutost fondée que corrompuë, conservoient tousjours l’innocence entiere, & l’integrité toute pure. Ces qualitez excellentes, Monseigneur, sont de vrays effets de la bonté de vostre Esprit, & de la beauté de vostre Ame, qui m’obligent à Vous dedier ceste œuvre, avec d’autant plus de raison, que la Science n’en est deüe qu’à ceux, qui comme vous sont eminens en vertu, & sçavans en la cognoissance de la Nature. Recevez là donc, s’il vous plaist comme un tesmoignage du devoir, & de l'obeyssance que vous rendra toute sa vie,
MONSEIGNEUR,
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MON SEIGNEVR Gayant, Seignevr de Varastre, & de la Bourdiniere, Conſeiller du Roy en ſes Conſeils d’Estat & Priué, & en ſa Cour de Parlement Preſident és Enquestes d'icelle.
JE n'aurois iamais pris la hardieſſe de vous preſenter ce liure ,de la Philoſophie, ou, Tranſmutation des Metaux, si ie n'eſtois bien aſſeuré, que vous cheriſſiez telle- ment toutes les sciences en general, qu’elles n’ont rien de si caché, qui ne vous soit manifeste. Car avec ce que par la merveilleuse vivacité de vostre esprit, accompagnée d’un solide jugement, & d’une grande Memoire, vous en avez acquis la Theorie parfaite, vous la sçavez si bien reduire en practique, qu’en tous vos Conseils, & en vos discours il s’y remarque je ne sçay quoy d’extraordinaire, qui dans le bon sens se joinct tousjours à l’eminence de la doctrine. Mais ce qui vous faict le plus admirer, Monseigneur, c’est que les ornemens du sçavoir, se rehaussent en vous par les vertus Morales & Chrestiennes, qui dans l’integrité de vostre vie se proposent à tous pour estre imitées. Par elles aussi vos actions sont à l’espreuve de l’envie ; Par elles vostre Ame n’apprehende ny les injures du temps, ny celles de la fortune, & par elles mesme vous avez l’honneur d’estre assis sur les fleurs de Lys, d’où comme d’un lieu Sacré, vous rendez les Oracles de Themis, sans que les considerations humaines, quelques fortes qu’elles soient ; vous puissent esbranler tant soit peu, ny vous faire égarer des choses justes & raisonnables ; En cela semblable à ces grands hommes de la Republicque Grecque & Romaine, qui malgré les brigues, & les faveurs dont leur probité estoit plutost fondée que corrompuë, conservoient tousjours l’innocence entiere, & l’integrité toute pure. Ces qualitez excellentes, Monseigneur, sont de vrays effets de la bonté de vostre Esprit, & de la beauté de vostre Ame, qui m’obligent à Vous dedier ceste œuvre, avec d’autant plus de raison, que la Science n’en est deüe qu’à ceux, qui comme vous sont eminens en vertu, & sçavans en la cognoissance de la Nature. Recevez là donc, s’il vous plaist comme un tesmoignage du devoir, & de l'obeyssance que vous rendra toute sa vie,
MONSEIGNEUR,
CE n’a pas esté sans sujet que tous ces grands Philosophes, dont les escripts se font admirer de ceux qui sont veritablement sçavans ont appellé l’homme un Microcosme, c’est à dire un petit monde, pour nous apprendre qu’il contient en soy toutes les grandeurs & les merveilles de l’Univers. Mais ces qualitez eminentes ne se treuvent point dans ce corps materiel & terrestre, qui n’est proprement que le Tombeau où est ensevelie la meilleure partie de l’homme. Elles agissent seulement dans l’esprit, qui est comme la lampe de Dieu, avec laquelle il recherche les profonditez de les secrets. S’il est donc vray qu’il n’y a rien de si grand, dequoy l’esprit de l’homme ne soit capable, de ce fondement il s’ensuit, que s’il luy arrive par sa foiblesse de se jetter hors des bornes qui luy sont prescriptes, cela ne procede ny de la proportion, ny de la quantité de la Science, mais simplement de sa qualité. Car c’est elle qui plus ou moins feconde, cause d’estranges degasts, si elle est prise sans correction, & qui produit une espece de venin fort contagieux, dont les effets sont pleins d’erreur & de vanité.
Il se treuve neantmoins un certain Correctif, si amy de la Science, & de si grande vertu, que par son meslange il l’esleve incontinent au poinct où elle doit estre. Or ce Correctif n’est autre que la Charité, que l’Apostre Sainct Paul faict suivre ìmmediatement par ces parolles ; La Science enfle, mais la Charité edifie : Ce qu’il nous confirme encore en un autre endroit où il dit ; Si je parle le langage des hommes & des Anges, & que je n’aye point de Charité, ce n’est rien qu’un son de cymbales bruyantes. Par où il nous veut monstrer, que pour grande que soit l’excellence qu’il y peut avoir à parler le langage des hommes & des Anges, tout cela neantmoins n’est qu’une vaine cajollerie, & une gloire tumultueuse, si la Charité n’y est joincte, & si on ne le rapporte au bien du prochain. Cette seule consideration, Lecteur, m’a obligé à vous donner charitablement cette œuvre de la science des Philosophes, où sont esclaircies de point en point toutes les choses qui appartiennent à la transmutation des Metaux. Si je voy que vous l’ayez agreable, j’espere, aydant Dieu, qu’en suitte de ce Traicté, j’en feray imprimer quelques autres, que vous ne treuverez pas moins utiles que cetuicy. C’est le fruict de tout le travail que pût faire durant sa vie un des plus grands hommes de son siecle, qui vivoit il y a deux cens ans. Le bon-heur ayant donc voulu pour moy que ses Livres me soient tombez entre les mains ; Je me suis advisé de leur faire voir le jour, pour le contentement des vrays Philosophes, & pour remettre dans le droit chemin ceux qui en estant egarez, à faute d’entendre les Livres, se jettent hors de la Nature universelle des choses, & treuvent, comme dit Salomon, Que ce n’est qu’inquietude d’esprit, qui procede de la science, pour-ce qu’ils n’en cognoissent point les vrays Principes. Ce qui ne leur arriveroit pas asseurement, s’ils ne se forgeoient eux mesmes des conclusions à leur mode, & si consumant leur Esprit & leur biens apres des operations qu’ils n’entendent pas, ils ne se figuroient par là de foibles craintes, des desirs superflus & des esperances inutiles. Dequoy vous serez exempt, si travaillant methodiquement, & selon les regles de l’Art, qui vous sont données dans ce livre, vous demeurez ferme dans les bornes de l’humaine cognoissance, & ne presumez point par la contemplation de la Nature, de penetrer dans les secrets mysteres de Dieu. Qu’il vous suffise que vostre œuvre ne sera jamais si grande que lors que vous la rapporterez a sa gloire. Car c’est le vray moyen, comme dict sainct Paul, d’empescher que vous ne soyez jamais seduit par une Vaine Philosophie. Adieu.
PAR grace & Privilege du Roy, il est permis à Pierre Beraud de faire imprimer, vendre, & debiter un Livre intitulé, Le grand Esclaircissement de la Pierre Philosophale, pour la transmutation de tous Metaux, & ce jusques au temps & terme de six ans consecutifs, à compter du jour & datte qu’il sera achevé d’imprimer ; faisant pour cet effect tres-expresses inhibitions & deffences à tous Libraires & Imprimeurs de nostredit Royaume, & à toutes autres personnes de quelque qualité & condition qu’elles soient, d’imprimer ou faire imprimer, vendre, ou distribuer ledit Livre, sans le congé dudit Beraud, sur peine aux contrevenans d’amende arbitraire, despens, dommages & interests, & confiscation des exemplaires qui se trouveront imprimez & mis en vente au prejudice des presentes. Voulons en outre qu’en mettant au commencement ou à la fin aucunes desdites presentes, ou extraict, qu’il soit tenu pour signifié & venu à la co- gnoissance de tous, ainsi que plus amplement est contenu esdites lettres de Privilege. Donné à Paris le 3. jour d’Avril 1628.
Signé, Par le Roy en son Conseil,
Fardoil.
Et ledit Beraud a faict transport de sondit Privilege a Louys Vendosmes, marchand Libraire, pour en joüyr aux conditions accordées entr’eux, suivant le contract qu’ils en ont faict pardevant Perier Notaire. Ce jourd’huy sixiesme Aoust 1628.
1. La premiere & principalle matiere des Metaux est, l’humide de l’air meslé avec chaleur que les Philosophes appellent Mercure.
2 Et la seconde est la chaleur seche de la terre, laquelle ils appellent Souphre.
Au grain mesme de froment, il n’y a de semance que la huict cens vingtiesme partie.
La vie des Metaux est le feu, tandis qu’ils sont encore en leurs minieres ; Mais le feu de fusion est leur mort.
La semance n’est autre chose qu’un air congelé en tout corps, ou bien une vapeur humide, lequel s’il n’est resout par une vapeur chaude, il ne sert de rien.
Le Mercure Vulgaire ayant en luy sa propre semance, n’est pas la semence des Metaux, comme le Vulgaire pense.
La vertu se finit tousjours au troisiesme, & se multiplie au second.
L’eau est celeste, & ne moüille point les mains.
La chaleur se joinct facilement à la chaleur & le sel au sel.
Il faut une eau plus blancbe que la nege, de laquelle il faut dix parties contre une d’or.
Le fourneau philosophique selon Flamel, qu’il nomme triple vaisseau, y ayant trois vaisseaux, & quelquefois maison & habitacle, est nostre Tour de terre, qui s’ouvre par dessus, ayant au milieu un estage, sur lequel se met une escuelle plaine de cendres tiedes, qu’il nomme ailleurs la paille du poulet, dans lesquelles est assis le poulet ou œuf Philosophique, qui est un matras de verre plain des confections de l’air, comme de l’escume de la mer rouge, & de la graisse du vent mercurial ; Et tel fourneau ou vaisseau triple les Envieux l’ont appellé Athanor, Crible, fumier, bain marie, fournaise, sphere, Lyon Verd, Prison, Sepulchre, Urinal Phiole, Curcubithe, & d’infinis autres noms, pour embroüiller les esprits.
A Miſericorde infinie du vray Dieu a voulu pour rachepter le genre humain enuoyer ſon Fils vnique répãdre ſon Sãg en l’Arbre de la Croix. O Fontaine de Miſericorde, donnez nous la grace de paruenir à cette grande Oeuure, car ſans voſtre ayde nous n’y pouuõs paruenir. Voſtre volonté ſoit faicte.
de fort bon vin qui ne ſoit braſſé, ni ſophiſtiqué, lequel mettrez putrifier par douze ou quinze iours dans vn vaiſſeau de verre fort ample, & bouchez auec le ſeau d’Hermes, afin qu’il ne reſpire aucunement. Il le faut mettre dedans le bain-Marie, n’eſtant plongé plus auãt que la hauteur du vin. Apres l’auoir tiré le mettrez en vn vaiſſeau de verre net auec ſon chapeau, & luterez bien les iointures, & eſtans bien cloſes le mettrez en bain leger, auquel y ait tãt d’eau, qu’elle couure toute la Lunaire, puis le diſtilerez petit à petit iuſques à ce que verrez les veines par la teſte du chapiteau ; ce que vous continuerez tant que vous verrez leſdites veines ou ſigne, leſquelles ſeront comme larmes ou gouttes de ſang coulant, mais claires comme criſtal, & ainſi vous continuerez tant que verrez leſdites veines ou signe ; Et comme ſa mort commencera à venir, laquelle tient mortifiée le ſuſdit eſprit, les larmes commenceront à ſe faire rondes, & ne coulleront plus par le chapeau, ayant figure de perles. Alors oſtez le recipient, & le bouchez bien qu’il ne reſpire, & le gardez en lieu le plus froid que vous pourrez. Ainſi vous aurez ſeparé ſon ame, combien qu’il y ait encore de ſa mort. De cette façon vous pourſuiurez leſdites diſtillatiõs. Apres que vous aurez receu ſa mort, c’eſt à dire son phlegme, lequel ſera odoriferant. Ainſi vous continuerez tant que la matiere demeure au fonds comme vn gros miel ou poix fonduë noire, gardez bien qu’elle ne s’eſſuye, ſinon auec ce ſigne, & apres vous ſeparerez les Elemens de noſtre B. ou vin. Ainſi aurez tiré la forme ſelon que ie vous ay dit, & de meſme façon la pourrez tirer de tout Indiuidu, à ſçauoir des animaux et des vegetables.
PRenez l’Ame gardée en lieu froid en un vaisseau, & la mettez à distiller au baing, et en prenez la moitié, ou bien tant que verrez venir ces tres-precieuses veines, & ainsi vous la rectifierez dix fois, vous gouvernant toujours par les signes susdits, & à la trois ou quatriesme fois comme les veines susdites apparoistront, levez votre distillation, sans plus distiller, mais regardez si elle brusle le drapeau, & si elle ne le brusle recommencez le magistère, tant que vous ayez le signe susdit, & comme elle bruslera le drapeau, vous la distillerez à par-elle quatre ou cinq fois, & ainsi vous avez la manière pour rectifier la matière, à savoir l’Ame susdite signifiée par C laquelle est de si grande vertu que la langue humaine ne sauroit exprimer le secret que Dieu a mis en icelle, partant la faut garder bien bouchée en lieu le plus froid qui se pourra trouver.
AYant déclaré la manière de séparer notre esprit ardent de sa mort, empeschant sa puissance, sachez qu’il n’a néanmoins puissance de dissoudre les deux luminaires, & les réduire en effet s’il n’est aiguisé, comme nous vous enseignerons, jaçoit que la préparation se fera au Chapitre que nous ferons en général de E. Mais à celle fin que vous ne perdiez point votre temps, il faut incontinent que vous aurez notre Esprit, prévoir l’heure que soudain vous la mettiez en pratique, & pour ce sujet nous l’avons signifié en ce Chapitre par deux lettres, à sçavoir par DD. vous signifiant par l’un son aiguisement simple, & par l’autre son royal aiguisement, ou bien sel tiré du Rayon de Miel, duquel aiguisée vous serez asseuré de ne perdre point votre peine et despense.
Prenez donc le Rayon de miel de jeunes mouches, lequel sera blanc, et le mettez en putrefaction en un grand vaisseau au bain avec son chapeau, & faites que tous les jours il boüille une heure. Après vous lui ferez un feu tempéré, & ainsi vous le laisserez par quinze jours naturels, puis vous mettrez tant de C. par dessus qu’il surnage de quatre doigts la matière. Après fermez avec son antenos, & le mettez en putrefaction l’espace de trois jours ; puis mettez le chapeau avec le recipient, & les jointures étant bien bouchées le laisser distiler par le baing, & quand il sera distilé, ou bien que de huict parties les sept seront distilées. Toutefois le plus infaillible signe est que vous verrez venir les veines comme larmes selon que nous avons dit au Chapitre de B. Alors vous osterez la partie larmeuse en cette seconde opération, & comme la partie larmeuse vient ostez votre recipient, & le bouchez bien qu’il n’ait point d’air, & le mettez en lieu froid, il sera propre pour estre aiguisé. Mettez après un autre recipient, & laisser distiller par cette chaleur, & comme il n’y voudra plus distiler, n’augmentez le feu, ainsi ostez le recipient, & le tenez bien bouché, car cette eau deuxiesme, ou bien flegme vous servira pour tirer son précieux sel. Mettez par apres en cendres, & distillez avec feu du troisiesme degré : & quand par ce feu vous aurez l’huille, vous la laisserez refroidir, puis broyerez la matiere, & la mettez en un vaisseau de terre qui ne soit plombé, & qui endure le feu de reverberation par huict jours, ou quand la matière vous semblera calcinée, laquelle vous trouverez en couleur de cendre, sur laquelle vous versez tant de son flegme, qu’il surnage de deux doigts, et le bouchez avec son antenos, et le mettez au bain par trois jours. Apres le versez doucement en un autre vaisseau qui soit net, puis reversez dessus de nouveau flegme, bouchez avec son antenos ; Remettez au bain comme auparavant et ainsi ferez tant de fois, qu’ayez tout tiré son sel precieux, lequel sera plus blanc que neige, et c’est lui le sel avec lequel nous aiguisons notre C simple, c’est lui qui baille commencement de faire vegeter les deux luminaires, et les reduire en quintessence, Avec cetuy vous pourrez aussi aiguiser & augmenter son eau, laquelle à puis- sance de faire vegeter tous les terrestre métaux, et avec cela seul vous pouvez subvenir à vos necessitez. Soyez secret, & remerciez Dieu. Après faut prendre toutes vos versures que vous mettrez en un vaisseau net à distiller par un baing leger, & au fond vous restera votre sel blanc comme neige, lequel par après vous redissouderez, réïtererez, & congelerez par trois fois, & par ce moyen il sera pur pour faire toutes vos opérations.
Maintenant pour aiguiser, prenez une once du tres-precieux sel tiré du rayon de miel, lequel vous broyez et mettez dans un vaisseau, & par dessus luy quatre partie de C, c’est à dire son premier esprit que vous boucherez avec son antenos, & tres-bien les jointures d’iceluy, puis le mettrez en putrefaction par deux jours naturels. Apres vous osterez son antenos, & lui mettrez son chapeau & recipient, & ferez distillez à feu de cendre leger, & quand il aura cessé, sçachez le poids du sel demeuré au fond du vaisseau, & versez dessus quatre parties dudit C simple, puis putrefiez & distillez par cendre, & ainsi re- commencez le magistaire tant que tout le sel soit passé avec son esprit céleste, ou bien C. & par ce moyen vous le pourrez aiguiser & augmenter tant que vous voudrez, mais soyez averti qu’un peu de tres-precieux sel, comme une dessus quatre partie de C. à sçavoir de premier esprit suffit, et ainsi vous en pourrez faire tant que vous voudrez, et ceci est la vrai et droite pratique qu’il faut celer aux ignorants.
PRenez un grand vaisseau de verre et en icelui mettez une livre ou deux de C. bouchez bien comme vous sçavez et mettez à circuler au baing ou au fient. Mais soyez averti quand vous changerez votre fient que vous n’interrompiez point trop la circulation, & ainsi faut circuler par 30. jours naturels, au bout desquels vous trouverez votre matière blanche comme un cristal, avec une hypostasie au fond du vaisseau, comme un peloton de coton, que vous verserez doucement en vn autre vaiſſeau, & le garderez au bain bien bouché, & ainſi vous aurez noſtre menſtruë vegetable & noſtre ciel ſimple, qui a tant de vertu que la langue humaine ne ſçauroit dire. Auec iceluy nous faiſons vraye calcination & diſſolution des deux luminaires par conſeruation de leur humiditez radicales, car il reduit de puiſſance en effect tous les metaux parfaicts & imparfaicts.
Ie ſcay bien, mon fils, que tu trouueras eſtrange que ie n’ay point eſcript la forme du vaiſſeau : mais i’ay laiſſé en voſtre maiſon pluſieurs de mes vaiſſeaux & circulatoires : vn d’iceux y ſera propre.
E merueilleux principe de tous les autres principes de ceſte ſcience eſt du glorieux Mercure vegetable, c’eſt à dire la preparation & lauemens de ſa pretieuſe terre plaine de toute vertu. Pour cét effect, prenez la matiere qui vous est demeuree au fonds, comme gros miel espais ou comme poix noire, comme avons dit au Chapit. de B. & sur icelle mettez tant de sa mort à sçavoir flegme, qu’il nage de quatre doigts, & continuez ainsi tant que sa teinture ou partie onctueuse superfluë, se dissolve & sorte toute par distilation comme auparavant, puis laissez refroidir en lieu humide, il s’y produira des pierrettes rousses au fonds du vaisseau : puis versez doucement par inclination, & prenez lesdites pierrettes, apres reversez sur la matiere du flegme nouveau, & continuez la distillation jusqu’à tant qu’il ne face plus de pierrettes, Et mesmes meslez & dessechez tousjours tant que vous, ayez tiré la teinture, & alors vous demeurera une terre blanche, comme de diamant, laquelle vous essuyrez au Soleil ou chaleur semblable : Laquelle par apres, vous broyerez & mettrez en un vaisseau avec tant de son eau ou bien C. qu’il surnage de quatre doigts, puis bouchez avec son antenos, & faictes putrifier par trois jours, puis distillez legerement par cendre, & ainsi par ce regi- me de feu, vous ne laisserez de distiller tant qu’il ne face plus de veines, & commençant à faire des veines, levez votre recipient, & le bouchez et y en mettez un autre, et continuez la distillation avec un feu un peu plus fort, tant que sa mort passe, puis laissez refroidir le vaisseau, et vous trouverez la matiere dure, laquelle vous tirerez cautement du vaisseau, & la broyez puis remettez en son vaisseau, et par dessus de son C. surnageant de trois doigts, & bouchez avec son antenos, puis mettez en putrefaction par trois jours, & lui baillez son chapeau, et distillez comme devant, jusqu’à ce qu’il face les veines au chapeau. Alors changez de recipient & continuez vos operations, tant que la matiere demeure blanche, & qu’elle ne face point de fumée, en la mettant sur une lame de fer fort chaude. Par apres ayez un verre en forme de pomme, ou boule ronde, en laquelle vous mettrez la susdite terre, luy sellant bien la bouche, & le mettrez en digestion de cendre, ou bien calcination. Et par ainsi vous aurez la terre tres-pretieuse, laquelle sera propre à recevoir son ame, ou bien esprit avec la conservation de l’humidité radicale, & nutriment d’icelle ; Sçachez mon fils qu’avec ce seul moyen, & le ferment copulatif, c’est à dire l’ame du corps susdit organisé d’iceluy, comme nous vous montrerons en particulier, à sçavoir à la composition des medecines, tout est fait.
PRenez une once d’argent de copelle & calcinée, signifiée en cet endroit par Q. selon qu’il se dira au chapitre de H. prenez deux once d’or signifié par P pareillement calciné suivant le contenu audit chapitre, et chacun d’iceux vous mettrez à part soy en vaisseau, lors prenez de nostre E, circulé ou bien quintessence simple. Et en versez sur ladite chaux, tant qu’il surnage de quatre doigts, bouchez avec son antenos, & mettez au bain par deux jours, & par autre deux jours en cendre ; & comme vous verrez les eaux prendre couleur quelque peu, vous les vuiderez chacun à part soi indifféramment, et mettez cette dissolution au bain les vaisseaux bien bouchez : par apres sur les chaux qui ne sont point dissoutes y reverserez de nouveau E. le bouchant avec son antenos, puis le mettrez en cendre comme avez fait auparavant, & cecy continuerez, tant que ce corps solaire et lunaire soit réduit en eau. Par apres prenez le composé de l’or et de l’argent & mettez chacun à part soy en son urinal, et distillez par le bain. Alors les corps demeureront au fond du vaisseau en huile. Lors prenez les eaux distillées par les deux luminaires, & mettez en icelle tant de souphres vegetables, que sont les poids d’or et d’argent : puis posez par deux jours au bain pour bien dissoudre le sel. Estant dissout, mettez chacun à part soy, à sçavoir chacune desdites eaux sur les metaux demeurez au fond du vaisseau en huille : mais soyez adverty que le soulphre que vous aurez dissoust dans les susdites eaux, est celuy que nous vous enseignerons au chapitre L. à sçavoir celui qui est tiré du vin, & ainsi vous les mettrez en putrefa- ction par huit jours ; puis tirerez l’eau par le bain chacune à part soy. Après vous en mettrez tant qu’elle surnage de deux doigts, & boucherez avec son antenos, & par après mettrez le chapeau & distillerez en cendre : & comme vous verrez que les eaux seront passées avec petit feu, augmentez lui un peu son feu, & passera l’air en son eau : laissez après refroidir le vaisseau, & versez dessus de l’eau nouvelle, bouchant avec l’antenos & au bain par une nuit, ostant alors l’antenos, mettez le chapeau & récipient, & distillez par cendre comme dessus, & ainsi ferez jusque à tant qu’ayez tiré le suc des deux luminaires, à sçavoir de l’or & de l’argent. Prenez par après la terre & la gardez ; Mais le signe infaillible sera quand vous mettrez un peu de cette terre sur une lame fort chaude, & qu’elle ne donnera poinct de fumée. Ce sera asseurance que les terres auront été bien examinées, lesquelles vous garderez en palle ou boule de verre toutes deux ensemble en digestion de cendres. Alors elles seront disposées à recevoir leur Mercure, selon que nous enseigne- rons au Chap. L. Après vous prendrez les deux sucs que vous conjoindrez en un alambiq, & les ferez passer ensemble une fois par la cendre, & s’il demeuroit quelque peu de limositez ou terre, il la faut mettre avec la susdite terre gardée, & ainsi ferez par six fois : & ayant tiré toutes ces limosités qui demeureront avec la terre, vous les mettrez tousjours, comme dessus. Par après prenez un grand vaisseau, ou bien une de nos nastes de verre, qui soit forte & haute au moins de deux paumes, en icelle vous mettrez votre menstruë composé, & le bouchez bien, & son petit trou aussi avec un bouchon de verre, puis après avec de glaire d’œuf, du papier broüillassé & chaux vive, vous l’envelopperez en le laissant seicher, & puis vous le boucherez encor par dessus avec notre Cire, faicte de poix & masticq. ana, & faites circuler eu bain Philosophale, que nous vous monstrames, quand nous fismes la circulation de menstruë simple étant à Venise, & laissez circuler par quarante jour, & quand il sera à peu près du terme vous verrez ce menstruë ou mercure qui sera luy- sant & odoriferant plus que nulle autre chose de ce siecle. Cela mon fils, a la puissance de dissoudre les deux luminaires, & les réduire de puissance en effect. Sçachez mon fils, que de luy seul, avec son ferment rouge ou blanc, vous pouvez par leur circulation faire des branches de grande projection. C’est ce que traite Raymond Lulle en son Epistre accurtatoire, quand il dit qu’apres la dissolution faite du Soleil, & levant après l’eau par le bain à feu tres-lent, que cét or est faict spirituel, lequel jamais ne se pourra réduire en corps. Et si en iceluy vous mettez cents parties de Mercure vulgaire, il se congelera en or ou en argent selon son ferment. Davantage que cet or soit meslé en eau convenable, & le baillant à boire au malade de quelque infirmité que ce soit, en peu de temps reviendra en son premier temperament. Sçachez, mon fils, que c’est cela qui faict tomber les poils chenus de quelque Vieillard que ce soit, le contregardant jusqu’au terme qui lui est ordonné de (Dieu) mais pour parvenir à la transmutation, car il suffit pour la santé que l’or soit dissout avec ce Menstruë, il faut chacune livre mettre dedans deux once de Mercure, comme nous enseignerons au Chapitre signifié par X. Sçachez qu’avec lui se fait la putrefaction, Mais soyez averti que depuis qu’il sera calciné, il n’en faut pas user pour le corps humain : ains seulement pour la transmutation des metaux, comme vous verrez au Chapitre suivant. Croyez que je vous ai enseigné tout ce qui est compris au livre de Raymond Lulle, & avec cette pratique que je vous montre, il est impossible de faillir : partant je vous prie de vouloir tousjours avoir le Dieu Eternel devant les yeux.
MOn fils, nous tenons que la calcination ou bien discontinuation des metaux est fort nécessaire : autrement leur dissolution serait fort fascheuse à faire, & pour parvenir à icelle, prenez du mercure vulgaire, & le lavez avec du sel & vinaigre, puis le mettez dans un croiset, faisant un amalgame avec de l’or ; à sçavoir une partie d’or & six de Mercure : autant en ferez vous du corps lunaire ; toutefois il est bien certain que le corps lunaire veut plus de Mercure pour le réduire, qu’il n’en faut pour le solaire, estant bien amalgamé comme un morceau de beurre, tellement que l’estendant sur la paume de la main, vous ne sentirez rien de ferme. Mettez le lors en un drapeau de lin ou bien en chamois, le pressant tant que vous pourrez. Après ayez le double de sel commun preparé, & les broyez ensemble, puis mettez en une cornuë, si voulez conserver votre Mercure, sinon mettez en un vaisseau de terre large. Et respondant & estendant par tout, & lors vous le mettrez au feu, lui donnant petit à petit tant que le Mercure s’exalle. Apres ce, il faut laver vostre chaux avec de l’eau commune distillée deux fois, par tant de réïtérations que tout le sel soit dehors. En fin de quoi vostre or vous demeurera rouge & impalpable : apres avez votre eau vegetable, où sa mort ne soit point, & en mettez dessus, tant qu’il surnage de quatre doigts, puis lui donnez le feu, ainsi ferez quatre fois, Alors demeurerons votre Soleil & Lune parfaictement calcinez : Sçachez que ceste façon de calciner est excellente sur toutes autres, étant utile au corps humain, & à la transmutation des métaux.
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