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1627 , 1 édition, Guillaume le Bé
1643 , 2 édition, Guillaume le Bé, Jean Roger, en 2 vol.
1661 , 6 édition, Guillaume le Bé, Jean & Jacques Roger, en un seul volume
1re éd., 1627
Les Vies plus remarquables des SS. Patriarches & Docteurs
de l’Eglise, tant Iudaïque que Chrestienne, des Papes,
Empereurs, Roys, & autres Princes plus signalez de la
terre, & des personnes plus Illustres en chaque prosession,
& spécialement des Philosophes & Heresiarques, avec
leurs opinions & erreurs.
Chez
Guillaume le Be', au coin de la rue Sainct Iean de Latran.
ET
Et Pierre Billaine, rüe S. Iacques, à la Bonne Foy, deuant S. Yues.
Espitre à Madame
L'autheur au lecteur
Aristote
Ariftote Stagyrite, tres-excellent Philolosophe & Prince des Peripateticiens, fils de Nicomaque Médecin & de Phæstia. Il fut de petite taille, bossu bègue, & assez difproportionné pour la forme extérieure de fon corps, mais d’un efprit & fçauoir admirable. Eftant âgé de 18 ans, il vint à Athènes où il eftudia vingt ans, foubs le Philofophe Platon. Laërce. De là, appellé par Philippes Roy de Macédoine, il fut ordonné Précepteur d’Alexandre le Grand fon fils, lequel en faisoit telle eftime, qu’il fit rebaftir la ville de Stagyre d’où il eftoit nay voulãt illuftrer par ce tefmoignage cette grande clarté du monde. Pline livre 7. Chapitre 29. Mais Alexandre eftant allé en Asie, il retourna à Athènes où il professa la Philofophie trois ans dans le Lycée ; ayant depuis efté accufé pour avoir mauvais fentiment des Dieux, il se retira en la Calcide, où il mourut âgé de 63 ans, au mêsme temps que Demofthene vivoit. L’on tient qu’il fe ietta dans le destroit de l’Euripe, faché de ce qu’il ne pouuoit connoiftre la cause de son flux & reflux, voulant eftre compris en ce qu’il n’avoit peu comprendre, Inst. Mart, Implora à fa mort la première cause, laquelle il avoit toujours creuë en fa vie gouverner le monde. Lactance. Fut appellé de tous le Génie de la nature, & par Platon l’Intellect, & le Philosophe de vérité : Tenoit que le monde avoit efté de toute éternité. Approuvoit cette fentence de l’Odyssee d’Homere. Qu’il n’eftoit point indécent aux Dieux de prendre la nature humaine, afin de retirer d’erreur les mortels. Fut le premier qui enfeigna la Philofophie avec plus de clarté & verité, ayant reietté tous ces nombres de figures defquelles les Platoniciens & Pythagoriciens, fe fervoient pour voiler plutoft que d’enfeigner leur fcience. Reduifit ainsi en art la Logique pour servir d’organe à toutes les autres disciplines. Escriuit iusques à 400 volumes. Suidas. Ces livres furent longtemps cachez à Athènes iusques à ce qu’après la prife de la ville par Sylla, Tyrannion le Grammairien, & Andronicus Rhodien, les tranfporterent Rome. Plutarq. en la vie de Sylla. Il estoit en ce différent de Platon (selon Seneque & tous les Grecs) que cetuy là, s’attachant du tout à la recherche des causes naturelles, rapportoit tout aux choses souslunaires ; Platon au contraire s’eslevant par dessus les terrestres en la contemplation des intelligibles, regloit ses mœurs, & sa
science, à ce qui estoit tout divin & surnaturel ; cette émulation provenoit aussi entr’eux de ce qu’Aristote estoit trop curieux en son vestement, toujours bien peigné, ayant les doigts chargez de bagues d’or ; estant au reste enclin à la raillerie & au babil, ce qui estoit esloigné de la gravité d’un Philosophe & principalement de Platon, Aelian. de sa diver. Hist. Coel. liu 17. chap. 36. Laërce de la vie des Philosof.
Zoroastre
Zoroastre Roy des Bactriens, tres-fameux Astrologue & Magicien, le premier de tous (ainsi que dit Pline) qui exerça la Magie en Perse. Pline li. 30. ch. i. Il regna 400 ans devant la guerre de Troye, du temps de Ninus, contre lequel il eut de forte guerres, & enfin fut par luy vaincu & tué. Il predit aux Assyriens que leur regne ne de faudroit point s’ils pouvoient garder de ses cendres, mais il fut consumé du feu du Ciel, ou comme aucuns disent, occis par Ninus. Le mesme Pline dit, que du premier iour de sa naissance il se prit à rire ; ce qui n’arrive d’ordinaire à tous, qu’au soixante deuxiesme iour. L’on dit aussi que le cerveau luy tressailloit tellement, qu’il faisoit rebondir la main que l’on appliquoit sur son chef. Tous lesquels prodiges furent presage de sa grande & profonde science. Pline liv. 7. ch. 16.
2e éd., 1643
Les Vies plus remarquables des SS. Patriarches & Docteurs
de l’Eglise, tant Iudaïque que Chrestienne, des Papes,
Empereurs, Roys, & autres Princes plus signalez de la
terre, & des personnes plus Illustres en chaque prosession,
& spécialement des Philosophes & Heresiarques, avec
leurs opinions & erreurs.
Chez
Guillaume le Be', au coin de la rue Sainct Iean de Beauuais.
ET
Et Iean Roger, rüe des Amandiers, deuant les Grassins, à la Verité Royale.
Espitre à Madame
L'autheur au lecteur
Aristote
Ariftote Stagyrite, tres-excellent Philolosophe & Prince des Peripateticiens, fils de Nicomaque Médecin & de Phæstia. Il fut de petite taille, bossu bègue, & assez difproportionné pour la forme extérieure de fon corps, mais d’un efprit & fçauoir admirable. Eftant âgé de 18 ans, il vint à Athènes où il eftudia vingt ans, foubs le Philofophe Platon. Laërce. De là, appellé par Philippes Roy de Macédoine, il fut ordonné Précepteur d’Alexandre le Grand fon fils, lequel en faisoit telle eftime, qu’il fit rebaftir la ville de Stagyre d’où il eftoit nay voulant illuftrer par ce tefmoignage cette grande clarté du monde. Pline livre 7. Chapitre 29. Mais Alexandre eftant allé en Asie, il retourna à Athènes où il professa la Philofophie trois ans dans le Lycée ; ayant depuis efté accufé pour avoir mauvais fentiment des Dieux, il se retira en la Calcide, où il mourut âgé de 63 ans, au mêsme temps que Demofthene vivoit. L’on tient qu’il fe ietta dans le destroit de l’Euripe, faché de ce qu’il ne pouuoit connoiftre la cause de son flux & reflux, voulant eftre compris en ce qu’il n’avoit peu comprendre, Inst. Mart, Implora à fa mort la première cause, laquelle il avoit toujours creuë en fa vie gouverner le monde. Lactance. Fut appellé de tous le Génie de la nature, & par Platon l’Intellect, & le Philosophe de vérité : Tenoit que le monde avoit efté de toute éternité. Approuvoit cette fentence de l’Odyssee d’Homere. Qu’il n’eftoit point indécent aux Dieux de prendre la nature humaine, afin de retirer d’erreur les mortels. Fut le premier qui enfeigna la Philofophie avec plus de clarté & verité, ayant reietté tous ces nombres de figures defquelles les Platoniciens & Pythagoriciens, fe fervoient pour voiler plutoft que d’enfeigner leur fcience. Reduifit ainsi en art la Logique pour servir d’organe à toutes les autres disciplines. Escriuit iusques à 400 volumes. Suidas. Ces livres furent longtemps cachez à Athènes iusques à ce qu’après la prife de la ville par Sylla, Tyrannion le Grammairien, & Andronicus Rhodien, les tranfporterent Rome. Plutarq. en la vie de Sylla. Il estoit en ce différent de Platon (selon Seneque & tous les Grecs) que cetuy là, s’attachant du tout à la recherche des causes naturelles, rapportoit tout aux choses souslunaires ; Platon au contraire s’eslevant par dessus les terrestres en la contemplation des intelligibles, regloit ses mœurs, & sa
science, à ce qui estoit tout divin & surnaturel ; cette émulation provenoit aussi entr’eux de ce qu’Aristote estoit trop curieux en son vestement, toujours bien peigné, ayant les doigts chargez de bagues d’or ; estant au reste enclin à la raillerie & au babil, ce qui estoit esloigné de la gravité d’un Philosophe & principalement de Platon, Aelian. de sa diver. Hist. Coel. liu 17. chap. 36. Laërce de la vie des Philosof.
Epicure
Épicure Philosophe athénien très-renommé, contemporain de Xenocrate & d’Aristote, & autheur de la secte qu’on appelle Epicurienne, qui estoit telle contre l’opinion du vulgaire. Il mettoit le fouverain bien en la volupté laquelle il disoit estre le principe & la fin d’une vie bien-heureuse ; mais non pas abfolument en cette volupté qui ne regarde que le chatoüillement de la chair & ses dissolutions & gourmandifes desordonnées ; ains en celle qu’il disoit estre en cette ioye & tranquillité de corps & d’esprit, & en cette soubstraction de ce qui peut caufer & apporter douleur. Et de faict il ne vouloit que l’on suivist toute volupté, ny aussi qu’on rejettast toute douleur, ains qu’il falloit mefurer avec un meur iugement les choses vtiles auec les inutiles, au compas du plaisir & contentement, comme pour exemple, il vouloit que quelquefois l’on fust frugal & fobre, ou bien afin que l’on iouist du plaisir de la santé, ou bien afin que l’on vacquast plus à l’aife à d’autres exercices, ou enfin, afin qu’en cas de necessité l’on se passait avec moins de douleur des choses superfluës ; mais rapportoit tout à la volupté, faifant pour iuge & modératrice la prudence en l’eslite & suite des choses ou opinions qui pouvoient troubler ou altérer nostre contentement ; & partant aussi, bien qu’il establit la volupté pour souverain bien, il ne reiettoit pour cela la vertu, ains le requeroit en fon disciple, mais fubfidiaircment ; difant qu’elle estoit desirable comme la medecine pour la fanté, non pour elle-même, mais en tant qu’elle donnoit du plaisir ; ainsi conioignoit-il la volupté du corps avec celle de l’ame, l’appellant toute la félicité à une vie ioyeufe. Et sur ce fondement il reiettoit tous les arts liberaux comme apportans du trouble a nostre ame, & diminuans nos contentemens. Reiettoit la prouidence divine & nioit l’immortalité des âmes lesquelles il disoit estre corporelles. Plutarque réfute ses opinions en un traicté qu’il a fait expres. Ses sectateurs l’auoient en telle reuerence qu’ils celebroient sa naissance par une feste chaque 20. du mois, & portoient son pourtraict dans des anneaux. Alex. d’Alex. liv. 3. chap. 8. Lucrece le dit avoir obscurcy la lumiere de tous les autres Philosophes, comme le Soleil celle des autres
astres. Mourut à Athènes âgé de 92 ans, & iaçoit qu’il fust fort fobre & abftinent pource qu’il mettoit le souverain bien en la volupté, l’on a appellé de son nom les hommes charnels & dissolus, Epicuriens. Diog. Laerce liv. 20. De la vie des Philosophes.
6e éd., 1661
Les Vies plus remarquables des SS. Patriarches & Docteurs
de l’Église, tant Iudaïque que Chrestienne, des Papes,
Empereurs, Roys, & autres Princes plus signalez de la
terre, & des personnes plus Illustres en chaque prosession,
& spécialement des Philosophes & Heresiarques, avec
leurs opinions & erreurs.
Comme aussi la description & l’estat des Empires, Royaumes, Provinces, Villes, Isles, presqu’Isles, Mõtagnes, Promontoires, Mers, Fleuves, Lacs & Fontaines de la Géographie, tant ancienne que moderne.
Chez
Guillaume le Bé, au coin de la rue saint Jean de Beauvais. La Veuue Iean Roger, ruë des Amandiers devant les Grassins, à la Verité Royale. Et Iacques Roger, au cul-de-sac, proche saint Estienne du Mont.
Espitre à Madame
L'autheur au lecteur
Aa
A fleuve de la Gaule Belgique, qui prenant sa source du Comté d’Artois près Teroüane, passe à travers S. Omer, & : les peuples Morins, vers Grauclines : Et de là, après avoir separé la Flandre d’avec la Picardie, se va descharger dans la mer Britannique, non loin du lieu où se donna cette signalée bataille entre les François & les Bourguignons, l’an 1558. Mercator en son Arias, Ortel en son Theatre de la Terre.
Abaillard
Articles de dictionnaires sur Abélard
Abaillard, ou Baillard Breton, grand Philosophe, mais Heretique signalé : Establissoit quelque chose éternelle outre Dieu, & avoit autres erreurs touchant la Trinité & le S. Sacrement. S. Bernard a escrit contre luy & le rendit confus en un Synode convoqué à Sens : dont appellant au Siège Apostolique, il fut derechef condanné par Innocent II. l’an 1140. Bar, Ann. 1140. Trithem. l. 2 des Escr, Eccl. S. Bern. epist. 188. & 189.
Arano
Arano mot Hébreu interpreté Montagne de loüanges, ou Prince de louanges diuines, fut fils d’Amram frere de Moyse, de la famille de Leui. Exod. 28. Sert d’interprète à son frere qui est enuoyé de Dieu au peuple d’israel, pour le tirer de la captiuité en laquelle il estoit détenu par le Roy Pharaon. Est estably premier Sacrificateur & souuerain Pontife des Iuifs, pour asseurance dequoy furent engloutis tout viifs en terre Choré, Dathan & Abiron, rebelles à cette ordonnance de Dieu. Nombr. 16 Puis aussi douze verges ayans esté mises dans le Tabernacle pour les douze Tribus d’Israël, auec vne verge pour Aaron, Dieu
fit fleurir la sienne miraculeusement, luy confirmant, & à toute sa posterité, cette Sacrificature souueraine contre les murmures precedens. Nombr. 17. Ayant toutesfois esté delaissé par Moyse au desert, consent auec le peuple à l’Idolâtrie du Veau d’or. Exod.32. Meurt âgé de 123. ans 40. ans après la sortie dEgypte, lan du monde 2670. Nombr. 33.
Aristote
Ariftote Stagyrite, tres-excellent Philolosophe & Prince des Peripateticiens, fils de Nicomaque Médecin & de Phaestia. Il fut de petite taille, bossu bègue, & assez difproportionné pour la forme extérieure de fon corps, mais d’un efprit & fçauoir admirable. Eftant âgé de 18 ans, il vint à Athènes où il eftudia vingt ans, foubs le Philofophe Platon. Laërce. De là, appellé par Philippes Roy de Macédoine, il fut ordonné Précepteur d’Alexandre le Grand fon fils, lequel en faisoit telle eftime, qu’il fit rebaftir la ville de Stagyre d’où il eftoit nay, illuftrer par ce tefmoignage cette grande clarté du monde. Pline livre 7. Chapitre 29. Mais Alexandre eftant allé en Asie, il retourna à Athènes où il professa la Philofophie trois ans dans le Lycée ; ayant depuis efté accufé pour avoir mauvais fentiment des Dieux, il se retira en la Calcide, où il mourut âgé de 63 ans, au mêsme temps que Demofthene vivoit. L’on tient qu’il fe ietta dans le destroit de l’Euripe, faché de ce qu’il ne pouuoit connoiftre la cause de son flux & reflux, voulant eftre compris en ce qu’il n’avoit peu comprendre, Inst. Mart, Implora à fa mort la première cause, laquelle il avoit toujours creuë en fa vie gouverner le monde. Lactance. Fut appellé de tous le Génie de la nature, & par Platon l’Intellect, & le Philosophe de vérité : Tenoit que le monde avoit efté de toute éternité. Approuvoit cette fentence de l’Odyssee d’Homere. Qu’il n’eftoit point indécent aux Dieux de prendre la nature humaine, afin de retirer d’erreur les mortels. Fut le premier qui enfeigna la Philofophie avec plus de clarté & verité, ayant reietté tous ces nombres de figures defquelles les Platoniciens & Pythagoriciens, fe fervoient pour voiler plutoft que d’enfeigner leur fcience. Reduifit ainsi en art la Logique pour servir d’organe à toutes les autres disciplines. Escriuit iusques à 400 volumes. Suidas. Ces livres furent longtemps cachez à Athènes iusques à ce qu’après la prife de la ville par Sylla, Tyrannion le Grammairien, & Andronicus Rhodien, les tranfporterent Rome. Plutarq. en la vie de Sylla. Il estoit en ce différent de Platon (selon Seneque & tous les Grecs) que cetuy là, s’attachant du tout à la recherche des causes naturelles, rapportoit tout aux choses souslunaires ; Platon au contraire s’eslevant par dessus les terrestres en la contemplation des intelligibles, regloit ses mœurs, & sa science, à ce qui estoit
tout divin & surnaturel ; cette émulation provenoit aussi entr’eux de ce qu’Aristote estoit trop curieux en son vestement, toujours bien peigné, ayant les doigts chargez de bagues d’or ; estant au reste enclin à la raillerie & au babil, ce qui estoit esloigné de la gravité d’un Philosophe & principalement de Platon, Aelian. de sa diver. Hist. Coel. liu 17. chap. 36. Laërce de la vie des Philosof.
Epicure
Épicure Philosophe athénien très-renommé, contemporain de Xenocrate & d’Aristote, & autheur de la secte qu’on appelle Epicurienne, qui estoit telle contre l’opinion du vulgaire. Il mettoit le fouverain bien en la volupté laquelle il disoit estre le principe & la fin d’une vie bien-heureuse ; mais non pas abfolument en cette volupté qui ne regarde que le chatoüillement de la chair & ses dissolutions & gourmandifes desordonnées ; ains en celle qu’il disoit estre en cette ioye & tranquillité de corps & d’esprit, & en cette soubstraction de ce qui peut caufer & apporter douleur. Et de faict il ne vouloit que l’on suivist toute volupté, ny aussi qu’on rejettast toute douleur, ains qu’il falloit mefurer avec un meur iugement les choses vtiles auec les inutiles, au compas du plaisir & contentement, comme pour exemple, il vouloit que quelquefois l’on fust frugal & fobre, ou bien afin que l’on iouist du plaisir de la santé, ou bien afin que l’on vacquast plus à l’aife à d’autres exercices, ou enfin, afin qu’en cas de necessité l’on se passait avec moins de douleur des choses superfluës ; mais rapportoit tout à la volupté, faifant pour iuge & modératrice la prudence en l’eslite & suite des choses ou opinions qui pouvoient troubler ou altérer nostre contentement ; & partant aussi, bien qu’il establit la volupté pour souverain bien, il ne reiettoit pour cela la vertu, ains le requeroit en fon disciple, mais fubfidiaircment ; difant qu’elle estoit desirable comme la medecine pour la fanté, non pour elle-même, mais en tant qu’elle donnoit du plaisir ; ainsi conioignoit-il la volupté du corps avec celle de l’ame, l’appellant toute la félicité à une vie ioyeufe. Et sur ce fondement il reiettoit tous les arts liberaux comme apportans du trouble a nostre ame, & diminuans nos contentemens. Reiettoit la prouidence divine & nioit l’immortalité des âmes lesquelles il disoit estre corporelles. Plutarque réfute ses opinions en un traicté qu’il a fait expres. Ses sectateurs l’auoient en telle reuerence qu’ils celebroient sa naissance par une feste chaque 20. du mois, & portoient son pourtraict dans des anneaux. Alex. d’Alex. liv. 3. chap. 8. Lucrece le dit avoir obscurcy la lumiere de tous les autres Philosophes, comme le Soleil celle des autres
astres. Mourut à Athènes âgé de 92 ans, & iaçoit qu’il fust fort fobre & abftinent pource qu’il mettoit le souverain bien en la volupté, l’on a appellé de son nom les hommes charnels & dissolus, Epicuriens. Diog. Laerce liv. 20. De la vie des Philosophes.
Espitre
Ceux qui ont publié l’excellence de la vérité ont divinement dit, que Dieu estoit toute vérité, & que si son essence merveilleuse se pouvoit representer en un estat visible, il auroit pour corps la lumière, & la vérité pour ame ; Ainsi ne seroit autre chose en effet, qu’une verité splendissante & connuë. C’est de cette vive & primitive source que découlent ces belles veritez, qui arrousent le champ spacieux de toutes les sciences, tant divines qu’humaines. Mais d’autant quelles passent par tant de lieux, qu’il est impossible qu’elles n’en reçoivent diverses impressions, & qu’elles y arrivent en leur pureté ; mesmes que la malice & l’ignorance des hommes en rompent le cours, ceux qui en desirent traiter, mandient, d’ordinaire le secours de quelque authorité puissante & souveraine, non seulement pour couvrir les deffauts de leur propre infirmité, mais aussi pour preuenir & estouffer la peruersité & estrangere. Or si jamais y eut Livre qui ait besoin d’estre éclairé de quelque eminente lumière de vérité, & soustenu d’une favorable assistance, c’est celuy qui s’ose maintenant faire voir à vostre Maiesté, tant pour la difficulté que pour la diversité de ses sujets. Cest pourquoy n’ayant assez de suffisance pour le conduire à perfection, ny de courageuse vertu pour surmonter l’ignorance & l’enuie ordinaire de ceux qui censurent les ouvrages d’autruy : I’ay creu avoir besoin des rayons d’un puissant Soleil, & pour me feruir de fanal en mes obscuritez, & pour dissiper les malignes humeurs qui troublent la veuë de la pluspart des hommes, & empeschent l’acoisition de sa lumière. Ainsi, MADAME, ay-je choisi le tres-puissant appuy de vostre grandeur, mais dont la gloire incomparable offusque mes sens & mes pensées ; si bien qu’à mesure qu’un ardent desir me porte à ce recours, une juste froideur m’en retire, craignant que ce premier abord ne m’esblouisse la veuc par les éclairs de sa presence, voire qu’il ne l’esteigne du tout, si je la tiens par trop fichée sur la pleine & brillante clarté. Et qui peut supporter la splendeur de tant & de si luisantes vertus ? Les faueurs & benedictions extraordinaires du Ciel qui vous accompagnent, attirent sur vous les yeux de tout le mondc avec rauiffement, vous ayant fait naistre pour la gloire de vostre fexe, & la honte du nostre. La pluspart des loüanges que l’on donne maintenant aux personnes, font, ou feintes, ou auancées, par efperance ou desir devant le temps de leur mérite : mais les vostres feruent de véritable & prefent patron à celles que l’on pourroit feindre en des personnes les plus parfaites : Car comme si vous estiez née pour les félicitez plus defirables de l’une & de l’autre vie, vostre condition vous fait pleinement posseder icy bas les biens qu on appelle de fortune ; & quant à ceux du corps & de l’efprit, tant naturels qu’acquis, ils vous feruent de gage, & vous rendent digne du dernier bien qui vous attend là haut. Car fans mettre en compte ce grand-heur d’estre née, iffuë & alliée des Maisons les plus illustres du monde, de Florence, d’Austriche, & de France ; Chacun void & admire les grâces dont la Nature vous a si libéralement doüée ; cette naïue douceur dont elle a tempéré votre Royale grauité & cette grande viuacité d’efprit jointe à la folidité du iugement dont elle vous a ornée ; Et par-dessus tout, cette rare pieté qui reluist en toutes vos actions parmy les plus puissans objects de la vanité. Mais toutes ces rares qualitez qui font au dessus des plus hautes louanges, font d’autant plus estimables, qu’elles n’ont leur fondement sur vne foible apparence & le faux iugement des hommes, mais sur la folide approbation que Dieu en a fait par fes plus fingulieres benedictions ; voire qui se descouurent iournellement en vous avec miracle, estant ainsi que le temps qui destruit la gloire des autres, fait paroistre avec plus d’éclat celle que vous auez fi iustement acquife. C’est cette celeste faueur qui vous a rendue pendant l’heureufe conduite de vostre Régence, autant redoutable aux Eftrangers, qu’agréable & falutaire à vos fujets : Car sous les ieunes ans de nostre Roy, vous auez fortifiée l’Eftat, & preuenu sa ruine (ce que vous faites encore par vos dignes Conseils) donnant à connoistre à tous que la foiblesse de vostre Sexe n’empesche point la grandeur
a ii j de voſtre courage & de voſtre prudence. Que ſi l’on doit rapporter à la cauſe, le bien, & l’heureux euenement des choſes, vous l’eſtes de preſque tout le bien qui se voit au monde, en ce que vous portez cet Impérieux titre de Mere, à l’honneur duquel le reſpect & l’humilité ont de tout temps eſté grauez dans l’ame des François. Car ayant eſté l’Eſpouſe d’vn des plus grands Roys de la terre, vous n’en auez rien voulu produire que des Roys & des Reynes, qui commandent à la France, l’Eſpagne, & l’Angleterre, qui font les plus ſignalez Royaumes de l’Europe, voire de la Chreſtienté : Si bien que l’on peut dire que voſtre famille fait la plus grande & honorable part de la Maiſon de Dieu, & que mettant la paix entre vos enfans, vous la faites naiſtre en toute l’Europe. Mais puis que l’honneur que vous auez mérité par tant de merveilleux effets, ſe partage entre une infinité de différentes vertus & heureux ſuccés ; Ioint que la renommée a deſia preuenu le deſir que l’on auroit de les faire connoiſtre : I’aime mieux les venerer & admirer avec le ſilence, que de les profaner par la temérité d’un langage ſoible & trop précipité. Excuſez toutesfois, MADAME, ſi i’oſe ietter mes yeux débiles ſur le Soleil de voſtre principale gloire, qui eſt voſtre debonnaireté, & ſi franchiſſant toute crainte, ie me ſerts d’icelle, afin d’offrir à voſtre grandeur ce bouquet tiſſu de toutes ſortes de fleurs, que i’ay recueillies dans le champ uniuerſel de ce monde. Ie n’euſſe pris cette hardieſſe de vous interrompre dans l’occupation des plus importantes affaires de cet Eſtat, à moins de vous preſenter la meilleure & la plus belle partie des choſes que les ſiecles paſſez ont , & qui se voyent encore en tout l’Vniuers. Et puis qu’en vous font comprifes comme un tableau racourcy, toutes les grâces & tout le bonheur dont Dieu peut combler une personne qu’il veut tres-dignement honorer : C’est bien raison que ce recueil qui contient comme en un abrégé, tous les faits héroïques & plus rares euenemens, vous foit dedié. Ie represente donc icy devant les yeux de vostre Maiesté, le portrait des auentures diverfes qui reluifent en la fortune des hommes, les vertus & les vices, la grandeur & la baffeffe, l’honneur & l’infamie, le bonheur & le malheur de la pluspart de ceux qui se font faits renômer auec plus d’esclat dans le monde, afin que vous foyez arbitre de leur vie, & de leurs actions. Et comme il n’appartient qu’aux âmes vrayement Royales, de déchiffrer les mysterieux fecrets de la vérité : Cest à vous d’y mettre la main, qui en poffedez une auec eminence, pouvant à plus juste titre donner le prix d’honneur à la vertu & à la perfection, puis que vous en auez le patron en vous mefmes. Mais, MADAME, si ie lose dire, vous pouvez adjouster à vos autres qualitez & perfectionsvl’une des plus excellentes, tres-digne de vostre foin & de vostre grandeur : C’est dembraffer & favorifer les estudes de la paix, entre lefquelles les lettres y tiennent le premier rang, côme celles qui poliffent les efprits, ciuilifent les mœurs, & conseruent la Religion & la Iustice. Leur dignité mérite bien d’estrc en vostre particulière protection ; & spécialement en faueur de ceux qui portent en titre les ornemens de la vertu de leurs Ancestres, lesquels & par la condition de leur naiffance & de leur bonne éducation, ont une cer- inclination à l’inftruction, à l’honneur, & à la generosité, qui sont toutes parties conuenables à l’acquisîtion des Sciences. Lors que la terre estoit cultiuée par les mains victorieufes des plus grands Roys & vaillans Capitaines ; icelle toute glorieufe de fentir un Laboureur triomphant, ouvroit libéralement son fein fe rendant féconde & fertile en toute forte de fruits : Là où maintenant n’estant labourée que par des mains feruiles & : roturières, elle fe montre fterile & indigente pour faire paroistre son dédain au mépris que l’on fait de sa dignité. Quand à femblable les plus nobles Sciences qui font les vrayes femences de nos efprits, estoient chéries par les Empereurs & autres grands Princes de la terre, elles se voyoient en leur pleine & entière majestéj dont toutesfois depuis elles se font trouvées décheuës, lors qu’en les dédaignant ils en ont quitté l’affection & l’employ à des personncs abjectes & de baffe condition. La grandeur & nobleffe des sciences libérales requièrent vn courage ferme, libre & généreux ; Les efprits des Gentils-hommes estans remplis par tout de vigueur & de valeur, fi l’on leur commet ce noble exercice, poufferoient fans doute des eflans extraordinaires de connoiffancc & de vertu. Car comme l’on a veu nos anciens François animez d’vn courage inuinciblc, porter leurs armes glorieufes dans les Nations estrangercs & fort efloignées, y faifant des conqueftes qui furpaffent toute croyance : Ainfi verroit-on les efprits releuez de ceux qui ont fuccedé à leur generofité, auancer leurs conceptions au delà du commun dans la recherche non encore tentée des choses, & penetrer par leur viuacité les plus difficiles & abstrus secrets des sciences. C est là, MADAME, cette autre moisson de gloire qui se presente à vostre Majesté, estant la plus grande d’entre les Reynes Chrestiennes, tout ce qu’il y a de grand & singulier doit estre l’objet de vostre genereuse ambition : Ainsi vostre juste ialousie ne permettra qu’aucun luy rauisse cette palme des mains. Epoint d’vn pur desir & de l’attente que ces considerations porteront coup en la douceur de vostre bon iugement : I’ay voulu à l’abry de vostre grandeur, donner à la Noblesse Françoife un auant goust de cette facilité qui paroist en l’apprentissage des sciences que plusieurs estiment de rude & espineux accez. L’opinion que i’ay eu de faire choses qui leur soit vtile & à vous agréable, m’a rehaussé le courage par dessus mes forces ordinaires, esperant que cet œuvre reussira sous l’authorité de vostre nom tres-auguste, & que vous estant à gré, il fera bien receu du public. Que si pour marque de cette approbation vous m’honorez de vos commandemens, alors mon esprit se surmontant soy-mefme par l’inspiration de vostre faueur, s’ose promettre de produire à l’aduenir quelque plus grand fruit qui authorisera pleinement l’hommage d’vne parfaite obeïssance que vous desire rendre,
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L'autheur au lecteur
VI se mesle de plusieurs choses ne peut qu’il n’ait affaire à plusieurs personnes ; & comme elles s’en feruent toutes a divers vfages, s’il desire les contenter, il doit exprimer ses dcsseins à divers visages, afin qu’en cette variété les unes chosissent & prennent pour elles selon leur appétit, ce que d’autres a l’aduenture auroient reietté par quelque degouft. Chacun fait combien il eft périlleux de s’expofer fans neceffité à un iugement public, où rien ne peut éuiter une iuste censure,si une excellente nature aidée par un art exquis & assidu labeur n’a conduist à la perfection ce que l’on produit au iour ; & specialement en un ouurage d’un grand deffein & de beaucoup de loisir, où il eft prefqu’impoffible que les plus verfez es sciences ne s'y méprennent, y gardant par tout l’inuention, l’ordre, & l’ornement neceffairc. C’est pourquoy quand te me fuis propofé d’expofer au plus grand iour de la France ce notable effay de mon esprit, ie n’ay point méconnu fa foiblesse, ayant premièrement à venir à la rencontre des meilleurs & plus forts antagonistes de ce siecle, & fecondement lors que ie me fuis engagé au traité de cette grande variété de fubjets où toutes les fciences doiuent entrer en escot pour le rendre parfait ; ou ce qui eft élabouré fera recherché de peu de gens, & ce qui eft defectueux fera remarqué d’un chacun. Car bien que ie reconnusse que ce m’eftoit beaucoup dauantage d’auoir a discourir de toutes choses, où ie ne pouvois de matière ny de parolles, si est-ce que ie considerois que tant plus ces diuers objets me donnoient de champ & d’estenduë, plus les Lecteurs attendroient de moy de suffisance à les examiner. Toutefois ayant recueilly par l’aduis des Doctes & plus iudicieux le grand bien que retirerait le public de ce project, qui feroit un racourcissement des longues estudes, que la facilité jointe avec l’utilité rendait égallement necessaire à toutes personnes, & specialement aux François à qui la condition a desnié la connoissance des langues & des sciences ; cette seule pensée esjoüye de la nouveauté de mon inuention, a eu plus de pouvoir sur mon iugement, pour me persuader de l’exposer au iour & à la lumière de l’impression, que le soin de ma réputation & la crainte de n’esgaler pas le desir & l’esperance des Lecteurs.
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The end
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