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Le Compagnon du tour de France

George Sand · 1869 · Free in the US

302,443 words · about 21 h 11 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Free in the US: this text is in the public domain in the United States; it may still be in copyright elsewhere.

Licence: PD-US · Published in 1869 (before 1931): public domain in the United States. Text and transcription from fr Wikisource by Wikisource contributors (transcription licensed CC BY-SA 4.0; contributors: https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Le_Compagnon_du_tour_de_France&action=history). · Wikisource contributors

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About this book

Author
George Sand
Language
French
Published
1869
Length
302,443 words · about 21 h 11 min
Sections
39 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (39)
  1. Front matter about 11 h 17 min
  2. Avant-propos about 9 min
  3. Chapitre I about 9 min
  4. Chapitre II about 11 min
  5. Chapitre III about 17 min
  6. Chapitre IV about 9 min
  7. Chapitre V about 8 min
  8. Chapitre VI about 13 min
  9. Chapitre VII about 15 min
  10. Chapitre VIII about 14 min
  11. Chapitre IX about 14 min
  12. Chapitre X about 8 min
  13. Chapitre XI about 20 min
  14. Chapitre XII about 22 min
  15. Chapitre XIII about 21 min
  16. Chapitre XIV about 8 min
  17. Chapitre XV about 30 min
  18. Chapitre XVI about 20 min
  19. Chapitre XVII about 14 min
  20. Chapitre XVIII about 19 min
  21. Chapitre XIX about 19 min
  22. Chapitre XX about 28 min
  23. Notice about 3 min
  24. Sommaire under 1 min
  25. Chapitre XXI about 17 min
  26. Chapitre XXII about 20 min
  27. Chapitre XXIII about 14 min
  28. Chapitre XXIV about 11 min
  29. Chapitre XXV about 16 min
  30. Chapitre XXVI about 18 min
  31. Chapitre XXVII about 13 min
  32. Chapitre XXVIII about 27 min
  33. Chapitre XXIX about 26 min
  34. Chapitre XXX about 23 min
  35. Chapitre XXXI about 19 min
  36. Chapitre XXXII about 24 min
  37. Chapitre XXXIII about 24 min
  38. Chapitre XXXIV about 11 min
  39. Sommaire under 1 min

Continue:

Front matter

En lisant l’ouvrage d’un homme alors assez obscur, et aujourd’hui fort en vue (le Livre du Compagnonnage, par Agricol Perdiguier, menuisier au faubourg Saint-Antoine, aujourd’hui représentant du peuple), je fus frappé, non-seulement de la poésie des antiques initiations du Devoir, mais encore de l’importance morale du sujet, et j’écrivis le roman du Compagnon du Tour de France dans des idées sincèrement progressives. Il me fut bien impossible, en cherchant à représenter un type d’ouvrier aussi avancé que notre temps le comporte, de ne pas lui donner des idées sur la société présente et des aspirations vers la société future. Cependant on cria, dans certaines classes, à l’impossible, à l’exagération, on m’accusa de flatter le peuple de vouloir l’embellir. Eh bien, pourquoi non ? Pourquoi, en supposant que mon type fût trop idéalisé, n’aurais-je eu le droit de faire pour les hommes du peuple ce qu’on m’avait permis de faire pour ceux des autres classes ? Pourquoi n’aurais-je pas tracé un portrait, le plus agréable et le plus sérieux possible, pour que tous les ouvriers intelligents et bons eussent le désir de lui ressembler ? Depuis quand le roman est-il forcément la peinture de ce qui est, la dure et froide réalité des hommes et des choses contemporaines ? Il en peut être ainsi, je le sais, et Balzac, un maître devant le talent duquel je me suis toujours incliné, a fait la Comédie humaine. Mais, tout en étant lié d’amitié avec cet homme illustre, je voyais les choses humaines sous un tout autre aspect, et je me souviens de lui avoir dit, à peu près à l’époque où j’écrivais le Compagnon du Tour de France : « Vous faites la Comédie humaine. Ce titre est modeste ; vous pourriez aussi bien dire le drame, la tragédie humaine. — Oui, me répondit-il, et vous, vous faites l’épopée humaine. — Cette fois, repris-je, le titre serait trop relevé. Mais je voudrais faire l’églogue humaine, le poëme, le roman humain. En somme, vous voulez et savez peindre l’homme tel qu’il est sous vos yeux, soit ! Moi, je me sens porté à le peindre tel que je souhaite qu’il soit, tel que je crois qu’il doit être. » Et comme nous ne nous faisions pas de concurrence, nous eûmes bientôt reconnu notre droit mutuel.

À cette époque-là, il y a une dizaine d’années, mon type de Pierre Huguenin pouvait paraître embelli pour les gens du monde qui n’avaient pas de rapports directs avec ceux de l’atelier. Cependant Agricol Perdiguier lui-même était au moins aussi intelligent, au moins aussi instruit que Pierre Huguenin. Un autre ouvrier, le premier venu, pouvait être jeune et beau, personne ne le niera. Une femme bien née, comme on dit, peut aimer la beauté dans un homme sans naissance, cela s’est vu ! Une femme de cœur et d’esprit peut n’apprécier que le cœur et l’esprit dans l’homme qu’elle aime. Cela se verra, j’espère, si cela ne se voit déjà au temps où nous sommes. Enfin tout ce qui n’existait pas alors, à ce qu’on assurait, pouvait être et devait être bientôt. Et la preuve, c’est que quelques années plus tard, Eugène Sue prit pour héros d’un roman à immense succès, un ouvrier qu’il fit poëte, philosophe, et socialiste, qui plus est. Personne n’y trouva à redire. Est-ce parce qu’il fut présenté avec plus d’adresse et habillé avec plus de vraisemblance ? c’est possible. J’ai toujours du plaisir, et jamais de chagrin à voir mes confrères réussir ce que j’ai pu manquer. Mais la question reste la même au fond. Un ouvrier est un homme tout pareil à un autre homme, un monsieur tout pareil à un autre monsieur, et je m’étonne beaucoup que cela étonne encore quelqu’un. Il n’est pas nécessaire d’avoir été reçu bachelier pour être aussi instruit que tous les bacheliers du monde. Ce n’est pas au collége qu’on apprend à être moral et religieux, puisqu’on n’y apprend que le grec et le latin. On y acquiert fort lentement une certaine instruction qu’un ouvrier, tout comme une femme, peut acquérir plus tard et plus vite avec de l’intelligence et de la volonté. Enfin cette prétendue infériorité de race ou de sexe est un préjugé qui n’a même plus l’excuse aujourd’hui d’être soutenu de bonne foi, et le combattre davantage serait même fort puéril à l’heure qu’il est.

J’ai publié, pour la première fois, le roman qu’on va lire sous le poids des anathèmes de deux castes, la noblesse et la bourgeoisie, sans compter le clergé, dont les journaux m’accusaient sans façon d’aller étudier les mœurs des ouvriers, tous les dimanches, à la barrière, d’où je revenais ivre avec Pierre Leroux. Voilà comment un certain monde et une certaine religion accueillent les tentatives de moralisation, et comment un livre dont l’idée évangélique était le but bien déclaré, fut reçu par les conservateurs de la morale et les ministres de l’Évangile.

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