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Quand je vous vis, il y a cinq mois, j’hésitais encore à donner au public ce livre, sur lequel la frivolité pourra facilement se méprendre. Vos exhortations et l’accord que je remarquai entre vos vues et les miennes me portèrent à ne pas m’interdire pour le malentendu des uns ce qui pouvait n’être pas sans fruit pour quelques autres. Vous m’apprîtes que le Cantique fait partie de votre Bible et que vous le relisez chaque année. Vous me fîtes comprendre que dans l’église que nous édifions tout sert au but de l’éternité, et vos me révélèrent de combien de joie (je ne dis pas de vulgaire gaieté) la vie serait pleine si on savait retrouver l’art de la passionner pour ce qui est beau et vrai. Lisez, ce printemps, la pastorale de Sulem sous vos orangers de Cannes, et venez bientôt nous redire que la science est une chose jeune, qu’elle suppose la fraîcheur de l’âme, et que, quand elle remplit la vie, elle empêche de vieillir.
Israël se laissait quelquefois distraire de sa haute destinée, et durant des siècles on vit ce peuple oublier la mission religieuse qu’il était appelé à remplir. Devenue la Terre Sainte pour l’humanité civilisée, la Judée ne nous apparaît maintenant que comme un pays de prêtres et de prophètes ; tous les monuments de la littérature hébraïque sont, au premier coup d’œil, des livres saints. Mais c’est là une illusion résultant du préjugé qui ne nous permet de voir dans les grandes choses que le principe même qui en a fait la . Une étude attentive de ces écrits donnés tous pour religieux nous révèle de nombreuses traces d’une vie profane, qui, n’ayant pas été le côté le plus brillant du peuple juif, a été naturellement rejetée dans l’ombre. Par un miracle étrange, et grâce à une méprise pour laquelle la critique ne saurait se montrer bien sévère, puisqu’elle nous a conservé le plus curieux peut-être des monuments de l’antiquité, un livre entier, œuvre de ces moments d’oubli où le peuple de Dieu laissait reposer ses espérances infinies, est venu jusqu’à nous. Le Cantique des Cantiques n’est pas la seule page profane que renferme la Bible, mais c’est de beaucoup celle pour laquelle les scribes qui ont décidé du sort des écrits hébreux ont le plus élargi leurs règles d’admission. J’ai donc cru faire un travail utile en étudiant, après le Livre de Job, cet autre livre, bien moins important sous le rapport de la philosophie et de la religion, mais essentiel aussi pour qui veut connaître exactement l’histoire du développement de l’esprit hébreu.
La nature particulière des difficultés du Cantique des Cantiques m’a obligé dans cet essai à suivre un plan un peu différent de celui que j’avais adopté pour le Livre de Job. Ni dans l’une ni dans l’autre de ces deux études, je ne me suis proposé de faire un commentaire perpétuel où le sens de tous les passages difficiles soit discuté ; rarement, j’ai été amené à proposer dans le détail des interprétations entièrement neuves ; la justification de ma traduction se trouve, par conséquent, dans les nombreux ouvrages où chaque ligne de ces antiques écrits a été examinée avec des développements auxquels j’aurais peu de chose à ajouter. Mais en ce qui concerne le Cantique des Cantiques quelques explications de plus étaient nécessaires. Le plan de l’ouvrage, qui dans le livre de Job est évident, offre, dans le poëme qui cette fois nous occupe, les plus sérieuses difficultés ; c’est là, à vrai dire, le grand problème de l’exégèse du Cantique. J’ai donc proposé au lecteur, sans jamais reculer devant la nécessité des déductions les plus compliquées, toute la série des raisonnements qui m’ont conduit à mon hypothèse sur la nature du poëme. C’est l’objet du premier paragraphe de l’Étude préliminaire. Sans ces détails, l’arrangement que j’ai prêté au poëme eût semblé une construction artificielle, et plusieurs endroits eussent offert une apparence de subtilité.
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The end
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