Front matter
deuxième édition.
GENÈVE. — IMPRIMERIE E. PELLETIER.
DE LA DOCTRINE DE LA RÉSURRECTION, ET BUT DE CE TRAITÉ.
Importance de la doctrine de la résurrection, et but de ce traité
DE LA DOCTRINE DE LA RÉSURRECTION, ET BUT DE CE TRAITÉ.
Que la doctrine de la Résurrection de Christ et de l’Église soit d’une grande importance, c’est ce dont conviendra sans doute tout fidèle qui réfléchit sur les espérances que nous possédons dans le Sauveur pour le siècle avenir. Mais plus on sonde les Écritures, plus on peut se convaincre que dans celle doctrine est renfermée la vérité qui sert de base à la Bonne Nouvelle, celle qui imprime à la Rédemption un caractère positif, celle qui donne une puissance réelle à toutes les autres doctrines des Écritures. Le mystérieux sacrifice offert sur la croix est sans doute la racine du Christianisme, puisqu’il est la manifestation la plus éclatante de l’amour de Dieu envers les pécheurs, Rom. v, 6–8 : mais s’il eût été possible que la mort retînt le Sauveur dans ses chaînes, ce sacrifice, au lieu d’être une source de salut, de paix et de joie, nous aurait laissés dans un désespoir que rien n’eût été capable d’apaiser. Car, selon la décision du St. Esprit, si Christ n’est point ressuscité, notre foi est vaine, et nous sommes encore dans nos péchés, 1Corinth. , 14. De qui la mort se dessaisirait-elle, si le Prince de la vie n’en avait pas triomphé ?
C’est donc la résurrection qui, seule jette une brillante lumière au milieu des ténèbres dont est couverte la tombe de Christ, du Juste par excellence, et qui renverse ce trophée de la victoire momentanée du prince de ce monde sur le Prince de la vie. Par elle s’explique celle espèce d’asservissement à la puissance du diable et à l’inexorable justice de Dieu, sous lequel Jésus a voulu se mettre pendant un temps. C’est elle encore qui caractérise la mission, ou plutôt le ministère des douze ; car sur le point de choisir quelqu’un d’entre les disciples pour remplir le vide que les crimes de Judas avaient laissé dans leur nombre, Pierre se levant au milieu d’eux déclara que la résurrection devait être l’objet solennel de leur témoignage, Act. i, 16–22. Et nous voyons qu’en effet la victoire du Christ sur la mort, comme celle de tous les fidèles avec Lui, fut le sujet des premières prédications que firent les témoins de Jésus à Jérusalem, Act. ii, iii, iv, 1, 2, et chez les Gentils, Act. x. Pour ne pas multiplier les citations sans nécessité, nous renverrons nos lecteurs à l’exposition la plus ample que l’Esprit Saint nous ail laissé de la doctrine de la résurrection ; nous voulons dire au chapitre xv de la 1Épître aux Corinthiens. Tout ce magnifique morceau est consacré à développer la nature, les preuves et l’importance de la résurrection du Chef et de celle des membres ; l’une et l’autre constamment unies ou présentées d’une manière indissoluble dans le Nouveau Testament. Aussi, vu la place qu’occupent ces deux faits dans la doctrine Évangélique, ne sera-t-on pas surpris que Satan ait déployé, dès le principe, une grande violence contre ceux qui les annonçaient, Act. v, 17 ; et que comme il avait formé, dans la justice Pharisaïque, une opposition à la grâce de Dieu et à la parfaite justice de Christ, il ait préparé le Sadducéisme ancien et moderne pour renverser ce dont les Apôtres devaient être les témoins jusqu’aux extrémités de la terre, et ce qui fonde l’assurance de la foi, aussi bien que ce qui est la base de l’espérance des enfants de Dieu.
Le but que nous nous proposons dans ce traité, est de justifier ce que nous venons d’affirmer d’une manière générale. Nous désirerions attirer l’attention de nos lecteurs sur deux principes relatifs à la résurrection ; lesquels moyennant la grâce du Seigneur, serviront à leur faire comprendre que dans celle doctrine se trouvent réunies, 1° les fondements et les espérances du Christianisme ; 2° la justification des fidèles et la sanctification, qui est pour ces derniers le déploiement de la vie chrétienne dans leur cœur, leurs discours et leur conduite.
Usage que l’on fait ordinairement de la doctrine de la résurrection
On allègue ordinairement la résurrection de Christ comme une preuve de la vérité de Christianisme, et une démonstration évidente du plein accomplissement de l’œuvre de Jésus en sa mort : très-bons arguments en effet à présenter aux infidèles ; car Dieu lui-même nous a dit : Si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine ; et Paul déclare expressément que sa prédication est aussi vaine sans cet événement, ainsi que celle de ses compagnons d’armes. Même, ajoute-t-il, nous sommes de faux témoins de Dieu ; car nous avons rendit témoignage contre Dieu qu’il a ressuscité le Christ, 1Corinth. xv, 14-15. Ce fait que Jésus s’est relevé d’entre les morts, est comme la pierre de l’angle qui soutient tout l’édifice de la foi, le pivot sur lequel roule pour ainsi dire la vérité des Écritures. Mais pour ceux qui ont été amenés à croire au Seigneur Jésus, pour ceux dont les espérances sont déjà assises sur le Rocher des siècles, et qui désirent éprouver dans leurs âmes régénérées la puissance ou l’efficace de la Parole de Dieu, la doctrine de la résurrection, telle que les Écritures la présentent, renferme bien plus encore que tout cela.
La misère de l’Église, la fâcheuse conséquence de son long et triste sommeil, a été et est encore, que satisfaite d’avoir conservé ou retrouvé par la grâce de Dieu cette portion de la vérité divine, elle s’est arrêtée là et n’est pas allée plus loin, comme elle l’a fait encore
à l’égard de plusieurs autres doctrines. On a vu souvent dans les temps passés et actuels se réaliser spirituellement et par rapport aux fondements de la foi, l’histoire de l’arche reçue avec joie quand elle revient du pays des Philistins, puis abandonnée dans un champ, 1Samuel, vi, 13-18 : mais avec celle différence que n’y ayant pas aujourd’hui peine de mort pour qui regarde dans l’arche ou qui cherche à pénétrer dans la moëlle des doctrines Évangéliques, et ceux qui sont dépositaires de ce trésor ayant reçu l’ordre de le sonder, ils perdent à ne pas le faire, et souvent sont asséchés de soif à côté d’une source abondante. Il y a peu de Chrétiens aujourd’hui, qui non contens d’avoir reçu la paix de l’âme par le moyen de la Parole, s’emploient activement à y trouver autre chose que ce qui se rapporte directement à leur propre salut. On dirait que pour plusieurs, les incompréhensibles richesses de Christ, l’excellence de sa connaissance, la gloire dont il jouit, celle qu’il manifestera un jour, tout autant de choses qui font partie du trésor de l’âme fidèle et sont la portion de son héritage et de son breuvage, ne méritent pas de sa part une sérieuse attention. Il semblerait que Dieu n’ait révélé ces choses que pour se glorifier Lui-même, et non pour être glorifié par ceux auxquels Il Lui a plu de les révéler. Quelle coupable paresse ! et comment la justifier ?
On alléguera peut-être la nécessité d’être prudents, le danger d’aller au-delà de ce qui est écrit, la crainte de tomber dans de pures spéculations. Mais tout ce qui touche à la personne et à l’œuvre du Seigneur Jésus, de Celui qui est notre Chef et notre frère, peut-il, doit-il exciter de tels scrupules et une telle frayeur ? Appellerons-nous des spéculations, les choses merveilleuses que Dieu nous a révélées par son Esprit, et qu’Il a réservées avant tous les siècles à notre gloire ? — D’autres s’excuseront sur ce qu’il y a trop d’ouvrage à faire au dehors, sur la nécessité de ne pas le négliger, sur la joie que l’on trouve à s’employer ainsi, ou telle autre raison de ce genre. Activité le plus souvent extérieure, leur répondrons-nous, à laquelle le Seigneur eût probablement adressé le reproche qu’il fit à Marthe : activité ordinairement sans puissance réelle sur le cœur, parce qu’elle ne s’exerce pas d’une manière biblique, parce qu’elle aime le bruit et l’éclat, et qu’elle est fréquemment un fruit de l’habitude, une affaire d’entraînement, un moyen d’échapper à de certains malaises de conscience engendrés par la négligence de devoirs tout au moins aussi essentiels ; au lieu d’être l’expression de la vie croissante de Christ en nous et d’une âme pressée par l’amour de Jésus de se consacrer uniquement à son service. Vous êtes satisfaits dans votre œuvre extérieure, et dans le mouvement que vous vous donnez pour étendre, dites-vous, le règne de notre Maître ; soit. Mais il faut plus que cela à un chrétien vivant : altéré de la grâce et de la gloire du Dieu Fort, il ne peut se dire heureux et joyeux que lorsque son âme est pleine de Christ, qu’elle contemple la gloire que le Père lui a donnée, et qu’elle aperçoit tous les trésors de sagesse, de bonté, de puissance et d’amour qui ont été manifestés en Lui.
En annonçant la résurrection de Christ et en y insistant souvent comme il l’a fait dans ses Épîtres, Paul a plus que condamné la négligence des chrétiens à se nourrir de cette doctrine, et toutes les pensées que la sagesse humaine a su enfanter pour justifier cette négligence ; quant à lui-même, on voit que son âme, tout en étant assiégée par le besoin de servir son Maître au dehors, ne négligeait pas de considérer soigneusement Celui en comparaison de l’excellence de la connaissance duquel il estimait toutes choses lui être un dommage, et pour l’amour duquel il s’était privé de tout, Phil, iii. 8. Ce qu’il désirait avec le plus d’ardeur, était de connaître l’efficace de la résurrection de Jésus, et de parvenir de quelque manière que ce fût à la ré surrection d’entre les morts, qui est le prix de la céleste vocation de Dieu en Jésus-Christ. Hélas ! est-ce bien là la pensée et l’affection dominante des chrétiens d’aujourd’hui ? Comprennent-ils ce langage, et aspirent-ils à la même grâce, au même but que ce bienheureux Apôtre ? Quoi qu’il en soit du reste, il est bien évident que Paul découvrait dans la résurrection de son Maître plus qu’une des bases de sa foi (Rom. i, 4), et une certitude de l’expiation des péchés (Rom. iv, 25) ; la résurrection des saints était aussi pour lui plus qu’une simple doctrine. Il voyait dans l’une le sujet, d’une espérance vive, ainsi que l’Apôtre Pierre, 1 Épître, i, 3, et la force de la vie chrétienne ; et il considérait l’autre comme le but de sa course, ou la couronne qui devait ceindre son front. Aussi afin de jouir de celle espérance, de cette vie et de cette couronne, afin de gagner Christ en un mot, regardait-il comme une ordure tous ses avantages selon la chair. Et certes si l’Église de Dieu a perdu de sa vie primitive, de son énergie spirituelle, elle ne peut espérer de la recouvrer qu’en revenant à ce qui agissait si puissamment sur l’âme de Paul, à ce que Pierre regardait comme l’aurore de la bénédiction et de la gloire ; et non pas en se bornant à une simple confession de ces deux faits que Christ est ressuscité, et que les fidèles seront un jour ressuscités par Lui. Recherchons donc, bien-aimés frères, recherchons la plénitude de la vérité à cet égard ; ne nous arrêtons pas sur les bords des voies de Dieu quand nous sommes invités à y pénétrer pour la joie de notre foi. Étudions avec prière la Parole pour recevoir instruction, et afin que nous soyons conduits en toute vérité par cet Esprit saint qui doit prendre de ce qui est à Christ pour nous l’annoncer, selon la bonne promesse du Seigneur. Il les tient toujours ses promesses : attendons-nous à l’accomplissement de celle-ci.
La Doctrine de la résurrection renferme les fondements et les espérances du Christianisme
Nous avons dit plus haut que les bases et les espérances de la foi chrétienne se trouvent liées ensemble dans la doctrine de la résurrection de Christ et de ses membres. C’est ce qui résulte bien clairement de l’enseignement de Paul, 1 Corinth. xv, et en particulier des versets 12-22. L’Apôtre nous prêche aussi les mêmes choses dans plusieurs endroits de son Épître aux Romains. Ainsi pour ce qui concerne la personne même du Christ (dont la divinité et l’humanité sont des dogmes essentiels de la foi), Paul nous apprend que Jésus a été déclaré Fils de Dieu en puissance selon l’Esprit de sanctification, par sa résurrection d’entre les
morts ; et que quant à ce qui nous regarde, Il est ressuscité pour notre justification. Rom. i, 4 ; iv, 25. Plus loin, nous montrant la gloire du Christ ressuscité comme l’objet de notre espérance, il nous apprend que Dieu nous a prédestinés à être conformes à l’image de son Fils, afin que celui-ci soit le premier-né entre plusieurs frères, Rom. viii, 28. Ici, comme on le voit, une double consolation est offerte à l’Église. Dans la résurrection de Jésus et la gloire actuelle dont il jouit, elle a une évidence irrécusable de la justice de son Sauveur, justice si parfaite que celui qui l’a accomplie a pu s’asseoir, sans le souiller, sur le trône de Dieu même, et qu’imputée au pécheur, celui-ci en devient riche de la justice de Dieu, Rom. iii, 21-25. 2Cor. v, 21. Mais dans cette gloire, l’Église contemple aussi le résultat de cette justice, ou plutôt la récompense que le Christ a reçue en tant que juste, Philip. ii, 6-11 ; et participante, comme elle l’est en croyant, des souffrances et de l’obéissance de Christ, elle a une arrhe non-seulement de sa propre résurrection, mais encore de l’héritage glorieux de ce Jésus dont elle-même est l’accomplissement, Éphés. i, 14-22 ; car Jésus a fait celle prière pour elle : Père, ma volonté est que là ou je suis ceux que tu m’as donnés y soient aussi, après avoir dit quelques versets plus haut : Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, Jean, xvii, 24, 22. — Ainsi le croyant trouve ici de quoi raffermir en même temps sa soi et son espérance. Par l’Esprit nous attendons de la foi l’espérance de la justice, selon ce qui est écrit, Galates, v, 5 : ce passage, souvent mal compris, s’explique aisément par ce qui vient d’être dit. L’espérance de la justice est le futur et heureux partage de ceux qui sont eux-mêmes justice de Dieu en Christ, 2Corinth. v, 21 ; c’est ce qu’ils attendent maintenant par la patience, Rom. viii, 24 : en d’autres termes, c’est la gloire qui est la récompense des souffrances et de l’obéissance de Jésus ; gloire qui est l’héritage des enfants de Dieu, et dont ils ont l’arrhe par l’habitation de l’Esprit en eux depuis qu’ils ont cru. Voilà ce que la foi aux promesses de Dieu leur fait attendre ; et c’est par l’Esprit que cette attente est entretenue, parce que ce Consolateur a glorifié Christ en eus, Jean, xvi, 13, 14. L’Église n’espère pas la justice, car elle l’a. Voilà son privilége sur la terre, Rom. v, 1. 1Corinth. vi, 11 : voilà ce qu’elle a trouvé en trouvant Christ qui a été mort et qui est maintenant vivant aux siècles des siècles. Mais, encore dans l’exil, elle se console par l’assurance qu’elle entrera un jour dans la joie de son Seigneur et de son Époux qu’elle voit glorifié à la droite du Père, et dont son affaire ici-bas est de contempler la gloire pour être transformée à la même image par l’Esprit qui la lui a manifestée, 2Corinth. iii, 18.
Valeur de la doctrine de la résurrection quant à la justification et à la sanctification des fidèles
L’usage que l’Apôtre Paul fait de toutes ces vérités, eu égard à la justification des pécheurs ou plutôt de l’Église, est extrêmement remarquable ; ainsi que la manière dont il lie l’une avec l’autre, la justification et la sanctification, dans la doctrine de la résurrection de Christ et des fidèles. Nous en citerons quelques exemples.
Au chapitre iii des Romains, il avait présenté la mort ou le sang de Jésus comme l’objet de la loi justifiante. Mais la résurrection entre aussi comme partie intégrante dans l’objet de cette foi ; et l’on n’en doutera pas si l’on examine l’argumentation de l’Apôtre au chapitre iv, dans lequel il prouve qu’Abraham fut justifié par la foi et propose cette foi à l’imitation des Chrétiens. Or, que crut Abraham ? c’est qu’il aurait une postérité nombreuse comme les étoiles au Ciel. Et si l’on demande comment une vérité de ce genre put devenir l’objet d’une loi justifiante, l’Apôtre nous répondra que ce patriarche n’eut point d’égard à son corps déjà amorti, mais qu’il crut en Dieu qui ressuscite les morts et qui appelle les choses qui ne sont point comme si elles étaient ; voyez Rom. iv, 17-22. Or, ajoute Paul, que cela lui ait été imputé à justice, n’a point été écrit seulement pour lui, mais aussi pour nous qui croyons à celui qui a ressuscité des morts
Jésus-Christ notre Seigneur, lequel est mort pour nos offenses et ressuscité pour notre justification, vers. 23–25, La foi en la puissance de Dieu qui peut redonner la vie à ce qui est mort, fut donc ce qui justifia Abraham ; c’est encore là ce qui justifie aujourd’hui les croyants. Pierre enseigne aussi la même doctrine : Par Lui (Jésus) vous croyez en Dieu qui l’a ressuscité des morts, 1Pierre, i, 21.
Dans le vi et le vii chapitre, la doctrine de la résurrection est présentée comme le principe de la justification et de la sanctification des fidèles ; et c’est d’elle que l’Esprit saint se sert pour combattre l’objection que l’on fait ordinairement contre le salut par grâce, c’est-à-dire qu’il ouvre la porte au péché. ― L’Apôtre, à la fin du Chapitre v, avait établi que la grâce règne maintenant par la justice pour donner la vie éternelle, et qu’elle abonde par dessus le péché. Pécherons-nous donc, poursuit-il, afin que la grâce abonde ? Ainsi ! La chose n’arrivera jamais aux objets de la grâce ; jamais ils ne feront un si horrible calcul. Et pourquoi ? parce qu’étant morts avec Christ et en Christ, en Lui ils sont ressuscités en nouveauté de vie par la loi ; et tout comme Il est vivant pour Dieu après en avoir fini avec le péché sur la croix, ceux qui se sont vus en Lui sur cette dernière, doivent s’estimer vivants et ressuscités comme Lui, et vivre désormais pour Dieu qui les a faits vivants de morts qu’ils étaient. On peut remarquer ici l’intime connexion qui existe entre la justification et la vie Chrétienne, et comme ni la résurrection de Christ est la source de l’une et de l’autre. ― Plus loin, Paul nous présente les mêmes choses sous une autre forme. Quoi ! s’écrie-t-il, pécherons-nous parce que nous ne sommes plus sous la loi mais sous la grâce ? Ainsi ! Et la raison qu’il en allègue est que nous ne sommes plus sous l’es clavage du péché et de la Loi, mais à un autre maître qui, étant mort à notre place sous la malédiction de la Loi, a rompu les liens qui nous unissaient à notre vieux maître, et nous a affranchis de sa servitude. Or étant morts à la Loi dans le Christ, nous appartenons maintenant à Christ, et puisque Christ est ressuscité des morts, et nous avec Lui, la vie de Christ est en nous, comme jadis la mort y était par notre union avec la Loi : ainsi nous servons, et nous servirons désormais Dieu par la puissance ou l’efficace de celle vie nouvelle, et non plus sous l’influence d’une Loi qui ne peut rien sur nos affections pour les régénérer.
Ainsi d’après l’Écriture c’est dans la résurrection de Christ que nous trouvons la vie, c’est-à-dire la justice qui nous ouvre le Ciel et la puissance de glorifier Dieu sur la terre par la sainteté. Mais plus de détails sont ici nécessaires, et nous les donnerons.
La mort est la fin de tout ce que peuvent enfanter notre propre sagesse et nos propres efforts, même dans l’état de grâce ; car notre souche naturelle est le premier Adam qui a apporté la mort dans le monde, ainsi que le péché duquel les enfants de Dieu souffrent encore plus ou moins soit dans leurs corps soit dans leurs âmes. Mais l’Église voit ses péchés dans le Christ ; sachant, dit Paul, que notre vieil homme a été crucifié avec Lui, Rom. vi, 6. L’étonnant amour du Sauveur, passant par-dessus les affreuses conséquences du péché, l’a porté à devenir le substitut de cette Église, pour se soumettre comme tel, au juste jugement de Dieu, aux douleurs de la mort, et aux souffrances qui sont, par la juste sentence du Saint des saints, le résultat nécessaire de l’iniquité. Très-saint en lui-même, le Sauveur ressentit mieux que personne toute la rigueur de ce jugement à cause de la puissance divine déployée en Lui. Mais comme Il aimait ses créatures de l’amour de Dieu même, c’est-à-dire infiniment et d’une manière incompréhensible, Il porta comme un Agneau et sans ouvrir la bouche, toute l’horreur de la colère éternelle ; Il prit la coupe qui lui était présentée ; Il la vida jusqu’à la lie, et Il rendit l’Esprit, écrasé sous le poids de nos péchés. — Satan, le prince de ce monde qui avait l’empire de la mort et en tenait les clefs, se réjouit dans la victoire qu’il avait eu la permission de remporter pour un moment, sur Celui qu’il n’avait pu vaincre par la tentation. Il poussa des cris de triomphe par la bouche de ses serviteurs, qui dirent : Aha ! Aha ! Ps. xl, 15, sur l’âme du seul Juste, de la seule espérance de l’Église et du monde. Mais ce n’était pas contre la faiblesse de l’humanité dégénérée et corrompue qu’il avait à faire. Jésus, avait pris à soi, il est vrai, le péché, ou plutôt l’amende du péché, et la ressemblance de la chair de péché, Rom. viii, 3 : devenu aussi vraiment homme et capable de souffrance que l’un d’entre nous, Il s’était soumis à subir la sentence destinée à l’homme, et à passer entre les bras de cette mort qui est le salaire de l’iniquité. Mais il n’avait pas ce qui donne à la mort le pouvoir de retenir l’homme dans ses chaînes, c’est-à-dire, la Loi du péché qui habite dans nos membres, Rom. vii, 23 : Satan ne put pas la trouver chez le Prince de notre salut, chez Celui qui a été tenté comme nous en toutes choses sans péché. S’il parvint à faire condamner Jésus comme coupable de blasphème et de révolte, par les instruments de sa haine, on sait assez que ce fut l’aveuglement de ces derniers qui dicta leur sentence, puisqu’aucun crime qui fût digne de cette mort n’existait chez leur victime. Et si Jésus reçut sans mot dire cette sentence et son exécution, c’est qu’Il la sentait partir de plus haut que du siége judicial d’Anne ou de Pilate ; comme nous le voyons en Ésaïe, liii. Le prince des ténèbres ne trouva donc rien en Lui, Jean, xiv, 30 ; et le passager triomphe qu’il lui fut donné de remporter sur le Prince de la vie, ne fut que le signal de sa défaite. Il exécuta sur le Christ la sentence prononcée contre l’Église, parce que c’était sur son épaule qu’était placée la clef du sépulcre, ou que, par le jugement de Dieu, c’était lui qui avait sur nous l’empire de la mort. Mais comme cette sentence était celle de la Justice divine, ou plutôt le dernier effort de la Justice contre nous, dès que Satan eut rempli son office infernal, et que la victime eut été frappée, il arriva ce dont Jonas le prophète était le signe ; la mer furieuse de la colère de Dieu fut apaisée ; le prince de la mort, monstre qui avait englouti l’Envoyé Céleste, fut rendu impuissant, Hébr. ii, 14 ; Dieu le contraignit de rendre sa proie. Descendu dans les entrailles du sépulcre, Jésus en ressortit vivant, tenant en ses mains les clefs qui jusqu’alors avaient été entre les mains de l’ennemi, et avec lesquelles Il ouvrira un jour les portes de ce lieu invisible qui retient encore les siens loin de leur patrie. Voyez Apoc. i, 18. Matth. xvi, 18.
C’est là ce qui donne à la résurrection un rang aussi élevé dans la prédication de ceux qui furent choisis pour en être les témoins devant le monde. Elle avait brillé sur ce dernier comme le soleil lorsqu’il se lève, mais elle ne fut connue et comprise que par les âmes délivrées de la puissance des ténèbres, le dieu de ce siècle ayant aveuglé les entendements des autres, afin que la bonne nouvelle de la gloire de Christ qui est l’image de Dieu ne leur resplendît point, 2Corinth. iv, 3, comme c’est encore aujourd’hui le cas. Et l’on comprendra sans peine la joie qui dut remplir le cœur de ceux qui aperçurent le grand et certain résultat de la victoire de Christ sur le prince de la mort, et avec quelle ardeur ils durent le publier. Car tandis que cette victoire déclarait l’iniquité d’un monde qui, excité et séduit par Satan, avait crucifié le Seigneur de la gloire, elle proclamait l’Église du Seigneur affranchie de la Loi du péché et de la mort, et participante de tous les priviléges magnifiques échus en partage à son divin représentant. Car, dire simplement que est bénie de Dieu à cause de Christ, c’est la faire descendre de la position où Dieu l’a placée en Christ. Une avec le second Adam, esprit vivifiant, et dont la vie se répand dans tous les membres de Son corps, on ne peut la considérer à part de ce dernier ; ce qu’Il a fait elle l’a fait en Lui ; et ce qu’Il possède elle le possède, ici-bas par la foi et l’espérance, plus tard par la vue et la jouissance. Aussi l’Écriture nous la représente-t-elle comme vivifiée, ressuscitée, assise dans les Lieux célestes en Christ, Éphés. ii, 5, 6. Closs. ii, 12, 13, participante de la nature divine, 2Pierre, i, 4 ; cohéritière de Christ, Rom. viii, 17 ; en un mot, comme accomplie en Celui qui est le Chef de toute principauté et de toute puissance, Colos. ii, 10. Déjà élue en Christ avant la fondation du monde, et bénie en Lui de toute bénédiction spirituelle, Éph. i, 3, 4, elle reçoit sur la terre dans la communion qu’elle possède par la foi avec Christ, l’assurance de la joie que Dieu ressent à bénir parce qu’Il est amour. Toute âme qui en croyant a reçu cette vie qui unit à Christ, devient l’objet de la même faveur que celle dont jouit le Bien-aimé du Père, et ce qui est tombé en partage à ce Bien-aimé en conséquence de Son œuvre d’amour sur la terre, et de sa résurrection d’entre les morts, cette âme peut s’en réjouir comme d’un butin qui lui appartient et qui est tenu en réserve pour elle dans les cieux jusqu’au moment où, fils de la résurrection, les fidèles seront manifestés comme fils de Dieu, Luc, xx, 36 ; Rom. viii, 19-22, c’est-à-dire quand le Seigneur Jésus sera lui-même révélé du Ciel, 2Thes. i, 7 ; Colos. iii, 4. 1Jean, iii, 2 ; ix, 28.
Ainsi l’Église doit s’envisager elle-même comme vivante dans le Christ en la présence du Père : c’est là la source de sa paix et de sa joie. Elle comparaît sans tache devant Dieu en Jésus qui est apparu pour ôter nos péchés, et en qui il n’y a point de péché, 1Jean, iii, 5. Ensevelies dans la tombe de Christ, nos transgressions y sont demeurées ; le sang qui les a expiées est maintenant dans les lieux saints qui ne sont point faits demain ; et Dieu voyant ce sang et non pas nos péchés, ne se souvient plus de ces derniers ; car s’en souvenir ce serait oublier Christ, et nous les imputer ne serait pas justice envers Christ ni envers nous. Et si quelquefois Il semble ne les avoir pas oubliés, s’il juge ses enfants selon les hommes en la chair, 1Pierre, iv, 6, nous avons le mot de cette énigme dans l’Épître aux Hébr. xii, 6-11. Dieu veut que ses enfants marchent dans la force de la vie nouvelle qu’ils ont reçue, et lorsqu’ils se détournent des voies qui Lui sont agréables, alors Il prend la serpe pour émonder la vigne, et les verges pour châtier les héritiers de la gloire. Mais Il n’en agit pas ainsi dans le but de retirer de la tombe de Christ les linges qui l’enveloppaient et que ce parfait Rédempteur y a laissés ; Il n’a pas l’intention de faire revivre notre iniquité, de nous faire douter de son amour, ou de nous laisser croire que nous sommes esclaves et non pas enfants. Tant que le Christ ressuscité est dans les cieux, l’Église a là-haut un témoin certain de l’amour du Père ; en douter ce serait douter de celui du Père pour Christ. En sorte que l’Église peut, encore que le feu de l’affliction ressemblât à une fournaise, tenir le même langage que Job : Voilà, qu’il me tue, je ne laisserai pas d’espérer en Lui. Job, xiii, 15.
La victoire de Satan sur le premier Adam le mit en possession de tous les biens et de l’héritage que celui-ci avait reçu dans la Création ; car les créatures heureuses, sont maintenant assujetties à la vanité, non de leur propre volonté, mais par celui qui les y a assujetties, Rom. viii, 20. La victoire de Jésus sur Satan dépouilla ce dernier du bien qu’il s’était injustement acquis. Il a dépouillé les principautés et les puissances qu’Il a produites en public triomphant d’elles en Lui-même, Colos. ii, 15, c’est-à-dire quand Il est remonté dans les Cieux avec notre chair glorifiée, après avoir été les pestes de la mort et la destruction du sépulcre, Osée, xiii, 14. Dieu dans sa sagesse n’a pas encore manifesté les résultats de cette victoire ; mais l’Église sait, ou du moins devrait savoir, qu’elle est remportée ; puisque d’un côté Christ est déjà ressuscité, et que de l’autre Dieu a annoncé la ruine de Satan et le règne de Jésus sur toute la création, aussi bien que la future résurrection des saints : et elle devrait, dans l’assurance de sa parfaite justification, attendre avec une parfaite espérance la grâce apportée par la manifestation de notre Seigneur Jésus-Christ, 1Pierre, i, 13. Malheureusement elle a perdu ces choses de vue. Les enfants de Dieu sont restés au pied de la croix, au lieu de s’avancer dans le sanctuaire avec le Souverain Sacrificateur des biens à venir. Sans doute Golgotha est un lieu d’où découlent des eaux pour l’âme altérée ; c’est la porte du tabernacle d’où l’on découvre le feu de l’autel dévorant la victime expiatoire, l’amour qui consomme le plus parfait de tous les sacrifices. Mais c’est du Ciel, c’est du Lieu très-saint où le Souverain Sacrificateur présente le sang sur le propitiatoire, que vient l’assurance de la justice. Notre vie est cachée avec Christ en Dieu, Colos. iii, 3. Et c’est pour avoir (en pratique du moins et non pas en théologie) négligé de considérer le Christ vivant, qu’en perdant la consolation, la pleine assurance ou la joie de l’espérance qu’on en retire, l’Église a aussi perdu de sa vie spirituelle, et ne rend plus au milieu de ce monde qu’elle devrait convaincre de péché, de justice et de jugement par la puissance de l’Esprit qu’elle a reçu, qu’un pauvre et maigre témoignage, consistant beaucoup plus en paroles qu’en efficace, et démenti en grande partie par son peu de sainteté. — Que l’on ne s’y trompe pas, la liaison qui existe entre la résurrection de Jésus, l’assurance de la justification, et une vie de sanctificacion, est bien plus grande que l’on ne pense d’ordinaire. La foi qui unit l’âme au Sauveur entré dans les Cieux, n’est pas une simple opinion, mais une foi de l’efficace de Dieu qui L’a ressuscité des morts, Colos. ii, 12, comme Paul l’enseigne aussi, Éphés. i, 19, 20. La vie communiquée à un cadavre, n’agit pas avec plus d’énergie, quoique d’abord elle puisse être imperceptible à l’œil ; et l’efficace de la vie de la foi est, en premier lieu, de nous faire saisir Christ comme notre justice dans sa mort et dans sa résurrection ; en second lieu, de nous affectionner à toutes les choses spirituelles. Quand, en croyant, nous avons éprouvé pour nous-mêmes l’efficace de cette puissance qui a retiré de la tombe le grand Pasteur des brebis, et que nous nous sommes vus morts, ensevelis et ressuscités avec Christ, par cette même efficace nous découvrons d’un côté l’espérance de notre vocation, et de l’autre la grandeur de l’amour de Dieu pour de pauvres pécheurs tels que nous. L’Esprit qui nous révèle Christ, nous conduit à la connaissance de Dieu comme Père, devenant ainsi un Esprit d’adoption, Rom. viii, 14-16 ; et c’est là la source de la sainteté en nous. Reconnaissant la grâce qui nous a conféré le don de la justice ; convaincus maintenant que notre vie n’est pas de nous, mais de Dieu ; ayant fait notre compte que Christ étant vivant, notre vie est assurée, la mort vaincue et le Ciel ouvert pour nous ; notre désir est désormais d’appartenir à Dieu et de le glorifier en faisant ce qui Lui est agréable, désir qui ne peut nullement exister là où n’a pas été répandue la vie dont nous parlons. Alors nos affections sont naturellement dirigées vers la source de cette vie, c’est-à-dire, vers ce qui est en haut, Colos. iii, 1 ; et nous considérons les choses de la terre dans l’Esprit de ceux qui se savent ressuscités avec Christ et qui attendent leur propre résurrection. Telle est la véritable sainteté ; et comme on le voit, elle découle non pas d’une simple conviction que le de voir du Chrétien est de faire ceci ou d’éviter cela, mais de la puissance de cette même foi qui nous a unis à notre Chef dans Sa mort et dans Sa vie. La vieille nature est considérée comme une chose morte, parce qu’elle a crucifié le Sauveur, et parce que l’on possède une nouvelle vie dont les douceurs et la gloire laissent dans l’ombre tout ce que le monde peut présenter de plus séduisant pour la chair.
The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.
Loading the full text…
The end
You’ve reached the end of La Résurrection, vérité fondamentale de l’Évangile.
