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LA
MYSTIFICATION FATALE
OU ÉLUCIDATION
Au Lecteur
La Mystification Fatale étant une œuvre posthume et n’ayant partant plus à craindre de blesser la modestie, d’ailleurs si susceptible, de l’auteur, j’ai cru devoir en esquisser à grands traits la physionomie et suppléer ainsi à celle que tout écrivain imprime malgré lui sur son œuvre, comme un reflet de l’âme, et qui demeure peut-être encore la plus fidèle, puisque, comme on l’a dit : Le style c’est l’homme.
Cyriaque Lampryllos était originaire de l’île de Cérigo (ancienne Cythère), il descendait d’une famille sacerdotale et, lors de sa naissance, son grand-père exerçait encore dans cette île les fonctions d’archiprêtre. Il naquit en 1810, c’est-à-dire à la veille de ce grand mouvement qui devait ébranler le vieil Orient et retentir dans le monde entier, de cette révolution, en un mot, qui, si connue sous le nom d’Insurrection Hellénique allait rendre à une partie des des Grecs le sol de la patrie, et l’idole qui fut toujours la plus chère à leurs ancêtres : La Liberté.
La suite des évènements que l’homme voit se développer dans son enfance exerce sur le reste de sa vie, et en particulier sur la genèse et le développement de ses idées, une influence décisive. C’est pour lui, comme une atmosphère intellectuelle dans laquelle il vit et se meut, c’est un horizon auquel se forme son regard, c’est pour son âme une trempe inaltérable. Sous ce rapport, Cyriaque Lampryllos fut on ne peut plus favorisé : il fut témoin d’un de ces prodiges historiques presque sans exemple dans l’histoire, il vit ses compatriotes se transformer d’esclaves en héros, il les vit se lever comme un seul homme pro aris et focis, il les vit jeter le trouble au sein d’un des grands États de l’Europe, lui résister, le vaincre en maintes rencontres malgré l’infériorité numérique de leurs forces, et venger ainsi une des calomnies que l’on lançait contre sa chère patrie.
Après avoir terminé son enseignement secondaire sur le théâtre des exploits de sa patrie renaissante, C. Lampryllos fut envoyé par sa famille en Italie, pour y apprendre le droit à l’université de Sienne, qui avait encore à cette époque des professeurs célèbres, derniers restes de sa splendeur passée. Il se rendit ensuite à Bucarest pour y exercer la profession d’avocat ; mais une année s’était à peine écoulée que se trouvant, par la mort de son père, à la tête d’une fortune indépendante, il rompit avec le barreau et se consacra entièrement à son pays dont il résolut de défendre l’histoire nationale et ecclésiastique qu’il devait venger des attaques et des calomnies de ses ennemis.
La période de l’histoire des Grecs qui a été et demeure encore l’objet des attaques les plus nombreuses et les plus violentes des Occidentaux est sans contredit la période du moyen âge. Que d’injures ne lit-on pas chez presque tous les auteurs contre ces Byzantins, que de mépris pour ce Bas-Empire ! Ce sont aussi les Byzantins que Lampryllos entreprit de venger, c’est l’histoire de leur dogme qu’il voulut rétablir conformément aux faits, c’est leur religion — qu’ils conservèrent et qui les conserva dans les jours ténébreux de la Captivité — c’est cette religion, dis-je, ce Christianisme éternel revêtu du costume grec qu’il défendit contre les agents patentés de n’importe quelle propagande.
Il débuta dans sa nouvelle carrière par la du Missionnaire ouvrage dans lequel il démasqua les visées et la tactique du prosélytisme qu’entretenaient alors, dans leurs écoles de Smyrne, les émissaires du protestantisme. La lutte fut vive et acharnée ; mais la victoire fut enfin décisive et les protestants se virent réduits à abandonner le champ de bataille et à fermer leurs écoles. Il publia ensuite successivement : le Turban et la Tiare, Quelques remarques sur les fonctions de la Grèce et de Rome dans la Propagation du Christianisme, La Séparation des deux éléments chrétien et musulman ; ouvrages tous inspirés du même esprit, animés du même souffle et pleins de la même érudition. Il commençait à peine la publication du présent ouvrage lorsque la mort le frappa d’une manière aussi inattendue que regrettable et sembla menacer un instant d’ensevelir sa dernière œuvre dans le même trépas. Mais sa sœur, dont il fut le soutien constant dans les jours difficiles des revers domestiques, et à laquelle l’unissaient, outre les liens du sang, une conformité parfaite de dons intellectuels et de qualités morales ; sa sœur, dis-je, a résolu, dans sa générosité, de faire publier cet ouvrage pour acquiescer à un désir qui était si cher à l’auteur et prolonger ainsi l’action de celui dont la perte a laissé dans sa vie un vide qui ne se comblera jamais.
Puisse ce livre être à la mémoire de Cyriaque Lampryllos un monument aussi durable que celui que dans sa munificence, sa vénérable sœur fait élever à son vocable dans l’asile de ces jeunes infortunés qui, ayant perdu l’appui indispensable et le soutien si doux d’un père et d’une mère, n’ont plus d’espoir qu’en la Providence et en ses nobles représentants ici-bas !
I
LA
MYSTIFICATION FATALE
OU ÉLUCIDATION
D’UNE PAGE D’HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE
PREMIÈRE PARTIE
ORIGINE DE L’INSERTION DU FILIOQUE
§ I. — Erreur du concile de Tolède qui croit se baser sur le symbole -constantinopolitain.
En l’an de grâce 589, se trouvait réuni dans la ville de Tolède en Espagne, un concile convoqué par le roi des Visigoths Récarède à peine converti avec ses sujets de l’arianisme à l’Orthodoxie. Ce fut le troisième de ceux qui ont été célébrés en cette ville. Les actes de ce concile rapportent, entre autres choses, qu’on y a récité en entier le symbole de la foi qui avait été promulgué à Nicée et à Constantinople. Cependant on y voit, en ce qui regarde la procession du St-Esprit, l’addition des mots fameux filioque, sans qu’il y ait eu discussion préalable, pas même la moindre mention, sur la convenance de cette addition, mais comme si ces mots s’y fussent trouvés compris dès le moment de sa promulgation.
Le deuxième canon de ce concile contient les paroles suivantes : « Que le symbole du concile de Constantinople, c’est-à-dire des cent quatre-vingt-dix évêques, soit récité dans toutes les églises d’Espagne et de Galice (par Galice on entend ici la Gaule Narbonnaise), d’après la forme des églises Orientales, afin que, après avoir rendu témoignage à la vraie foi, le peuple soit plus pur pour participer au mystère du corps et du sang de Jésus-christ. » L’anathème XI est lancé contre ceux qui professeraient une autre foi que celle décrétée dans les quatre premiers conciles œcuméniques, et l’anathème XXII contre ceux qui tenteraient de la dépraver, de la corrompre et de la changer. Néanmoins l’anathème III dit : « Quiconque ne croit pas au St-Esprit, ou qui ne croit pas qu’il procède du Père et du Fils, et qu’il leur est égal, qu’il soit anathème. » Ce qui est déjà altérer le symbole décrété à Constantinople. (Labbe et Cossart, Sacrosanct. concil. tom. V pag. 693—706.)
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The end
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