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« Voici la cinquiéme Comédie que j’ose faire paroître sur la Scéne Françoise. La première étoit intitulée la Présomption à la Mode. » J’y peignois un Présomptueux qui arrivoit à Paris avec la double certitude de faire sa fortune & sa réputation, par sa figure & par ses ouvrages. Le Public crut voir en moi la moitié des travers de mon Héros. Il trouva téméraire qu’un jeune homme débutât par une Comédie en cinq Actes & de caractère. Cette Pièce, qui avoit eu le plus grand succès dans les lectures particulières, éprouva un sort contraire à la représentation. On publia que les Vers étoient assez bien tournés, les Scènes assez bien vues, mais que l’Auteur ignoroit absolument l’art de faire un plan. Je cherchai dans mon cher Plaute, si peu connu des Auteurs qui le dédaignent, un prétexte pour intriguer une Pièce, dans l’ancien genre. Je trouvai dans le Soldat Fanfaron deux Scènes échap- pées à mes prédécesseurs ; j’en tirai le Tuteur Dupé en cinq Actes ; & pour voir si j’étois réellement appelé à faire des Comédies, j’écrivis mon nouvel ouvrage en prose ; je n’y mis rien de ce qui fait la plus grande fortune aujourd’hui ; j’eus le courage d’en exclure les sentences, les Scènes purement amoureuses, le ton & les airs de grandeur, le persifflage, les jeux de mots & sur-tout les situations larmoyantes ; j’essuyai, à la vérité, les plus grandes contradictions avant d’obtenir qu’elle représentée ; mais l’indulgence de la Cour & de la Ville me les fit bientôt oublier. On trouva un pièce bien intriguée ; quelques personnes dirent seulement : « C’est dommage qu’il ne sache travailler que dans ce misérable ancien genre ». On fit à-peu-près le même reproche au Mariage Interrompu, & l’on ajouta que je ne mettois pas le moindre esprit dans mes ouvrages.
Toujours curieux de satisfaire mes Censeurs & de prendre leurs moindres desirs pour des loix ; mais persuadé que l’esprit d’un Auteur dramatique consiste à ne pas en mettre dans ses Pièces, je cherchai du moins un genre dans lequel ce malheureux esprit permis. Je don- nai une petite Comédie-Ballet, j’accumulai Madrigaux sur Madrigaux, & je crois ne pouvoir mieux reconnoître la complaisance avec laquelle on reçut cette bagatelle, qu’en promettant bien de n’avoir plus la même foiblesse.
Pendant les représentations des Étrennes de l’Amour, quelques personnes commencèrent à dire que si je pouvois meubler ma tête d’un peu de philosophie, & traiter des caractères, je deviendrois un bon Comique : soudain je vois l’espace immense que j’ai à franchir, mais je vois en même-tems l’honneur qu’on me fait en exigeant de moi beaucoup plus que de la plûpart de mes Rivaux, & je vais me faire inscrire pour l’Égoïsme.
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The end
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