Front matter
Lorsque l’on parcourt la partie ouest de la rue Sherbrooke, on trouve, presque aux confins de la ville, un charmant petit cottage, coquettement enfoui dans les fleurs.
C’est la demeure de Demers, ancien avocat sans cause, époux, depuis un an, de Léonore Beauchamp, ravissante petite femme qui avait le tort d’adorer son mari. Ce qui la rendait un peu jalouse.
César Demers était doux, mais taciturne et entêté ; jamais il ne s’emportait, mais, quand une fois il s’était mis en tête de ne pas vouloir quelque chose, il était impossible de le faire céder.
01
Lorsque l’on parcourt la partie ouest de la rue Sherbrooke, on trouve, presque aux confins de la ville, un charmant petit cottage, coquettement enfoui dans les fleurs.
C’est la demeure de Demers, ancien avocat sans cause, époux, depuis un an, de Léonore Beauchamp, ravissante petite femme qui avait le tort d’adorer son mari. Ce qui la rendait un peu jalouse.
César Demers était doux, mais taciturne et entêté ; jamais il ne s’emportait, mais, quand une fois il s’était mis en tête de ne pas vouloir quelque chose, il était impossible de le faire céder.
Quant à Madame, elle était, naturellement, d’un caractère tout opposé : elle avait beaucoup de caprices et apportait à les satisfaire une passion véhémente ; plus son mari était placide, et plus elle faisait de scènes, criant, tempêtant, pleurant et maudissant le sort. En fin de compte, la crise passée, c’était toujours elle qui souriait la première et venait embrasser son mari. Son petit mari chéri, comme elle disait en minaudant. Son défaut dominant était la jalousie ; elle n’aimait pas que son mari sortît seul, surtout le soir, et aurait voulu lire toutes les lettres qu’il recevait. C’était chez elle une manie. Mais César Demers tenait bon et défendait obstinément son indépendance, se refusant toujours à dire d’où il venait et prétendant rester maître de sa correspondance.
Cette opposition de caractère rendait parfois le ménage orageux, mais nul ne pouvait dire que et faisaient mauvais ménage.
Considérés par les fournisseurs qui n’avaient pas besoin de présenter leurs notes deux fois, on pouvait facilement conclure qu’ils étaient riches. Du reste, jamais les domestiques n’avaient entendu soulever la question d’argent entre les deux époux.
En somme et paraissaient s’adorer et s’adoraient réellement, mais la vie commune n’était pas sans difficultés.
Ils voyaient peu de monde, et la plupart des personnes qui fréquentaient la maison étaient de la famille ou des amis de César. Les parents de Madame, qui se bornaient à sa mère et à une vieille tante, ne venaient jamais à la maison.
Cela tenait aux circonstances qui avaient entouré le mariage de César Demers et de Léonore Beauchamp.
Beauchamp, la mère de notre héroïne, était une riche propriétaire de Montréal. Léonore était son unique enfant. C’est à la campagne, chez des amis honorables qu’ils avaient rencontré César Demers. César était lui-même de bonne famille, mais le peu de bien qu’il tenait de ses parents défunts avait été plus ou moins follement dissipé dans des voyages à travers l’ancien et le nouveau monde. On ne savait rien de fâcheux sur son compte, si ce n’est qu’il était sans argent et sans position.
Il était avocat, sans doute, mais avocat honoraire. Il avait même oublié de se faire inscrire au barreau. Dans ces conditions, , en mère prudente, n’avait pas cru devoir autoriser les assiduités du jeune homme auprès de Léonore ; mais celle-ci s’était éprise d’une grande passion pour ce beau cavalier. La mère refusait de consentir au mariage ; la fille déclarait qu’elle n’aurait pas d’autre mari. On s’obstinait de part et d’autre, mais Léonore mit fin à la lutte en épousant César en dépit des remontrances maternelles.
Léonore avait attendu sa majorité pour faire cet exploit. Elle était ainsi en possession d’une belle fortune qu’elle tenait d’un vieil oncle mort depuis longtemps. Les mauvaises langues disaient que cette particularité, connue de César, jouait un grand rôle dans la passion désordonnée qu’il affectait pour la jeune fille, mais cette accusation ne reposait sur rien. Néanmoins, , courroucée, avait interrompu toutes relations avec sa fille.
Ajoutons, pour être véridique, que César Demers ne souffrait nullement de cette rupture.
The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.
Loading the full text…
The end
You’ve reached the end of L’affaire Demers.
