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Histoire naturelle de la religion

David Hume · 1788 · Free in the US

61,732 words · about 4 h 19 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Free in the US: this text is in the public domain in the United States; it may still be in copyright elsewhere.

Licence: PD-US · Published in 1788 (before 1931): public domain in the United States. Text and transcription from fr Wikisource by Wikisource contributors (transcription licensed CC BY-SA 4.0; contributors: https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Histoire_naturelle_de_la_religion&action=history). · Wikisource contributors

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About this book

Language
French
Published
1788
Length
61,732 words · about 4 h 19 min
Sections
5 reader sections
Text
Digital text
Rights
Public domain in the United States

 

Contents (5)
  1. Front matter about 2 h 10 min
  2. 1 about 3 min
  3. 2 about 1 h 26 min
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  5. 4 about 40 min

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Il étoit d’usage chez les anciens de ne dédier ses livres qu’à ses amis & à ses égaux. Les dédicaces n’étoient pas alors des monumens de basse flatterie, mais d’estime & d’affection. Dans ces jours de liberté & de candeur, les écrivains savoient honorer leurs patrons sans s’avilir eux-mêmes. Si il s’y glissoit un peu de partialité ; elle étoit telle que l’amitié pouvoit lui servir d’excuse.

Une autre espece de liberté dont l’antiquité seule nous fournit l’exemple, c’est la liberté de penser. La diversité des opinions n’empêchoit pas les gens de lettres de s’estimer & de s’aimer : ayant les mêmes inclinations, & les mêmes mœurs, ils ne se querelloient pas pour des principes : les sciences furent souvent pour eux des sujets de discussion ; jamais des sujets d’animosité. Cicéron, qui étoit de l’Académie, adresse ses traités philosophiques, tantôt au stoïcien Brutus, tantôt à l’épicurien Atticus.

Je me suis senti, mon cher ami, une forte envie de faire revivre ces louables coutumes en vous dédiant ces dissertations. Je vous appelle mon ami, je vous prendrai toujours pour tel ; & la différence de nos sentimens sur plusieurs points de spéculation ne m’empêchera jamais de vous donner ce nom. J’ai remarqué que cette différence ne faisoit qu’animer nos conversations ; tandis que notre amour commun pour les sciences & les lettres cimentoit notre amitié. J’admirai votre génie lors même que je crus que le préjugé vous dominoit : & vous m’avez dit quelquefois que vous excusiez mes erreurs, en faveur de ma franchise, & de ma sincérité.

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Il étoit d’usage chez les anciens de ne dédier ses livres qu’à ses amis & à ses égaux. Les dédicaces n’étoient pas alors des monumens de basse flatterie, mais d’estime & d’affection. Dans ces jours de liberté & de candeur, les écrivains savoient honorer leurs patrons sans s’avilir eux-mêmes. Si il s’y glissoit un peu de partialité ; elle étoit telle que l’amitié pouvoit lui servir d’excuse.

Une autre espece de liberté dont l’antiquité seule nous fournit l’exemple, c’est la liberté de penser. La diversité des opinions n’empêchoit pas les gens de lettres de s’estimer & de s’aimer : ayant les mêmes inclinations, & les mêmes mœurs, ils ne se querelloient pas pour des principes : les sciences furent souvent pour eux des sujets de discussion ; jamais des sujets d’animosité. Cicéron, qui étoit de l’Académie, adresse ses traités philosophiques, tantôt au stoïcien Brutus, tantôt à l’épicurien Atticus.

Je me suis senti, mon cher ami, une forte envie de faire revivre ces louables coutumes en vous dédiant ces dissertations. Je vous appelle mon ami, je vous prendrai toujours pour tel ; & la différence de nos sentimens sur plusieurs points de spéculation ne m’empêchera jamais de vous donner ce nom. J’ai remarqué que cette différence ne faisoit qu’animer nos conversations ; tandis que notre amour commun pour les sciences & les lettres cimentoit notre amitié. J’admirai votre génie lors même que je crus que le préjugé vous dominoit : & vous m’avez dit quelquefois que vous excusiez mes erreurs, en faveur de ma franchise, & de ma sincérité.

Mais, pour dire vrai, l’admiration que m’inspire la beauté de votre génie n’est pas le principal motif qui m’engage à vous dédier ce livre ; c’est le cas que je fais de votre caractere, & l’affection personnelle que j’ai pour vous ; c’est cet esprit généreux qui vous suit par-tout ; ce sont ces sentimens nobles d’honneur & d’intégrité qui depuis long-tems m’attachent si fortement à vos intérêts, & qui m’ont fait desirer qu’il existât un monument public de notre amitié, & que ce monument pût passer à la postérité.

J’avouerai encore que j’ai eu l’ambition d’être le premier admirateur public de votre excellente Tragédie de Douglas, une des pièces les plus intéressantes & les plus pathétiques qui aient jamais paru sur le Théâtre. Si je la préférois à la Mérope de Maffei, & à celle de Voltaire, à qui elle ressemble par le sujet ; si je disois qu’elle a plus de feu & d’esprit que la premiere, plus de tendresse & de simplicité que la seconde ; on pourroit me taxer de partialité : & comment me disculperois-je entiérement de ce reproche, après les protestations d’amitié que je viens de vous faire ? Mais les larmes véritables qui coulerent de tous les yeux, pendant les nombreuses représentations que l’on en fit sur notre théâtre ; cet empire que l’on vous vit exercer sur le cœur humain, voilà ce qui prouve incontestablement que vous possédez le vrai génie dramatique de Shakespear & d’Otway, dégagé de la barbarie de l’un & de la licence de l’autre.

Mes ennemis, vous le savez, & quelquefois même mes amis m’ont reproché d’aimer les paradoxes, & les opinions singulieres : je m’attends que l’idée que je donne ici de votre Douglas m’attirera de nouveau ce reproche : on me dira sans doute que j’ai su adroitement me prévaloir du seul tems où des louanges données à cette piece pouvoient passer pour paradoxes, je veux dire d’un tems antérieur à sa publication. Mais, je me consolerai aisément de ces plaisanteries, si vous recevez avec bonté ce témoignage de mon estime, & si vous croyez que je suis très-sincérement,

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