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Vir fugiens denuo pugnabit. —
Vous devez me vouloir du bien, mon cher lecteur, car ſans nul autre intérêt que celui de vous amuſer, et ſûr de vous plaire je vous préſente une confeſſion. Si un écrit de cette eſpèce n’eſt pas ce qu’on appelle une véritable confeſſion il faut le jetter par la fenêtre, car un auteur qui ſe loue n’eſt pas digne d’être lu : je ſens dans moi-même le repentir, et l’humiliation ; et c’eſt tout ce qu’il faut pour que ma confeſſion ſoit ; mais ne vous attendez pas à me trouver mépriſable : une confeſſion ſincère ne peut rendre mépriſable que celui qui l’eſt effectivement, et celui qui l’eſt eſt bien fou s’il la fait au public, dont tout homme ſage doit aſpirer à l’eſtime. Je ſuis donc certain que vous ne me mépriſerez pas. Je n’ai jamais des fautes que trompé par mon cœur, ou tyranniſé par une force abuſive d’eſprit, que l’âge ſeul a pu dompter ; et c’eſt aſſez pour me faire rougir : les ſentimens d’honneur, que me communiquèrent ceux qui m’ont à vivre, furent toujours mes idôles, quoique non pas toujours à l’abri de la calomnie. Je n’ai point de plus grand mérite.
Trente-deux ans après l’évenement je me détermine à écrire l’hiſtoire d’un fait qui me ſurprit à l’âge de trente nel mezzo del cammin di noſtra vita. La raiſon qui m’oblige à l’écrire eſt celle de me ſoulager de la peine de la réciter toutes les fois que des perſonnes dignes de reſpect, ou de mon amitié exigent, ou me prient que je leur faſſe ce plaiſir. Il m’eſt arrivé cent fois de me trouver après le récit de cette hiſtoire quelqu’altération dans la ſanté, cauſée ou par le fort ſouvenir de la triſte aventure, ou par la fatigue ſoutenue par mes organes en devoir d’en détailler les circonſtances : j’ai cent fois décidé de l’écrire, mais pluſieurs raiſons ne me l’ont jamais permis : elles ſont toutes diſparues aujourd’hui à l’aſpect de celle qui me met la plume à la main.
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The end
You’ve reached the end of Histoire de ma fuite des prisons de la République de Venise, qu’on appelle les Plombs.
