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LES CONTEMPORAINS
FRANÇOIS ARAGO
par
Janin
DEUX MOTS AU PRINCE DES CRITIQUES.
Décidément, Janin, vous devenez incorrigible.
À qui en avez-vous, grand Dieu ! pourquoi toutes ces déclamations poussives, chargées d’épithètes grossières et d’ignobles insultes contre les biographes ?
La rancune vous étouffe, pauvre ami ! le fiel vous monte à la gorge ; vous avez un catarrhe de haine, et vraiment les Débats ont le plus grand tort de vous laisser expectorer de semblables périodes.
On ne salit pas de la sorte le rez-de-chaussée d’un journal.
Vous écrivez d’une façon malhonnête, Janin ; votre style n’a pas d’éducation. Chacune de vos phrases est une vilaine petite fille qui se fourre les doigts dans le nez et se mouche sur la manche, sans compter le reste.
Fi ! osez-vous bien avouer ces enfants malpropres ! Nous plaignons sincèrement le malheureux journal obligé de les prendre en sevrage.
Mais tâchons d’éclairer un peu votre intelligence rétive et de glisser un rayon sous le sombre nuage de colère qui vous aveugle.
Que nous reprochez-vous ? Votre biographie.
Cette biographie a été écrite en toute vérité, avec une plume loyale, que personne au monde ne se flatte, Dieu merci, de faire dévier de la ligne droite.
Nous avons dit que vous étiez un critique sans bonne foi, un saltimbanque littéraire ; que vous dansiez éternellement sur la corde du caprice, sans tenir en main le balancier de la raison. Nous vous ayons démontré que vous êtes jaloux de toutes les gloires, que l’éclat du génie offusque vos prunelles ; nous avons soutenu, et nous soutiendrons sans cesse, que, depuis trente ans, vous faites le métier d’insulteur derrière le char de triomphe qui passe.
Or, que pouvions-nous dire autre chose, à moins d’en imposer effrontément à nos lecteurs ?
Écrivons-nous, oui ou non, l’histoire contemporaine ? est-ce notre droit de l’écrire ? Fallait-il encourager vos écarts, louer vos sauts périlleux, nous émerveiller devant chacune de vos contradictions, applaudir vos impertinents men- songes ? Devions-nous, envers et contre tous, affirmer que vous êtes l’écrivain le plus consciencieux de notre siècle ?
Ah ! Janin, cela nous était vraiment impossible, à moins de faire éclater de rire la France entière.
Des milliers d’auteurs dramatiques eussent crié au scandale.
Il n’en est pas un seul, ô vieux loup du feuilleton, qui n’ait été mordu par toi ! Tu tiens encore dans ta gueule, et l’on trouve attachés à tes crocs les lambeaux de leur renommée saignante.
Et ces malheureux comédiens que vous avez égorgés dans votre abattoir hebdomadaire, ô critique ! et ces jeunes talents dont vous avez tari la sève, et toutes ces victimes de votre phraséologie haineuse et brutale, pouvions-nous les laisser sans vengeance ?
Non, Janin.
Plus vous nous accablerez de sottises, plus vous ramasserez d’épithètes outrageantes pour les jeter sur nous, plus vous achèverez de nous convaincre et de convaincre le public que l’offense, dans votre bouche, est un éloge.
Croyez-vous avoir sali Balzac, le jour où vous prononciez, au sujet de ses œuvres, des mots analogues à ceux-ci :
« Quel entassement d’ordures !… Mettons, puisqu’il le faut, des bottes de cureur d’égout, et descendons dans cette fange. »
Ah ! Janin, malheureux Zoïle, vous n’avez sali que vous-même !
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The end
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