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De l’influence de la Lune

François Arago · 1858 · Free in the US

12,548 words · about 53 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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Author
François Arago
Language
French
Published
1858
Length
12,548 words · about 53 min
Sections
13 reader sections
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Public domain in the United States

 

Contents (13)
  1. Chapitre Premier about 4 min
  2. Chapitre II about 1 min
  3. Chapitre III about 5 min
  4. Chapitre IV about 1 min
  5. Chapitre V under 1 min
  6. Chapitre VI about 1 min
  7. Chapitre VII about 1 min
  8. Chapitre VIII under 1 min
  9. Chapitre IX about 6 min
  10. Chapitre X about 2 min
  11. Chapitre XI about 9 min
  12. Chapitre XII about 6 min
  13. Chapitre XIII about 17 min

Continue:

Chapitre Premier

définitions

Les astronomes, les physiciens, les météorologistes, semblent généralement convaincus que la Lune n’exerce sur notre atmosphère aucune influence appréciable mais on doit avouer qu’ils sont seuls de cet avis. L’immense majorité du public croit fermement à une action puissante de notre satellite. Les agriculteurs, et surtout les marins, disent avoir remarqué, par exemple, dans mille circonstances, que tout passage d’une phase de la Lune à la phase suivante amène inévitablement un changement de temps.

Une question aussi compliquée ne saurait aujourd’hui être résolue par de simples considérations théoriques. De longues suites d’observations exactes, groupées avec méthode, peuvent seules faire espérer des résultats inattaquables, dignes de prendre place dans la météorologie positive. Malheureusement, les travaux de ce genre sont encore très-peu nombreux et n’embrassent que de courts intervalles. La question, cependant, ayant fait depuis peu des progrès incontestables, j’ai pensé devoir les

signaler dans cette Notice, qui aura peut-être quelque action contre des préjugés très-enracinés.

Pour éviter plus d’une périphrase, je rappellerai ici la signification précise de divers termes d’astronomie dont j’aurai à faire usage.

Pour éviter plus d’une périphrase, je rappellerai ici la signification précise de divers termes d’astronomie dont j’aurai à faire usage.

La Lune décrit dans l’espace une ellipse dont la Terre occupe un des foyers. Cette courbe est l’orbite lunaire.

L’extrémité du grand axe de cette ellipse la plus voisine de la Terre s’appelle le périgée.

L’extrémité opposée, qui est en même temps le point où la Lune se trouve le plus éloignée de nous, porte le nom d’apogée.

Le périgée et l’apogée sont quelquefois désignés, l’un et l’autre, par le mot d’apsides.

Le temps que la Lune emploie à faire une révolution complète dans le ciel, c’est-à-dire à revenir à la même étoile, est de Ce temps s’appelle la révolution sidérale.

Les apsides ne sont pas fixes parmi les étoiles. Leur déplacement s’opère de l’occident à l’orient. Le temps qui s’écoule entre deux passages successifs de la Lune par le périgée est donc plus long que la durée de la révolution sidérale. Ce temps porte le nom de révolution anomalistique.

Le Soleil, vu de la Terre, paraissant doué d’un mouvement propre, dirigé, comme celui de la Lune, de l’occident à l’orient, le temps que la Lune emploie à revenir au Soleil doit aussi être plus long que la durée de la révolution sidérale. Ce temps est, en effet, de terme moyen. On l’appelle la révolution synodique. C’est, en d’autres termes, la durée du mois lunaire. Pendant chaque révolution synodique la Lune prend différentes formes ou phases.

Quand cet astre se trouve directement interposé entre le Soleil et nous, il est éclairé dans toute l’étendue de l’hémisphère opposé à la Terre, de l’hémisphère que l’opacité de la matière dont il se compose nous empêche de découvrir. La Lune, dans ce cas, ne peut être aperçue ; on la dit nouvelle. Le moment où ce phénomène se réalise est celui de la conjonction.

À terme moyen, du moment de la conjonction ou de la nouvelle Lune, la face de cet astre éclairée par le Soleil coïncide avec la face tournée de notre côté : elle paraît être un cercle lumineux complet. Le temps ou cela arrive s’appelle l’opposition. La Lune est alors pleine.

Le mot de syzygie sert à désigner indistinctement les nouvelles et les pleines Lunes.

À l’époque qui partage en deux parties égales l’intervalle compris entre la nouvelle et la pleine Lune, cet astre a la forme d’un demi-cercle lumineux. Sa partie occidentale paraît circulaire, sa partie orientale rectiligne. C’est le premier quartier. On dit alors que la Lune se trouve dans la première quadrature, parce que sa distance angulaire au Soleil est d’environ ou du quart de la circonférence entière.

La seconde quadrature, le second ou dernier quartier, arrive après la pleine Lune. C’est la seconde époque, où, dans une lunaison, l’astre paraît sous la forme d’un demi-cercle lumineux. Mais, cette fois, la convexité est orientale et la portion rectiligne à l’occident. Pour certaines recherches, on a eu besoin de distin- guer dans le cours de la Lune, quatre autres points qui ont pris le nom d’octants. Le premier, le second, le troisième et le quatrième octant, sont respectivement situés, comme le nom l’indique, à égales distances de la nouvelle Lune et du premier quartier, du premier quartier et de la pleine Lune, de la pleine Lune et du second quartier, du second quartier et de la nouvelle Lune suivante. Chaque octant est d’ailleurs caractérisé par une forme particulière de l’astre, sur laquelle il serait superflu d’insister ici, puisque nous n’aurons pas besoin d’en faire mention.

L’intervalle de temps qui s’écoule entre la nouvelle et la pleine Lune, cet intervalle durant lequel la partie éclairée de l’astre, visible de la Terre, augmente graduellement d’étendue, s’appelle la période de la Lune croissante. Tout le monde comprendra, sans autre explication, pourquoi le reste du mois lunaire, pourquoi le temps qui sépare la pleine Lune de la nouvelle Lune du mois suivant, porte le nom de période de la Lune décroissante, de période du décours ou du déclin.

Chapitre II

la lune exerce-t-elle quelque influence sur la pluie ?

Cette question a été examinée avec beaucoup de soin, en 1830, par , dans un ouvrage allemand qui mériterait d’être plus connu en France. Je suis redevable de l’avantage de pouvoir présenter ici l’analyse de ce curieux traité à la complaisance qu’a eue le savant professeur de Tubingue de m’en adresser directement un exemplaire.

Les bases sur lesquelles il se fonde sont 28 années c d’observations météorologiques faites en Allemagne, savoir :

Le maximum du nombre de jours pluvieux a donc lieu entre le premier quartier et la pleine Lune, le minimum entre le dernier quartier et la nouvelle Lune. Le nombre de jours de pluie dans le dernier intervalle est au nombre de jours de pluie pendant le premier ou ou enfin, en nombre rond, Les moyennes par intervalles de quatre années donnent des rapports analogues.

Il paraît donc avéré qu’il pleut plus fréquemment durant la période de croissance de la Lune que durant celle de son déclin.

Ces premiers résultats encouragèrent à discuter les observations avec plus de détail ; à ne pas partager le mois lunaire en quatre parties seulement ; à chercher les époques des maxima et des minima plus exactement qu’à 6 ou 7 jours près.

Chapitre III

nombres de jours de pluie suivant les phases de la lune

On a compté comme jours de pluie tous les jours pour lesquels une chute de pluie ou de neige était indiquée dans les journaux météorologiques, pourvu que la hauteur de la quantité recueillie dépassât centièmes de ligne Dans la formation des groupes, le jour même du premier quartier a été compris dans l’intervalle de la nouvelle Lune au premier quartier le jour même de la pleine Lune, dans l’intervalle du premier quartier à la pleine Lune, et ainsi de suite.

Le tableau renferme les résultats, d’abord pour les 20 dernières années, ensuite pour le nombre total de 28 années, dont pouvait disposer. En prenant, à chaque époque, les moyennes de deux jours consécutifs, on avait en vue d’affaiblir les effets des perturbations accidentelles et d’arriver à une série de nombres un peu plus régulière.

On voudra bien remarquer que dans l’espace de 20 ans il y a eu 249 révolutions synodiques de la Lune, et 348 en 28 ans ; en sorte que cet astre est revenu autant de fois à chacune des positions qu’on vient de considérer.

Ces moyennes, soit pour 20, soit pour 28 ans, indiquent un accroissement assez régulier du nombre de jours pluvieux depuis la nouvelle Lune jusque vers le deuxième octant ; ensuite, un décroissement graduel ; enfin un mi- nimum situé entre le dernier quartier et le quatrième octant.

Quand on possédera une plus longue suite d’observations, il sera facile d’effectuer ces mêmes calculs relativement à tous les jours du mois lunaire. Alors, pour éliminer totalement les effets des causes accidentelles, il suffira de grouper ensemble les nombreuses observations particulières faites, soit le jour de la nouvelle Lune, soit le lendemain, soit le jour suivant, etc. En attendant que les richesses météorologiques permettent de suivre cette marche, a essayé d’approcher des résultats qu’elle fournira, en faisant concourir à la détermination des quantités correspondantes aux diverses époques caractéristiques de la lunaison, les moyennes particulières de plusieurs jours précédents et de plusieurs jours suivants. Je n’insisterai pas sur le genre d’interpolation qu’il a suivi, car toutes les méthodes connues auraient à peu près donné les mêmes nombres. Deux mots suffiront, au surplus, pour rendre la table suivante parfaitement intelligible.

En 28 ans il y a eu en Allemagne 4,299 jours de pluie. Pour avoir un nombre rond, a ramené tous ses résultats, par des parties proportionnelles, au cas hypothétique d’un total de 10,000 jours pluvieux. Ainsi, lorsque, dans la seconde colonne de la table, on lit 290, cela signifie que sur un espace de temps durant lequel il y a eu 10,000 jours de pluie, les jours pluvieux de quatrième octant, compris dans le même intervalle, ont été au nombre de 290 ; et ainsi de même pour les autres résultats.

Pilgram chercha déjà en 1788, si à Vienne, en Autriche, les phases lunaires n’exerçaient pas quelque influence sur la pluie. Voici quels furent ses résultats :

Sur observations de la même phase.

Ici, comme à Augsbourg et à Stuttgard, la pleine Lune offre plus de jours pluvieux que la Lune nouvelle. La comparaison ne saurait être poussée plus loin, puisque les quadratures, pour Vienne, ne sont pas séparées. Au reste, la similitude que j’ai pu signaler est d’autant plus remarquable, que les capitales de l’Autriche, du Wurtemberg et Augsbourg diffèrent extrêmement entre elles quant à la quantité de pluie qu’on y recueille :

Poitevin trouvait, en 1777, par dix années d’observa- tions, les résultats suivants, qui se rapporteraient climat de Montpellier :

Ces nombres ne s’accordent pas avec ceux de . À Stuttgard, il pleut moins souvent pendant la nouvelle que pendant la pleine Lune le contraire aurait lieu à Montpellier. En Allemagne les jours pluvieux sont plus nombreux au premier quartier qu’au second dans le midi de la France, ce serait l’opposé. Ce désaccord doit-il nous amener à regarder les nombres du physicien allemand comme mal établis ? Je ne le pense pas, surtout à cause de la régularité de leur marche. Il faut remarquer, en outre, qu’à Montpellier Poitevin n’opérait que sur dix années d’observations, et qu’il avait, à tort peut-être, enregistré comme pluies de légères bruines qui doivent souvent être attribuées à des causes locales. Au surplus, la question est assez curieuse pour mériter une nouvelle discussion. Il sera utile d’y introduire d’autres données.

Mon confrère, , a cherché à faire disparaître les désaccords de détail que paraît présenter, alors que l’on considère un pays méridional ou une contrée septentrionale, le phénomène, d’ailleurs incontestable, d’une liaison existant entre les nombres des jours de pluie et les phases de la Lune. Il a compté, à cet effet, le nombre de pluies relatives à tous les jours d’un mois lunaire, à Paris, à Carlsruhe et à Orange. Il s’est servi des observations de l’Observatoire pour Paris, des observations faites à Carlsruhe par et de celles qu’il a lui-même recueillies à Orange. Il a ainsi trouvé pour observations de chacun des jours des phases :

Ce tableau montre que pendant l’intervalle qui s’écoule entre le quatrième jour après la nouvelle Lune et le quatrième jour après la pleine Lune, il tombe :

« On voit, dit , dans les trois colonnes du tableau, le nombre des jours de pluie s’élever graduellement jusque dans les jours qui suivent le premier quartier, témoigner par un dernier et court effort de l’effet de la pleine Lune et s’abaisser ensuite sur le dernier quartier. Il faudra un beaucoup plus grand nombre d’années pour que la véritable influence des phases soit dégagée de toutes les causes secondaires qui tendent à la dissimuler, pour que les apsides et les déclinaisons aient agi également sur tous les termes, et enfin pour que les changements locaux de température, l’action des foyers de chaleur et des réfrigérants n’aient pas pesé plus puissamment sur certaines périodes et que cette cause ait été éliminée par la multiplication des observations.

On conçoit aussi comment l’influence de la Lune sur les pluies est à grand’peine aperçue dans des pays comme Paris et Carlsruhe, où le jour moyen a encore plus de pour de probabilité de pluie et où le maximum d’effet de l’influence n’augmente cette probabilité que d’un quart. À Orange, où la probabilité moyenne n’est que de mais où, dans certains mois, elle peut se porter à cette influence est très-bien reconnue, et il en est de même dans les pays méridionaux, où les pluies sont rares. »

Chapitre IV

influence de la lune sur la quantité de pluie et sur la sérénité de l'atmosphère

À l’aide des 16 années d’observations d’Augsbourg, embrassant 198 révolutions synodiques, übler a pu former la table suivante, dont on comprendra aisément la signification, si je dis qu’on a considéré comme jours sereins tous ceux où le ciel était sans nuages à 7 heures du matin, à 2 heures et à 9 heures du soir, et comme jours couverts, ceux où il n’existait pas d’éclaircies aux mêmes heures de la journée.

Ces résultats s’accordent assez bien avec ceux qui précèdent. On voit en effet, 1 que les jours sereins sont de beaucoup les plus fréquents au dernier quartier, époque du moindre nombre de jours pluvieux, comme le montre la table de la page 33 ; 2 que c’est vers le deuxième octant qu’arrive le plus grand nombre de jours complètement couverts, ainsi que le maximum du nombre de jours de pluie.

Quant aux quantités d’eau recueillies, le maximum comme il fallait s’y attendre, correspond au deuxième octant, et le minimum au dernier quartier.

Chapitre V

de la pluie en tant qu’elle est modifiée par la distance de la lune à la terre

Dès qu’une certaine action de la Lune sur notre atmosphère était constatée on devait naturellement penser que, quelle qu’en fût la nature, les variations de distance de cet astre à la Terre auraient sur les phénomènes une influence marquée. a trouvé en effet que durant les 371 révolutions anomalistiques qui ont eu lieu en 28 ans, il a plu :

Ainsi toutes choses égales, plus la Lune est voisine de la Terre, et plus les chances de pluie sont grandes.

Les observations de Vienne ont donné à Pilgram, sur 100 répétitions de la même phase,

a trouvé pour 1,000 observations :

Chapitre VI

loi de l’influence de la lune sur l’atmosphère terrestre.

En nous bornant aux principaux résultats, il semble difficile de ne pas conclure de ce qui précède que la Lune exerce une influence sur notre atmosphère ; qu’en vertu de cette influence, la pluie tombe plus fréquemment vers le deuxième octant qu’à toute autre époque du mois lunaire ; qu’enfin, les moindres chances de pluie arrivent entre le dernier quartier et le quatrième octant.

Ces résultats sont sans doute fort éloignés des idées généralement admises par les géomètres, les physiciens et les météorologistes les plus instruits ; mais que leur opposer ? Ne résultent-ils pas de la discussion arithmétique des observations ? Peut-être dira-t-on qu’on n’a pas embrassé dans le calcul un espace de temps assez étendu que les différences entre les nombres de jours pluvieux, correspondant aux diverses phases de la Lune, sont purement accidentelles ; que si prenait d’autres observations, il arriverait à des résultats entièrement opposés aux premiers que, par exemple, il trouverait le minimum de pluie au deuxième octant, et le maximum au quatrième, etc., etc.

Ces doutes qui pourraient paraître spécieux, se résoudront à la seule inspection du tableau de la page 29. Là, en effet, l’influence des phases de la Lune se manifeste, et pour la période totale de 20 années, et de la même manière, sans aucune exception, dans cinq courtes périodes, de trois années seulement, que a également formées. Une telle concordance ne saurait être l’effet du hasard. Au surplus, nous retrouverons tout à l’heure l’influence de la Lune sur l’atmosphère terrestre, dans des observations d’une autre espace, et qui semblent plus démonstratives encore que celles dont il vient d’être question.

Chapitre VII

de l’influence que le lever, le coucher de la lune et son passage au méridien, paraissent avoir sur la pluie

II y a dans le mouvement journalier de la Lune autour de la Terre quatre époques remarquables : le passage au méridien supérieur, le passage au méridien inférieur, le lever et le coucher. Je trouve dans un mémoire de Toaldo couronné en 1774 par la Société royale des sciences de Montpellier, une observation très-curieuse relative à ces quatre époques :

Sur 760 pluies, 646 commencèrent, dit Toaldo, soit (et cela a une demi-heure près), lorsque notre satellite était au méridien supérieur ou au méridien inférieur, soit quand il se levait ou se couchait. Ainsi, 114 pluies seulement, sur un total de 760 auraient paru indépendantes des influences lunaires !

Rien assurément ne semble moins probable qu’un pareil résultat. Mais, d’une autre part, comment aurait-on pu se tromper aussi grossièrement dans une simple énumération ? Au surplus, je cite le fait sans le garantir, et comme pouvant devenir le sujet de nouvelles recherches,

Chapitre VIII

influence de la lune sur la direction du vent

Les tables que a formées d’après 16 années d’observations faites à Augsbourg paraissent prouver qu’en Allemagne, les vents de sud et d’ouest deviennent de plus en plus fréquents depuis la nouvelle Lune jusqu’au deuxième octant ; que le dernier quartier est l’époque où ils sont le plus rares ; qu’alors, enfin, les vents d’est et de nord soufflent plus souvent que jamais. Si l’on découvre comment la Lune, par une action physique, produit ces changements de direction dans le vent, les phénomènes concernant la pluie, dont nous venons de nous occuper, les phénomènes, non moins curieux, que nous allons passer en revue, se trouveront par cela même expliqués.

Chapitre IX

sur les hauteurs moyennes du baromètre dans les différentes positions de la lune

Les observations sur lesquelles se fondent les résultais que je vais rapporter ont été faites à Viviers (département de l’Ardèche) par . Elles embrassent les 20 années comprises entre le 19 octobre 1808 et le 18 octobre 1828. a discuté les seules observations de midi, afin que tout étant constamment égal par rapport au Soleil, il ne restât dans les moyennes que les effets dépendants de la Lune. Les hauteurs ont été réduites à la température de la glace fondante.

Hauteurs moyennes du baromètre.

Pour comparer ces résultats à ceux de , il suffira de se rappeler qu’en général, quand il pleut, le baromètre est bas ; en sorte que les chances de pluie doivent augmenter si la colonne mercurielle se raccourcit, et diminuer, au contraire, quand elle s’allonge. D’après la table précédente, si toutefois on veut tenir compte des faibles variations qu’elle présente, le maximum du nombre de jours de pluie devrait donc correspondre au deuxième octant, et le minimum au second quartier. Tels sont, en effet, les résultats qu’a obtenus le physicien de Stuttgard. (Voir page 33.)

La hauteur moyenne du baromètre à Viviers,

D’après ces deux hauteurs, le nombre de jours de pluie doit être plus grand au périgée qu’à l’apogée. C’est, en effet, ce que ont trouvé (page 38).

Malgré la distance qui sépare Stuttgard de Viviers ; malgré la diversité des méthodes, et Schübler parviennent, comme on voit, à des conséquences analogues. Il semblerait donc bien difficile, aujourd’hui, de ne pas reconnaître que la Lune exerce sur notre atmosphère une action, très-petite il est vrai, mais qui cependant est appréciable, même avec les instruments dont les météorologistes font habituellement usage. Cherchons, néanmoins, si ce résultat capital ne pourrait pas encore se conclure d’observations faites dans d’autres lieux.

L’idée fort naturelle que la Lune devait agir exactement de la même manière, sur l’atmosphère, d’abord dans le premier et dans le second quartier, ensuite dans la nouvelle et dans la pleine Lune, avait amené jusqu’ici les météorologistes, dans toutes les discussions auxquelles ils se sont livrés, à réunir ces quatre phases par groupes de deux. Le travail de montre qu’à l’avenir il sera nécessaire d’adopter d’autres bases. En ce moment je ne puis pas m’en écarter.

En calculant une longue série d’observations faites à Padoue, par le marquis Poleni à l’heure même de midi, Toaldo avait trouvé, jadis, que la hauteur moyenne du baromètre dans les quadratures surpasse la hauteur moyenne des syzygies de

Eh bien, prenons les observations de , et nous aurons :

Venons enfin aux observations de Paris, que a discutées, et nous trouverons :

Ainsi, plus d’incertitude possible la Lune, dans nos climats, exerce sur l’atmosphère une action très-petite, mais que la combinaison d’un grand nombre de hauteurs barométriques fait ressortir nettement. Il reste à décider de quelle nature est cette action.

Des observations faites à 9 heures du matin, pendant une année, à Santa-Fé de Bogota, par , ont donné ces résultats moyens :

Ces observations, quoiqu’elles soient faites dans un autre continent et par une élévation au-dessus de la mer de mètres ; quoique, de plus, elles correspondent, non à midi mais à 9 heures du matin s’accordent avec les observations de , en ce sens qu’elles fixent le maximum de hauteur barométrique au dernier quartier. Mais elles donneraient pour les quadratures une hauteur moyenne inférieure à celle des syzygies. Au surplus, une seule année ne suffit peut-être pas pour décider une question de cette nature. J’ai, en outre, quelques raisons de supposer que l’action lunaire, dont nous cherchons ici à apprécier numériquement les effets, est moins puissante près de l’équateur que dans nos climats.

Si la Lune agissait sur l’enveloppe gazeuse du globe de la même manière que sur la mer, c’est-à-dire par voie d’attraction ; si elle y produisait un double flux et reflux diurne ; si les heures des marées atmosphériques changeaient chaque jour comme les heures des marées de l’Océan, avec l’heure du passage de la Lune au méridien pour déterminer toute l’étendue de l’effet, il faudrait comparer entre elles, jour par jour (on me pardonnera l’expression que je vais employer), les hauteurs barométriques correspondantes aux hautes et aux basses atmosphères. Or jusqu’ici il n’a été question, dans ce qui précède que des observations d’une seule heure de lu journée, que des observations de midi.

Dans les syzygies, la Lune passe au méridien supérieur ou inférieur à midi. Si, en chaque.lieu, comme il paraît naturel de le supposer à cause de l’extrême mobilité de l’air, le maximum d’effet coïncide à peu près avec la présence de l’astre au méridien, les moyennes des seules observations faites à midi, les jours de syzygies, seront des moyennes de hautes atmosphères.

À toutes les époques de la lunaison les hautes et basses atmosphères semblent devoir être séparées entre elles, comme le sont les hautes et les basses mers, par des intervalles d’environ 6 heures. Les observations faites à midi, les jours où la Lune passe au méridien vers 6 heures du soir ou vers 6 heures du matin, c’est-à-dire vers le premier et vers le second quartier, ou, ce qui est la même chose exprimée en d’autres termes, à l’époque des quadratures, correspondent donc à de basses atmosphères.

Comparer les observations méridiennes syzygies aux observations méridiennes quadratures, c’est donc com- parer entre elles de hautes et de basses atmosphères lunaires.

On remarquera sans doute que je n’ai pas annoncé encore comment les hautes atmosphères devront se manifester on demandera s’il faut s’attendre à un mouvement ascensionnel ou à un mouvement descendant du baromètre. Je me bornerai à répondre qu’il m’était inutile en ce moment de décider cette question. Il me suffira, pour arriver au but vers lequel je tends, d’observer que les deux syzygies, si l’action lunaire pouvait être assimilée à celle qui s’exerce sur l’Océan, si, en un mot, elle était attractive, devraient donner les mêmes résultats ; qu’il en serait également ainsi des premier et second quartiers comparés entre eux. Or, en jetant seulement les yeux sur la table de la page h% tout le monde verra que ces conditions ne sont pas satisfaites. Les inégalités de pression que les observations ont fait reconnaître doivent donc tenir à quelque cause différente de l’attraction à quelque cause d’une nature encore inconnue, mais certainement dépendante de la Lune.

Cette conséquence serait capitale. Voyons si nous n’aurions pas, dès ce moment, quelque moyen de la fortifier.

Par une action évidemment liée à la position du Soleil, ¡ le baromètre baisse tous les jours entre 9 heures du matin et midi. Ce mouvement, qui fait partie de l’oscillation connue sous le nom de variation diurne, est souvent masqué, en Europe, par des fluctuations accidentelles mais on le retrouve constamment dans les moyennes, ,j même en n’employant qu’un petit nombre de jours. Eh bien, voyons s’il doit avoir la même valeur aux syzygies et aux quadratures.

Pour fixer les idées, j’admettrai un moment que la haute atmosphère amène une augmentation dans la hauteur du baromètre. On supposerait une diminution, que le résultat serait absolument le même.

Aux syzygies, le maximum de hauteur barométrique dépendant de l’effet de la marée atmosphérique, devant avoir lieu à midi, il est clair qu’entre 9 heures du matin et midi cette hauteur croîtra continuellement. Pendant le même intervalle, la période diurne produit dans le mercure un mouvement inverse. Donc, l’effet observé sera la différence de deux certains nombres.

Aux quadratures, le minimum de pression atmosphérique dépendant de la marée aérienne a lieu à midi ainsi, de 9 heures à midi, le baromètre descendra. Mais il descend déjà en vertu de la période diurne ; donc l’effet total observé sera la somme des deux mêmes nombres dont il était question tout à l’heure.

La somme de deux nombres surpasse leur différence du double du plus petit. Le plus petit étant ici la marée atmosphérique supposée, si l’on prend, d’abord aux quadratures, ensuite aux syzygies, la différence entre les hauteurs moyennes du baromètre de 9 heures du matin et de midi, la première de ces différences surpassera la seconde du double de l’effet que produit la marée aérienne en 3 heures. Cet effet peut être supposé la moitié de la marée totale son double sera donc l’entier et, en définitive, le calcul que je signale fera connaître à peu près lu valeur complète de la marée aérienne.

Venons à l’application.

Hauteur moyenne du baromètre, à Paris, par 12 années d’observations.

Ces deux nombres ne diffèrent, comme on le voit, que de centièmes de millimètre quantité évidemment audessous des erreurs d’observation.

La marée atmosphérique, en tant qu’elle dépendrait de la cause qui produit les marées de l’Océan, en tant qu’elle serait régie par les mêmes lois, n’aurait donc qu’une valeur insensible. Nous voilà ainsi ramenés, une seconde fois, à reconnaître dans les variations barométriques correspondantes aux diverses phases lunaires, les effets d’une cause spéciale, totalement différente de l’attraction, mais dont la nature et le mode d’action restent à découvrir.

Chapitre X

de l’influence des phases de la lune sur les changements de temps

Les travaux auxquels se sont livrés, et dont je viens de faire connaître les conséquences, ne présentaient rien d’arbitraire. Avec les mêmes éléments, deux calculateurs, quels qu’ils fussent, auraient, sans se communiquer, trouvé des résultats identiques. En serait-il ainsi de la question soulevée par le titre de ce chapitre ? Qu’est-ce, au fond, qu’un changement de temps ? Tel météorologiste, s’il admet l’influence des phases, se croira autorisé à ranger sous cette dénomination tout passage du calme au vent d’un vent faible à un vent fort ; d’un ciel serein à un ciel nuageux ; d’un ciel nuageux à un ciel entièrement couvert, etc., etc. Tel autre exigera, au contraire, des variations très-tranchées dans l’état de l’atmosphère. Cette difficulté n’est pas la seule que la question présente, mais elle explique pourquoi il est à peu près impossible de trouver sur la question du temps qu’il a fait à telle ou telle époque des documents numériques incontestables. Toutefois, j’ai pu rassembler assez de faits positifs pour me croire autorisé à rejeter l’opinion populaire concernant l’influence des phases lunaires sur les changements de temps comme une erreur, et j’ai réuni tous mes arguments dans un chapitre de l’Astronomie populaire (, , , ). J’ajouterai seulement ici une remarque.

Dans son Traité sur les signes avant-coureurs de la pluie et du vent, Théophraste dit que la nouvelle Lune est généralement une époque de mauvais temps. La raison qu’il en donne, c’est qu’alors la lumière de l’astre nous manque.

Un autre passage nous apprend que les changements de temps tombent ordinairement sur les syzygies et sur les quadratures. Ainsi, cette opinion, encore si répandue, est fort ancienne. On peut induire de quelques considérations dont l’auteur grec l’accompagne qu’elle se fon- dait, non sur un dépouillement d’observations, mais, ainsi qu’Horsley l’a déjà remarqué, sur une analogie imaginaire qui amena le célèbre disciple d’Aristote à voir dans les syzygies et les quadratures du soleil des nuits les tropiques et les équinoxes annuels du soleil des jours.

Afin que l’imposante autorité de Théophraste n’empêche pas d’examiner sans prévention les arguments dont je me suis servi pour combattre la théorie des influences lunaires, je prierai le lecteur de vouloir bien remarquer que les deux principes empruntés à l’auteur grec et rapportés ci-dessus se contredisent.

En effet, si comme le veut Théophraste, il fait ordinairement mauvais à la nouvelle Lune, le changement que, d’après l’autre principe, la première quadrature amènera, produira du beau temps, lequel, au nouveau changement de la syzygie, redeviendra mauvais. La nouvelle Lune ne se distinguerait donc pas, sous le rapport des circonstances atmosphériques, de la pleine Lune.

Chapitre XI

sur les périodes de 19 et de 9 ans qui, dit-on, ramènent les mêmes séries de phénomènes atmosphériques

La grandeur des marées de l’Océan dépend des positions angulaires relatives du Soleil et de la Lune, des déclinaisons de ces deux astres, de leurs distances rectilignes à la Terre. Ainsi, les marées des syzygies, en d’autres termes, les marées des pleines et des nouvelles Lunes, surpassent les marées des quadratures, c’est-à-dire du premier et du second quartier ; ainsi, parmi les. marées inégales des syzygies, le maximum s’observe lorsque la Lune est au périgée, lorsqu’elle est près de la Terre ; ainsi le minimum arrive quand l’astre atteint le point opposé de l’orbite, quand il est à l’apogée. Les déclinaisons, suivant qu’elles acquièrent telle ou telle autre valeur, suivant qu’elles sont australes, nulles ou boréales, ont aussi telle ou telle autre part d’influence sur le phénomène. Il résulte de là que les mois, que les jours de même dénomination, dans les différentes années, ne doivent pas voir, en général, des marées égales. On ne peut espérer de trouver cette égalité qu’en comparant des mois et des jours dans lesquels le Soleil, la Lune et la Terre sont précisément, et sous tous les rapports, dans les mêmes positions.

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