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a possibilité d’élever les Maisons de deux, même de trois étages, avec la terre seule, d’entreposer sur leurs planchers les plus lourds fardeaux et d’y établir les plus grosses fabriques, étonne tout le monde, ou plutôt tous ceux qui n’ont pas été à la portée de voir ces constructions originales ; c’est pour les en convaincre que je vais commencer par l’art du pisé, le cours d’étude qu’il est urgent de faire pour accélérer la multiplication des petites propriétés dans la campagne, si désirée par la Convention Nationale, et répétée par mille et mille auteurs.
Si je suis assez heureux de satisfaire mes compatriotes, je dois espérer de leur zèle un concours suffisant, sans lequel je ne saurois compléter cette entreprise essentielle ; ils ne verront, sans doute, dans l’achat de ce petit Traité, qu’une contribution patriotique, pour m’aider à répandre dans toutes les parties de la République, un nouvel art qui seul peut garantir les campagnes du fléau des incendies, puisqu’il pourra s’exécuter par les propriétaires les plus indigens.
Avant de traiter des maisons faites avec la terre qu’on nomme pisé, je crois nécessaire de donner un apperçu sur l’origine de cet art.
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a possibilité d’élever les Maisons de deux, même de trois étages, avec la terre seule, d’entreposer sur leurs planchers les plus lourds fardeaux et d’y établir les plus grosses fabriques, étonne tout le monde, ou plutôt tous ceux qui n’ont pas été à la portée de voir ces constructions originales ; c’est pour les en convaincre que je vais commencer par l’art du pisé, le cours d’étude qu’il est urgent de faire pour accélérer la multiplication des petites propriétés dans la campagne, si désirée par la Convention Nationale, et répétée par mille et mille auteurs.
Si je suis assez heureux de satisfaire mes compatriotes, je dois espérer de leur zèle un concours suffisant, sans lequel je ne saurois compléter cette entreprise essentielle ; ils ne verront, sans doute, dans l’achat de ce petit Traité, qu’une contribution patriotique, pour m’aider à répandre dans toutes les parties de la République, un nouvel art qui seul peut garantir les campagnes du fléau des incendies, puisqu’il pourra s’exécuter par les propriétaires les plus indigens.
Avant de traiter des maisons faites avec la terre qu’on nomme pisé, je crois nécessaire de donner un apperçu sur l’origine de cet art.
e pisé est une opération manuelle, fort simple ; c’est en comprimant la terre dans un moule ou dans un encaissement, qu’on parvient à faire de petites, de grandes et de hautes maisons : le pisé seroit plus significatif par celui de massiver ou massivation, car cet ouvrage est véritablement un massif, puisqu’il n’y reste aucun joint, tandis que le mortier en fournit d’innombrables pour la liaison des pierres ; mais il faut bien se soumettre aux termes d’ouvriers, à toutes ces dénominations vulgaires que l’on a été forcé d’adopter dans la langue française : cependant je préviens que je me servirai indifféremment, dans le cours de cet ouvrage, des mots piser, massiver, presser, comprimer ou battre la terre.
L’origine du pisé, quoique peu connu dans la France, oublié dans les autres états, remonte aux premiers siècles : à entendre Pline, il paroît que Noé en fut le premier inventeur, ayant appris cela, dit-il, en voyant faire le nid aux hirondelles : quoi qu’il en soit, il est certain que les anciens ont connu et pratiqué cet art. Le même auteur ajoute : Que dirons-nous des murailles de pisé qu’on voit en Barbarie et en Espagne, où elles sont appellées murailles de forme, puisqu’on enforme la terre entre deux ais : cette terre, ainsi pressée, résiste à la pluie, aux vents et au feu ; il n’y a ciment ni mortier qui soit plus dur que cette terre ; ce qui est si vrai, que les guettes et lanternes qu’Annibal fit construire en Espagne, et les tours qu’il fit bâtir sur les des montagnes, sont encore existantes ; néantmoins elles sont de pisé.
prétend que les Romains faisoient usage du pisé ; on ne sera point fâché si je rapporte ici les remarques de cet académicien : On conçoit aisément pourquoi une coutume qui n’a pas pour principe une utilité réelle, peut être circonscrite dans une province ; mais on ne rend pas si facilement raison de cette localité, si nous pouvons nous exprimer ainsi, quand elle tend au bien général, soit relativement à l’économie sur les matières premières, soit à la diminution et à la promptitude du travail. L’art du maçon piseur, que nous publions, renferme ces avantages. Cet art de construire en pisé se transmet de génération en génération dans le , par une succession non interrompue, à remonter jusqu’aux anciens Romains, qui l’habitèrent, et vraisemblablement l’y apportèrent, ainsi que la culture de la vigne et nombre d’autres arts, dans la pratique desquels on retrouve encore et leurs termes et leur génie.
Rozier a découvert qu’on employe le pisé en Catalogne. L’Espagne, comme la France, a donc une seule province où l’on ait conservé cet antique genre de bâtir : sans doute qu’il ne s’est pas plus répandu dans ce royaume que dans ce pays ; à peine chez nous le fait-on exécuter dans les provinces circonvoisines au Lyonnois, ce n’est que dans une partie du Dauphiné, de la Bourgogne, du Vivarais, où on l’entreprend. La Bresse, qui a d’excellentes terres à piser, construit encore en bois : le pisé gagne peu de pays, il faut nécessairement le propager, particulièrement dans les pays au nord de Paris, où les matériaux sont si rares, même manquent. Il faut aussi le faire exécuter sur les montagnes, dans les vallées, où les transports sont difficiles, bien souvent impossibles : il faut s’en servir en tous lieux, puisque le pisé ne coûte que la main d’œuvre, exclut toutes espèces de matériaux, toutes leurs voitures et toutes sortes de préparations ; enfin il faut bâtir par cette méthode dans toutes les campagnes, puisque les bâtimens des fermes, que l’on est obligé de faire de grande étendue pour l’exploitation et pour y fermer les récoltes volumineuses, coûtent immensément et ne rendent rien.
La dépense de ces outils est modique, la plupart étant d’un usage commun ; il ne s’agit que de les indiquer, pour passer de suite à la description de ceux que l’on aura à faire construire.
Fig.
1. | Un des côtés du moule vu extérieurement.
2. | L’autre côté du moule vu intérieurement.
3. | Tête du moule vue par-dehors.
4. | L’autre face vue en dedans.
5. | Bouts de planches taillés en coins.
6. | Petit bâton appellé gros de mur.
7. | Poteau vu à plat, ainsi que son tenon.
8. | Le même poteau vu sur le dos, ainsi que son tenon.
9. | Clef vue à plat, où sont pratiqués ses mortaises.
10. | La même clef vue par-dessus et par côté, ou vue en perspective.
11. | Moule monté, où l’on voit l’ensemble de tous les outils marqués ci-dessus ; plus, une petite corde F et un petit bâton ou bille G.
12. | Pioche tranchante, vue par côté avec son manche.
13. | La même pioche vue couchée.
Fig.
14. | Pisoir avec lequel on comprime la terre, en face.
15. | Le même pisoir sur une grande échelle, vu par côté.
16. | Plan de cet outil, vu par dessus.
Les autres outils dont on a besoin, sont ; des pioches ou bêches ; des pelles ; des paniers ; corbeilles ou hottes ; un arrosoir de jardinier ; des truelles ; un plomb de maçon une hache ; un marteau ; des sergens de menuisier ; un maillet, une scie, et des clous.
On prendra des planches de 10 pieds de longueur chacune, bois blanc, afin que le moule, en étant plus léger, puisse se manier et se transporter plus facilement par les ouvriers. Le bois le plus convenable est sans doute le sapin, parce qu’il est moins sujet à se déjetter ; c’est aussi par cette raison qu’on choisit les planches les plus sèches, les plus droites, les plus saines, enfin où il y ait moins de nœuds.
La hauteur la plus ordinaire du moule est d’environ 2 pieds 9 à 10 pouces : si l’on met trois planches pour chaque côté de l’encaissement, il faut donc que chacune d’elles portent un pied de large, attendu qu’étant feuillées et languettées, il puisse rester cette hauteur ; mais si les planches avoient moins de large, comme 9 à 10 pouces, alors on fera scier en longueur une planche, pour y prendre la partie nécessaire pour completter la hauteur du moule.
Les six ou sept planches choisies, doivent être blanchies des deux côtés au rabot ; on pourroit ce pendant se passer de le faire en dehors, puisque ce n’est que leur face intérieure qui doit former les paremens lisses des murs :
mais mon expérience m’a appris que cette négligence nuit de plusieurs manières ; la terre s’attache sur les côtés extérieurs qui n’ont point été blanchis, ce qui rend le moule plus lourd, sur-tout lors des pluies, tandis qu’étant lisse ou uni par quelques coups de rabot, on peut le tenir toujours propre en le nettoyant d’un tour de bras avec un torchon de paille.
Pour lier solidement les trois planches ou trois planches et demie emboîtées à languettes et rainures, on pose, on cloue et on rive dessus quatre petites planches, appelées barres ; celles qui sont aux extrémités ont 10 pouces de large, et les deux autres, qu’on espace également, en ont 8. Voy. planch. I, fig. 1, où l’on remarquera encore que l’on cloue deux poignées à chaque partie du moule, pour les supporter. Ces poignées se font en fer ; mais, pour plus d’économie, on peut se servir de nerfs de bœuf.
La tête du moule qui sert à former les angles des bâtimens en terre, doit se faire de deux petites planches rainées, languettées et blanchies des deux côtés ; on pourroit n’y employer qu’une seule planche, puisqu’elle n’auroit que 18 pouces de large sur trois pieds de hauteur ; mais on sent qu’elle se déjetteroit : ainsi on placera, clouera et rivera deux petites barres de 4 pouces de largeur. Voy. planche I, fig. 3, où l’on remarquera encore que la largeur de cette partie du moule diminue insensiblement sur sa hauteur, pour donner le talus ou le fruit au mur.
Toutes les planches et barres mentionnées ci-dessus, doivent avoir chacune, après qu’elles ont été blanchies au rabot, au moins 13 lignes d’épaisseur.
Les coins, planche I, fig. 5, ne sont autre chose que les débris de planches d’un pouce d’épaisseur, et de 8 à 12 pouces de ; et à l’égard des gros de mur, fig. 6, ce sont des petits bâtons que l’on coupe sur l’épaisseur du mur que l’on a à faire.
On vient de voir qu’il y a huit barres pour arrêter l’assemblage de deux grandes parties de l’encaissement ; ces barres servent également pour recevoir huit poteaux et quatre clefs.
Les poteaux, planche II, fig. 7 et 8, peuvent se faire avec des bois de sciage équarris, ou avec des bois de brins ronds, n’importe leur qualité ; ainsi on se servira indifféremment des bouts de soliveaux, de chevrons, de petits arbres ou de leurs branches.
Ces poteaux doivent surmonter la hauteur du moule d’environ 18 pouces ; il les faut donc à peu près de 5 pieds de hauteur, y compris leur tenon de 6 pouces et de 3 pouces sur 4 de grosseur. La partie qui doit appuyer contre les barres de l’encaissement, sera applatie et tirée à la varlope en ligne droite, n’importe que le surplus soit brut ou rond.
On peut aussi se servir indifféremment de toute espèce de bois pour faire les clefs ; cependant, pour la durée, on doit préférer les bois durs, tels que le chêne, le frêne, le hêtre, et autres. Comme la solidité du pisé exige que les murs aient le plus souvent 18 pouces d’épaisseur, il faut donc 3 pieds et demi de longueur à chaque clef ; ainsi on équarrira les bois sur cette dimension, ou on se servira de quelques bouts de soliveaux que l’on a toujours de reste dans les bâtimens ou dans les fermes. On les réduira à 3 pouces et demi de largeur, sur 3 pouces d’épaisseur ; sur la largeur, on tracera les deux mortaises, ainsi qu’il est marqué planche II, fig. 9 et 10 ; ensuite on percera avec une plusieurs trous, pour dégager le ciseau qui percera à jour la mortaise : ces dernières doivent avoir chacune 10 pouces et demi de longueur sur un fort pouce de largeur, et à chaque extrémité on laissera 3 pouces et demi, de manière qu’il restera d’intervalle entre les deux mortaises 14 pouces ; dimension restreinte et nécessaire pour laisser rapprocher les deux parties du moule, qui faciliteront à donner le talus aux murs à fur et mesure que l’on élévera la maison, de manière qu’on puisse réduire les murs de terre près le toit à cette épaisseur de 14 pouces.
pieds. | pouces.
0 | 7
1 | 9
1 | 2
3 pied. | 6 pouc.
Les choses les plus simples sont difficiles à comprendre, lorsqu’on ne les a jamais vues ; c’est pourquoi j’ai tracé, pl. II, fig. 11, l’encaissement monté, dont je vais faire la description, pièce par pièce, en commençant par la première jusqu’à la dernière, tout de même que les maçons doivent les poser pour établir complettement le moule.
A. Mur en maçonnerie de 18 pouces d’épaisseur, sur lequel on veut élever le mur de terre ou pisé.
B. Clef posée dans une tranchée à travers le mur.
CC. Les deux côtés du moule qui embrassent par en-bas le mur de 3 pouces de hauteur.
DD. Les deux poteaux dont les tenons entrent dans les mortaises de la clef.
E. Gros de mur qui fixe le moule par en-haut, et qui est moins long de 6 lignes que le mur d’en-bas n’est épais, pour laisser le fruit ou talus au mur.
F. Petite corde de 4 à 5 lignes de diamètre, faisant plusieurs tours aux poteaux.
G. Petit bâton ou bille, qui bride la corde autant que l’on veut, en faisant plusieurs tours, et qui vient s’arrêter contre un des poteaux.
HH. Coins qui entrent dans les mortaises de la clef, et qui serrent singulièrement par le bas les poteaux et le moule contre le mur.
Tel est ce petit équipage et l’opération pour monter le moule : on renverse l’ordre qu’on a suivi, pour le démonter, en commençant à délier la corde, repousser les coins, enlever les poteaux, retirer le moule et les clefs pour replacer le tout de nouveau.
L’outil le plus conséquent au pisé, d’où dépend la solidité de cet ouvrage, sa durée de plusieurs siècles, en un mot, sa perfection, ou, au contraire, sa mauvaise qualité, est celui avec lequel on travaille ou massive la terre ; il ne faut pas s’y méprendre, ce genre de bâtir renferme les deux extrêmes, ou parfaitement bon, ou excessivement mauvais : cet outil important, dis-je, se nomme pisoir. Voyez les figures de la planche III.
Quoique cet instrument paroisse fort aisé à faire, l’on rencontrera plus de difficultés qu’on ne le pense, lorsqu’on l’entreprendra ; c’est pourquoi je vais entrer dans la voie méthodique que l’on pourra suivre pour le bien faire exécuter.
On commencera par prendre un morceau de bois dur, soit chêne, soit frêne, soit hêtre ; et toutes les fois que l’on pourra se procurer des pieds ou racines de ces arbres, même d’ormes, de noyers et autres, il faut les préférer, à cause de l’étroite union de leurs pores ou parties ligneuses : lorsqu’on aura réduit et équarri un morceau de bois brut, rond, ou le plus uniforme possible, à 10 pouces de longueur, 6 pouces de largeur et 5 pouces d’épaisseur, tel que le représente la fig. 16, pl. III, on tracera une ligne dans son pourtour à 6 pouces de sa hauteur, ainsi qu’elle est marquée aux fig. 14 et 15 ; ensuite on divisera en deux toutes les autres faces de ce morceau de
bois où l’on tirera par-tout des lignes qui les partageront également.
C’est d’après ces lignes de division qu’il sera aisé de perfectionner cet outil ; d’abord on tracera dessous deux lignes à côté de celle du milieu, qui laisseront entre elles un pouce et demi d’épaisseur, ensuite on délardera de la ligne du pourtour le bois superflu, ce qui formera d’abord une espèce de coin : cela fait, on circonscrira par-dessus, avec un compas, un cercle de 4 pouces de diamètre, et on ôtera à l’entour tout le bois, en venant terminer insensiblement à la ligne du pourtour ; après quoi on abbattra les arêtes, en les arrondissant, sur-tout par-dessous, ou on polira le bois autant qu’on pourra. C’est en prenant la patience, je le répète, de bien équarrir un morceau de bois et de tracer la ligne du pourtour et les lignes centrales, que l’on ne se trompera pas, et qu’on expédiera la construction de cet outil.
Pour y placer un manche, on serrera cet outil dans un étau ; c’est le plus sûr moyen d’y percer bien droit, avec les tarières, le trou qui doit avoir 2 pouces de profondeur. Voyez planche III, fig. 15. Le manche est un bâton d’un pouce de diamètre par le bas, et de 15 lignes par en-haut, pour que l’ouvrier puisse fermement le tenir dans ses deux mains en le bien empoignant : toute la hauteur de cet outil emmanché doit avoir environ 4 pieds ; cependant un peu plus haut ou plus bas, suivant la grandeur des ouvriers, qui sauront bien le réduire à la hauteur qui leur sera la plus commode, après qu’ils auront travaillé quelques heures.
Qu’on ne s’y trompe pas ! le pisé est bien différent de ces misérables constructions faites en terre pêtrie ou en boue, mêlée avec de la paille ou du foin, que bien des personnes confondent avec cet art précieux. J’ai vu même d’habiles gens ne savoir ou ne vouloir pas distinguer cette
noble science d’avec la routine que l’on a dans la campagne d’élever quelques murs avec la terre pêtrie ; construction on ne peut pas plus vicieuse, puisqu’elle ne se soutient qu’autant qu’on lui donne un talus rapide ou une forme bien pyramidale.
L’art que je présente, non-seulement renferme tous les principes de la meilleure maçonnerie, mais d’autres règles que j’indiquerai. La planche IV représente le plan d’une petite maison que nous allons bâtir avec le lecteur, en pisé.
Nous commencerons par faire la fondation de cette maison en maçonnerie ordinaire, que nous éleverons, en premier lieu, à deux pieds au dessus du terrein. Cette dépense est absolument nécessaire pour garantir le pisé de l’humidité du sol ; d’ailleurs elle sert à préserver les murs de terre du rejaillissement des eaux pluviales qui tombent des égoûts du toit. Lorsque nous aurons rendu de niveau tous les murs et de 18 pouces d’épaisseur, nous tracerons dessus, avec de la pierre noire ou rouge, les tranchées nécessaires pour recevoir les clefs du moule : leur distance doit être de 3 pieds de milieu en milieu ; en voici la preuve : chaque côté de l’encaissement ayant 10 pieds de longueur, il donne par conséquent trois parties de 3 pieds, qui en font 9 ; reste 6 pouces de plus à chaque extrémité, qui servent pour alonger le moule sur les angles de la maison, et dans beaucoup d’autres cas.
Après que nous aurons marqué ces tranchées, nous ferons maçonner entre elles de 6 pouces de hauteur, ce qui laissera la place des clefs, et en même temps ce qui donnera 6 pouces de plus de maçonnerie ; de manière qu’on aura deux pieds et demi de soubassement en pierres et mortier, hauteur bien suffisante pour empêcher, aux pluies et à la neige, de gâter les murs de terre. Sur cette maçonnerie fraîche, nous pouvons établir tout de suite le moule, en le plaçant dans un des angles de la maison : lorsque nous l’aurons fait monter de la manière que je l’ai indiqué, nous ferons poser la tête contre l’angle : cette tête doit avoir 18 pouces de largeur par le bas, et 6 lignes de moins par le haut ; par conséquent les petits bâtons ou gros de mur, marqués dans la planche I, fig. 6, et dans la planche II, fig. 11, à la lettre E, doivent avoir la même longueur de 17 pouces et demi. On en sent la raison : la tête du moule ayant 3 pieds de hauteur, doit diminuer en montant, de chaque côté, d’une ligne par pied, pour laisser cette ligne au fruit ou talus que l’on donne ordinairement aux constructions de tous les murs ; ainsi chaque côté du moule incline en dedans de 3 lignes.
Les coins bien serrés, les poteaux bien entretenus par les liages des cordes, il ne s’agit plus que de bien arrêter la tête du moule : à cet effet, on pose deux sergens de fer de menuisier, qui embrassent l’encaissement, et on cale de quelques morceaux de bois les petits intervalles qui restent entre la tête et les sergens. Voilà l’équipage prêt, il faut mettre la main à l’œuvre.
Chaque maçon entre dans sa case ; on voit qu’il faut trois hommes, puisque les quatre rangs de poteaux forment trois espaces : on place le meilleur ouvrier dans l’angle ; c’est lui qui gouverne, qui, de temps à autre, en travaillant, plombe, pour reconnoître si le moule ne s’est pas dérangé : cependant chaque maçon doit avoir à ses côtés son plomb, pour le vérifier aussi. À cet effet, ils l’entreposent sur les cordes ou aux poteaux.
Avant de mettre de la terre, nous ferons étendre un glacis de mortier, seulement dans le pourtour de l’encaissement, et couvrir de quelques pierres minces les tranchées où sont les clefs. Ce glacis ne sert qu’à empêcher que la première terre qu’on va jetter ne coule dans les joints, et sert encore à pouvoir bien presser cette terre dans les angles du pourtour.
Les autres ouvriers manœuvres qui piochent la terre, la préparent et la portent dans le moule, commencent à en donner un peu aux trois piseurs : ceux-ci, après l’avoir étendue avec leurs pieds, se mettent à la comprimer avec le pisoir ; mais nous serons soigneux à ce qu’ils n’en reçoivent, chaque fois, que 3 à 4 pouces d’épais : les premiers coups qu’ils donnent suivent le pourtour du moule ; après quoi, ils battent pareillement dans l’épaisseur du mur ; ensuite ils croisent leurs coups, de manière que la terre se trouve pressée en tout sens. Lorsque deux maçons se rencontrent dans le voisinage de leurs cases à piser, ils accordent les coups de leurs pisoirs, pour battre en même temps sous les liages des cordes, parce qu’ils ne peuvent presser la terre, dans cette place, que difficilement, ou par des efforts obliques ; par ce moyen, toute la longueur du moule se trouve également massivée : celui qui est à l’angle du bâtiment, bat avec soin contre la tête du moule, et, soit par vanité, soit pour raison de solidité, il pose, sur la terre battue, tous les six pouces de hauteur, un petit glacis de mortier contre cette tête, ce qui imite les joints des pierres.
Nous aurons attention que les piseurs n’admettent jamais de nouvelle terre, qu’après qu’ils auront bien battu la première couche ; ce qu’ils doivent reconnoître à leurs coups de pisoir, qui marquent à peine la place sur laquelle ils portent. Lorsqu’ils sont assurés de la perfection, ils appellent les manœuvres pour leur porter de nouvelles terres, qu’ils pressent de nouveau, ainsi de suite, couche par couche, jusqu’à ce que le moule soit entièrement plein.
Cela fait, nous ne craindrons pas de démonter sur le champ l’encaissement. Le pan de terre qui vient d’être fait, d’environ 9 pieds de longueur moyenne sur 2 pieds et demi de hauteur, restera sur son assiette, droit, sans danger d’éboulement : nous ferons donc, de suite, couler le moule sur l’étendue du mur, et nous le laisserons embrasser le pan de mur déjà construit, d’un pouce seulement, au haut de la pente, attendu que nous lui aurons laissé, du côté opposé à l’angle, cette pente ou ligne d’inclinaison telle qu’on le voit dans les élévations géométrales, pl. V et VI, et principalement pl. X, fig. 1, où la jonction des pans de mur se fait mieux sentir, étant dessinée sur une plus grande longueur. Cette pente est ordinairement d’environ un pied et demi de largeur, prise en ligne de niveau ou horizontale. On sent que par ce procédé on ne laisse aucun joint au pisé ; qu’on rend adhérens tous les pans de murs, puisqu’au second que nous allons faire, nous ferons presser, dans cette inclinaison, les terres l’une sur l’autre, c’est-à-dire que nous ferons battre la nouvelle terre sur l’ancienne, qui est déjà pisée ou massivée. C’est à ce second pan de mur et aux suivans, que la tête du moule devient inutile ; nous ne la reprendrons que lorsque nous aurons des angles à faire.
Nous ferons donc ainsi faire le tour du bâtiment, en démontant et remontant le moule toutes les fois qu’un pan de mur sera comprimé ; lorsque nous aurons parachevé le dernier pan B contre l’angle A par où nous avons commencé le pisé, voy. planche IV, nous ferons transporter l’encaissement sur le mur de refend, et nous le placerons à la porte de communication D. Qu’on remarque ici que les pieds droits de cette porte, étant quarrés ou d’équerre, absolument semblables aux angles, obligent à reprendre la tête du moule pour les former, même qu’il faudroit avoir deux têtes, si on les faisoit tous deux à la fois ! ce qui est possible. Comme on ne peut piser le pied droit, qui est appuyé contre le mur de face, à cause de son peu de largeur, et qu’on a la facilité de le faire en bois ou en pierres, nous établirons donc l’encaissement sur l’autre pied droit D ; et lorsque nous aurons fait cette partie, nous ferons couler le moule, pour terminer contre l’autre mur de face C.
Ce premier cours parachevé, il faut procéder au second : à cet effet, nous allons nous trouver dans la nécessité de nous procurer des tranchées dans le pisé qui vient d’être fait, pour y pouvoir placer de nouveau les clefs du moule.
Pour accélérer l’ouvrage, j’ai trouvé un moyen, en faisant faire un nouvel outil tracé planche II, fig. 12, et que je nomme pioche tranchante : elle a, d’un côté, une espèce de hache ou de taillant ; l’autre est en forme de langue de bœuf, c’est-à-dire qu’elle ne vient pas en pointe comme une aiguille, mais qu’elle s’alonge de la même largeur, et qu’elle est un peu courbée et aiguisée, ainsi qu’on le voit en plan par la fig. 13. Je ne saurois trop recommander de faire forger un pareil outil, qui est si commode et expédie tant le travail.
Reprenons la suite de nos opérations. Si nous avons commencé le pisé de la maison, planche IV, par l’angle A, en alignant le moule à E, il faut, pour la seconde assise, recommencer de A, en alignant à F : ainsi, lorsque le premier cours d’assise aura parti à droite, il faut, pour le second, partir à gauche ; le troisième cours recroisera à droite, le quatrième à gauche, ainsi alternativement tous les autres jusqu’à la du bâtiment ; ce qui se fait bien sentir en voyant les façades, planches V et VI.
On conçoit aisément qu’avec cette précaution, on met toutes les jonctions inclinées des pans de mur en sens contraire ou opposé, ce qui ne contribue pas peu à la solidité des maisons faites en terre : qu’on y ajoute les liaisons que se font réciproquement les pans de mur qui se croisent dans les angles et sur les murs de refend, marqués A, B : G et H. Sur les élévations, planches V et VI, on trouvera que cette construction simple est aussi bonne que la maçonnerie la mieux faite.
Nous ne craindrons point de surcharger le second rang de pisé sur le premier, quoique fraîchement fait, puisqu’on peut, sans interruption, dans un seul jour, monter trois cours d’assise en terre les uns sur les autres ; c’est ce qu’on exécute lorsqu’on n’a qu’un pavillon ou bout de clôture à faire : ainsi nous nous empresserons de tracer sur le premier cours les tranchées, en les espaçant toujours de 3 en 3 pieds, non pas perpendiculairement aux inférieures que nous venons de pratiquer dans la maçonnerie, mais de milieu en milieu. Voyez pl. V, VI et X, fig. 1, les trous de ces tranchées, qui sont en ligne couchée ou oblique. Ces traces faites, nous ferons couper, avec la pioche tranchante, la terre comprimée, de 6 pouces de profondeur ; nous y placerons les clefs à l’angle A, pl. IV, ensuite l’encaissement, que nous alignerons à F : par conséquent il portera sur le premier et le dernier pan de mur A et B de l’assise inférieure.
Il n’y a aucun changement dans la main d’œuvre pour le second cours de pisé, si ce n’est qu’il faut soigneusement diminuer de demi-pouce la tête du moule tout le long de sa hauteur, et rogner également de 6 lignes tous les petits bâtons, parce qu’ils doivent servir de gros de mur au haut du moule, en même l’entretenir et laisser à cette seconde assise le talus qui lui est nécessaire.
Une autre remarque essentielle, c’est qu’on ne peut piser de suite les murs de face dans leur pourtour, comme on l’a fait pour la première assise ; en voici la raison : le mur de refend devant anticiper sur les murs de face, ou plutôt tous murs quelconques d’un bâtiment, soit de face, soit de refend, qui se rencontrent en retour d’équerre, même de biais, ou par deux angles inégaux, doivent se croiser alternativement à chaque cours d’assise. D’après ce principe, le mur de refend de cette maison doit donc être lié, lors de la confection de ce second rang, aux murs de face ; c’est pourquoi, lorsque nous aurons fait piser depuis A à C, même un peu moins, pl. IV, nous quitterons le mur de face, et nous tournerons le moule sur le mur de refend, où nous lui ferons embrasser l’épaisseur du mur de face C, et où nous placerons la tête du moule, ce qui paroît plus sensible en regardant la pl. VI à la lettre G.
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