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Les nouveaux paradigmes du projet ?

Helga-Jane Scarwell, Philippe Deboudt · 2021

146,684 words · about 10 h 16 min to read

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Licence: CC BY-NC-ND 4.0 · repository export licence (OAPEN) · Scarwell, Helga-Jane, Deboudt, Philippe (2021), Les nouveaux paradigmes du projet ?, open access publisher - licensed CC BY-NC-ND 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0)

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About this book

Authors
Helga-Jane Scarwell, Philippe Deboudt
Language
French
Published
2021
Length
146,684 words · about 10 h 16 min
Sections
7 reader sections
Text
Digital text
Rights
CC BY-NC-ND 4.0 · repository export licence (OAPEN)

 

Contents (7)
  1. Front matter about 3 min
  2. Partie 1 Transition about 1 min
  3. Partie 2 Adaptation about 1 min
  4. Partie 3 Résilience about 31 min
  5. Partie 1 Transition about 3 h 21 min
  6. Partie 2 Adaptation about 3 h 31 min
  7. Partie 3 Résilience about 2 h 49 min

Continue:

Front matter

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Ne nouveaux paradigm

WS adaptati 4 See -

Partie 1 Transition

Les enjeux de hiérarchie dans la gouvernance de la durabilité urbaine : acteurs, instruments et projets urbains face à la CHANSON E error ernie tir rentes 41

Des dynamiques de projet pour l’innovation des territoires métropolitains. La Métropole du Grand Paris face aux défis

Ville-aéroport : imaginer des transitions. Le cas de Tours (RANGE)? ee me aient eS 85

CHRISTOPHE DEMAZIERE ET DivyA LEDUCQ

Les concepts de quartier de l’innovation et de projet urbain à Montréal : utopies d’un développement économique et urbain MLE REE Po aer irar E E rise rental le cales rene rie e tire 107

8 SOMMAIRE

Quand la ville durable se nourrit de la ville intelligente : que

HELGA-JANE SCARWELL, Divya LEDuCQ, Do LIEN HUONG DINH, QUOC DAT NGUYEN ET NGOAN PHAM

Les transitions urbaines au Cameroun entre stratégies de survie et préservation de l’environnement «00.0.0... cece eee 161

LIONEL PRIGENT ET CHRISTIAN KALIEU

Partie 2 Adaptation

La nature en ville : Comment les pratiques aménagistes s'adaptent en continu à l’impératif écologique. Etude à partir de

SABINE EL MOUALY, Guy BAUDELLE ET LAURENCE LE DU-BLAYO

L'improbable ceinture verte : aménagements et dynamiques socio-territoriales des espaces végétalisés des pourtours de Pagglomération parisienne suscite 215

MORGANE FLÉGEAU ET FABIEN ROUSSEL

Lavénement des services écosystémiques et ses conséquences sur

AMELIE ROBERT ET JEAN LOUIS YENGUE

Identifier les continuités écologiques : une cohérence

JULIE CHAURAND, MAGALIE FRANCHOMME, JACQUES BAUDRY ET JEAN- PHILIPPE TONNEAU

Changement climatique et aménagement du territoire : le rôle de la trame verte Mbits nt nement 285

Marion BRUN, MAGALIE FRANCHOMME, CHRISTELLE HINNEWINKEL ET BRANDON STORDEUR

SOMMAIRE 9

La techno-nature. Émergence d’une figure de nature hybride au service de l’habitabilité. Exemple du projet d'écologie urbaine du parc Kaplan à Lyon serecesssiisnnsisimneeianinrisinsi 309

Partie 3 Résilience

Le projet urbain au défi de la qualité de l’air et des enjeux CNVIFONNEMENTAUX siscsscissscssscssscsccssecsscceseasasecers secre ccsvetecsseeseecsseceess 337

Comment l’imbrication de la pollution de l’air avec le

Vive la règle pour le projet ! Larticulation de la règle et du projet

SYLVAIN RODE ET JULIEN LANGUMIER

Enjeux de gestion des risques en milieu urbain relatifs aux projets d’infrastructures aériennes de transport : le cas du risque inondation fs crac vase cena num 409

MICHAEL GONZVA, GABRIELLE RICHARD, BRUNO BARROCA, VINCENT BECUE ET KRISTEL Mazy

La gestion des risques naturels littoraux selon le projet : d’une gestion sans stratégie à une stratégie sans gestion ? Le cas de la Céted Opale (Fee) constants connu 419

Transition, adaptation, résilience : un processus itératif pour

HELGA-JANE SCARWELL ET PHILIPPE DEBOUDT

Liste des contributeurs

Priscilla Ananian Université du Québec à Montréal Département d’études urbaines et touristiques

Bruno Barroca Université Paris-Est Lab’Urba

Guy Baudelle Université Rennes 2 UMR ESO

Jacques Baudry | INRA, Agrocampus Ouest, École Supérieure d'Agriculture d'Angers UMR Biodiversité, AGroécologie et Aménagement du Paysage

Vincent Becue Université de Mons Faculté d'Architecture et d'Urbanisme

Marion Brun

Lionel Charles Fractal

Julie Chaurand Université de Montpellier, AgroParisTech, CIRAD, CNRS, IRSTEA UMR Territoires, Environnement, Télédétection et Information Spatiale

12 List of Contributors

Muriel Delabarre Université de Lausanne Faculté des géosciences

Christophe Demazière Université de Tours

UMR 7324 CITERES CNRS

Do Lien Huong Dinh

Laurence Le Du-Blayo Université Rennes 2 UMR ESO

Morgane Flégeau Université Paris 13 EA 7338 Pléiade

Magalie Franchomme

Michaël Gonzva Université Paris-Est Lab’Urba

Philippe Hamman Université de Strasbourg Laboratoire Sociétés, Acteurs, Gouvernement en Europe (UMR

Liste des contributeurs

Christelle Hinnewinkel Université de Lille Laboratoire Territoires, Villes, Environnement & Société (TVES)

Patrizia Ingallina Sorbonne Université

ENeC

Christian Kalieu Université de Dschang, Cameroun

Julien Langumier DDTM 13 Laboratoire RIVES, UMR 5600 EVS, ENTPE

Divya Leducq

Université de Tours

UMR CNRS 7324 CITERES (Cités, Territoires, Environnement et Sociétés)

Kristel Mazy Université de Mons Faculté d'Architecture et d'Urbanisme

Sabine El Moualy Université Rennes 2 UMR ESO & Agence Aubépine, Rennes

Quoc Dat Nguyen Université de Lille Laboratoire Territoires, Villes, Environnement & Société (TVES)

Ngoan Pham Université de Lille Laboratoire Territoires, Villes, Environnement & Société (TVES)

14 List of Contributors

Lionel Prigent Université de Bretagne occidentale Laboratoire Géoarchitecture

Gabrielle Richard Université de Mons, Université Paris-Est Faculté d'architecture et d'urbanisme, Mons et Lab’Urba, Paris-Est

Amélie Robert Université de Tours UMR CITERES

Sylvain Rode Université de Perpignan Via Domitia UMR 5281 ART-Dev

Fabien Roussel Université d'Artois EA 2468 Discontinuités

Helga-Jane Scarwell

Brandon Stordeur

Laboratoire Territoires, Villes, Environnement & Société (TVES) UR 4477

Jean-Philippe Tonneau Université de Montpellier, AgroParisTech, CIRAD, CNRS, IRSTEA UMR Territoires, Environnement, Télédétection et Information Spatiale

Liste des contributeurs

Jean Louis Yengué Université de Poitiers | Laboratoire RURALITES

Richesse et diversité des cadres théoriques, des thématiques, des contextes, des échelles géographiques et des études de cas pour appréhender les transformations des pratiques du projet par les enjeux de la durabilité

PHILIPPE DEBOUDT ET HELGA-JANE SCARWELL

Université de Lille Laboratoire Territoires, Villes, Environnement & Société

Lappel à communications du colloque des 20° rencontres internationales en urbanisme de l’'APERAU à Lille (2018) a questionné le « Projet » :

Tantôt ou tout à la fois urbain, métropolitain, de développement (durable), de territoire, agricole, grand, structurant, multi-acteur, multi-dimensionnel, négocié, complexe, emblématique...le projet ne manque pas de qualificatifs. De quoi le projet n'est-il donc pas le nom, d’ailleurs ? Un outil, une catégorie autant qu'un dogme, mais surtout une étonnante métaphore plurielle, dont l'incroyable succès tient entre autres à sa très grande plasticité .

Plusieurs auteurs ont déjà exploré et analysé le rôle du projet dans l'urbanisme (par exemple : Tomas, 1995 ; Toussaint et Zimmermann, 1998 ; Scherrer, 2000 ; Novarina, 2003 ; Pinson, 2004 ; Hamman et Blanc, 2009 ; Pinson, 2009 ; Ascher, 2010 ; Claude, 2000 ; Ingallina, 2010 ; Hamman, 2011 ; Rode, 2017 ; Arab, 2018 ; Martouzet, 2018). Dans l’ouvrage de G. Pinson (2009) Gouverner la ville par le projet, dans lequel l’auteur se focalise sur deux ordres de transformation — « un

! Deboudt P., Bosredon P., Castex E., Dumont F., Dumont M., Groux A., Menerault P., Paris D., Prévot M., Scarwell H.-J. (dir.), 2018, Actes du colloque des 20 Rencontres Internationales en Urbanisme de l' APERAU, « Que reste-t-il du projet ? », Lille, éd. Université de Lille, 414 p.

changement dans la perception de la ville ; un changement dans les modes d’action qui participent à la fabrication des politiques urbaines » — , la gouvernance constitue l’un des paradigmes du projet en urbanisme.

À l'occasion du colloque des rencontres internationales en urbanisme de l’'APERAU, organisé à l’Université de Lille en 2018, cinq questionnements ont été développés pour faire émerger et analyser les nouveaux paradigmes du projet en s'intéressant à la dimension territoriale du projet, à la production de nouvelles normes, aux pratiques d'apprentissage, au rôle de lessor du numérique et enfin aux nouveaux enjeux du projet issus des impératifs de la durabilité (Deboudt et al., 2018).

Dans cet ouvrage, nous nous intéressons à ce dernier questionnement et nous proposons d'explorer trois nouveaux paradigmes articulés avec le développement durable des territoires et la ville durable : la transition, l'adaptation et la résilience ; ces trois paradigmes ont en effet contribué à renouveler les liens entre d’une part, l'aménagement, l’urbanisme et d’autre part, le projet, durant les 10 dernières années, dans le cadre de l'inscription des territoires et des villes dans une course à la durabilité (Andres et Bochet, 2010 ; Emelianoff, 2015 ; Hamman et al., 2017).

Cet ouvrage propose au fil de dix-sept chapitres d’identifier et d’analyser les nouveaux paradigmes du projet quand il est articulé avec des enjeux environnementaux, ceux de la ville durable et de l'aménagement durable des territoires (Theys et Emelianoff, 2001 ; Emelianoff, 2007). Le projet se trouve en effet bouleversé par de nouveaux impératifs écologiques, juridiques et sociaux invitant à la durabilité à [échelle internationale, européenne (paquet Energie Climat) et nationale (par exemple en France, les lois de programmation fixant les Orientations de la Politique Energétique — POPE2, Grenelle 1 et 2 ou la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte). Leur traduction selon de nouveaux objectifs à atteindre ou de nouvelles normes ont des incidences sur les pratiques de l'aménagement et de l'urbanisme et sur la nature séquentielle du projet. Ainsi, le projet se trouve de plus en plus complexifié par l’évolution des problématiques urbaines et environnementales et par le besoin de répondre à l'articulation des enjeux globaux et locaux ou encore à des besoins de structuration et d’évaluation des démarches de projet.

La transition constitue le premier nouveau paradigme du projet analysé dans la première partie de l'ouvrage. La transition peut être écologique, sociale, environnementale, énergétique, socio-écologique, etc. (Perthuis, 2019 ; Chatterton et Cutler, 2013 ; Cottin-Marx, Flipo et Lagneau, 2013).

La thématique des « transitions» (écologique, sociale, etc.) accompagnet-elle la généralisation d’une inflexion du projet vers la préfiguration comme nouveau mode opératoire ? Le projet n’apparaîtrait-il pas comme une opportunité à saisir pour engager les villes et les territoires sur le chemin de la transition environnementale ?

L'adaptation représente le second nouveau paradigme du projet constituant le fil directeur de la seconde partie de l'ouvrage. À la différence de la première partie dans laquelle les transitions ont principalement concerné le fait urbain et les villes, l'adaptation est envisagée pour des territoires plus diversifiés. L'adaptation doit répondre aux enjeux du changement climatique et écologique, de la protection de la biodiversité et de l’environnement (Bertrand et Rocher, 2014 ; Van Gameren et al. ; Richard 2016 ; Desse et al., 2017). À l’image de la transition, quelles sont les nouvelles figures de l’action, quelles sont les méthodes qui s'imposent en parallèle du projet pour envisager l'adaptation des villes et des territoires aux enjeux environnementaux et au changement climatique ?

Enfin dans la troisième partie, la résilience représente le dernier paradigme mobilisé. Le projet peut contribuer à l’émergence d’un urbanisme résilient ou à un aménagement résilient quand il s’agit de prendre en compte les risques et les vulnérabilités dans le projet (Borraz, 2008 ; Toubin, et al ; 2012 ; Djament-Tran et Reghezza-Zitt, 2012 ; Mathevet et Bousquet, 2014).

La notion même de projet a-t-elle encore du sens ou n'est-elle plus qu'une fiction, lorsque dominent la vulnérabilité, l'inégalité, l’instabilité, l'incertitude ? Quels projets ou stratégies sont conçus et mis en œuvre dans les villes et les territoires pour assurer leur résilience ?

Transition ; Adaptation ; Résilience, ces trois notions ont été choisies pour identifier et analyser dans cet ouvrage au travers de multiples contextes géographiques, échelles de l’action, figures d'acteurs et temporalité de l’aménagement, les nouveaux paradigmes du projet.

La 1” partie de l'ouvrage rassemble six chapitres dont le fil directeur est constitué par la notion de transition socio-environnementale des villes, mise en œuvre à partir de projets. Cette transition est appréhendée principalement dans des espaces urbains de différentes dimensions, des États (le Cameroun), des métropoles (Paris, Montréal, Hanoi), des villes moyennes (Tours) et dans des contextes géographiques variés, en France, en Asie et en Afrique. Plusieurs paradigmes de la transition se retrouvent au fil des 6 chapitres et permettent d identifier différentes dimensions de la transition et des projets mobilisés et analysés dans les chapitres : la ville durable, la ville intelligente, l’élaboration d’une utopie urbaine. Également dans ces chapitres, la gouvernance et la participation des acteurs, l’intégration des dimensions du développement urbain constituent un des leviers essentiels de la transition. Les chapitres insistent sur les limites et les obstacles dans le processus de la transition avec des décalages entre les objectifs portés dans les utopies urbaines et la réalité de leur production, notamment quand elle se combine avec un accroissement des inégalités socio-spatiales dans la ville.

Avant de proposer plusieurs lectures de cette transition socio-environnementale et des projets associés dans plusieurs contextes urbains et géographiques, le 1” chapitre livre un cadrage conceptuel et un premier regard sur le levier principal du processus de transition, la gouvernance de la ville durable. Philippe Hamman rassemble une réflexion sur les enjeux de hiérarchie dans la gouvernance de la durabilité urbaine”. L'auteur part de l'hypothèse « d’une double complexification du projet urbain : (1) à travers la nécessité d’articuler en permanence des enjeux globaux et locaux, c’est-à-dire tenir une pluralité d’échelles en interaction ; et (2) à travers des démarches et des méthodes qui évoluent aussi bien sous l’angle des instruments mobilisés que des jeux d’acteurs », puis il convoque une littérature francophone et anglophone, ainsi que des cas empiriques, pour apporter des éclairages sur deux questionnements : « interroger trois grandes dimensions des enjeux de hiérarchie : acteurs et ressources, normes et légitimités, contenus et instruments, puis relire en relation la gouvernance publique et urbaine, à travers le double rapport aux priorités d’action et aux échelles d'intervention ». Enfin, l’auteur s'intéresse à la question des échelles géographiques et de l’action publique ou individuelle. Parmi les cas empiriques mobilisés, on peut citer notamment celui de la fiscalité et des aides incitatives dans le secteur du photovoltaïque, l'exemple des réglementations thermiques dans le bâti, le mouvement des villes en transition, les dispositifs intelligents des compteurs linky.

Les trois chapitres suivants concernent des études de cas localisées dans des pays d'urbanisation ancienne. Dans ces contextes, la dynamique de la transition doit se superposer à des territoires consolidés. Deux situations différentes sont envisagées dans ces chapitres. Le cas de transitons

Philippe Hamman, 2020, Les enjeux de hiérarchie dans la gouvernance de la durabilité urbaine : acteurs, instruments et projets urbains face à la transition.

envisagées à de nouvelles échelles de la gouvernance urbaine, en quête de légitimité (le Grand Paris), puis une transition s'appuyant sur des projets de reconversions de quartiers dans une métropole (Montréal) ou une ville moyenne (Tours). Patrizia Ingallina s’est intéressée aux contributions des dynamiques de projet pour l’ innovation des territoires en s'appuyant sur l'exemple de la Métropole du Grand Paris”. L'auteure rappelle la définition du projet rattaché à l’urbain auquel le terme dynamique est très souvent associé par les acteurs de l'aménagement : une démarche, de processus itératif et interactif, impliquant différents acteurs, à différentes échelles, dans des temporalités différentes’. P. Ingallina propose de mobiliser le cluster, dont la ville knowledge-based est une figure emblématique, pour analyser un exemple de dynamiques de projet et plus précisément le modèle des knowledge industrial green cities c'est-à-dire une combinaison de la prospérité économique appuyée sur l’économie de la connaissance avec la soutenabilité environnementale. Ces modèles de développement urbain bien connus en Asie (Corée du Sud) ou développées plus récemment au Maghreb (Maroc) trouvent une adaptation spécifique dans le cas de la métropole du Grand Paris avec une introduction de la dimension écologique postérieurement à la mise en œuvre dun modèle reposant principalement sur le développement économique à partir de clusters. Se pose alors la question du décalage entre ces deux approches et des orientations envisagées pour mieux articuler les dimensions économiques et écologiques notamment à une échelle locale dans des projets urbains et à une échelle globale à partir d’une dynamique de labellisation de projets intégrant une dimension écologique. Divya Leducq et Christophe Demaziére’ interrogent la notion de transition en urbanisme pour des « espaces urbains consolidés et dont il s’agit de penser la mutation vers un urbain durable », c’est dire dans des espaces « d'urbanisation ancienne ou l'essentiel de la ville de demain est déjà constitué ». Les auteurs ont choisi de centrer leur analyse sur des espaces anciennement urbanisés dans les années 1950 à 1970 autour des principes fonctionnalistes avec un espace dominé par l'articulation entre des fonctions économiques et des infrastructures de transport. Pour ces catégories d’espaces urbains,

Patrizia Ingallina, 2020, Des dynamiques de Projet pour l’innovation des territoires. La Métropole du Grand Paris face aux défis écologiques.

Ingallina, P. (2010, 3° édition), Le Projet Urbain, coll. « Que-Sais-Je ? », Paris, PUF. Divya Leducq et Christophe Demazière, 2020, Ville-aéroport : imaginer des transitions. Le cas de Tours (France).

envisager une transition constitue un véritable défi. L'exemple analysé correspond à une zone urbaine située au nord-est de l’agglomération de Tours et marquée par la présence d’un aéroport militaire et civil encerclé par l’urbanisation, dont la fonction militaire a été abandonné récemment. Cette analyse permet d'identifier les obstacles (maîtrise du foncier) et les leviers (planification, portage) à la mise en œuvre d’une transition pour cet espace aéroportuaire en voie de réappropriation. Lun des apports de ce chapitre est également constitué par la configuration du travail de recherche sur ce sujet mobilisant plusieurs catégories d’acteurs professionnels et académiques dans le cadre pédagogique de l'atelier en urbanisme impliquant des étudiants étrangers. Priscillia Anamian a choisi le sujet de la redynamisation d’anciens territoires industriels à partir de la dynamique de l'innovation en prenant l’exemple des quartiers de l'innovation à Montréal’. L'originalité de ce chapitre tient dans la prise en compte de plusieurs concepts mobilisés de manière transversale : il s’agit d'identifier « les enjeux de la superposition de ces concepts — quartier de l'innovation et projet urbain — sur des territoires relativement restreints ». Il tire son originalité de l’étude de cas développée différente d’autres quartiers de l’innovation dans le monde qui se sont basés sur de grandes institutions technologiques comme Google, Amazon, Microsoft et des hôpitaux universitaires se consacrant surtout à la recherche et au développement dans les murs des institutions, le QI de Montréal ancre son rôle dans la mise en réseau des parties prenantes sur quatre volets : urbain, recherche et développement, social et culturel, et économique.

Lun des apports de ce chapitre se trouve également dans l’analyse des contributions de ces dynamiques de projet au développement urbain intégré et l’identification de limites ou de décalages entre les imaginaires portés par ces concepts et leurs déclinaisons dans les territoires. La prégnance des trajectoires passées, les jeux d’acteurs avec l’absence d’une vision partagée ou d’un consensus, l’impossibilité de formalisation d’un périmètre de projet ou l’inadaptation des outils de l’urbanisme réglementaire expliquent la dimension utopique de ces modèles de développement urbain et leur traduction complexe pour contribuer à un développement urbain intégré.

Priscillia Anamian, 2020, Les concepts de quartier de l’innovation et de projet urbain à Montréal : utopies d’un développement économique et urbain intégré ?

Les deux derniers chapitres interrogent le processus de la transition dans des contextes d'urbanisation très différents, en Asie et en Afrique, ou les projets sont confrontés à des dynamiques massives d'urbanisation et, en Afrique, faire face à des inégalités de développement. Helga- Jane Scarwell et al.’ proposent une analyse de la ville durable sous le prisme de la ville intelligente à partir du cas de la métropole de Hanoi au Vietnam. La globalisation du phénomène urbain peut se lire à partir de lessor des projets de smart city mis en œuvre principalement en Europe en constituant l’un des leviers de l’adaptation des villes au changement climatique. Plusieurs métropoles en Asie se sont également engagées dans des projets de smart city dont les villes vietnamiennes avec le cas le plus exemplaire constitué par la métropole de Hanoi ; il s’agit d'apporter des réponses aux conséquences d’une urbanisation massive en rendant les villes plus attrayantes, plus compétitives. Hanoi représente un exemple récent et révélateur de tensions entre de nouvelles dynamiques de développement et un creusement des inégalités socio-spatiales. Le modèle envisagé pour la smart city à Hanoi peut être questionné selon les trois dimensions de la ville durable. Dans ce chapitre, les auteurs dressent un bilan de la mise en œuvre des projets de smart city dans les villes vietnamiennes en réalisant un focus sur le cas de Hanoi ou cette dynamique s'accompagne de nouvelles opportunités de développement économique et s'inscrit dans différentes catégories de projets urbains. L'un des apports importants de ce chapitre vient de la mobilisation de plusieurs échelles géographiques pour l'analyse de la diffusion des projets de smart city structurés à partir des infrastructures urbaines durables, ainsi que des modèles de ville durable issus de la mise en œuvre de ces projets. Cette analyse aborde le sujet de la participation des acteurs dans la réussite de ces projets. Les retombées des projets de smart city principalement identifiées dans des quartiers les plus compétitifs posent également la question des conséquences de cette dynamique sur le renforcement des inégalités socio-spatiales à l’échelle métropolitaine. Lionel Prigent et Christian Kalieu s'intéressent aux transitions urbaines au Cameroun portées soit par des stratégies de survie soit par des objectifs de préservation de l’environnement. Dans ce dernier chapitre, les enjeux de la transition se heurtent à des défis majeurs et à l’épreuve de la croissance et du développement, néanmoins

Helga-Jane Scarwell, Divya Leducq, Do Lien Huong Dinh, Quéc Dat Nguyen, Ngoan Pham, 2020, Quand la ville durable se nourrit de la ville intelligente : que reste-il du projet ? Hanoi, métropole en transition.

elle peut se lire dans des expériences de projets interrogeant la question de la gouvernance et celle de la transition démocratique. Les auteurs soulignent dans ce chapitre les traits majeurs du développement urbain et ses conséquences sur l’environnement, notamment les ressources en eau et l’approvisionnement des villes. Les thèmes de l'énergie, des déchets permettent également d’identifier les solutions mises en œuvre par les habitants ou des entreprises pour pallier aux difficultés de la gestion publique urbaine. Les facteurs explicatifs de ces difficultés dans la gouvernance urbaine sont également analysés : insuffisance de la gestion technique, interruption des politiques de coopération, insuffisance des ressources financières. Plusieurs pistes et solutions sont également évoquées pour répondre aux enjeux d’une transition socio-environnementale complexe à décliner localement. On peut évoquer les initiatives de collectifs d'habitants, les aides apportées par la coopération internationale, les initiatives portées par des entreprises internationales et les ONG, ainsi que l'engagement récent des villes dans des projets d'aménagement.

Dans la deuxième partie de l'ouvrage, le projet est construit en référence à la notion d'adaptation. Les projets doivent contribuer à adapter les villes et les territoires au changement climatique, à intégrer la prise en compte de la biodiversité dans l'aménagement des villes et des territoires, à intégrer les nouveaux enjeux de la protection de l’environnement dans les trajectoires récentes de processus de développement urbain inscrit dans une temporalité longue. Le projet est décliné dans la trame verte, la mise en œuvre de continuité écologique, les services écosystémiques, l'invention d’une nature hybride pour produire de nouvelles formes d’habitabilité des territoires. Dans cette partie, les auteurs envisagent l'adaptation à partir de projets à différentes échelles géographiques, une Région, une métropole, des villes moyennes, des quartiers ou même un parc urbain. Les contextes géographiques concernent le territoire français, principalement la région Hauts de France et l'Ouest, la région parisienne et Lyon. Deux fils directeurs jalonnent l’ensemble des six chapitres : le décalage entre d’une part, les évolutions dans les savoirs, théories de l'urbanisme ou de l’aménagement et d’autre part, les résistances aux changements identifiées sur le terrain ; il est aussi question du décalage entre les ambitions des projets et la nature limitée, mais parfois suscitant l'adhésion de collectifs d’acteurs, de leur concrétisation. Les projets portant l'adaptation sont aussi dépendants des rapports de force entre les acteurs et des évolutions des contextes politiques, juridiques et réglementaires produisent une certaine complexité responsable de difficultés ou de délais dans la déclinaison opérationnelle des projets dans les villes et les territoires.

Les deux premiers chapitres ont en commun la prise en compte d’une temporalité longue dans l'aménagement et l’urbanisme (demi-siècle) pour identifier les ruptures dans les trajectoires des projets, les nouvelles inflexions, les leviers de l'adaptation et les limites des nouveaux projets intégrant les impératifs de la durabilité et de l'adaptation. Sabine El Moualy et 4° analysent l'adaptation des pratiques aménagistes à l'impératif écologique en s'appuyant sur cing projets du grand Ouest français. L'originalité de ce chapitre concerne la temporalité prise en compte, assez longue — 1950-2010 — pour analyser la prise en compte des enjeux écologiques dans l’évolution de quartiers des villes d'Angers, Nantes et Rennes. Les auteurs montrent dans l’étude de ces 5 projets que les déterminants de la ville durable sont introduits progressivement aidés par le renouvellement des politiques publiques territoriales lié à la décentralisation. Le chapitre illustre également les rapports de force entre acteurs dans l’élaboration du projet urbain et les évolutions des savoirs et des pratiques dans l’urbanisme. Fabien Roussel et Morgane Flégeau proposent une étude du projet de ceinture verte pour l’agglomération parisienne. Les auteurs reviennent sur l’historique de ce projet remontant au début des années 1980 et sur les évolutions de son contenu, à l’origine dépourvu de dimension écologique. Ils soulignent également les spécificités de la ceinture verte mise en œuvre Paris en comparaison d’autres métropoles, du point de vue de sa localisation « non aux limites de l’espace urbanisé... mais à cheval entre l’espace urbain et l’espace rural ». Les auteurs discutent la contribution ultérieure de cet outil à la transition écologique de l’agglomération parisienne et à sa réinterprétation par la Région Île de France, sans réel succès du point de vue de sa déclinaison opérationnelle. Sont alors présentés en l'absence d’une concrétisation d’un projet global toutes les initiatives locales déterminées « par des attentes socio-environnementales mêlées et donnant à voir des aménagements

Sabine El Moualy, Guy Baudelle et Laurence Le Du-Blayo, 2020, La nature en ville : Comment les pratiques aménagistes s'adaptent en continu à l'impératif écologique. Étude à partir de cinq projets du Grand Ouest français.

Fabien Roussel et Morgane Flégeau, 2020, Ceinture verte pour l’agglomération parisienne, sa trajectoire, les enjeux environnementaux l’improbable ceinture verte : trajectoires et aménagements des espaces végétalisés des pourtours de l’agglomération parisienne.

écologiques et paysagers très marqués par les contextes socio-politiques ». Ces initiatives locales s'inscrivent dans l’émergence de projets de type « green wedges » observés dans d’autres métropoles en Europe.

Les trois chapitres suivants s'intéressent à de nouveaux concepts et outils en lien avec la prise en compte des enjeux de protection de la biodiversité ou des enjeux du changement climatique dans l'aménagement des territoires (services écosystémiques, trame verte, trame bleue). Jean- Louis Yengue et Amélie Robert s'intéressent à l'avènement des services écosystémiques et à ses conséquences sur la gestion des espaces verts urbains”. Ce chapitre propose un état des lieux sur la définition des services écosystémiques, dont l’émergence en France est assez récente (2005), et analyse la dimension opérationnelle de cette notion avec sa déclinaison dans la mise en œuvre de politiques publiques territoriales, son appropriation par les acteurs ou les collectivités pour la gestion des espaces verts et des espaces urbains en France. Les études de cas sont choisies dans la région Centre Val de Loire et l’analyse s’appuie sur des entretiens avec une cinquantaine d'acteurs locaux issus de collectivités, services déconcentrés de l’État, élus, outils de protection du patrimoine naturel ou de développement local. L'étude s’est également focalisée sur les 6 principales villes de cette région (Blois, Bourges, Chartres, Châteauroux, Orléans et Tours) et leurs espaces verts. Parmi les résultats de cette recherche, on peut retenir le caractère très différencié selon les villes de la déclinaison opérationnelle de cette notion de service écosystémique. Les auteurs ont identifié les fonctions principales des espaces verts urbains et leur évolution selon leur appropriation par les usagers et les positions des collectivités. Cette notion de service écosystémique a contribué à renouveler les regards portés sur les espaces verts urbains en lien avec d’autres outils évoqués dans les chapitres de cet ouvrage, la connectivité écologique, l’enjeu de biodiversité ou la trame verte. Un résultat intéressant concerne le décalage entre la faible connaissance de cette notion par les acteurs et l'importance, la diversité des services rendus et perçus par ces mêmes acteurs. Julie Chaurant et 4l." abordent de la contribution des continuités écologiques pour l'aménagement durable des territoires à

Jean Louis Yengue et Amélie Robert, 2020, Lavénement des services écosystémiques et ses conséquences sur la gestion des espaces verts urbain.

Julie Chaurand, Magalie Franchomme, Jacques Baudry, Jean-Philippe Tonneau, 2020, Identifier les continuités écologiques : une cohérence interterritoriale délicate sous forme de « patate chaude ».

travers la politique de la trame verte et bleue. La métaphore employée par les auteurs traduit les plus ou moins grandes difficultés d’appropriation de cette politique par les acteurs et la complexité de sa traduction opérationnelle dans les différents outils de l'aménagement des territoires. Pour leur démonstration les auteurs se focalisent sur quatre territoires en Bretagne et en Occitanie Pyrénées-Méditerranée avec des échelles emboitées. Les avantages de cette politique sont mis en avant dans ce chapitre (articulation à construire entre le volet urbanisme et écologique des politiques), ainsi que les limites, par exemple la logique de projet proposée pour décliner cette politique. Ils ont également identifié des acteurs « relais » dont le rôle est crucial pour le succès de la déclinaison de cette politique dans les territoires. Néanmoins d’une part, les contentieux juridiques associés aux documents de l’urbanisme réglementaires et reliés au sujet des continuités écologiques, les incertitudes liées aux évolutions de la réforme territoriale (loi MAPTAM, loi NOTRE) et d'autre part, les nouvelles perspectives suite à la loi de 2016 sur la biodiversité pourraient complexifier ou relancer la portée opérationnelle de cette politique dans les années à venir. Marion Brun er al.” abordent le sujet de la prise en compte du changement climatique dans l’aménagement du territoire à partir de la mise en œuvre de projets de trames verte urbaines. La trame verte urbaine peut constituer un outil dans l’aménagement des territoires pour contribuer à l’atténuation des effets du changement climatique. Cet outil relève d’une double approche de la nature en ville à la fois dans l'urbanisme et dans l’écologie du paysage. Les auteurs questionnent la mobilisation de cet outil à partir de l’exemple de la politique menée dans la Région Hauts de France par les collectivités locales dont la Métropole Européenne de Lille. Les auteurs ont discuté l’hypothèse d’une contribution complémentaire de la trame verte en matière d’atténuation au changement climatique et de connectivité écologique. Leur conclusion ne la confirme pas et démontre à l’inverse un cloisonnement entre les actions mobilisant l'outil trame verte pour les enjeux climatiques ou de biodiversité. Les auteurs abordent quelques pistes pour renverser cette situation à partir de propositions d’acteurs.

Dans le dernier chapitre de cette seconde partie, l'approche choisie par l’auteur combine une dimension empirique et théorique. Plusieurs

Marion Brun, Magalie Franchomme, Christelle Hinnewinkel, Brandon Stordeur, 2020, Changement climatique et aménagement du territoire : le rôle de la trame verte urbaine.

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