Préface
Le révérend Père De Smet , ce pionnier infatigable de la vraie civilisation , évangélise depuis bientôt cinquante ans les Sauvages ou Peaux-Rouges de l'Ouest, dans l'Amérique du Nord. L'année dernière, il est venu passer quelques mois en Belgique, et nous avons profité de sa présence pour lui demander l'autorisation de publier une nouvelle édition de ses « Voyages aux Montagnes Rocheuses et Séjour parmi les tribus indiennes de l'Orégon . » — Non-seulement il nous Ta accordée avec le plus aimable empressement, mais de plus, il a mis à notre disposition des documents inédits jusqu'à ce jour. — Nous nous sommes aussi-
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tôt mis à l'œuvre : le texte de l'édition primitive a été soigneusement revu , considérablement augmenté , et nous l'avons enrichi de notes spéciales sur les Etats-Unis. C'est avec confiance que nous offrons ce travail au public. — L'ouvrage du révérend Père De Smet ne saurait manquer d'obtenir les suffrages de tous les hommes instruits. Outre l'intérêt qui s'attache à la substance même du livre, o n éprouve la satisfaction de pouvoir se dire que ces pages si intéressantes sont sorties de la plume d'un de nos compatriotes.
Nous n'avons pas besoin de faire davantage l'éloge ni du livre ni de l'auteur. Le révérend Père De Smet est une de nos gloires nationales les plus pures : son mérite a été apprécié par le Souverain , et par l'un des hommes les plus distingués qui ont siégé dans les conseils de l'illustre Fondateur de la dynastie belge. Sur la proposition de M. Ch. Rogier, ministre des affaires étrangères, Sa Majesté Léopold ier a daigné confé-
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rer au valeureux missionnaire flamand la croix de chevalier de son Ordre (*).
Un recueil des premières lettres du révérend Père De Smet à ses confrères de Saint-Louis du Missouri, a été publié en anglais, à Philadelphie, capitale de la Pennsylvanie ; il contient au fond les mêmes récits que le nôtre, mais
(1) Ministères de la Justice et des Affaires Etrangères. Ordre de Léopold. — Nomination.
LÉOPOLD, Roi des Belges, A tous présents et à venir, Salut. Voulant donner au Révérend Père De Smet (P.-J.), missionnaire dans l'Amérique du Nord , un témoignage de Notre bienveillance ;
Sur la proposition de Nos Ministres de la Justice et des Affaires Etrangères,
Nous avons arrêté et arrêtons :
Art. 1er. Le Révérend Père De Smet (P.-J.) est nommé chevalier de l'Ordre de Léopold.
Art. 2. Il prendra rang dans l'Ordre à dater de ce jour. Art. 3. Notre Ministre des affaires étrangères , ayant l'administration de l'Ordre, est chargé de l'exécution du présent arrêté. Donné à Laeken , le 18 juin 1865. LÉOPOLD.
Par le Roi : Le Ministre de la Justice, Victor Tesch.
Le Ministre des Affaires Etrangères.
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avec beaucoup moins de détails et naturellement sans aucune note. Nous tenons à donner ici la préface de cette publication ; elle nous semble bien propre à faire apprécier par nos lecteurs les travaux de ce noble enfant de la Belgique. Les sentiments que les Américains y expriment trouveront certainement de l'écho dans tous les cœurs catholiques. Voici ce qu'ils disent :
« Nous offrons cet intéressant récit aux « amis de la patrie , avec l'espoir, disons « mieux, la certitude, que la lecture qu'ils en « feront leur fera goûter le plaisir le plus pur. « Rarement avons-nous rencontré quelque « chose de plus attrayant. L'éloquence simple « et virilequi caractérise ces pages ravit l'atten- « lion du lecteur. Les faits que l'auteur rap- « porte sur les régions les plus reculées de « l'Occident, les mœurs et les usages des tribus « indiennes qui errent dans l'immense terri- « loire de l'Orégon , leur état et leurs dispo- « sitions, leurs vues pour l'avenir, sont des « sujets qui ne peuvent manquer conspirer
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« de la sympathie à quiconque aime à porter « ses regards au delà de l'étroit horizon des « scènes de la vie commune, et d'apprendre « ce que les généreux serviteurs de Dieu font « pour sa gloire et son nom dans les contrées « les plus lointaines.
« Nous avons eu le plaisir d'avoir un entre- « tien avec l'homme apostolique; et en l'écou- « tant nous avons éprouvé tout à la fois le « sentiment d'un noble orgueil et d'une joie « pure, dans la pensée qu'il nous retraçait « en sa personne ce remarquable esprit de « dévouement, et ces scènes animées de la vie « et des aventures indiennes, si admirables « dans les pages des Charlevoix et des Ban- « croft.
« Notre pays est réellement plein d'intérêt « pour ceux qui suivent la marche de ses « progrès, et qui les comparent avec le passé. « Qui aurait jamais songé, par exemple, que « l'Iroquois, le sauvage Mohawk (nom sous « lequel nous connaissons mieux cette peu- « plade), lui, dont le hurlement terrible a tant
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« de fois fait tressaillir d'effroi nos ancêtres, « que ce même Iroquois eût été choisi pour « allumer, le premier, les faibles étincelles de « la civilisation et du christianisme dans une « grande partie des tribus indiennes d'au delà « des montagnes Rocheuses? Plusieurs de ces « peuplades ont de plus en plus soif des eaux « salutaires de la vie ; elles soupirent après « le jour où la véritable Robe-noire se fixera « au milieu d'elles; elles envoient même à « des milliers de lieues de distance des mes- « sagers pour en hâter l'arrivée. Une telle « ardeur pour la sainte vérité, tout en faisant « honte à notre froide piété, devrait enflam- « mer nos cœurs et nous porter à souhaiter « du moins qu'il y ait des ouvriers suffisants « pour cette vigne immense. Elle devrait nous « ouvrir à tous la main pour aider ces hommes « pieux, qui, après avoir abandonné famille, « amis, patrie, vont s'ensevelir dans ces dé- « serts avec leurs chers Indiens, afin de vivre « pour eux et pour Dieu.
« L'un de leurs plans favoris a toujours
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« été d'introduire parmi les Indiens le goût « de l'agriculture, avec les moyens de s'y « livrer. Ils sont d'avis que c'est le plus prompt « moyen, peut-être le seul, de les arrachera « la vie errante qu'ils mènent encore générale- « ment à présent, et aux habitudes d'oisiveté « qu'elle engendre. Les aider dans ce dessein « philanthropique est pour nous un devoir « sacré, en notre qualité d'hommes, d'Améri- « cains, de chrétiens. C'est là au moins l'un « des moyens qui sont en notre pouvoir d'ex- « pier les torts sans nombre que les Blancs « ont faits à cette race infortunée. Que per- « sonne ne laisse donc échapper cette belle « occasion de faire le bien, et de donner ainsi « un gage de son amour pour Dieu, pour sa « patrie et pour ses semblables ! »
Ce que l'écrivain américain espérait voir se réaliser dans un avenir prochain, est en ce moment un fait littéralement accompli. De nombreuses tribus sauvages, grâce au labeur énergique et persévérant de nos missionnaires catholiques, ont été ramenées des dangers et
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des caprices de la vie nomade aux habitudes calmes et régulières de la vie civilisée. Aussi, parmi les Peaux-Rouges, le nom du révérend Père De Smet ne saurait être oublié. Cet admirable ouvrier évangélique a tracé son sillon, et nul pouvoir humain ne pourra l'effacer.
L'année dernière encore , pour la quatorzième fois, il traversait l'Atlantique, conduisant à sa suite le complément de la centaine de missionnaires qu'il a successivement recrutés et emmenés en Amérique. Il partit de Liverpool, le 6 avril 1872, malgré les défaillances de l'âge et d'une santé profondément altérée, et arriva, quelques jours après, à New- York, n'aspirant qu'à poursuivre le cours habituel de son rude apostolat. Fasse le Ciel que le révérend Père De Smet puisse réaliser longtemps encore ses généreux desseins !
F. DEYNOODT,
Bruxelles, Collège St- Michel, 1er Mai 1873.
ITINÉRAIRE ABRÈGE
VOYAGES ET MISSIONS
DU RÉVÉREND PÈRE
P. J. DE SMET,
fie la Compagnie de Jésus.
18^1.— Au mois dejuilletl821,M. Charles Nerinckx, missionnaire du Kentucky, aux États-Unis, quitta une seconde fois la Belgique, sa patrie. Il était accompagné de neuf de ses compatriotes, parmi lesquels se trouvait M. P. J. De Smet, alors élève des humanités sortant du petit séminaire deMalines (1). Ce voyage inaugurales longues pérégrina-
(1) Charles Nerinckx naquit, le 2 octobre 1761, à Herffelingen dans la province de Brabant, Après avoir fait ses humanités au collège de Gheel dans la Campine, et suivi le cours de philosophie à l'Université de Louvain, il entra au séminaire de Malines en 1781. Ordonné prêtre en 1785, il fut nommé vicaire à la métropole de Malines. Il remplit cette fonction pendant huit ans. La cure d'Everberg-Meer-beke étant devenue
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tions de celui que la Providence destinait à être plus tard l'apôtre des tribus sauvages de l'Amérique septentrionale. Né à Termonde (Belgique), le 31 janvier 1801, P. J. De Smet avait atteint sa vingt et unième année. Il traversa la Hollande, visita Breda, Berg-op-Zoom, Utrecht, Amsterdam ,
vacante, il fut désigné pour occuper cette place par le suffrage unanime des examinateurs, qui, après le concours prescrit par le Concile de Trente en pareils cas, lui conférèrent la palme de préférence à tous les autres candidats. La paroisse se trouvait sous tous les rapports dans une condition déplorable, mais bientôt, par le zèle du nouveau curé, aidé de la bénédiction divine, elle devint un modèle pour toutes les autres.
Il était naturel qu'un homme qui avait fait tant de bien fut observé d'un œil jaloux par les commissaires de la République Française dont les armées avaient récemment occupé la Belgique. Le digne curé ne tarda pas à être sous le coup d'un ordre d'arrestation. Il fut contraint de fuir et d'abandonner ses paroissiens. En 1797, il se cacha à l'hôpital de Termonde. Il y resta pendant sept ans et remplit en secret l'office de chapelain de l'hospice, son prédécesseur étant banni à l'île de Ré. Il disait la messe tous les matins à deux heures et se retirait ensuite avant l'aurore dans un lieu caché.
Entouré de périls continuels et ne pouvant prévoir la durée de la terrible tempête qui bouleversait alors l'Europe, M. Nerinckx se décida à émigrer aux Etats-Unis. Il s'échappa donc et s'embarqua à Amsterdam le 14 août 1804. 11 arriva à Baltimore au milieu de novembre 1804. Les origines catholiques de cette dernière ville sont trop intéressantes pour les passer sous silence.
Ce fut le 29 mars 1634 qu'eut lieu la fondation delà première colonie d'émigrants au Maryland (Etats-Unis).
En 1631,1e roi d'Angleterre, Charles Ier, avait donné en
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l'île de Wieringen et celle de Texel. Là il s'embarqua pour les États-Unis à bord du navire Colombus.
Le 15 août, les futurs missionnaires passèrent près du Helder et entrèrent dans la mer du Nord. Ils virent les îles de fief, avec les droits régaliens à sir Georges Calvert , comte de Baltimore, et à ses descendants, un vaste territoire situé au nord de la Virginie, et qu'il appela Maryland (Terre de Marie) du nom de sa femme Henriette Marie, fille d'Henri IV. Baltimore voulait faire de cette concession une terre de refuge pour les catholiques persécutés, et il se disposait à partir pour l'Amérique, lorsqu'il mourut au mois d'avril 1632.
Le second de ses fils, Léonard Calvert, reprenant ce projet, partit l'année suivante avec deux cents familles anglaises presque toutes catholiques. Quatre religieux de la compagnie de Jésus, dont un chapelain du noble Lord, accompagnaient les émigrants: les PP. André White, John Altham, Knowles et Tom Gerwack. Ils débarquèrent, le 29 mars 1634, à l'île Saint-Clément sur le Potomac qu'ils remontèrent avec deux petits navires , V Arche et la Colombe, et fondèrent une ville qui reçut le nom de Baltimore. Mais revenons à M. Nerinckx.
Ce digne prêtre avait à peine mis le pied sur le sol des États-Unis quïl offrit immédiatement ses services au patriarche de l'Église américaine, l'évêque Carroll. Le digne prélat reçut le bon exilé à bras ouverts et l'envoya immédiatement à Georgetown. Peu après il fut dirigé sur le Kentucky et alla rejoindre le Rév. M. Badin, vicaire général, avec lequel il demeura sept ans à Saint-Étienne, se dévouant de tout son cœur à l'œuvre du saint ministère. Il semblait trouver ses délices dans les peines et les souffrances. Doué d'une constitution robuste et d'une force herculéenne, il ne s'épargnait pas, et Dieu préserva tellement sa santé qu'à l'âge de soixante ans, il semblait jouir de toute l'énergie et de toute la vigueur de la jeunesse. Il fit deux fois
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Fseroe, et arrivèrent, par un vent favorable, au nord de l'Angleterre. C'était pour tous, sauf M. Nerinckx, leur premier voyage de mer. Ils traversèrent l'océan Atlantique, franchirent les fameux bancs de Terre-Neuve ; et après une navigation de quarante jours, parvinrent à l'embouchure de la Délaie voyage d'Europe, et n'érigea pas moins de dix églises au Kentucky surtout à l'aide des ressources provenant de la généreuse Belgique. Dieu bénit ses œuvres par des fruits si abondants et si permanents de salut qu'on vit une chrétienté florissante s'élever là où il y avait récemment un désert, habité seulement par des bêtes féroces et des hommes sauvages. « Le Christ crucifié » était le modèle de M. Nerinckx et le vrai secret de son grand et étonnant succès dans sa carrière apostolique. Le mérite transcendant de M. Nerinckx ne put échapper à l'œil attentif de l'évêque Carroll, qui recommanda le bon missionnaire au Saint-Siège pour l'évêché vacant de la Nouvelle- Orléans. Mais il refusa humblement et fermement l'honneur offert. Le Souverain Pontife se laissa vaincre par ses représentations et n'insista pas davantage pour lui faire accepter la dignité épiscopale.
Parmi les établissements fondés par M. Nerinckx, celui des Sœurs de Lorette ou des amies de Marie au pied de la croix, fut le principal et le plus avantageux au diocèse de Kentucky. La fondation eut lieu le 25 avril 181.2. presque une année après l'arrivée de Mgr. Flaget. En 1824, le nombre des religieuses Lorettines était plus de cent et elles étaient chargées de six écoles. Peu de temps avant sa mort, le vertueux missionnaire entreprit un voyage au Missouri pour y visiter une colonie de ses religieuses qu'il voulait encourager dans les voies de leur charité et de leur zèle pour l'instruction des jeunes enfants. Ce fut le dernier voyage du saint prêtre. A son retour de la résidence des Sœurs, il mourut, à moitié chemin, le 12 août 1824, à la
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ware, et débarquèrent à Philadelphie, ville principale de l'État de Pennsylvanie.
La religieuse troupe de voyageurs se rendit bientôt à Baltimore , en bateau à vapeur , puis , par diligence , à Washington et à Georgetown.
Ce fut à Georgetown que le P. De Smet entra dans la Compagnie de Jésus, avec six de ses compagnons. Ils restèrent dix-huit mois au noviciat de \Y hiternarsh , dans le comté du Prince George, près de la rivière Patuxent et à dix-huit milles anglais d'Annapolis.
18S3. — Le P. De Smet et ses six compagnons belges quittèrent VVhitemarsh. Ils furent accompagnés par les PP. Van Quickenborne, de Gand, et Timmermans, de Turnhout, qui, à la demande de Mgr. Du Bourg (1), alors évêque
demeure du Rév. M. Dahman, curé de Sainte-Geneviève. La fièvre à laquelle il succomba avait été contractée dans ses courses et ses travaux apostoliques. Le Révérend M. Nerinckx était entré dans sa 63me année. Le transport de ses restes mortels au monastère de Bethléem, dans le Missouri, eut lieu sous la direction de l'évèque Rosati, qui était venu à Sainte-Geneviève le lendemain de la mort du missionnaire ; il assista à son service funèbre, qui fut célébré avec une grande solennité. En 1833, on transféra la dépouille mortelle de M. Nerinckx dans le Kentucky ; elle fut déposée dans un beau monument érigé à Lorette au centre du cimetière conventuel de la maison mère des Lorettines. Telle fut la vie, telle fut la mort du révérend M. Charles Nerinckx , un des meilleurs prêtres qui aient jamais travaillé dans les dures missions de l'Amérique.
(Xote de V Éditeur.) [}) Louis Guillaume Du Bourg, né à Saint-Domingue, le 13 février 1766 3 fut sacré à Rome, en 18150 évêque de la
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de la Louisiane et du Missouri, étaient envoyés à Saint-Ferdinand (Florissant), près Saint-Louis, au Missouri, afin de fonder dans l'Ouest le premier établissement de Jésuites érigé depuis la suppression de la Compagnie de Jésus.
Les voyageurs passèrent par Baltimore, Tonnytown, Emmitsburg, Fredericktown, Canowago, Cumberland ; par les villes et les villages situés dans les monts Aile- Louisiane. Il se fixa à la Nouvelle-Orléans qui devint sa ville épiscopale et résidence habituelle. Dans une lettre à M. Du Bourg, de Bordeaux, son frère, il donne les détails suivants, en date du 6 août 1823 : « L'acquisition que j'ai faite des Jésuites « pour le Missouri me tranquillise singulièrement pour ces a quartiers éloignés. Ces bons Pères sont en possession de ma « ferme de Florissant ; ils ont fait pour s'y rendre plus de « 400 milles à pied, dont environ 200 à travers des pays « inondés où ils avaient souvent de l'eau jusqu'à la ceinture ; « et loin d'en murmurer, ils bénissaient Dieu de leur accorder « un début aussi apostolique. Ils ont été agréablement trompés, « ne s'attendant pas à trouver un aussi joli établissement ; « car c'est ma politique de n'annoncer que de la misère à ceux « que j'invite à venir partager mes travaux. Le surintendant « des affaires des Indiens, de qui dépend beaucoup le succès « de nos missions chez les sauvages, les a accueillis avec un vif « et tendre intérêt , et se montre hautement le protecteur « de leur établissement. Ces pères en effet, y compris « leurs novices, sont bien faits pour inspirer la confiance. « Un dévouement sans bornes, à l'épreuve des privations et « des dangers les plus effrayants, s'unit en eux à une dou- « ceur et à des talents rares ; ils ne se plaignent de rien , ils « sont contents de tout ; logés les uns sur les autres dans une « petite maison, couchés sur des peaux, faute de matelas, « vivant de maïs et de lard, ils sont plus heureux que le
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ghanys jusqu'à Wheeling. Cette dernière ville est située sur les bords de l'Ohio, surnommée la Belle Rivière. Tout ce voyage fut fait à pied, le bâton à la main et le trousseau sur le dos. Les catholiques, dépourvus de prêtres, voulaient partout retenir les jeunes religieux. Les protestants les regardaient comme de pauvres aventuriers ou chercheurs de fortune, et, eu égard à cette qualité, faisaient des offres avantageuses pour qu'ils s'établissent dans leur voisinage. Les novices s'embarquèrent à Wheeling sur deux bateaux, ou bacs flottants, qui ressemblaient à deux petites cabanes rustiques attachées ensemble. La messe y fut célébrée journellement et tous les exercices du noviciat observés fidèlement. Ils s'arrêtaient chaque jour pour acheter des provisions, et passèrent ainsi sur les territoires des Etats de Kentucky, de l'Ohio et de l'Indiana.
Cincinnati , Louisville, Madison, etc., étaient alors au berceau. Chaque bord des fleuves était couvert de forêts en apparence impénétrables.
Aujourd'hui les rives de l'Ohio fourmillent de villes, de villages et de belles et grandes habitations... On reprit le bâton du voyageur à Shawneetown, on traversa à pied la partie méridionale de l'État des Illinois, et on arriva enfin,
« riche sur le duvet et dans les délices ; c'est qu'ils goûtent des « délices d'un genre bien plus exquis, et qui ne s'allient pas « avec la mollesse : il est de mon devoir cependant de leur « procurer du moins le nécessaire de la vie pour eux-mêmes, « et les moyens d'exercer et d'étendre leur zèle ; c'est en quoi « j'espère être secondé par l'association de la Propagation de « la Foi » {Note de l'Éditeur.)
XX ITINÉRAIRE exténué de fatigue, sur les bords du plus grand fleuve de l'Amérique du Nord, le Mississipi, ou le père des eauo:, découvert, en 1673, par le P. Marquette, de la Compagnie de Jésus (1).
(1) Joseph Marquette , né à Laon , fut missionnaire au Canada, dont il parcourut presque toutes les parties. Comme sa vertu le faisait respecter des Indiens . l'intendant Talon le choisit avec Jolliet, bourgeois de Québec , homme d'esprit et d'expérience, pour aller reconnaître de quel côté un grand fleuve situé à l'ouest des lacs et nommé Mt-schacébé ou Mississipi dirigeait son cours. On savait seulement que ce n'était ni au nord ni à l'est ; et l'on se promettait les plus grands avantages dans le cas où il irait à l'ouest ou au sud. Marquette et son compagnon s'embarquèrent, le 13 mai 1673, sur la rivière des Outagamis, qui se jette dans le lac Michigan , la remontèrent jusqu'à sa source , et descendirent le Wisconsin jusqu'au Mississipi par 42°30' de latitude nord. Depuis le 17 juin ils suivirent le cours de ce grand fleuve, dont la largeur et surtout la profondeur leur parurent répondre à l'idée qu'en avaient donnée les sauvages. Les voyageurs, arrivés au pays des Arkansas vers le 33e degré de latitude, considérèrent qu'avec cinq autres Français qui montaient leurs deux canots, la prudence ne leur permettait pas de trop s'engager dans un pays dont ils ne connaissaient pas les habitants. D'ailleurs ils ne pouvaient plus douter que le Mississipi n'eût son embouchure dans le golfe du Mexique : en conséquence ils remontèrent le fleuve jusqu'à la rivière des Illinois, où ils entrèrent. Arrivés à Chicago sur le lac Michigan, ils se séparèrent: Marquette resta chez les Miamis qui habitaient sur les bords du lac, et Jolliet alla rendre compte de son voyage à Québec. Les Miamis reçurent très-bien Marquette , qui vécut parmi eux jusqu'à sa mort, arrivée le 18 mai 1675, à l'instant où il venait de dire la messe près
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Le fleuve fut traversé, vis-à-vis de Saint-Louis, ville qui alors contenait à peine 5,000 habitants. Après avoir pris quelques jours de repos dans la maison de l'évêque, les sept novices se rendirent à Saint-Ferdinand , situé à quinze milles de Saint-Louis, pour y finir leurs deux années de probation, et jeter les fondements d'un second noviciat de la Compagnie , aux États-Unis. Ils firent leurs études de philosophie et de théologie, jusqu'en 1827, année de leur ordination. Dans l'entre-temps le nombre des Jésuites s'augmentait chaque année et des églises furent érigées : à Saint- Charles, Poi^tage-des-Sioux, Dardenne, Saint-Ferdinand, etc. — Le Père De Smet fut employé dans ces différentes missions. — En 1830, les Jésuites jetèrent les fondements de leur université de Saint-Louis dans la ville de ce nom (Saint- Louis University).
1833. — Le P. De Smet fut envoyé en Europe par ses supérieurs pour des affaires de la Compagnie , et pour cause de santé. Il traversa en diligence les États des Illinois, l'Indiana, l'Ohio, la Virginie, le Maryland. le District de Colombia, la Pennsylvanie, le Delaware et New- York, où il s'embarqua pour le Havre-de-Grâce en France (Portus gratiœ). Ce deuxième passage de l'océan Atlantique s'effectua en dix-sept jours et demi. Il se rendit en Belgique par Rouen , Paris, Amiens et Lille.
d'uiae petite rivière où il était entré allant de Chicago à Michillimackinack. Cette mort et le départ de Talon firent perdre de vue le Mississipi qu'un autre Français, Robert de la Salle, né à Rouen, descendit quelques années plus tard jusqu'à la mer.
[Note de l'Éditeur.)
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1834. — Après avoir visité les principales villes de la Belgique, notre missionnaire s'embarqua, à Anvers, avec trois candidats pour se rendre en Amérique. Dans la mer du Nord et dans la Manche, il essuj~a de furieuses bourrasques. Le navire gagna les Downs pour s'y mettre à l'abri. Le P. De Smet fut transporté à Deal, dans un état très-souffrant, causé principalement par le mal de mer, dont il avait été gravement atteint durant les tempêtes. Le médecin le jugea incapable, dans l'état où il se trouvait." de traverser l'Océan. Il se rendit à Margate en diligence, puis à Londres, en bateau à vapeur, et se dirigea ensuite par Cantorbéry , sur Douvres. Il traversa le Pas-de-Calais, et par Dunkerque et Lille, il rentra en Belgique.
183» et 1836. — Il visita les principales villes de la Belgique et de la Hollande, et plusieurs parties de la France, dans l'intérêt des établissements américains , et pour subvenir aux besoins des jeunes candidats qui se préparaient à partir pour se rendre au noviciat du Missouri. Pendant ces deux années , il envoya plusieurs milliers de volumes et un grand nombre de beaux tableaux religieux à l'Université de Saint-Louis.
183T. — Le P. De Smet repartit de la Belgique pour les Etats-Unis, avec trois candidats. Il traversa la France jusqu'au Havre-de-Grâce, où il s'embarqua sur un paquebot américain. C'était la troisième fois qu'il traversait l'Atlantique. Après trente jours de voyage, on débarqua à New- York. — Nos voyageurs se rendirent à Philadelphie et par les divers chemins de fer et canaux qui passent par les monts Alleghanys ils arrivèrent à Pittsburg sur les bords
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de rohio. — De là ils descendirent la rivière en bateau à vapeur jusqu'à son embouchure , et remontèrent le Mississipi jusqu'à Saint-Louis, après avoir visité le séminaire de Barrens, qui est sous la direction des Lazaristes. Le Père arriva enfin , avec ses trois candidats , au noviciat établi près de Saint-Ferdinand.
1838.— Le Père De Smet fut envoyé parmi la nation des Potowatomies avec un Père et deux Frères. Tout le trajet se fit en bateau à vapeur. Chemin faisant, les missionnaires visitèrent les Kickapous, les Sancs , les Iowas , les Ottoes, les Missouris et les Omahas. Ils érigèrent une résidence et une petite église en bois , en l'honneur de saint Joseph, à six milles au nord de la rivière du Missouri, à deux milles de la petite rivière aux Maringouins et dans le voisinage de Belle-Vue. Au bout de quelques mois, cette petite chrétienté comptait au delà de trois cents personnes, et presque tous les petits enfants furent régénérés dans les saintes eaux du Baptême, ainsi qu'un bon nombre d'enfants parmi les Ottoes, les Omahas et les Pawnees. Cette partie du territoire indien est aujourd'hui enclavée dans l'Etat de Iowa.
1839. — Notre missionnaire fit une excursion parmi les Dacotahs ou Sioux, principalement les Yanctons et les Sautées, qui étaient alors en guerre avec les Potowatomies, auxquels ils avaient récemment enlevé plusieurs chevelures. Ils les rencontra sur la rivière Vermillon. Les Sioux le reçurent avec des marques sincères d'amitié, écoutèrent avec plaisir ses entretiens sur la religion, et acceptèrent les propositions de paix que le Père leur lit au nom des Potowatomies. Après avoir baptisé plusieurs enfants métis et indiens, il
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descendit , accompagné de deux hommes, le Missouri en canot, ou tronc d'arbre creusé, et arriva à la mission de Saint-Joseph. Comme on manquait de provisions, d'habits, d'outils nécessaires pour la nouvelle résidence, le Père fut envoyé en décembre, c'est le fort de l'hiver dans ces parages, à Saint-Louis, pour obtenir les secours indispensables. Il ht tout le trajet par terre , à pied , à cheval, en chariot ou charrette et en voiture. Il passa par Weston, par le fort Leavenworth, Westport, Indépendance, Lexington , Boonville, Jefferson, Uniontown, etc., et arriva à Saint-Louis quelques jours avant la nouvelle année.
1§40- Après que le Père eut préparé tout le nécessaire pour son retour parmi les Potowatomies et qu'il fut sur le point de partir, le P. Hoeken fut nommé à. sa place et envoyé à la mission de Saint- Joseph. Le Père De Smet reçut ordre de ses supérieurs de se rendre aux montagnes Rocheuses, en compagnie de deux Indiens qui avaient été députés à l'évêque de Saint-Louis, par la nation des Têtes-plates et des Pends-d'oreilles, pour obtenir des missionnaires catholiques.
Il partit au mois d'avril, en bateau à vapeur, et fit le trajet jusqu'au petit village de Kansas, situé près de l'embouchure de la rivière du même nom (1). A Westport, il rejoi-
(1) Le Kansas est un territoire des États-Unis, entre celui de Nébraska au nord, les États du Missouri et de l'Arkansas à l'est, le territoire indien et le Nouveau-Mexique au sud, le Nouveau-Mexique et l'Utah à l'ouest. Les montagnes Rocheuses le séparent de l'Utah, et le Missouri forme une partie de sa frontière du nord. Le pays, surtout à l'ouest, est en grande
ABREGE XXV
gnit une compagnie de négociants en pelleteries. 11 entra bientôt, et pour la seconde fois, dans les vastes plaines de l'Ouest de l'Amérique du Nord. Il traversa les pays des Delawares, des Shawnees, des Kansas, des Pawnees, des Cheyennes, des Rapatas, des Dacotalis, des Corbeaux et des Serpents. Dans la vallée de Nébraska, ou rivière Platte , le Père et ses compagnons campèrent au pied de rochers que tous les voyageurs saluent avec étonnement, et qu'on appelle, le Château, la Tour, la Cheminée. Le Père, comme les rares voyageurs qui visitent ces parages, traça son nom sur le fameux roc Indépendance, qui sert comme de registre du désert. Ce roc s'élève sur les bords de la Rivière-Sucrée, tributaire de la branche du Sud de la Platte. Sur son chemin, il visita le fort Laramie, où il donna le baptême à un grand nombre d'enfants métis. Pendant environ douze jours, on longea le pied des Côtes-Noires, qui font partie des montagnes Rocheuses ; les cimes en sont couvertes de neiges éternelles ; plusieurs s'élèvent à 12,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. On entra ensuite dans la vallée de l'Eau-Sucrée ; là on examina avec étonnement le passage que la rivière s'est frayé à travers un immense rocher , auquel on a donné la dénomination singulière de Y Entrée du Diable.
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The end
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