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TRAITÉ PRATIQUE
Préface
P endant le cours de ma Pratique j’avois ramassé un grand nombre de matériaux relatifs à l’histoire des maladies les plus importantes que j’avois eu occasion de traiter j et sur lesquelles j’avois fait des remarques utiles : je me proposois de rédiger ce Recueil en corps d’ouvrage , après avoir obtenu ma retraite , pour le faire imprimer et le rendre public à mon retour en Europe; mais on verra par la suite pourquoi je n’ai pu exécuter mon dessein que vers la fin de ma carrière.
J’ai eu à Cayenne, presque tous les ans, des fièvres continues plus ou moins violentes , et pendant les sept dernières années que j’y ai demeuré , une obstruction considérable à la rate; maladie fort commune dans ce pays : la plupart des créoles en sont affectés dès leur bas âge , et conservent souvent ce tte obstruction j usqu’à la fin de leur vie : on ne peut guère s’en délivrer qu’en passant dans un climat moins chaud et humide.
Malgré mes occupations et le mauvais état de ma santé, j’y fis, en 1767 , un Traité du tétanos qui règne dans la Guiane Française : j’en adressai une côpie à M. Poissonnier, Inspecteur-général des hôpitaux de la marine et des colonies.
Arrivé en France en 1772 , après avoir obtenu
une pension de retraite , je lus et donnai d’abord à
l’Académie royale de Chirurgie mon Traité du tétanos *
VJ PRÉFACE.
et par la suite plusieurs Mémoires ou Observations relatifs tant à la chirurgie qu’à la médecine : les rapports favorables qu’on en fit successivement à cette savante Compagnie dans ses jours d’assemblées , la portèrent , en 1774, à me faire expédier des lettres de Conespondant , pour me donner une marque honorable et authentique de sa satisfaction.
Feu de tems apres mon arrivée a Paris , je fus attaqué d une goutte anomale ou irrégulière, et par suite de la sciatique, de deux violentes fièvres doubles - tierces subintrantes ; de la goutte à l’estomac, etc. Ainsi je puis dire avec vérité, que je me suis convaincu par la désagréable expérience que j’ai été obligé de faire sur moi-meme, depuis plus de quarante ans, des remèdes de toute espèce, que ce n’est que par le moyen de ceux qui ont un effet sensible que l’on parvient à détruire radicalement la cause matérielle des maladies , et enfin que les cathartiques sont les principaux de cette classe.
En 1781 , une affaire d’intérêt, d’une grande importance pour moi, m’oblige de faire un nouveau voyage à la Guiane Française.
A mon retour en France en 1783 , je me rends à
Paris. Je place chez le Roi en rente viagère toute ma petite fortune.
Peu de tems après la goutte, dont j’avois été exempt pendant mon séjour à Cayenne, recommence à se faire sentir par diverses atteintes ; tantôt aux pieds, tantôt aux mains; ensuite des fièvres, de gros rhumes qui me survinrent, ne me permirent pas de songer à m’occuper de cet ouvrage ; enfin la révolution que la France a éprouvée, et qui m’a ruiné, m’avoit fait, abandonner
PRÉFACE. vij
le projet de le continuer. Alors je bornai mon ambition à faire après la paix imprimer mon Traité du tétanos ; lorsqu’en Tan cinq de la République, 1798 ( v. st. ) , le défaut d’occupation et de société m’ont nécessité , à l’âge de soixante et douze ans, à y travailler pour chasser l’ennui et tâcher d’oublier mes malheurs.
Je placerai à la tête de cet ouvrage le Traité du tétanos , où j’indique le moyen de prévenir cette terrible convulsion tonique permanente, causée ordinairement par une piqûre a 1 aponévrose plantaiie.
Ce livre sera très-utile, i°. aux colons établis dans nos possessions des deux Indes 1 ces cultivateuis sont obligés de traiter leurs nègres des maladies de peu de conséquence, et eux-memes aussi dans ces cas-la 5 ce qui leur donne une certaine connoissance de ces maladies, à force d’en traiter, et les met à même déjuger en quelque sorte des remèdes qui leur conviennent. Dans les maladies aiguës seulement ils ont recours aux gens de l’art, et souvent la difficulté de pouvoir s’en procurer les contraint a les traiter eux-memes , suivant leurs foibles connoissances , et de s’aider des conseils du curé de leur paroisse , ou de ceux de leurs voisins qu’ils croient plus instruits qu’eux sur le traitement des maladies-, et c’est en leur faveur que j’y ai décrit, jour par jour , le traitement de certaines fièvres aiguës , pour leur servir de règle-, 2°. aux jeunes chirurgiens embarqués sur des navires marchands qui font le commerce dans nos iles de l’Amérique , et dans les échelles duLevant -, 5°. aux gens de la campagne , soit en F rance ou ailleurs; parce que les symptômes des maladies sont les mêmes dans tous les climats : sous la zone torride,
dans le midi de l’Europe, et même sous toute la zone
a iv viiJ PRÉFACE.
tempérée , ils ont seulement plus d’intensité que dans les climats froids; c’est-à-dire, qu’ils sont plus violens, plus marqués, à cause des grandes chaleurs qui y régnent, et exigent une medecine agissante et qui ne s’amuse point à temporiser : cette médecine convient au gens de la campagne de tous les pays , et c’est celle que j’y enseigne , après l’avoir pratiquée un grand nombre d années, et 1 avoir jugee préférable, pour le bien des malades , à la médecine expectante.
C’est en pratiquant la médecine clinique , et en faisant poui ainsi dire les fonctions de garde-malade, comme on le verra plus bas , que nous avons reconnu ’ i°. qu’on ne peut acquérir qu’au lit des malades les connoüssances qui constituent levrai médecin ; 2°. (|iie les méthodes thérapeutiques fondées sur la doctrine de la pin gation sont, sous tous les rapports, préféra-» blés a toutes les autres , pour traiter efficacement et abi egei la cui e des maladies ; o . que la cause matérielle de presque toutes les maladies se forme dans les premières voies, et en quatrième lieu, que les évacuations les guérissent toutes.
Cayenne est une petite ville de la grandeur à-pein près du jardin des Tuileries; dans son milieu est une' petite montagne sur laquelle est un fort et un magasin à poudre : la ville est bâtie autour de cette montagne ; pn s’y connoît tous, et jy vivois amicalement avec tous les gens de bien, et particulièrement avec les personnes employées au service : quelqu’un d’eux étoit-il affligé d une maladie sérieuse? on m’engageoit à de^ jeûner lorsque j’y allois le matin , afin, me disoit-on , devoir opérer l’émétique ou le purgatif que je lui avois prescris la veilîe; chez un autre on me retenoit à dîner
pour juger de la violence d’un nouvel accès de fièvre qu’on atlendoit l'après-midi ; la femme de celui-là m’invitoit à souper , et ensuite m’offroit un lit , en m’assurant qu’on ne m’éveilleroit qu’au moment ou la fièvre seroit à son déclin , pour indiquer celui où il conviendroit de placer un cathartique. Je couchai plusieurs fois, en des tems critiques , chez MM. de Fiedmond, Gouverneur, attaqué d’une fièvre maligne épidémique; Maillart Dumesle, Intendant, d’une fièvre putride ; Laweryns , Ordonnateur, d’une fièvre inflammatoire , à la violence de laquelle il succomba; de Macaye , Procureur-général au Conseil supérieur, d’une fièvre comateuse; de Billy, d’une dyssenterie épidémique, etc. Celui-ci ne voulut absolument prendre aucun remède pendans les dix à douze premiers jours de la maladie, à cause d’une répugnance invincible qu’il ne pouvoit surmonter ; mais la crainte de la mort s’étant emparée de lui , lorsqu’il sentit que ses forces s’anéantissoient, il prit tous les prétendus spécifiques que les Dames de la ville, et même des négresses faisoient proposer à son épouse : mais il n’étoit plus tems; les désordres causés par la maladie étoient d’une nature à résister à tous les moyens humains.
Après sa mort, les domestiques lui ayant bien lavé le corps , j’observai que la partie inférieure du rectum et toute la marge de V anus étoient bleues, et le rectum gangrené.
Il est bon de remarquer que lorsque la crainte de la mort succède à la répugnance, et qu’elle dispose un malade à prendre tout ce qu’on lui propose , après l’avoir constamment refusé, qu on peut en toute assurance pronostiquer sa mort.
Preface
Je ne traitois guère de maladie aigue que je ne couchasse chez le malade les jours les plus critiques; parce que j’étois jaloux de m’instruire, et qu’on avoit pour moi les plus grandes attentions. J’ai couché plusieurs jours chez M. Duler, Capitaine du port, mon intime ami, à l’occasion d’une espèce de fièvre ardente qui se termina par deux énormes parotides. C’est ainsi que j’ai pratiqué la médecine dans cette colonie.
On a vu plus haut les causes qui m’ont obligé d’entreprendre la partie la plus considérable de cet ouvrage à un âge où l’on n’est guère capable de méditation et où la mémoire sert si mal. J’ai tâché néanmoins de donner à mes idées toute la clarté dont l’esprit d’un vieillard chagrin et valétudinaire est capable : on y trouvera presque tout ce que j’ai appris en quarante ans de pratique : je dis presque, parce qùe le défaut de santé , de force et de courage ne m’ont pas permis d’y ajouter ce qui manque pour le complément de cet objet.
XI
TABLE
DES MATIÈRES.
Chapitre I. Du Spasme universel ou Convulsion tonique permanente . Causes du Spasme universel
Symptômes.
Diagnostique.
Pronostic.
Méthode curative.
Remèdes prophylactiques.
ibid.
rf
°'7'
-21 — 22 25-
-5? — 58 — 59-
-2>
Du Klein ou Spasme universel de Surinam.
Du Spasme universel du Brésil.
Du Spasme de Batavia.
Observation.
Chapitre IV. Réglé utile à suivre dans la pratique de la Médecine . n L
Observationsurune maladie épidémique 3 dans laquelle on vomit une matière noire comme de V encre. rg Maladie noire d' Hyppocrate.
Chapitre V. Observation sur une fièvre irrégulière accompagnée d'étranges symptômes. 8 l Des fièvres malignes. g ^
De la fièvre- quarte. g g
Des fièvres double-tierce subintrantes. 301
Administration de V émétique. 110
XlJ table.
Chapitre VI. De l’usage des Cathartiques. 147 Observations en forme de Mémoire , sur V épidémie qui régnoit à la nouvelle Colonie de Kourou , à dix lieues de Cayenne , en 1764. i5y
Chapitre VIII. De Vusage des Cantharides . 171
Observation sur l efficacité des Cantharides pour la cure de la Sciatique . i34
Chapitre IX. Mémoire sur les abcès du foie. 191 Observations. 198 — 2o4 — 206 — 206 — 207 — 208 209
Chapitre X. De la vraie Péripneumonie . 210 De la fausse Péripneumonie. 2i5
De la Pleurésie. 2i4
Observation. • • 2i6
De V Esquinancie. 217
Observations sur deux parotides , suite d’une fièvre ardente. 223
Observations sur quelques amputations de cuisses.
Amputation du Pénis.
Observation.
Chap. XI. Observation sur une Empième vraie. 207
Chap. XII. Observation sur un fœtus humain , formé dans une des trombes , et trouvé dans le ventre. 24 1
Observation sur l’hydropisie ascite. Chapitre XIII. Avis aux jeunes gens .
Observations.
Affections nerveuses.
Colique.
Diar rhée.
Mal rouge .
Pians.
261 — 263 — 264
3oi
T A B L E. xiij
Chapitre XIV. De la Mort subite. 5o6
.Apoplexie . ^ 0 ^
Chapitre XV. Fleurs blanches. 52a
Chap. XVI. Hyppocrate, de F Air, des Eaux et des
Lieux. r ^ °
Traité d? Hyppocra te sur le régime qu il faut observer
dans les maladies aiguës. , ^L
Règles pour F usage du Lin , du Vin trempe . de F Eau, de FOxymel et des Bains. 076
De F Hydromel ou du Miel et de F Eau. 378
De FOxymel.
De F Eau.
Du Bain. ■t
Des Fièvres et des Maladies accompagnées de
Fièvres.
De la Catalepsie.
De F Esquinancie.
Observations sur les Fievres.
Potion pour FHydropisie.
Pour arrêter les hémorragies du nez .
Suture pour la Trichose.
Pour ceux qui ont des suppurations intérieures.
Pour la Dyssenterie .
Pour F humidité des yeux.
Pour les douleurs des yeux.
Pour reconnoître la suffocation de matrice, pour FHydropisie.
Abrégé historique de la Vie d' Hyppocrate et de sa famille. 42 5
Éditions des Ouvrages d' Hyppocrate. 45 1
Mentions quun Officier de santé doit faire dans un rapport en Justice à F occasion d’une blessure . 455 Poudre Cathérétique. y 456
Remarques sur la cure des ulcères. 44o
JL m / / rr
Observation.
Des Ulcères sinueux. 444 ibid. ibid. 420 4*2 1 ibid. ibid. 4*22 ibid.
si y t ab le.
Des Dartres ou Harpes.
Des °U <“'utta rosacea.
-l taies simples , sous la zone torride ,
Chiques ,
Régime pour les Vieillards.
Système de Médecine d’Asclépiade.
Je Remèdes usuels.
Digestif simple ,
Digestif animé .
anti-asthmatique,
Liniment pour la Brûlure
Mixtion cordiale.
Potion cathartique,
P otion purgative mineure,
Liqueur minérale anodine J’Hoffman.
J^tner pitnohmj.fi.
4^6
ibid.
ibid.
4 7 7 ibid.
ibid.
ibid.
4; «
ibid.
ibid.
,479
ibid.
Fin de la Table.
TRAITÉ m h
TRAITÉ PRATIQUE
DES
MALADIES GRAVES
DES PAYS CHAUDS.
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The end
You’ve reached the end of Traité pratique des maladies graves qui règnent dans les contrées situées sous la zone torride, et dans le midi de l'Europe. : Dans lequel on trouve un grand nombre d'observations sur le spasme universel ou convulsion tonique permanente, commune dans la Guiane française; des moyens efficaces pour en prévenir la violence, rendre sa curation facile; et des extraits de ce qu'il y a de plus intéressant dans l'histoire qu'en on donné Firmin à Surinam, Pison au Brésil, et Bontius à Batavia: au moyen de quoi les practiciens pourront comparer le méthode de l'auteur avec celles de ces médecins..
