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OPUSCULES
Avant-propos
peuple; mais instruisons-les , de manière que, dans les cas simples seulement , et encore lorsque l’habile ne pourra être consulté, elles puissent lui être utiles sans danger, soit en le conseillant au besoin , soit en lui inculquant les vrais moyens de se conduire avec sagesse; et quoi qu’on en puisse dire, l’humanité en retirera des avantages incalculables.
Mais, dira-t-on, quelle est donc cette instruction simple et en même-tems si sûre ?
C est-la ce qu’il nous faut dire : ce fil qui doit tirer du labyrinthe consiste dans la découverte d’un guide unique qu’on ne doit jamais abandonner; et ce guide, le vrai fil d Ariane , nous le trouvons dans les causes évidentes et sensibles ; et, seul, il nous suffit, îsous nous attendons ici à avoir des incrédules, et aux objections. O11 commencera par dire : où est ici la nouveauté, comme si tous les auteurs manquoient de donner la cause de chaque maladie? Non, dirons-nous : la nouveauté n est pas dans la chose; mais elle est dans l’usage que Ton en doit faire. Sans doute, les auteurs donnent les causes, mais, non comme guide de traitement : lisez-les tous; c’est le nom de chaque maladie qui est leur guide; et ce mode a beau être adopté universellement et de tems immémorial, il n’en est pas jQ avant-propos.
moins pernicieux ici -, il égare les auteurs populaires , à plus forte raison leurs prosélites. Comme il s’agit de convaiucre, prouvons; et, pour prouver, comparons. En effet, dans tous les ouvrages populaires, voyez le traitement de chaque maladie, vous y trouvez toujours, pour le même nom ou la même maladie, des; traitemens difFérens et même opposés, suivant: les cas, et encore le plus souvent ces cas ne* sont pas spécifiés ; vous y lisez par-tout, relativement aux remèdes à employer, ces mots :
quelquefois . . . souvent .... il est bien des cas
rarement... mais.... si... ordinairement
l’on peut..., etc. Or, tous ces mots ambigus,, et qui laissent dans l’indécision , où toutes cesexceptions aussi nombreuses que les règles, et: encore sans spécifier rien de particulier qui: puisse guider, prouvent que l’auteur lui-même ne peut rien décider de positif, quant à la va-:- riété des cas difFérens qui peuvent se rencontrer: dans le nom de la maladie, et lors des remède?: à employer. Or, si l’auteur lui-même est emi barrassé et 11e décide pas, comment vouloi'i que le lecteur puisse le faire? et, s il t’ose, ; quel hasard la vie du malade n’est-elle par: exposée? 11 y a de quoi frémir! Le traducr teur de la médecine domestique de Bucham M. Duplanil , l’a bien senti, qu’il falloit pré.
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senter au lecteur un guide convenable poulie tirer du dédale qui , en effet , saute aux yeux; mais il ne l’a pas trouvé ; et, quelque chose de plus , il étoit introuvable, d’après la méthode de fauteur. Nous citerons à ce sujet la note frappante consignée dans cet auteur, deuxième édition , volume 2 , page 99 : la voici : « Nous l’avons déjà dit : les remèdes » même les plus puissans ne réussissent que » par l’application convenable qu’on en fait.» Or, pour diriger cette application convenable, en quoi consiste, en effet, tout l’exercice de l’art, il se contente de présenter un certain ordre des remèdes à employer dans le traitement. Cependant rien de plus certain que cet ordre est fautif, et ne donne aucune stabilité; et ce qu’il y a d’assez singulier, c’est que la preuve en est dans la même note; car, après avoir établi que Y ordre veut qu’on commence d abord par la saignée, il dit ensuite, plus bas : « Si , au contraire, les symptômes de la » surabondance des humeurs sont les plus mar- » qués, les plus urgene, on commencera par » le vomitif, réservant la saignée pour le len- » demain. » Ainsi , dans la même maladie et dans la même note, Y ordre ^ comme guide à suivre, est posé et en même-tems détruit: quelle contradiction ! 11 y a plus ; c’est que, dans
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cette même maladie, l’auteur dit qu’à l’exemple d’Hyppocrate quelquefois il faut saigner, même le dixième jour. Que devient-là, je le demande, cet ordre, comme régie générale dans l’emploi des remèdes? j’ai choisi principalement cette note, parce qu’elle donne cet ordre comme base de traitement dans toutes les maladies aiguës. Puisque nous y sommes, citons encore, entre mille paragraphes , le dernier, relatif à la fluxion de poitrine, page 1 14. « Les vésicatoires sont, en général, d’un grand » effet , et doivent être appliqués de bonne » heure. On les mettra , soit à la nuque du » cou , soit aux gras des jambes, soit aux trois » endroits à la fois, si les circonstances Vexi- » gent. » Et quelles sont ces circonstances? C’est au peuple à deviner. Suivons la note du même article : « Il faut appliquer les vésica- » toires, si Von juge que cela soit nécessaire. » Or, que disent ces si , jettés à la merci du peuple? Ne reconnoît-on pas ici la fatale pomme de discorde? Concluons, et rien n’est plus certain que jusqu’ici nul auteur populaire n’a découvert aucune règle fixe pour que le lecteur puisse ordonner avec sûreté dans chaque cas particulier, et qu’au contraire on ne voit par-tout qu’une vacillation quit jette dans une multiplicité de fautes inévitables. La contradiction des auteurs que nous venons de citer en est une preuve sans réplique. Et pourquoi cette contradiction si manifeste? pourquoi cet embrouillamini si dangereux, qui présente dans la même maladie divers traitemens difierens et souvent tout contraires? C’e^t parce que les auteurs suivent la routine banale de traiter les maladies par leurs noms. Pour nous faire mieux comprendre, et pour ôter jusqu’au doute, prenons quelques exemples des plus communs : Un e fiuxion de poitrine , . . . un e fièvre putride , . . . une fièvre intermittente , etc.', tous ces noms sont génériques, et reconnoissent des espèces et des variétés différentes les unes des autres; de-là nécessairement des traitemens différons et opposés sous un même nom : voilà aussi pourquoi nous avons dit que, par la méthode des noms des maladies, un guide fixe et sûr étoit introuvable. Observons, en outre , que tous les auteurs enseignent et recommandent de ne tiaiter ni les noms ni même les sj'mptômes; mais, dira-t-on, que traitent-ils donc? Les meilleurs praticiens ne traitent que la vraie cause de ia maladie, la cause morbifique, cause qu’il s’agit de connoître parfaitement; d’où l’on voit que nous sommes ici d’accord avec la saine pratique de tous les siècles, Hyppocrate , dans
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son traité De Morbis vulgaribus , ne mettoit en titre aucun nom de maladie; on y lit seulement : Malade premier , . . . second , . . . troisième..., etc. Nous sommes donc ici d’accord avec le prince des médecins. Ainsi, nous intenter à ce sujet un procès, c'est l’intenter à Hyppocrate; et cette seule considération doit y faire regarder à deux fois. Cependant nous convenons que la méthode des noms est utile pour l’enseignement public à l’égard des élèves; qui doivent apprendre tout; de plus, qu elle est nécessaire pour les maladies chroniques, dont les causes sont souvent obscures; et encore, que les noms sont un point de ralliement: pour s’entendre: voilà leur utilité; elle se borne? là. Mais lorsqu’il s’agit du traitement d’une? maladie, c’est autre chose; car, un nom générique n’est qu’une abstraction idéale, oui n’est rien de réel envers l’homme soufflant:. Or, l’abus et le grand abus est de le donneu alors comme une réalité, de le donner sur-touit à ceux qui sont tout-à-fait hors de la scienctâ médicale, comme le guide nécessaire pour sk conduire. Voilà donc le vice radical de toui les ouvrages de médecine populaires laits jusqu’ici, et ce qui les rend dangereux, non pou le peuple qui ne les lit pas , mais pour le chirurgiens de basse classe, mais pour ton les scioles qui, d’après une simple lecture, s’ingèrent d ordonner, et pour eux-mêmes et pour tout autre, croyant par-là se rendre utiles par pure bienfaisance. Disons-leur hautement, en faveur de l’humanité: faire la médecine d’après ces livres, c’est faire le métier d’homicides. Pourquoi ? parce que l’on manque d’un guide sûr pour se diriger dans l’ application convenable et scientifique des secours médicinaux a chaque cas particulier . Pour nous, c’est ce guide que nous avons cherché ; et nous croyons être parvenu à cette découverte, parce que nous avons laissé les noms des maladies, et que nous voulons qu’on ne se décide, pour ordonner, que par les causes sensibles , ou autrement d’après les indications prises dans les signes évidens qui caractérisent cette cause. Par-là aussi, nous évitons tout danger à l’égard du peuple; car, ou la cause est évidente, ou non : si elle l’est, on se décide à coup sûr; si
elle ne l'est pas , voyez l’homme habile : voilà la sagesse.
Résumons en quelques mots : Par la méthode des noms, nulle règle fixe pour le traitement , nul guide sûr pour que le lecteur puisse se diriger dans les cas particuliers ; et le dangei est à côté de l’utile : nous l’avons prouvé à l’égard des maladies aiguës. Tous les ouvrages de médecine populaires , étant faits d’après cette méthode, sont donc vicieux? Ajoutons, que l’étude en est des plus difficiles par leur longueur, en plusieurs volumes, et que c’est un chaos inextricable pour l’esprit le plus exercé, qui ne s’est point brisé à l’étude entière de la science médicale. Cela est assez généralement reconnu. Au contraire , notre nouvelle méthode, par les causes serisibles , est claire, sûre, et encore tellement, facile, que l’officier de santé mal-habile , que l’homme éduqué, si, d’ailleurs, il est doué d’un esprit juste, et que les curés comme aides-médecins, ainsi que les sœurs de la charité, pourront, moyennant notre instruction , se rendre utiles sans courir aucun risque : tel est du moins notre but. L’avons-nous atteint ? C’est à nos maîtres à décider : nous en appelons aussi à l’expérience, pour y mettre le sceau du succès.
Terminons cet avant-propos par une réflexion suffisamment motivée pour nous chagriner. Nous ne nous dissimulons pas que notre nouveau mode fronde l’usage de tous les siècles. Nous présumons donc fortement que , malgré que nous nous soyons expliqué, et sur-tout relativement à l’enseignement public, notre mode, fut -il plus sûr, plus uliie et mille lois plus
aisé
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aisé que celui de tous les Tissot, et même des écoles, sa grande nouveauté suffit pour qu’il ne prenne pas , du moins de notre vivant. Les professeurs le mépriseront , les praticiens du jour le combattront, les élèves le trouveront trop facile , les Tissotins tiendront à l’antique méthode des noms, et le peuple suivra sa routine. Cependant, au risque d’êtte taxé de quelque présomption , opposons aux récalcitrans, ce qui est en notre faveur. Ainsi , nous dirons que nous avons déjà obtenu les suffrages de l’institut, pour la partie de cet ouvrage qui lui a été soumise; des auteurs distingués et des jurys de département ont aussi approuvé notre premier ouvrage : nous avons dans nos mains tous ces titres; enfin, l’essai de nos moyens a eu lieu , et le succès en est constaté par les autorités. Avoir passé par ces creusets scientifiques, c’est une sorte d’épuration. Cet ouvrage en est le complément. Espérons la même indulgence.
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The end
You’ve reached the end of Opuscules philantropiques, ou, Neuf traités entièrement séparés, soit médicaux, soit de bienfaisance : ouvrage d'un genre absolument nouveau, et par sa composition, et par le moyens qu'il présente; utile à toutes les classes, aux gouvernans comme au peuple, et nécessaire aux officiers de santé, aux soeurs de la charité, aux curés out desservans ruraux, ainsi qu'aux séminaristes qui se destinent au soulagement des malheureux.
