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Relation de l'expedition d'Afrique en 1830 et de la conquête d'Alger

M. d' Ault-Dumesnil · 1868 · Scanned text · Free in the US

115,126 words · about 8 h 4 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
M. d' Ault-Dumesnil
Language
French
Published
1868
Length
115,126 words · about 8 h 4 min
Sections
11 reader sections
Text
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Rights
Public domain in the United States · PD-US by publication date

 

Contents (11)
  1. Front matter about 1 min
  2. Préface about 6 min
  3. Introduction about 1 h 15 min
  4. Chapitre I about 40 min
  5. CHAPITRE II Biographie sommaire du comte de Bourmont about 25 min
  6. Chapitre III about 2 h 30 min
  7. Chapitre V about 50 min
  8. Chapitre VI about 37 min
  9. Chapitre VII about 1 h 38 min
  10. Table Des Matieres about 1 min
  11. Table Des Matières about 2 min

Continue:

Front matter

RELATION

DE

ET DE LA CONQUÊTE D’ALGER

Préface

Afrique. Ce sont mes anciens compagnons d’armes avec lesquels je suis resté en constantes relations qui m’ont invité, encouragé et déterminé à donner, dans une deuxième édition de ma première Relation , l’étendue convenable au récit des faits dont j’ai eu la bonne fortune d’être témoin, dans une position toute particulière.

Attaché à l’état-major du général, puis maréchal comte de Bourmont, dès son entrée au ministère de la guerre en 1829, et pendant la campagne de la conquête d’Alger en 1830, à titre d’officier d’ordonnance, adjoint au comte Louis de Bourmont, son fils aîné, chef de son cabinet, et son aide de camp, j’ai été associé à l’expédition de toutes les pièces confidentielles et officielles, dépêches, ordres et documents relatifs à cette grande entreprise que le succès a si glorieusement couronnée. Il m’a donc

PRÉFACE.

VII suffi de recourir à mes souvenirs soigneusement consignés dans le journal que j’ai tenu des opérations de la campagne, et à ceux qui sont restés gravés dans ma mémoire, pour être le narrateur exact de tout ce que j’ai entendu ordonner et vu exécuter. Possesseur de la majeure partie des documents fondamentaux nécessaires à l’accomplissement de cette tâche, j’ai été mis en mesure d’en compléter la réunion par la communication que mes anciens camarades et amis, le comte Louis et le comte Charles de Bourmont, m’ont faite de ceux qui me manquaient en très-petit nombre. J’ai pu ainsi avoir continuellement sous la main les pièces originales et les attestations irrécusables qui, citées, analysées ou résumées, concourent à assurer le caractère de la plus parfaite authenticité à la Relation de V expédition d’Afrique en 1830 et de la conquête d’Alger ,

VIII

PRÉFACE.

augmentée de toutes les additions qu’elle a reçues dans cette nouvelle édition. « Votre récit est un témoignage, et com- « porte des détails intimes qui ne peu- « vent se trouver nulle part ailleurs, » m’écrivait M. le duc des Gars, dans une des dernières lettres d’encouragement qu’il m’adressa avant d’avoir été enlevé par la mort, au commencement de cette année 1868, aux sympathies qu’inspire l'union des plus solides qualités à la nénérosité du caractère et à la fidélité à toutes les nobles traditions françaises.

La mission que je me suis imposée a donc été de laisser parler les faits, dans toute leur exactitude, pour apporter devan t la j ustice de l’histoire mon impartiale déposition, et j’ai la confiance ne n’avoir pas failli à ce devoir. Afin que cette Relation fût complètement un témoignage, je n’ai appelé à y intervenir que des témoins, comme je l’ai été moi-même,

PRÉFACE.

IX des événements acomplis sous nos yeux, le lieutenant général duc des Gars, qui a commandé avec la plus remarquable distinction la troisième division de l’armée expéditionnaire [ Journal manuscrit des opérations de la troisième division tenu par le duc des Gars, et Lettres où il a bien voulu répondre à toutes les questions qu’il m’avait autorisé à lui adresser); le lieutenant général Desprez, chef d’état-major général de l’armée (Journal d’un officier de l’armée d’Afrique , et Lettres écrites du théâtre des opérations de l’armée au marquis, plus tard duc de Clermont-Tonnerre) ; le lieutenant général baron Berthezène, commandant la première division de l’armée expéditionnaire [ Dix-huit mois à Alger); le maréchal de camp baron Glouet, commandant la troisième brigade de la première division de l’armée (. Lettre relative à la bataille de Staouéli, adressée au duc

X

PRÉFACE.

des Cars) ; le baron Denniée, intendant en chef de Farinée (Précis historique et administratif de la campagne d’Afrique); le chef de bataillon d’état-major Fernel, attaché à l’état-major général de l’armée (Campagne d’Afrique en i830); le baron Barchou de Penhoën, capitaine d’état-major, aide de camp du lieutenant général Berthezène (Mémoires d’un officier d’état-major) ; le comte de la Myre-Mory, -capitaine officier d’ordonnance du maréchal de Bourmont ( Lettres publiées dans le journal la Guienne , correspondance avec le maréchal Bugeaud, duc d’Isly, et communications écrites et verbales); le capitaine d’état-major comte de Ligniville, attaché à l’état-major général de l’armée ( Lettre écrite d’Alger au marquis, plus tard duc de Clermont- Tonnerre). ; le lieutenant d’état-major comte Théodore de Quatrebarbes, attaché au 34e régiment d’infanterie de

PRÉFACE.

XI ligne (Souvenirs de la campagne d’AfriqueJ; le lieutenant ingénieur géographe Rozet, attaché à l’expédition (Relation de la guerre d’Afrique ), et le prince Frédéric de Schwarzenberg, maj or de cavalerie au service d’Autriche, envoyé par son souverain pour assister à l’expédition (Rückblicke auf Algierund dessen Ero - berung durch die kôniglich-franzôsischen Truppen im jahre 1830). J’ai dû aussi des communications verbales importantes à l’intimité amicale dont m’honorait le baron d’Haussez, ministre de la marine, qui a puissamment concouru à préparer l’expédition.

Madame la duchesse de Clermont- Tonnerre a eu l’obligeance de mettre à ma disposition, par l’intermédiaire de mon ancien camarade et excellent ami, le comte de la Myre-Mory, le remarquable Rapport présenté au roi, le 14 octobre 1827, par le marquis, plus tard duc de

XII

PRÉFACE.

Clermont-Tonnerre, ministre de la guerre, pour engager Charles X à tirer vengeance de l’insulte faite à la France par le dey en envoyant contre Alger une armée de débarquement, afin de s’emparer de la capitale et du territoire de la Régence algérienne.

V Introduction qui précède le récit de la campagne présente un Aperçu historique sur U Algérie depuis les temps les plus anciens jusqu'à la conquête française, révèle ce qu’était l’horrible Régence d’Alger, terreur delà Méditerranée, et fait voir que la destruction de la piraterie barbaresque, dernier service rendu à l’humanité et à la civilisation par la France sous le glorieux drapeau de sa vieille monarchie, avait été ambitionnée, mais tentée sans succès, dans des expéditions mémorables, par Charles- Quint, par Louis XIV, par l’Espagne en 1775, et par l’Angleterre en 1816.

PRÉFACE.

XIII

Une biographie sommaire du maréchal deBourmont le montre luttant, avec Finébranlable fermeté de principes qui était la règle de sa conduite, contre Finstabilité et les vicissitudes des temps de révolution, et s’élevant sur les champs de bataille , par une suite d’actions d’éclat et au prix de son sang répandu, jusqu’au sommet de la hiérarchie des grades militaires, avant d’arriver, par la même voie, à la dignité de maréchal de France, en attachant glorieusement son nom à la conquête d’Alger. L’acharnement des passions et des haines politiques contre l’homme de devoir, que le retour de l’adversité retrouve invincible à toutes les épreuves, attriste la fin de cet intéressant épisode particulier de l’époque contemporaine.

Il est acquis à l’histoire, et j’en apporte les preuves incontestables, que le gouvernement du roi Charles X n’entendait

XIV

PRÉFACE.

pas seulement châtier l’insolence du dey d’Alger, mais qu’il avait pris en même temps et manifesté la résolution de conquérir à la France la Régence algérienne, de la conserver et de la coloniser. Un pays dont l’islamisme a fait un stérile désert ne peut être rendu à la vie civilisée que par la substitution progressive du règne de l’Évangile à celui du Coran, et de l’activité chrétienne au fatalisme musulman. Il n’a pas été tenu compte suffisamment en Algérie de cette vérité de fait, comme trente-huit années d’essais infructueux de colonisation et l’exemple des dernières calamités ne l’attestent que trop. La liberté de l’apostolat catholique, travaillant sans violence, par la prédication et par l’action de la charité, à l’extinction successive du mahométisme, doit donc être nécessairement la base fondamentale du système de colonisation appelé à résoudre la question

PRÉFACE.

XV que la Providence a posée à la France, en la conduisant en Afrique. C’est ce que Y Appendice sur la colonisation de V Algérie a pour but de démontrer et d’établir.

Les cartes de l’Algérie étant aujourd’hui vulgaires et à la portée de chacun, je n’ai pas cru utile d’en joindre une à ce volume, où on trouvera, avec les indications géographiques nécessaires, les descriptions topographiques plus réellement propres que la lettre morte d’une carte à reproduire l’aspect inculte et sauvage que présentait le théâtre des opérations de l’armée.

FIN DE LA PRÉFACE.

APERÇU HISTORIQUE

SUR L’ALGÉRIE

DEPUIS LES TEMPS LES PLUS ANCIENS

JUSQU’A LA CONQUÊTE FRANÇAISE

La contrée de l’Afrique septentrionale que nous appelons l’Algérie est, telle que la France la possède aujourd’hui, bornée au nord par la Méditerranée, qui en baigne les côtes sur une étendue de mille kilomètres; à l’est par l’État de Tunis, suivant une ligne arrêtée entre le gouvernement de cet État et le gouvernement français, en 1846, et h l’ouest par l’empire de Maroc, d’après une ligne fixée par un traité, en 1845. Au sud, l’Algérie est, sans aucune limite tracée, séparée du grand désert par une ceinture d’oasis. Deux chaînes de montagnes, dont l’élévation décroît de l’ouest à l’est, sillonnent longitudinalement le territoire algérien de la frontière du Maroc h celle de l’État de Tunis.

Introduction

La chaîne méridionale , qui est la chaîne principale, est désignée sous le nom de Grand- Atlas. La seconde chaîne, appelée Petit-Atlas, se développe, plus rapprochée de la côte, parallèlement et au nord delà première. Entre les deux chaînes s’étendent de vastes plateaux.

Les Libyens (1), les Gélules, les Phéniciens (2), les Carthaginois, les Grecs de la Cyrénaïque (3), les Berbères, les Numides (4),

(2) Les Phéniciens abordèrent en Afrique plusieurs siècles avant qu’une colonie tyrienne y vînt fonder Carthage, vers l’an 880 avant Jésus-Christ. Célèbre dans l’histoire par sa rivalité et par sa lutte avec la république romaine, l’État de Carthage subsista de l’an 880 à l’an 146 avant Jésus-Christ, date de la prise et de la destruction de Carthage par Scipion Emilien.

(3) Les Grecs qui bâtirent la ville de Cyrène, l’an 631 avant Jésus-Christ, étaient venus en Afrique de l’île de Théra, l’une des Sporades.

(4) Les Numides, issus de peuples arrivés par mer d'Asie en Afrique, et mêlés aux Gétules par des mariages, au rapport de Salluste, tiraient leur nom du grec vojxdc c’est-à-dire pasteurs et errants, nomades en français. Ils s’appelèrent eux-mêmes Nwmhte, parce qu’ils changeaient souvent de demeures, ajoute l’historien latin qui a raconté (i de belto Jugurthino ) leur grande et terrible lutte contre les Romains sous leur roi Jugurtha, bellum magnum et atrox. C’étaient les Libyens nomades, vo[jt,a§sç Ai'êusç d’Hérodote (IV. 186).

INTRODUCTION.

les Maures, les Romains (1), les Vandales (2) avec les Alains,etles Grecs de l’empire d’Orient ont successivement occupé cette contrée de l’Afrique septentrionale qui est maintenant la possession de la France. Les Arabes y apportèrent l’islamisme dans la seconde moitié du vne siècle de l’ère chrétienne. Peuple sémitique, les Arabes descendent de deux souches, de Jectan, second filsd'Héber,etd’Ismaël, fils d’ Abraham et d’Agar. Pasteurs et nomades dès leur origine, ils devinrent commerçants au témoignage de Pline (3),

(1) La domination des Romains établie dans l’Afrique carthaginoise à l’issue de la troisième guerre punique que Scipion Emilien termina par la prise et la ruine de Carthage, l’an 146 avant Jésus-Christ, s’étendit quarante ans plus tard sur la Numidie et la Mauritanie, après la défaite de Jugurtha.

(2) Les Vandales, l’un des quatre peuples germaniques qui envahirent l’Espagne, au commencement du ve siècle de l’ère chrétienne, furent attirés dans l’Afrique romaine, en 429, par le comte Boniface, qui en était gouverneur, et qui voulait se venger d’avoir été injustement desservi auprès de l’impératrice Placidie. Ils y fondèrent, sous leur roi Genséric, avec les Alains, un royaume qui eut Carthage pour capitale. Ils étaient ariens fanatiques, et ils firent prévaloir parla violence leur hérésie en Afrique, où le catholicisme avait été florissant dès les premiers siècles chrétiens, et notamment au temps de saint Augustin, mais d’où il avait presque entièrement disparu lorsque les Arabes y arrivèrent. La domination des Vandales fut anéantie par Bélisaire l’an 534.

(3) Historia naturalis (Lib. VII, cap. xxvin).

INTRODUCTION.

et leurs caravanes parcoururent les vastes plaines de la presqu’île arabique. Ils commencèrent à s’aguerrir dans leur contact avec les Parthes et avec les Romains, et plus tard l’enthousiasme mahométan les rendit conquérants (1). Œuvre de sang et de volupté, la fausse religion dont Mahomet fut l’inventeur et l'apôtre enflamma leurs passions sensuelles, en autorisant la polygamie, et leur mit le glaive de la destruction à la main, en leur persuadant que la foi au Coran ne pouvait être établie que par Cépée, et que tous les musulmans tués en combattant pour la propagation armée de leur croyance entrent immédiatement dans un paradis de félicité matérielle. « Si l’on considère les résultats de l’œuvre de « Mahomet, les dangers qu’elle a fait courir à la « civilisation chrétienne, le mal qu’elle a fait aux « peuples, l’abaissement moral et politique au-

« quel elle les a conduits, l’islamisme appa-

« raît comme un fléau, et son fondateur comme « un homme dont on aurait pu dire : mieux eût

(I) Frédéric de Schlegel, dans sa Philosophie de l'his - toire ( Philosophie der Geschichte ), fait observer avec rai-^ son que les Arabes étaient fiers de leur origine, et que leur caractère national, dont, au témoignage des plus anciens monuments de leur poésie, l’orgueil, la haine, l’emportement et la vengeance étaient les principaux traits, a eu une influence essentielle sur la nature et le développement de la religion mahométane.

INTRODUCTION.

« valu qu’il n’eût jamais existé (1).» Porté à Test et à l'ouest de l'Arabie, à la pointe du fer, par ses bouillants sectateurs, le mahométisme, dontl’ère date de la fuite (2) de son fondateur de la Mecque à Médine, l’an 622 de Jésus-Christ, pénétra rapidement en Asie jusqu’à l’Indus et delà jusqu’au Gange, et, en Afrique, des rives du Nil aux bords de l’Océan, à l'extrémité occidentale de cette partie du monde. Les Arabes sont divisés par tribus, dont chacune est soumise à l'autorité d’un chef, appelé cheik, c'est-à-dire vieillard.

Les Berbères (3), les plus anciens habitants

(1) C’est un éminent archéologue, qui a visité plusieurs fois l’Orient, qui a vu de ses yeux ce qu’est l’islamisme, M. le comte Melchior de Vogüé, qui l’apprécie très-justement en ces termes, dans un remarquable article du Correspondant du 25 novembre 1865 consacré à l’examen critique de l’ouvrage intitulé Mahomet et le Coran , où M. Barthélemy-Saint-Hilaire formule son admiration pour le faux prophète en le proclamant « un des hommes les (.< plus extraordinaires et les plus grands qui se soient mon- « très sur la terre. » Auteur d’un précieux et intéressant ouvrage, le Temple de Jérusalem , le comte Melchior de Vogüé, membre libre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, est le fils aîné de M. le marquis de Vogüé, qui a fait avec distinction, comme officier d’ordonnance du général de Damrémont, la campagne de la conquête d’Alger en 1830, et a renoncé, après la révolution de juillet, à poursuivre sa carrière militaire par fidélité à ses principes politiques.

(2) Hégire en arabe.

(3) V Histoire des Berbères , écrite en arabe par Ibn

INTRODUCTION.

indigènes, après les Libyens et les Gélules, de la partie de l’Afrique septentrionale, voisine de la Méditerranée, qui comprend aujourd’hui les États de Tripoli, de Tunis, l’Algérie et le Maroc, se sont toujours montrés fortement attachés à leur indépendance. Ils sont, comme les Arabes, divisés par tribus. Adonnés à la culture de la terre, laborieux et industrieux, ils se sont réfugiés dans les montagnes et dans les vallées de l’Atlas, qu’ils occupent encore maintenant sous le nom de Kabyles (1), pour se soustraire successivement au joug des Romains, des Vandales et des Arabes, et à la domination turque. Ils se sont accrus, à diverses époques, des débris des peuples vaincus par les conquérants survenus dans cette partie de l’Afrique. Ils n’ont pas embrassé le mahométisme dans sa complète monstruosité, et ils ont conservé leur langue propre, qui est différente de la langue arabe, et que des découvertes récentes font remonter à la langue des Libyens.

Issus du mélange des Libyens avec des peuples venus par mer d’Asie en Afrique, les Maures ou Mauritaniens, Maupousioi de Strabon, Mauri et Mauritcini des Latins, anciens habitants de la Mauritanie, située à l’ouest de la Numidie, furent

Khaldoun, a été traduite en français par M. le baron Mac-Guckin de Slane.

(1) De l’arabe kabila , c’est-à-dire tribu , kabaïl au pluriel.

INTRODUCTION.

appelés Maures , au lieu de Mèdes dans la languebarbare des Libyens, dit Salluste, de qui nous apprenons qu’ils eurent bientôt des villes, et qu’ils faisaient le commerce avec l’Espagne. Ils se laissèrent facilement inoculer l’islamisme par les Arabes, et s’unirent à eux. Cette union se cimenta dans la part qu’ils prirent avec eux à l’invasion de l’Espagne, et produisit les Mores ou Maures, Moros des Espagnols, dont les derniers restes sont les Maures de l’Algérie de nos jours, qui ont encore les goûts, les habitudes et lesoccupations de leurs primitifs ancêtres de Tancienne Mauritanie. Ils ont la peau plus blanche, le nez moins aigu, le profil moins anguleux que les Arabes.

Après s’être assimilés les Maures, en les convertissant au mahométisme, les Arabes établis dans le Maghreb (1), nom qu’ils donnèrent à la partie septentrionale de l’Afrique à l’ouest de l’Egypte, s’étendant de la frontière orientale de l’État de Tripoli jusqu’à l’Océan, entendirent vanter la beauté du climat et la fécondité du sol de la péninsule ibérique. La description enchanteresse qu’on leur en faisait la leur peignait, racontent les historiens, comparable aux plus belles contrées du monde pour le charme de son

(1) C’est-à-dire Occident en arabe.

INTRODUCTION.

ciel et pour la saveur de ses fruits, pour la sérénité de son air et pour la fertilité de ses champs, pour le parfum de ses fleurs et pour la précieuse abondance de ses mines. L’auteur du Coran avait promis la victoire à ses adeptes jusque dans les régions les plus lointaines, et le calife Ommiade Walid Ier autorisa Mousa-ben-Nasser, gouverneur de la Mauritanie, à entreprendre la conquête de l’Espagne.

Tarik, lieutenant de Mousa, envoyé d’abord pour reconnaître les côtes d'Espagne, y aborda en 710, avec cinq cents cavaliers. Chargé ensuite du commandement de l’expédition destinée à exécuter l’entreprise projetée, il débarqua vers l’endroit où il avait pris terre la première fois, près du lieu où fut bâtie plus tard la ville d’Algeziras. On lit dans un historien arabe qu’il brûla les navires qui l’avaient apporté pour ôter à ses troupes toute pensée de retour en Afrique. Il établit son camp au pied du mont Calpé, qui fut appelé Djebel Tarik, c’est-à-dire en arabe montagne de Tarik , d’où on a fait Gibraltar . Rodrigue, dernier roi de la monarchie des Goths, marcha à la rencontre des envahisseurs, à la tête de toute la noblesse de son royaume suivie d’une armée considérable. Mais les Arabes, inférieurs en nombre aux Goths, leur étaient très-supérieurs dans l’art de la guerre, auquel ils s’exerçaient

INTRODUCTION.

avec des succès continuels depuis bientôt un siècle. La monarchie des Wisigoths succomba sousleurs coupsen 7t2,Mansune'grande bataille, livrée sur les bords du Guadalète, près de Xérez de la Frontera, où la victoire fut néanmoins disputée pendant plusieurs jours. Tarik s’était emparé de Tolède, capitale du royaume des Goths, lorsque Mousa, jaloux de la gloire de son lieutenant, passa lui-même en Espagne avec de nouvelles forces et accompagné de son fils, Abd-el- Aziz. En moins de deux ans les trois chefs arabes achevèrent de conquérir la péninsule ibérique.

Mais la foi chrétienne, lorsqu’elle subsiste au sein d’un peuple, est toujours un principe de salut. Les débris de l’armée vaincue près des rives du Guadalète, réfugiés, sous leurs plus courageux chefs, dans les montagnes et dans les cavernes des Asturies, résolurent de verser jusqu’à la dernière goutte de leur sang pour la défense de leur religion et pour l’affranchissement de leur patrie. Don Pélage, qu’ils élurent roi, en 718, pour constituer parmi eux l’unité d’action, inaugura par une victoire ces huit siècles de vaillants combats, immortel honneur de la catholique Espagne, que couronna le triomphe de FÉvangile sur le Coran. La vie héroïque, dont la chevalerie à réalisé l’idéal chrétien, s’est manifestée, a dit un écrivain catholique aile—

1*

INTRODUCTION.

mand (1), « dans deux phénomènes de l’histoire « du monde, dans les croisades et dans les « ordres de chevalerie religieuse, et de la ma- « nière la plus brillante et la plus durable en « Espagne, où, dans la lutte persévérante contre « les Maures, la nation tout entière a été pro- « prement un ordre de chevalerie religieuse. »

La gloire de mettre fin à la domination mahométane en Espagne était réservée à l’illustre couple royal dont le mariage à constitué la monarchie espagnole. Ferdinand d’Aragon, qui mérita de recevoir du pape Innocent VIII le titre de roi catholique , entreprit le siège de Grenade le 23 avril 1491, avec la résolution de ne pas le lever sans se rendre maître de la ville, et la grande et pieuse Isabelle de Castille vint, avec ses enfants, se réunir à son époux. Battus dans toutes les sorties qu’ils tentèrent, les infidèles reconnurent enfin qu’une capitulation était tout ce qu’ils devaient se résigner à obtenir de la générosité de leur vainqueur. Ferdinand prit possession de sa conquête, à la tête de son armée, le 2 janvier 1492. Il reçut les clefs de FAlhambra (2) de la main du dernier roi de Grenade,

(2) Un des plus remarquables monuments de l’architecture arabe, bâti de 1213 à 1338, est en même temps

INTRODUCTION.

Mohammed-Abou-Abdallah , vulgairement appelé Boabdil. Le signe sacré de notre rédemption, arboré sur la plus haute tour de l’Alhambra, avec l’étendard royal et celui de Saint-Jacques, annonça que le jour de la délivrance du joug de l’islamisme avait lui pourla péninsule hispanique.

Expulsés de l’Espagne, et rejetés en Afrique, les Maures et les Arabes y portèrent le souvenir et le regret de Grenade perdue. « Le paradis de « Grenade , a dit poétiquement Chateau- « briand(l), vivait toujours dans leur mémoire; « les mères en redisaient le nom aux enfants qui « suçaient encore la mamelle. Elles les berçaient « avec les romances des Zégris et des Abencer- « rages. Tous les cinq jours on priait dans les « mosquées en se tournant vers Grenade. On « invoquait Allah, afin qu’il rendît à ses élus « cette terre de délices. En vain le pays des « Lotophages offrait aux exilés ses fruits, ses « eaux, sa verdure, son brillant soleil : loin des « Tours vermeilles (tours d’un palais de Gre- « nade), il n’y avait ni fruits agréables, ni fonte taine limpide, ni fraîche verdure, ni soleil « digne d’être regardé. »

une forteresse et un palais, ancienne demeure des rois musulmans, appelée la Rouge, en arabe Alhambra, à cause de la couleur des matériaux qui y furent employés.

(1) Aventures du dernier Abencerrage.

INTRODUCTION.

C’est de ce souvenir de la possession regrettée de l’Espagne, resté ineffaçable chez les Arabes et les Maures, que la piraterie naquit, sur la côte septentrionale d’Afrique, dès la fin du xve siècle et le commencement du xvi°. Le littoral de l’Andalousie fut incessamment assailli par les incursions des corsaires musulmans, et les parages de la Méditerranée voisins des côtes africaines et espagnoles devinrent dangereux à fréquenter. Ceutaet plusieurs autres points de la côte septentrionale d’Afrique furent occupés par les Portugais sans qu’un remède efficace fût apporté à cette situation.

Le plus éminent conseiller de Ferdinand le Catholique, le grand cardinal Ximenès, archevêque de Tolède, aussi illustre comme homme d’État, que par sa science et par sa piété, reconnut bientôt qu'il fallait s’emparer des principaux ports d’oii sortaient ces continuelles attaques des pirates. Le trésor royal était alors épuisé; mais Ximenès, qui, avec les revenus d’un prince, n’avait queles besoins d’un moine, avança l’argent nécessaire pour entreprendre une expédition contre Mers-el-Kebir (1). Diego Fernandez de Cordoue, à qui fut confié le commandement du corps expéditionnaire, s’empara de la place, après

(i) C’est-à-dire le grand port en arabe, Portas magnus des Romains, à 8 kilomètres d’Oran.

une vive résistance, au mois d’octobre 1505. Mais dans une sortie qu'il fit, en 1507, à la tête de trois mille hommes, il se laissa surprendre, et éprouva un échec tel que Ximenès résolut d’en tirer vengeance au plus tôt.

Le cardinal pourvut encore aux frais de cette nouvelleentreprise, et partit lui-même, en 1509, avec l’expédition commandée par Pierre de Navarre, comte de Oliveto. Les murs d’Oran furent facilement escaladés, et Ximenès, que les supplications de toute l’armée avaient seules empêché de s’associer au péril de l’attaque, entra le lendemain dans la ville (1). Son premier soin fut de mettre en liberté trois cents esclaves chrétiens, et d’appeler des missionnaires à porter la bonne nouvelle aux peuples de l’Afrique. A son retour en Espagne, malgré ses instances auprès de Ferdinand pour l’engager à poursuivre la conquête de toute la côte d’Afrique, dont il lui avait ouvert la voie, il ne le détermina qu’avec peine à faire attaquer Bougie. Pierre de Navarre s’empara facilement de cette ville en 1510. Les Algériens devaient au souverain de Bougie un tribut qu'ils s’engagèrent à payer au roi d’Espagne. Les Espagnols construisirent alors, sur un rocher situé dans la mer, en face d’Alger, un fort qui

INTRODUCTION.

commandait la ville , et qu’ils appelèrent le Penon d’Alger (1). Pierre de Navarre fit voile ensuite vers Tripoli, qu’il enleva d’assaut. Ce fut le dernier de ses succès, et il n’éprouva plus que des échecs dans ses entreprises contre les pirates qui désolaient la Méditerranée.

Aroudj, l’aîné des deux frères qui se sont rendus si célèbres sous le nom de Barberousse, commença à se signaler parmi ces pirates. Sandoval (2) rapporte que le surnom d c Barberousse lui fut donné à cause de la couleur de ses cheveux et de sa barbe, lorsqu’ayant été pris en mer par les chevaliers de Rhodes, il ramait à la chiourme d’une de leurs galères. Mais la qualification de Baba attribuée aux Turcs par les Arabes, a pu faire que le nom de Baba-Aroudj , altéré par la prononciation européenne, se soit transformé en celui de Barberousse. Fils d un renégat albanais et d’une mère chrétienne du schisme grec (3), cet aventurier, né à Mételin en 1482, débuta dans la carrière maritime sur une barque de cette île. ïl passa de là à Constantinople, et obtint un emploi (4) à bord d’une

(1) Penon signifie grand rocher en espagnol.

(2) Historia de la vida y hechos del imperador Carlos V.

(3) Sandoval, id.

(4) Il était, dit Sandoval, cômitre , c’est-à-dire chef de la manœuvre et des rameurs à bord de cette galère.

INTRODUCTION.

.galère turque qui fut capturée dans une rencontre avec les chevaliers de Rhodes. Étant parvenu à s’échapper, après deux ans de captivité, il retourna à Constantinople, où il fut successivement portefaix, journalier et batelier. Il était timonier abord d’une galère, armée en corsaire avec un brigantin, lorsqu’il s’empara de ces deux bâtiments après en avoir assassiné le maître. S’éloignant alors des parages de l’empire ottoman, il passa en 1504 par Mételin, d’où il emmena avec lui son frère Khaïr-ed-Din, à qui il donna le commandement de son brigantin. Il captura ensuite une galiote turque, et arriva avec trois voiles vers l’île de Lipari. Il attaqua près de cette île un navire espagnol qui portait à Naples des passagers de distinction, et s’en rendit maître, malgré la vaillante résistance qui lui fut opposée. 11 prit aussitôt la route de Tunis, dont il voulait se concilier le souverain en lui offrant une partie de son butin. En échange des esclaves, des chevaux et de l’artillerie dont il lui fit solennellement hommage, il reçut une fuste en présent.

Barberousse continua à se signaler par des exploits de piraterie, où il déployait la plus intrépide audace, et qui lui valurent de riches prises. 11 obtint du souverain de Tunis des secours avec lesquels il tenta, en 1514, de pren-

INTRODUCTION.

dre Bougie. Mais il échoua dans cette entreprise, où il perdit un bras. Les Espagnols l’appelèrent dès lors Barbarosa el del brazo cortado, Barberousse au bras coupé. Une seconde expédition contre Bougie, que le souverain de Tunis l’avait aussi aidé à préparer, échoua encore, en 1515, malgré le courage avec lequel il attaqua la place.

Après ces mécomptes, la fortune revint sourire à Barberousse, qui avait trouvé un asile à Djigelli (1), près d’un cheik arabe, au rapport de Sandoval (2). Alger, que les Arabes de l’intérieur du pays appelaient la ville des Beni-Mezeghenna , et les corsaires Al-Djezaïr, c’est-à-dire les îles , s’étant soustrait à la dépendance de l’État de Tlemcen, s’était donné un chef de son choix. Ce chef était un puissant cheik arabe de la Métidja, appelé Sélim Eutemi. A la nouvelle de la mort du roi Ferdinand le Catholique, les Algériens pensèrent à s’affranchir du tribut qu’ils payaient à l’Espagne. Ils envoyèrent alors des

(1) Djigelli, Gigelli, ou Gigel, fondation carthaginoise, devint une colonie romaine sous le nom d ’lgilgilis, et fut ensuite le siège d’un évêché. Le refuge que Barberousse y trouva en a fait le point de départ de la domination turque dans l’Algérie. C’est un petit port à environ 12 lieues à l’est de Bougie.

(2) Ilidoria de la vida y hechos del imperador Carlos V.

marabouts (1) porter à Barberousse la proposition de venir les aider à accomplir leur projet. L’audacieux aventurier s’empressa de répondre a cet appel. Accueilli à Alger comme un libérateur par les Arabes et par les Maures, il y attira un certain nombre de Turcs, qu’il s’attacha tout particulièrement, en vue de ses desseins, par la haute paye qu’il leur accorda. Ce fut à eux qu’il confia la garde de la Casba(2), dont il augmenta les fortifications. Il donna d’abord satisfaction aux habitants d’Alger en faisant canonner, bien que sans succès, le fort du Pehon, occupé par les Espagnols. Il unissait la perfidie et la cruauté à l’habileté et au courage, et il n’hésita pas à étrangler dans son bain le cheik d’Alger, pour s’emparer du pouvoir. Ce fut aux cris étranges de liberté! Alcoran ! qu’il se fit proclamer souverain, en 1516, et qu’il établit l’horri-

(1) Marabout, c’est-à-dire en arabe religieux , dans le sens de lié, attaché, nom qui, chez les musulmans d’Afrique, est celui d’un homme distingué par sa science et par ses vertus. Dans les familles où le titre de marabout est héréditaire la considération attachée 'a ce titre n’est accordée que si elle est méritée. Les marabouts par l’ascendant qu’ils exercent sur les masses, chez les musulmans d’Afrique, y font et dirigent l’opinion.

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