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HX64097145 R504 .F27 Les étudiants en med
Preface
Il est d'usage qu'un auteur, lorsqu'il commence la préface de son livre, indique les graves raisons et les puissants motifs qui l'ont décidé à se mettre au travail. Nous pourrions mentir aussi bien qu'un autre," et raconter quels mobiles élevés nous ont poussé à entreprendre ces études dont nous donnons aujourd'hui le résultat.
Cependant nous préférons dire bonnement la vérité et avouer, sans malice, que nous n'avons été amené à commencer ce travail que par une passion immodérée des vieux livres et par un amour, peut-être excessif, du passé. Pourcompléter nos aveux, n'hésitons pas à dire, que, si, dès le début de nos recherches, nous avions pu prévoir combien elles seraient longues et difficiles, nous n'aurions peut-être pas eu le courage de nous mettre en route; Bien plus, au fur et à mesure que nous avancions dans notre tâche, nous en apercevions mieux les difficultés et nous nous rendions mieux compte de l'insuffisance de nos moyens et de la médiocrité des résultats obtenus en présence de l'œuvre entreprise. Ce n'est donc pas sans une grande appréhension que nous nous sommes décidé à mettre au jour ces modestes essais et à en faire le sujet de notre thèse.
Tout en reconnaissant n'avoir entrepris ce travail qu'en raison de nos goûts personnels, nous devons faire remarquer que nous ne manquons pas d'excellentes raisons pour légitimer le choix de notre sujet. En effet, la seconde moitié du XVIIe siècle constitue une date des plus importantes dans l'histoire de nos institutions ; elle marque l'avènement d'une époque, qui, dès ses débuts pour ainsi dire, atteint son apogée. En effet, après le XIIIe siècle, qui en avait été le point culminant, le Moyen âge en France, entre en décadence dès le XIVe siècle; alors commence, pour notre pays, une période de troubles, dont les premiers furent occasionnés par la guerre de Cent ans, et qui ne prit véritablement fin qu'avec la Fronde. Après bien des heurts et des chocs, après bien des hauts et des bas, l'équilibre se rétablit enfin, dès le début du règne personnel de Louis XIV. Grâce au concours des hommes et des circonstances, il y eut quelques années de gloire et de prospérité inconnues depuis longtemps. Ce beau temps ne dura guère, les premiers grondements de l'orage retentirent dès la fin du règne du grand roi et, pour employer un vieux cliché, le navire reprit sa route au milieu de la tempête, en proie à de terribles oscillations ; un moment, à la fin du XVIIIe siècle, on put croire qu'il allait chavirer, mais avec la chance, qui ne nous abandonne jamais, il se redressa et continua sa marche au milieu de la tourmente, tantôt dominant les flots, tantôt paraissant devoir s'y engloutir, inspirant, suivant les circonstances, aux spectateurs de ce drame, la terreur ou la pitié et marchant vers un but inconnu et redoutable.
Aucune de nos institutions n'avait échappé à l'orage; toutes avaient subi cette évolution, qui entraînait le pays. Dans le cours de cet ouvrage, nous aurons maintes fois l'occasion de constater ses effets sur l'Université tout entière et sur la Faculté de médecine en particulier.
Au XVIIe siècle, les doctrines médicales anciennes, reçoivent les premiers chocs des découvertes modernes. Une science nouvelle est en train de naître, et, suivant leurs tendances particulières, les esprits l'accueillent de façons différentes et souvent imprévues. Tel, qui paraît tout conquis à l'idée de progrès, garde cependant en lui-même des traces ineffaçables du passé. Gui de la Brosse, qui nous semble un esprit moderne par la façon dont il combat les excès de la vieille thérapeutique, croit encore à l'influence des astres sur les maladies ; son ennemi Gui Patin, si persévérant, si entêté dans sa fidélité aux anciennes doctrines d'Hippocrate et de Galien, nous surprend cependant par son indépendance d'esprit, cet extrême bon sens, qui semble le guider, dans tout ce qui ne rentre pas dans les théories médicales. Il rejette avec raison les superstitions qui retiennent encore Gui de la Brosse. Lequel des deux est l'homme de progrès ? Il est presque impossible de le dire ; la seule chose qu'on puisse répondre, c'est qu'ils le sont tous deux, mais sur des points différents. N'hésitons pas à dire, dès maintenant, qu'il est tout à fait erroné de juger les gens sur un point de doctrine et de les condamner sans recours ou de les porter aux nues sans réserves. Nous aurons bien des fois l'occasion d'insister sur ce point.
En dehors de l'évolution scientifique, nous devons signaler un fait des plus connus d'ailleurs, et qui est intéressant pour nous, c'est l'arrivée au pouvoir de la bourgeoisie, définitivement consacrée par la création des secrétaires d'Etat; cette puissance nouvelle grisa rapidement les esprits et nous verrons comment elle eut pour conséquences, de généraliser l'ambition, l'amour du luxe et le besoin de paraître sous toutes ses formes. L'invasion des rangs de la noblesse par la bourgeoise, qui eut pour conséquence l'augmentation énorme du nombre des privilégiés, les exactions des fermiers généraux, dont la plupart étaient d'origine bourgeoise, ne furent pas des moindres causes de la Révolution. Et cependant la bourgeoisie, plus vivace que les deux autres ordres, en tira tous les profits.
Le but, que nous avons poursuivi au cours de ce travail, a été de placer dans leur véritable milieu, les étudiants en médecine dont nous voulions peindre la vie et la manière d'être. Il est inutile d'insister sur l'influence qu'exerce le milieu sur les individus, c'est aujourd'hui une notion banale.
Il ne suffit pas, en effet, pour comprendre le caractère d'un médecin, d'étudier son rôle à la Faculté ou à l'hôpital, ses œuvres et ses doctrines médicales; il faut pénétrer plus avant dans sa vie intime, connaître ses goûts, ses tendances, savoir quel milieu il fréquente, étudier en un mot son existence extra-médicale. C'est ce que nous avons essayé de faire pour les étudiants en médecine.
L'étendue de notre tâche devenait plus considérable. En effet, la suite de ce travail le montrera; l'Université cesse alors de vivre sur elle-même: elle perd son originalité en même temps que son indépendance ; ses membres se mêlent à la vie du siècle; ce qui était vrai pour les maîtres, le fut également pour les étudiants ; le champ de notre étude s'étend alors à toute la société bourgeoise, dont les médecins font partie, et au sort de laquelle leur existence est intimement liée. C'est ce qui explique ces nombreuses digressions, qui semblent, à un examen superficiel, étrangères à notre sujet, mais qui s'y rattachent cependant. Nous avons été obligé de mettre le nez aux fenêtres delà Faculté, pour voir ce qui se passait dehors, et ces investigations nous ont souvent conduit fort loin.
Nous avons donc entrepris un long, mais agréable voyage dans le passé, en quêtant de toute part sur le sujet qui nous intéressait, interrogeant ceux des auteurs qui paraissaient les plus aptes à nous fournir les renseignements nécessaires.
Pour tout ce qui concernait la partie médicale de notre travail, la tâche était aisée, car, d'une part, le but était bien défini et, d'autre part, les ouvrages anciens et modernes concernant la vieille Faculté, sont relativement très nombreux ; nous n'avons eu que l'embarras du choix. Comme, au tableau que nous prétendions tracer, il fallait un cadre, nous dûmes diriger nos recherches sur les ouvrages traitant l'histoire de Paris, ce ne fut pas une mince besogne, car depuis l'an de grâce 1532, où le bonhomme Corrozet publia la première édition de son livre: La fleur des antiquités, singularités et excellencesde la noble et triomphante ville et cité de Pains, nombreux sont les Parisiens qui ont cru devoir doter l'histoire de leur ville natale de quelques gros volumes ou de quelques minces monographies. Pour compléter ce point de nos recherches, nous avons parcouru les restes du vieux Paris, visitant les monuments, déambulant par les rues anciennes, relevant les vieilles enseignes et toutes ces plaques commémoratives disposées par l'administration et à côté desquelles on passe journellement sans en soupçonner l'existence. Au cours de ces longues flâneries, nous avons toujours cherché à faire revivre, dans notre imagination, la ville ancienne, à l'aide des débris, de jour en jour plus rares, qu'elle a laissés dans la ville moderne ; pour faciliter ce travail de reconstitution, nous nous sommes aidé des plans, des estampes et des gravures sur lesquelles nous avons pu mettre la main.
L'étude des mœurs et de la vie privée fut certes la portion la plus amusante de notre travail de recherches, mais aussi la plus longue
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et la plus difficile. Nous avons naturellement utilisé tout ce qui. dans les ouvrages modernes, pouvait sembler utile à notre sujet ; mais c'est surtout aux auteurs contemporains que nous nous sommes adressé de préférence. Les ouvrages qui, comme le Roman bourgeois, dépeignent la société bourgeoise, ont d'abord été mis à contribution par nous. Nous avons porté nos investigations sur les correspondances privées et particulièrement sur celle de Gui Patin, sur les comédies, les recueils de contes, les livres facétieux, les guides à l'usage des étrangers, les récits de voyageurs, etc. Un hasard heureux nous a permis récemment de mettre la. main sur de nombreuses notes manuscrites, réunies par M. le Dr Chereau, pour la composition d'un livre sur Gui Patin resté inédit ; ces notes nous ont été fort utiles pour compléter les notions que nous avions déjà acquises.
Les personnages sur lesquels nous enquêtions, n'ayant rien d'aristocratique, nous n'avons pas eu à nous occuper de la Cour ; nous n'avons rien emprunté à Dangeau. et presque rien à Saint- Simon, les démêles des ducs et pairs intéressant peu les étudiants en médecine. Par contre, notre sujet nous a amené à de bien mauvaises fréquentations; nous avons dû suivre Mathurin Piegnier, d'Esternod, Ch. Sorel, et nombre d'auteurs de pièces, de poésies et de chansons facétieuses, dans les milieux les moins édifiants. En compagnie du vénérable Paul Lacroix, masqué sous le pseudonyme de Pierre Dufour, nous avons visité ce que Paris offrait alors de moins recommandable.
Ces recherches sur les mœurs du passé n'ont pas laissé que d'être parfois fort ingrates. Que de livres nous avons lus, pour n'en rien tirer ou seulement quelques maigres renseignements.
Après ce travail de recherches qui nous a demandé plusieurs années, après avoir accumulé force fiches, il fallut mettre en valeur les biens aussi péniblement amassés. Ce ne fut pas, comme on le pense, chose des plus commodes. Voici le plan que nous avons adopté :
Dans l'introduction nous avons dépeint à grands traits l'évolution qu'avait subie 1 Université, décrit son organisation et montré quelle place y tenait la Faculté de Médecine. Nous avons ensuite cherché à savoir dans quelle classe de la société se recrutaient les étudiants en médecine et quelles études ils devaient faire, pour voir s'ouvrir devant eux les portes de la très salutaire Faculté.
La première partie de l'ouvrage traite de la vie médicale de l'étudiant. Après avoir décrit l'ancienne Faculté, le local qu'elle occupait, les fonctions de ses dignitaires, le mécanisme de son existence quotidienne, nous avons montré la série des examens et des épreuves que devait subir l'étudiant pour gagner ses différents grades et obtenir enfin le bonnet doctoral. Nous avons essayé, sous des couleurs vivantes, de reconstituer, aux yeux du lecteur, les solennités de l'Ecole.
Après l'enseignement théorique vient l'enseignement clinique, très peu développé à côté de ce qu'il est de nos jours, il existait cependant. Aux consultations gratuites, à l'hôpital, dans la clientèle de ses maîtres, l'étudiant apprenait tant bien que mal à connaître le malade. Nous n'avons pas voulu manquer cette occasion de dire quelques mots des services hospitaliers du vieil Hôtel-Dieu, et de la vie qu'y menaient les compagnons chirurgiens, précurseurs de nos internes et externes actuels.
Pour compléter cet exposé des études médicales, il était nécessaire que nous parlassions des cours du Collège royal et du Jardin des Plantes, en même temps que des bibliothèques publiques où les étudiants pouvaient perfectionner leur instruction.
Ce monde médical dans la vie duquel nous avons essayé de pénétrer était agité de querelles violentes, ayant pour causes des discussions scientifiques ou des questions professionnelles: nouveaux chapitres où nous montrons les origines de la science ancienne et ses heurts avec la science moderne, où nous racontons les combats que soutinrent nos docteurs contre les charlatans, les médecins étrangers à la Faculté, les chirurgiens et les apothicaires.
Après avoir réuni toutes ces données différentes, nous pouvions entreprendre de définir les caractères des médecins et de rechercher quelle étaitleur situation sociale. Nous avons fait défiler sous les yeux du lecteur les différents types qu'offrait alors la profession médicale : le médecin poète, le médecin bibliophile, le médecin savant et philosophe, le médecin de cour, etc. Nous avons insisté tout particulièrement sur le haut renom dont jouissaitla Faculté de Paris, sur les opinions politiques et philosophiques de ses membres et sur leurs qualités morales et professionnelles, suppléant en quelque sorte à l'insuffisance, pour ne pas dire la nullité de leur science.
Nous avons terminé ce chapitre, en disant quelques mots sur ce que nous pensions des attaques contre les médecins, auxquelles se sont livrés les littérateurs, en général, et Molière enparticulier.
Ce que nous venons de faire pour les docteurs, il fallait le faire pour les étudiants.. Nous avons essayé de montrer au lecteur quels étaient les éléments qui composaient alors la jeunesse du Quartier Latin séculiers des différentes Facultés, clercs de procureurs, compagnons chirurgiens, élèves des académies de manège, etc. Enfin d'après les quelques renseignements et exemples fournis parles contemporains, nous avons tenté de reconstituer la physionomie de l'étudiant en médecine.
La seconde partie de notre travail traite des mœurs et de la vie privée des étudiants ainsi que de la société qu'ils fréquentaient.
Après une assez longue description de Paris au XVIIe siècle, au cours de laquelle nous avons plus particulièrement insisté sur le quartier de l'Université, nous avons commencé à décrire la vie journalière des étudiants, les prenant au réveil dans leur logement, et les accompagnant dans leur existence quotidienne jusqu'à la fin de la journée ; les laissant, durant la matinée, à leurs occupations médicales, que nous connaissions déjà, nous avons profité de l'occasion, qui s'offrait à nous, pour faire une petite promenade dans les rues de Paris, au milieu del'animation dumatin; les reprenante midi, l'heure dudîner, nous les avons fidèlement suivis dans les hôtels où ils prenaient leurs repas « ajuste prix », puis aux jeux de boules, aux jeux de paume, àla salle d'armes, enfin au Palais etau cours la Reine, lieux des flâneries quotidiennes des Parisiens du temps jadis.
Après les journées ordinaires viennent les jours de fêtes et de plaisirs. Prenant une troupe d'étudiants en liesse, nous les avons accompagnés à travers toutes les péripéties d'une journée de folie, telle qu'on pouvait en vivre au XVIIe siècle : festin pantagruélique à la Pomme de pin, représentation à la Comédie, promenade àla Foire Saint-Germain, course nocturne à travers les cabarets et les bouges de la Grand' Ville. Pour compléter cette partie de notre travail, nous avons ajouté divers renseignements sur les fêtes ordinaires et extraordinaires de la Ville et de l'Université, sur les parties de campagne, les vacances, la pension paternelle et la manière dont elle était servie, les prodigalités des écoliers et leurs suites.
Pour achever ce tableau des mœurs de nos étudiants, il était nécessaire de parler de la société bourgeoise dont ils faisaient partie. Nous avons successivement rendu visite aux divers éléments de cette société, essayant de les faire vivre aux yeux du lecteur : noblesse de robe, réunions ou académies bourgeoises, promeneurs des Tuileries et du Luxembourg, commerçants de la rue Saint-Denis. Pour terminer la description de cette société, il était indispensable de la montrer, durant ses plaisirs, pendant les fêtes et les bals du Carnaval par exemple ; enfin nous avons essayé de déterminer ce qu'étaient les femmes de la bourgeoisie, parmi lesquelles nos étudiants devaient trouver leurs compagnes. Cette dernière partie, nous mène naturellement à la conclusion de notre travail, au mariage qui fait rentrer l'ex-étudiant dans la catégorie des gens rangés et sérieux à laquelle appartenaient les graves docteurs de l'antique Faculté.
Dans la seconde partie de cet ouvrage, nous sommes fréquemment passé du mode didactique, à la tournure narrative et même anecdotique, mettant les personnages en scène, les faisant agir et parler suivant leurs caractères et leurs situations ; bien plus, nous nous sommes permis à diverses reprises d'introduire dans notre récit des personnages empruntés à différents ouvrages, comme le Roman bourgeois, de Furetière, ou la Comédie de la rue Saint-Denis, de Champrneslé, pensant, non sans raison, que nous ne pouvions pré-' tendre être mieux documenté, que ne l'étaient ces auteurs sur leurs propres contemporains.
Dans bien des cas, nous n'avons pas hésité à employer le ton de la plaisanterie pour parler de certains sujets ; la variété dans le style était en effet nécessitée parla variété des choses traitées ; nous ne pouvions parler des «beuveries» de la Pomme de pin etde l'existence des dames du Marais et autres lieux, avec la même gravité dont nous avons usé en racontant les découvertes d'Aselli, de Pecquet et d'Harvey. Si c'est un tort, nous faisons humblement notre meaculpa, rejetant la faute sur notre naturel.
Autre argument ne peut mon cœur élire, etc.
« De tous les livres difficiles à faire, disait Jules Janin, il est convenu qu'un livre de bibliographie est plus que tous les autres rempli de périls de toutes sortes. Chaque partie du discours appartient à quelque savant qui n'a jamais appris que cela, lisant peu, mais lisant en conscience (multum nonmulta) ; si bien qu'à chaque instant, à chaque page, à tout propos, vous rencontrez un censeur nouveau, frais émoulu, qui démontre, inévitablement, qu'ici même, à cette place, à tel nom propre, irrévocablement, vous vous êtes trompé. »
Bien qu'il ne s'agisse pas ici de bibliographie, cette citation peut s'appliquer à notre travail ; en effet, grâce à la multiplicité et à la variété des matières traitées, nous nous sommes exposé à d'innombrables critiques, pouvant se renouveler à tout instant. Pour éviter, dans la mesure du possible, cet inconvénient, nous nous sommes attaché à indiquer scrupuleusement nos sources. Si nous nous sommes trompé, on pourra, de cette façon, toujours savoir en compagnie de quel auteur nous avons fait erreur.
C'est ici l'instant d'expliquer, quelle méthode bibliographique nous avons employée au cours de ce travail. Nous avions eu un instant l'idée de placer un index à la fin du volume, mais le grand nombre et la variété des ouvrages cités nous ont fait renoncer à ce projet. Nous avons préféré employer la méthode, plus simple et plus primitive, qui consiste à renvoyer en note au bas de la page la justification bibliographique de chacune de nos assertions. Nous avons eu également le soin d'indiquer l'édition, le tome et la page de tous les ouvrages cités, ayant suffisamment maudit, au cours de nos recherches, les auteurs qui avaient négligé cette précaution.
Nous avons de même apporté tous nos soins au choix des éditions, employant les plus correctes ou les plus faciles à rencontrer ; c'est ainsi que, pour les lettres de Guiy Patin, nous avons fait usage de l'édition Réveille-Parise (Baillière, 1846, 3 v. in-8) ; elle est mauvaise et incomplète ; mais elle a le mérite de ne pas être rare et possède un index alphabétique; d'ailleurss les éditions anciennes sont tout aussi détestables et de plus, difficiles à trouver; on attend encore une édition présentable, correcte et complète des lettres de l'illustre médecin.
Lorsqu'il s'est agi d'ouvrages très répandus, comme les Comédies de Molière par exemple, nous nous sommes borné à citer le nom de la pièce, l'acte et la scène.
On remarquera que dans le cours de ce travail, nous n'avons pas hésité à prendre la défense de l'ancienne Faculté ; en effet, beaucoup d'auteurs se sont ingéniés à la tourner en dérision, bien heureux quand ils n'injuriaient pas ses membres. Nous nous sommes, chaque fois que nous en avons eu l'occasion, élevé contre cette injustice ; certes un certain nombre des médecins de la Faculté avaient des idées scientifiques très arriérées, mais il y eut parmi eux des hommes fort remarquables, jouissant de la considération universelle ; enfin la solidarité et la moralité professionnelles, qui régnaient dans l'ancienne école est véritablement digne d'admiration.
Nous avons apprécié, avec le même esprit, les luttes soutenues par la Faculté contre Théophraste Renaudot ; depuis le revirement qui s'est opéré en faveur du fondateur de la Gazette de France, on est tenté de croire que tous ceux qui ont osé lui résister étaient des misérables indignes de toute pitié ; il faut être un peu plus impartial.
En combattant Renaudot, la Faculté usait du plus légitime des droits, celui de défendre son existence. La valeur médicale de son ennemi est des plus contestables ; on ne peut guère lui faire une gloire d'avoir soutenu les apothicaires dont le charlatanisme était universellement avéré ; on le représente comme le défenseur de la science libre contre la science officielle ; nous ferons remarquer que le fait d'être officiel, n'est en soi-même, ni criminel, ni condamnable, et que s'il y a un personnage officiel dans cette affaire, c'estbien Théophraste Renaudot, qui était un agent du pouvoir royal, travaillant à la destruction de la Faculté, institution privée et indépendante représentant, à sa manière, la science libre. Nous ajouterons même qu'il faut en rabattre sur les éloges excessifs que l'on a décernés à Renaudot ; ses mobiles n'étaient pas très désintéressés ; il nous paraît surtout avoir été ambitieux et désireux de faire fortune; il n'a pas inventé la philanthropie ; beaucoup de ses contemporains, sous le point de vue delà bienfaisance et de la charité, nous paraissent avoir été plus méritants que lui.
Nous avons également combattu la tendance qu'ont certaines gens à dénigrer, sans trêve ni merci, les choses du passé. Certes l'ancien régime présentait, à sa fin surtout, bien des vices et bien des tares, qui ont du reste amené sa chute ; mais il ne faut pas cependant oublier, que ce régime est une glorieuse histoire, qu'il a répondu, dans sa période de prospérité, aux aspirations de tous, qu'il a fait la grandeur et la puissance de notre pays et qu'enfin sa chute n'a pas fait disparaître tous les maux, ni engendré toutes les vertus. C'est une singulière méthode, que de traiter en bloc d'imbéciles et de scélérats tous les gens d'autrefois ; ces déclamations sont au moins déplacées, car, en somme, nous passerons un jour à l'état d'anciens et comme notre époque n'a rien de particulièrement glorieux, les gens de l'avenir seront autorisés à nous traiter avec la même désinvolture.
Nous ne cacherons pas un seul instant, que nous n'avons, dans notre travail, rien découvert de nouveau, il n'y a pour ainsi dire dans ce que nous avançons aucun fait qui soit véritablement inédit ; bien plus, on pourra nous reprocher d'avoir, à certains moments, reproduit ce qui se trouve un peu partout; nous n'avons jamais eu la présomption d'apprendre quoi que ce soit aux savants.
Nous ne saurions mieux exprimer la pensée qui nous a guidé, qu'en nous adaptant cette phrase de Tenant de Latour : « Nous ne faisons de l'histoire, ni pour les historiens de profession, ni même pour les curieux d'une certaine force, mais pour quelqu'un qui en sait à peu près autant que nous, pour des lecteurs disposés à l'indulgence, parce qu'ils en savent un peu moins. » C'est pour ces derniers surtout, que nous avons entrepris de grouper en un seul tableau des notions, qui se trouvent ordinairement disséminées dans de nombreux ouvrages différents; notre plus grand désir serait d'avoir réussi, pour notre faible part, à contribuer à répandre le goût des choses passées et le respect, sinon le culte, de la tradition.
Nous ignorons quel sera le résultat de nos efforts, ni le sort de ce travail, qui nous a coûté beaucoup de temps, de labeur et même d'argent; quoi qu'il en soit, nous avons pris un tel plaisir en l'exécutant que nous sommes dès maintenant et au delà payé de notre peine (1).
(1) Pendant que nous étions en train de terminer notre travail, un de nos anciens camarades, le Dr Le Maguet, soutenait sa thèse intitulée : Le monde médical parisien sous le grand roi; nous avons un instant craint que notre thèse ne fasse double emploi avec la sienne. Fort heureusement et par le plus grand des hasards, il n'en est rien. Sans qu'il y eût la moindre entente entre nous, M. Le Maguet s'est particulièrement étendu sur différents points que nous avions laissés au second plan. Sa thèse, fort bien faite et très intéressante, met tout spécialement en lumière les doctrines et les théories médicales dutemps, elledonnede nombreux et curieux détails sur la chirurgie, l'art des accouchements et la pharmaceutique, que ne comportait pas le sujet que nous avions choisi. Enfin l'étude qui la termine, sur Vallant, médecin de Mœe de Sablé, fournit de nouveaux renseignements sur ces médecins de F. 2
Bien qu'à tort ou à raison, nous ayons exécuté, pour ainsi dire, seul notre travail, nous nous plaisons à reconnaître l'excellent accueil que nous ont fait les différentes personnes auxquels nous nous sommes adressé. Nous devons nous acquitter de cette dette de reconnaissance envers M. le Dr Dureau, bibliothécaire de l'Académie de médecine, et surtout envers notre président de Thèse, M. le professeur Brouardel qui, avec la bienveillance qu'il nous a toujours témoignée, a bien voulu nous aider, dans nos recherches, de ses conseils et de son influence. Enfin, nous devons encore adresser nos remerciements à notre éditeur, M. Steinheil, dont la compétence nous a été des plus utiles dans une besogne toujours très difficile pour un débutant.
grands seigneurs dont nous avons également parlé. Nous avons eu la satisfaction de voir M. Le Maguet aboutir, sur bien des points, aux mêmes conclusions que nous. En résumé, nous pensons que ces deux tbèses, loin de se nuire, peuvent contribuer à donner un tableau, plus complet des médecins et du monde médical du XVIIe siècle.
Introduction
L'UNIVERSITÉ. — LES ETUDES PREPARATOIRES
CHAPITRE PREMIER L'Université
Evolution persistante des esprits qui, sous la Renaissance, tend à séparer nettement en France la société civile de la société religieuse. — L'Université subit cette évolution. — Coup d'œil sur son histoire. — Ses origines. — Sa grandeur pendant le Moyen âge. — Ses rêves de domination universelle. — Accroissement du pouvoir royal aux dépens de celui de l'Université. — Tendances révolutionnaires de certains de ses membres. — Sa ruine sous les guerres civiles de la fin du XVIe siècle. — Sa soumission définitive au pouvoir royal . — Composition de l'Université. — Les quatre Facultés. — Le Recteur, son élection, ses droits, ses privilèges. — Autres officiers de l'Université. — Toute-puissance de la Faculté des Arts, jalousies et hostilités des autres Facultés. — Revue de l'Université : la procession du Recteur .
Lorsque l'on étudie l'évolution de la société en France, depuis la fin du XVe siècle jusqu'à nos jours, on s'aperçoit qu'un fait domine tout et résume les efforts accomplis aux différentes époques : c'est l'émancipation de la société laïque et la rupture lente et progressive des liens qui la rattachaient au clergé et à la religion (1).
Ce que Philippe le Bel avait tenté de faire au profit du pouvoir royal en ressuscitant le droit romain fut renouvelé par la Renaissance pour l'ensemble de la société, et cette fois avec succès.
Cette évolution, qui avait atteint toutes les institutions du pays, n'avait pas épargné l'Université.
En effet, celle-ci représentait, symbolisait, si l'on peut s'exprimer ainsi, l'ancien ordre de choses qui, de jour en jour, allait disparaissant.
(1) Sans insister sur ce fait bien connu, nous ferons remarquer que cette séparation entre la société civile et la société religieuse est ce qui distingue les nations européennes des peuples musulmans en général. Cbez ces derniers le Coran, ou, pour être plus exact, le Chéri ou Cherlat représente à la fois la loi civile et la loi religieuse. La Russie offre un peu un état intermédiaire entre ces deux constitutions différentes.
Pour bien comprendre la nature et l'importance de cette évolution imposée en quelque sorte par les événements à l'Université, il faut se reporter en arrière et considérer sonrôle et sa situation pendant tout le Moyen âge.
Issue des écoles du Parvis Notre-Dame, l'Université tirait son origine du clergé, et du pouvoir pontifical. Jusqu'au milieu du XVe siècle, tous ses membres des différents grades sont désignés sous le nom de clercs, mot qui indiquée la fois leur instruction ressortant sur l'ignorance générale et leur caractère religieux. Jusqu'à la réforme du cardinal d'Estouteville en 1452, le célibat était imposé aux médecins, comme aux autres membres du clergé.
L'Université a été pendant longtemps le principal, sinon le seul centre intellectuel de la chrétienté ; son influence s'étendait sur le monde entier, et, jusqu'à sa chute en 1790, elle donnait, dans ses diplômes, le droit d'enseigner et de pratiquer urbi et orbi (1).
C'était un privilège dont elle était fière à juste titre ; les plus célèbres docteurs de l'Église catholique étaient sortis de son sein.
Protégée par tous les rois depuis Philippe-Auguste, elle avait obtenu des privilèges sans nombre. Exempte de tout impôt, n'étant justiciable que d'elle-même, jouissant des droits royaux sur toute la portion de Paris située sur la rive gauche de la Seine et qu'on désignait pour cela sous le nom d'Université (2), ayant de gros revenus, cette fille aînée des rois de France, comme elle s'appelait elle-même, fut rapidement un enfant terrible, bravant le pouvoir royal en toute circonstance, le traitant d'égal à égal, à moins qu'elle ne s'en servît comme appui, dans ses rivalités avec le pouvoir pontifical.
En effet, l'Université, qui prétendait ne relever que du Saint-Siège et qui dans toutes les solennités ou dans les conciles marchait de pair avec les princes de l'Église, trouva bientôt cette soumission vis-à-vis de Rome, trop pesante, et commença à manifester ses velléités d'indépendance.
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