Read here

Les enseignements du Chemin de la Croix : trente-et-une méthodes pour parcourir avec fruit les stations de la voie douloureuse

Charles Louis Laurent Bronchain · 1875 · Scanned text

88,837 words · about 6 h 13 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Scanned text — may contain errors · view original scans

Licence: PD · PD-US by publication date

Text from Internet Archive, read from page scans by OCR and set out for reading on screen; no words of the book are rewritten or summarized. How RedLectern is built

About this book

Author
Charles Louis Laurent Bronchain
Language
French
Published
1875
Length
88,837 words · about 6 h 13 min
Sections
11 reader sections
Text
Scanned text, read from page scans by OCR; may contain errors
Rights
Public domain · PD-US by publication date

 

Contents (11)

Continue:

Front matter

FABRE & GRAVEL,

Libraires,

$w iw=A

Introduction

La dévotion au Chemin de la Croix est un puissant moyen de sanctification pour les âmes. Le Sauveur nous y instruit non-seulement par I des paroles, mais encore par l’exemple des vertus les plus difficiles, des vertus pratiquées dans la souffrance. Il nous y instruit : nous trouvons 1 en effet dans le Chemin de la Croix une image frappante de notre vio. rîous avançons tous vers un calvaire plus ou moins éloigné ; à notre première station, on nous condamne à mort;1 à notre dernière, on nous met au sépulcre. Entre ces deux termes, que d’épreuves, que de luttes, que de souffrances, et aussi hélas! que de chutes! ce sont les stations intermédiaires de notre voyage. Celles du Sauveur nous apprennent comment nous devons nous conduire dans

INTRODUCTION.

les nôtres, c’est-à-dire, comment nous devons vaincre dans nos combats, avec quel courage nous devons supporter nos douleurs et nous relever de nos fautes. Et cet enseignement est d’autant plus efficace qu’il est plus persuasif. Quoi de plus entraînant que les exemples d’un Dieu? Quoi de plus émouvant que ses souffrances? Son silence nous parle, sa patience nous confond, ses plaies nous attendrissent, sa charité nous enflamme et nous ravit. Plus nous contemplons ce Dieu Rédempteur, dans les tourments de sa passion , plus les austères maximes de l’Evangile nous paraissent praticables et faciles.

Persuadés de ces vérités, les saints qui connurent la dévotion au Chemin de la Croix s’y affectionnèrent avec zèle. Saint Léonard de Port- Maurice, non content de la pratiquer lui-même, la propagea de tout son pouvoir. Saint Alphonse Marie de Liguori la ‘recommandait instamment, et, jusque dans la plus extrême vieillesse, il parcourut chaque jour les stations de la voie douloureuse. Les souverains Pontifes accordèrent à cette dévotion toutes les indulgences attachées à la visite des Lieux-Saints.1

INTRODUCTION.

Pour faciliter l’exercice du Chemin de la Croix et le rendre en même temps plus profitable aux âmes, nous leur offrons ce modeste recueil divisé en trois Séries, correspondant aux trois voies de la perfection.

Les fidèles qui travaillent à se purifier de leurs péchés et de leurs inclinations vicieuses, trouveront dans la Série première des sujets correspondant à leurs besoins.

Ceux qui s’efforçent par la considération des vertus d’avancer dans les voies de la sainteté, se serviront utilement des méthodes de la seconde Série.

Enfin, les âmes qui aspirent à Yunion divine rencontreront dans la Série troisième, des échelons spirituels pour s’élever graduellement vers les perfections de Dieu.

Le mode de considérations adopté dans ces méthodes n’est pas contraire aux conditions requises pour gagner les indulgences, puisque l’exposé et la prière^ui suit font toujours allusion au sujet particulier de chaque station. Il sera bon toutefois de bien saisir l’objet du mystère, avant de passer à l’application que nous en faisons.

Peut-être trouvera-t-on cette application fort arbitraire, par cela seul qu’elle est très-variée.

INTRODUCTION.

Mais si Ton considère que la passion du Rédempteur contient et les remèdes à nos maux et les moyens de sanctification pour nos âmes, on restera convaincu que ce mode d’application, tout en favorisant la piété, ne blesse nullement la vérité du mystère.

Le Sauveur en effet, dans les souffrances de sa passion, s’est fait le médecin , le maître et l'époux de nos âmes . Comme médecin, il nous donne des remèdes contre le péché; comme maître, il nous enseigne les vertus à pratiquer ; comme époux, il nous attire à lui pour nous communiquer ses biens ineffables.

Les trois Séries de méthodes que nous donnons dans ce recueil correspondent ,à ces trois grandes qualités du Rédempteur souffrant.

Jésus, médecin spirituel, nous donne des remèdes contre le péché mortel et le péché véniel ; il nous prémunit contre les terreurs de la mort, du jugement, de Y enfer, en nous rendant la vie de la grâce et en nous fournissant les moyens de la conserver, durant les jours de notre pèlerinage ici-bas . Il nous aide enfin dans les angoisses de notre dernière maladie et nous mérite les meilleures dispositions pour mourir saintement.

Jésus , maître par excellence à l’école de la sainteté, nous enseigne pendant sa passion, par

INTRODUCTION.

il sa conduite et ses tourments, toutes les vertus que nous devons pratiquer pour être parfaits : r humilité, Yoraison, la confiance , Yobéissance, la chasteté , la patience , la charité, les vertus théologales et cardinales, les dons et les fruits du Saint- Esprit, les béatitudes, et les conseils évangéliques .

Enün, le Rédempteur, époux des âmes fidèles, fait monter graduellement jusqu’à son sacré Cœur celles qu’il- destine à l’union la plus parfaite avec sa Divinité. Il leur inspire à cette fin, avec la pratique des vertus, certaines dévotions fondamentales qui nourrissent leur piété, enflamment leur ardeur, les font aspirer et même les conduisent peu à peu à l’union divine. Telles sont les dévotions à Saint Joseph, Père nourricier du Sauveur, à la bienheureuse Vierge Marie, Mère de douleur, dispensatrice des grâces, modèle de toutes les vertus. Tels sont encore et surtout les rapports qiu nous entretenons avec l’Humanité sacrée du Sauveur, dans son enfance, sa passion, V eucharistie, son dimn Cœur, centre de tout bien, foyer de l’amour céleste. Après le Cœur adorable de Jésus, il ne reste plus que le ciel et la Vision béatifique pour consommer notre union avec Dieu.

Tel est le plan de ce modeste recueil, que nous offrons à la piété des fidèles pour la gloire de

INTRODUCTION.

Dieu et pour l’amour de Jésus, Marie, Joseph, Alphonse. Ainsi soit-il.

N. B. Les indulgences attachées à l’exercice du Chemin de la Croix sont applicables aux âmes du Purgatoire. Les seules conditions essentielles pour les gagner sont les suivantes :

1° Parcourir sans interruption toute la voie douloureuse, en allant d’une station à Vautre selon que le permettent les circonstances.

2° Méditer , quoique brièvement, sur les mystères représentés par les 14 Stations. Les personnes- incapables de le faire selon l’ordre des stations, peuvent gagner les indulgences en pensant à la Passion en général.

On conseille aux personnes qui portent le scapulaire de l’Immaculée-Conception de réciter, après le Chemin de la Croix, six Pater , Ave et Gloria, aux intentions du Souverain Pontife. Elles gagneront par là toutes les indulgences des sept Basiliques de Rome, de la Portioncule, de Jérusalem, et de saint Jacques de Compostelle; ces indulgences sont applicables aux âmes du purgatoire.

Les fidèles savent qu’on gagne ces indulgences chaque fois qu’on récite ces six Pater, Ave et Gloria, en un lieu quelconque, et qu’il n’est pas requis de les réciter à genoux, ou d’y ajouter d'autres prières.

LES ENSEIGNEMENTS

DD

CHEMIN DE LA CROIX.

PREMIÈRE SÉRIE.

VÉRITÉS QUI PURIFIENT

LES AMES EN LES ÉLOIGNANT DU PÉCHÉ.

I. Le Péché Morte L.*

Préparation. — Ave Maria. Acte de contrition.

Intentions. — Pour gloriGer Dieu et pour accomplir son adorable volonté; pour obtenir l’horreur du péché mortel; pour les pécheurs obstinés, surtout les moribonds. Les indulgences seront appliquées aux âmes du purgatoire qui

(*) Le titre de chaque méthode indique d’une manière générale le sujet que nous faisons ressortir, en appliquant les divers mystères à nos besoins spirituels.

PREMIÈRE SÉRIE.

ont en sur îa terre le plus d'horreur des fautes graves.

STATION.

JÉSUS EST CONDAMNÉ A MORT.

Nous vous adorons, ô Jésus, et nous vous bénissons !

Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte Croix.

On condamne Jésus à mourir I Le péché seul en est la cause : Il introduisit la mort dans le monde.* Depuis ce temps, la mort ravage toutes les générations humaines : quatre-vingt à cent mille victimes tombent, chaque jour, sous ses coups; le Dieu Sauveur lui-même n’est pas épargné!... Per unum hominem peccatum in hune mundum intravit, ei per peccatum mors.1

O aimable Rédempteur! faites-moi comprendre la violence de ce poison qu’on nomme le pécfié. Depuis six mille ans, il porte la mort partout. La terre est devenue comme un vaste cimetière où l’on ne cesse d’enterrer des victimes, des

I. LE PÉCHÉ MORTEL.

victimes de la mort et du péché! O Dieu Rédempteur ! vous-même n’échappez pas & la sentence qui nous frappe : vous vous êtes chargé de nos fautes; et, pour ce motif, un arrêt de mort vous condamne avec nous!... O Jésus! préservez-moi du malheur de vous offenser jamais par le péché mortel. Ainsi soit-il! ' — Pater, Ave, Gloria. Mon Jésus, miséricorde ! (i 00 jours d'indulgence chaque fois.)

IIe STATION.

JÉSUS EST CHARGÉ DE LA CROIX.

Nous vous adorons, etc.

Le péché met la croix sur les épaules du Sauveur! Il impose la souffrance à l’humanité tout entière. Que de maux sur la terre, depuis la chute primitive! guerres, famines, maladies, fléaux de tous genres. Les royaumes, les villes, les familles, les individus, tout subit les conséquences de cette première chute, depuis soixante siècles ! Oppressiones, famés, et contritio, et flagella!*

Mon Sauveur, chargé de la croix ! que de maux me sont venus de la source empoisonnée i 6

PREMIÈRE SÉRIE.

du péché ! souffrances au dehors, combats au dedans, ténèbres dans l’esprit, faiblesse dans la volonté, malice dans le cœur, concupiscence dans la chair, voilà, pour moi et pour tous, le triste héritage de la faute d’Adam ! Ah ! par le mérite de votre croix accablante, réparez en moi des ravages si funestes. Ainsi soit-il ! — - Pater , etc.

IIIe STATION.

JÉSUS TOMBE POUR LA PREMIÈRE FOIS.

Nous vous adorons, etc.

Jésus tombe pour terrasser notre orgueil . Ce vice a causé tous les maux : il précipita dans les abîmes des millions d’Anges rebelles; il ruina notre premier père et toute sa race avec lui. Quoniam initium omnis peccati est superbia .*

O très-humble Jésus ! votre chute confond mon orgueil. N’ai-je pas d’ailleurs tous les motifs de m’humilier? Je devrais me placer même au-dessous de Lucifer. Il n’a péché qu’une fois contre son Créateur; et j’ai tant de fois outragé mon Sauveur! Il n’avait vu, quand il se révoltait, aucun exemple de la justice divine; tandis que moi, en péchant, je connaissais les foudres

T. LE PÉCHÉ MORTEL.

de la vengeance céleste ! Il s’obstine dans sa haine contre un Dieu qui le réprouve; et moi, je fuis un Dieu qui me recherche jusqu’à tomber épuisé sur un chemin de douleurs!... O Jésus souffrant et humilié, délivrez-moi de l’orgueil et du péché mortel. Ainsi soit-il ! — Pater , etc .

IVe STATION.

JÉSUS RENCONTRE SA MÈRE AFFLIGÉE.

Nous vous adorons, etc.

Oh ! que le péché est un monstre cruel ! Une pensée d’orgueil a ruiné des millions d’Anges; une désobéissance a rempli la terre de maux ! Ces vérités vôus étonnent ? voici un mystère plus profond : Un Dieu qu'on traîne à la mort! une Mère de Dieu qui l’accompagne! Quisesthomo qui non fier et?1 .

O Dieu Rédempteur! quel crime avez-vous commis?... Hélas! c’est, mon péché qui vous traîne au Calvaire ! Quoi ! l’innocent meurt à cause du criminel! que deviendrai-je, moi le vrai coupable, si je ne fais pénitence? O Mère de miséricorde! vous accompagnez Jésus; considérez sa croix, ses plaies et son sang ; si vous

(1) Offi. eccl. Stabat. ch. ». L. CR.

PREMIÈRE SÉRIE.

désirez soulager votre Fils, puriflez-moi de mes péchés, seule cause de ses souffrances ; ne permettez jamais que je recommence à vous offen» ser, vous, ma Mère, et Jésus mon Sauveur. Ainsi soit-il! — Pater, etc.

Ve STATION.

JÉSUS REÇOIT l’aide DU CYRÉNÉEN POUR PORTER SA CROIX.

Nous vous adorons, etc.

Dieu veut que nous aidions le Rédempteur, comme d’autres Cyrénéens; mais comment l’aiderons-nous? En détruisant le péché dans nos âmes . Le péché est le seul obstacle aux effets de son sang répandu pour nous. Redit semetipsum pro nobis ut nos redimeret ab omni iniquitate .*

O mon Sauveur ! comment détruirai-je le péché dans mon âme? c’est en portant la croix avec vous. La croix, ce sont les peines que vous m’envoyez et celles que je m’impose moi-même pour me vaincre et pour triompher des tentations. Si je ne porte cette croix à votre suite, je ne serai jamais digne de vous. Accordez-moi la force et la constance pour résister au monde,

I. LE PÉCHÉ MORTEL. 19

à la chair et au démon, afin de ne pas vous offenser. Ainsi soit-il. — Pater, etc.

VIe STATION.

JÉSUS IMPRIME SA FACE SUR UN LINGE.

Nous vous adorons, etc.

La face du Sauveur est défigurée par les blessures et le sang, tels sont les effets du péché ! Quels ravages il cause dans une âme ! Il lui ôte la ressemblance avec Dieu, pour la rendre semblable au démon. Le Saint-Esprit la quitte avec horreur. Comme le corps meurt, quand l’âme en est chassée, ainsi meurt notre âme quand Dieu en est banni.1 Ce n’est donc plus qu’un cadavre d’âme, sans vie ni beauté ! Gravius fœtet sepulchris .2

O mon Rédempteur! éloignez à* jamais de moi la lèpre du péché. Elle y détruirait la grâce qui me rend semblable à vous; elle répandrait dans mon cœur l’infection des sépulcres. Vous avez imprimé votre face sur un linge; imprimez dans mon esprit le souvenir de vos douleurs, afin que je ne vous offense plus. Ainsi soit-il ! — Paler, etc.

(2) fe. Àmbr.

PREMIÈRE SÉRIE.

VIIe STATION.

JÉSUS TOMBE POUR LA DEUXIÈME FOIS.

Nous vous adorons, etc.

Quel malheur pour une âme de tomber dans le péché mortel! Privée de la grâce, elle n’a plus ni paix ni mérite . L’inquiétude l’agite, le chagrin la ronge, le remords la tourmente jour et nuit, déjà 1* enfer lui prépare ses supplices, et le ciel attristé lui retire ses couronnes et lui ferme ses parvis ! Obstupescite, cœli, super hoc, et portœ ejus, desolamini vehementer.1

O Jésus, Vertu du Père éternel ! vous qui portez l’univers par votre parole toute-puissante ! comment êtes-vous devenu si faible, que vous succombiez sous le fardeau de la croix? Mais que dis-je ? ce n’est pas la croix qui vous écrase, ce sont nos péchés, c’est la perte des âmes qui se damnent éternellement, à cause des offenses commises contre vous ! O Jésus ! par votre seconde chute, préservez-moi du péché mortel. Ainsi soit-il ! — Pater, etc.

I. LE PFXHÉ MORTEL.

Ville STATION.

JÉSUS PARLE AUX FEMMES QUI PLEURENT.

Nous vous adorons, etc.

Ne pleurez pas «sur mes .souffrances, dit Jésus à la foule, mais sur vos péchés. Hélas ! qui pourrait pleurer autre chose? Les trônes du ciel laissés vides, le 'paradis terrestre devenu désert, le genre humain presque éteint au déluge, les calamités inondant la terre depuis soixante siècles, voilà les effets du péché ! Pour les comprendre mieux, il faut descendre en enfer ; bien plus, il faut suivre Jésus au Calvaire et voir mourir un Dieu ! Un Dieu mourant, telle est la mesure de la malice du péché !...

O sagesse adorable ! vous dites bien : Ne pleurez pas sur la souffrance, mais sur le péché. Après avoir compris quelque peu ce mal incompréhensible, que ne puis-je répandre d’intarissables larmes, en implorant mon pardon! O Mère de miséricorde ! ne pleurez pas sur Jésus, mais sur mon âme ingrate et rebelle, aGn qu’elle retourne à Dieu. Ainsi soit-il ! — Pater, etc.

PREMIÈRE SÉRIE.

IXe STATION.

JÉSUS TOMBE POUR LA TROISIÈME FOIS.

Nous vous adorons, etc.

Jésus tombe 1 ce qui l’accable, c’est la pensée du tort que le péché fait à Dieu : il lui ravit sa gloire, il tend même à lui enlever l’existence ! Oui, si Dieu n’était étçrnel, il mourrait de tristesse à cause d’un seul péché. Le péché mortel est donc un mal infini, puisque sa malice cherche à détruire Dieu ! Infinitum malum.1 Quantum in se est , Deum périrait ,2

O mon Rédempteur épuisé! ce n’est pas la croix qui vous force à tomber, mais la malice de mon âme si souvent révoltée. Hélas ! qu’ai-je fait ? j’ai osé outrager en face mon Créateur ! j’ai essayé d’anéantir l’Inlini ! . . . O Jésus! par votre troisième chute, préservez-moi du péché mortel. Rendez-moi victorieux du monde, de l’enfer et de mes passions. Ainsi soit-il I — Pater, etc.

I. LE PÉCHÉ MORTEL.

Xe STATION.

JÉSUS EST DÉPOUILLÉ DE SES VÊTEMENT*.

Nous vous adorons, etc.

On dépouille Jésus I... Le pécheur, en offensant Dieu , le dépouille en quelque sorte de sa sagesse, de sa sainteté, de sa justice, de son immensité, puisqu’il agit comme si ces attributs divins n’existaient pas. Il se sert des bienfaits de Dieu pour l’outrager en face; que dis-je? il emploie même à cette horrible fin la Toute- Puissance divine qui lui conserve la vie et le mouvement! Servire me fecisli in peccatis luis.x

O richesse infinie ! mon Sauveur dépouillé ! comment ai-je eu la hardiesse de m’attaquer à vos adorables perfections? comment ai-je osé abuser de vos bienfaits, pour me tourner contre vous? Vous m’avez doué d’intelligence et de volonté, comblé de biens sans nombre, et je vous ai payé d’ingratitude ! Ah ! pardonnez-moi ; et par le mérite de votre douloureux dépouillement, détachez-moi des créatures et de moi-même, afin que je ne vous offense plus. Ainsi soit-il ! — Pater , etc.

PREMIÈRE SÉRIE.

XP STATION.

JÉSUS EST CLOUÉ SUR LA CROIX.

Nous vous adorons, etc.

On enfonce des clous dans les pieds et dans les mains du Sauveur!... Ainsi fait l’âme pécheresse, en offensant son Dieu : elle le crucifie de nouveau dans son cœur! Rursum crucifigentes sibimetipsis Filium Dei .4

O Jésus! que m’avez-vous fait pour être traité par moi si cruellement? N’est-ce pas assez de votre crucifiement sur le Calvaire? Faut-il que ma malice, plus impitoyable que vos bourreaux, renouvelle vos plaies? Faut-il que mes pensées, mes désirs, mes volontés rebelles deviennent autant de clous, de poignards aigus qui transpercent vos membres et surtout votre cœur? O mon Dieu ! attachez mon âme à vos pieds, et ne permettez pas que je vous crucifie de nouveau, par mes ingratitudes et mes révoltes contre vous. Ainsi soit-il ! — Pater , etc.

I. LE PÉCHÉ MORTEL.

XIIe STATION.

JÉSUS MEURT SUR LA CROIX.

Nous vous adorons, etc.

Jésus meurt crucifié!... Si vous demandez aux bourreaux la raison de leur déicide, ils en rejetteront la faute sur Pilate; celui-ci en accusera les Juifs, et ces derniers dénonceront Judas comme le grand coupable. Interrogez ce traître, il vous dira : Le démon m’a poussé à ce forfait. Satan lui-même refuse la responsabilité d’un tel crime, et il en accuse les pécheurs !...

O Justice de mon Dieu qui ne trompez personne ! dites-moi pourquoi vous avez # frappé Jésus?... La Justice répond : Propter scelus populi mei percussi eum :l Je l’ai frappé à cause de ton péché!... O ciel! ce n’est ni Pilate, ni Judas, ni les Juifs, ni les bourreaux, ni Satan lui-même, c’est mon péché qui a fait mourir Jésus! O maudit. péché ! maudite volonté propre !... Marie, Mère de douleur! que vous dirai-je, après un tel attentat? Hélas! je tombe à vos pieds pour vous demander miséricorde. Ainsi soit-il ! — Pater, etc.

C£I. D. L. CR.

*26

PREMIERE SÉRIE.

XIIIe STATION.

JÉSUS EST DESCENDU DE LA CROIX.

Nous vous adorons, etc.

Chez les Juifs, quand on trouvait un homme assassiné, sans découvrir l’auteur du crime, on convoquait autour du cadavre les anciens de la cité la plus proche. Là, se lavant les mains, ils protestaient de leur innocence, en disant : Nos mains n'ont pas versé ce sang : Manus nostrœ non effuderunt sanguinem liunc. 4

Approchons-nous de Marie, qui tient Jésus dans ses bras. Considérons les blessures du Sauveur et son sang répandu. Oserions-nous jurer que nous n’avons pas eu part à ce forfait? Oserions-nous dire, en nous lavant les mains :

Je suis innocent du sang de ce Juste?... O Jésus I si j’ai commis, dans ma vie, un seul péché mortel, je suis coupable de votre mort; j’ai livré, : flagellé, crucifié et fait mourir un Dieul... O Mère de douleur ! obtenez-moi le pardon et la persévérance finale. Ainsi soit-il ! — Pater, etc.

• BOSTON LE pÉcHÉ MORTEL.

XIVe STATION.

JÉSUS EST MIS DANS LE SÉPULCRE.

Nous vous adorons, etc.

Jésus est enseveli!... Il me semble lire, sur la pierre de son sépulcre, cette accablante épitaphe : Ci-gît la plus sainte des victimes, .immolée cruellement par un cœur ingrat !...

Quel est ce cœur, ô Vierge Mère ! si ce n’est le mien?... O Victime sacrée! adorable Sauveur! c’est donc moi qui vous ai traîné de supplice en supplice jusqu’à la mort, jusqu’au sépulcre ! Un enfant a-t-il jamais ainsi traité son père? Cependant, vous êtes plus que mon père; vous êtes mon Créateur, mon Rédempteur et mon Dieu ! Mère de douleur ! je dépose au tombeau de Jésus tout ce que j’ai, tout ce que je suis; et, la main sur la pierre qui le recouvre, je vous promets de ne plus l’offenser, dût la tombe même s’enlr’ouvrir sous mes pas. Ainsi ; soit-il ! — Pater, etc.

Six Paler, Ave, Gloria , etc., page 12.

PREMIÈRE SÉRIE.

LE PÉCHÉ VÉNIEL.

Préparation. — Ave Maria ... Acte de contrition.

Intentions. — Pour glorifier Dieu et pour accomplir son adorable volonté; pour augmenter en mon cœur la haine du péché véniel. Les indulgences seront appliquées aux âmes du purgatoire qui ont eu, sur la terre, le plus d’horreur des fautes légères.

Jre STATION.

JÉSUS EST CONDAMNÉ A MOUT.

Nous vous adorons, ô Jésus, et nous* vous ' bénissons !

Parce que vous avez racheté le monde par votre sainte Croix.

Jésus est condamné à mourir I... En péchant

1T. LE PÉCHÉ VÉNIEL.

véniellement on ne condamne pas, mais on \expose son âme à la mort clu péché . Semblables aux maladies, les fautes vénielles conduisent à | cette mort ! Qui spernit modica paulatim decidet .*

O mon Sauveur condamné à mourir I je crains tant l’infirmité et la mort corporelles, et je redoute si peu les maladies et la mort spirituelles ! d’où vient cet aveuglement? Ah ! sans doute, il vient du manque de foi sur la valeur de l’ame et la malice du péché. Par le mérite de votre résignation à la sentence qui vous frappe, accordez-moi une horreur profonde des moindres fautes, puisqu’elles conduiseni insensiblement au précipice du péché mortel. Ainsi soit-il I Pater, Ave , Gloria . Mon Jésus miséricorde. (100 jours d'indulgence chaque fois.)

IIe STATION.

JÉSUS EST CHARGÉ DE LA CROïX\

.

Nous vous adorons, etc.

Jésus porte, dans sa croix, tons nos péchés mortels et véniels!... Ipse peccata multorum tulitr Aurons-nous encore la cruauté d’aggraver la charge de la plus sainte des victimes?

PREMIÈRE SÉRIE.

O mon Rédempteur! votre croix n’est-elle pas assez pesante ? Les crimes des païens ne suffisent-ils pas pour accabler vos épaules ? Faut-il que les chrétiens y ajoutent d’autres péchés? Faut-il que les âmes privilégiées elles-mêmes se fassent un jeu barbare d’augmenter votre charge, par des fautes si fréquentes et si peu regrettées? Hélas ! je suis peut-être de ce nombre. Par le mérite de votre Croix, pardonnez-moi mes infidélités et rendez-iQoi plus attentif à vous plaire. Ainsi soit-il ! — Pater, etc.

IIIe STATION.

JÉSUS TOMBE POUR LA PREMIÈRE FOIS.

Nous vous adorons, etc.

Jésus tombe!... Le 'péché véniel est une chute de Pâme . Celte chute produit une blessure . Cette blessure peut devenir dangereuse, si on la néglige. Le sang qui coule d’une plaie affaiblit notre corps ; ainsi notre âme perd sa ferveur par l’habitude des fautes légères. Retardatur affectus hominis ne prompte ad Deum feratur.1

O mon Sauveur épuisé sous votre croix ! ne permettez pas que ma ferveur à vous servir

(1) S. Tliom.

II. LE PÉCHÉ VÉNIEL.

se ralentisse jamais. Vous menacez les âmes tièdes d’un terrible châtiment : Incipiam te evomere ex ore meo.1 Je commencerai, ditesvous, à vous vomir de ma bouche divine. Ce sont vos propres termes contre les âmes lâches et attiédies. Préservez-moi de leur affreux malheur; et puisque les fautes vénielles y conduisent, rendez-moi fidèle à fuir les moindres imperfections. Je vous demande cette faveur par votre première chute. Ainsi soit-il ! — Pater', etc.

IVe STATION.

JÉSUS RENCONTRE SA MÈRE AFFLIGÉE.

Nous vous adorons, etc.

Quelle ardeur en Marie pour aller rejoindre Jésus 1 Rien ne l’arrête !... Une âme en état de grâce sort de cette vie ; elle s’élance avec une ardeur indicible vers le souverain Bien. Dieu V arrête, la repousse dans des flammes dévorantes ; pourquoi? Un péché véniel lui reste à expier! Non intrabit in eam aliquod coinquinatum *

O Dieu Sauveur ! pour une faute légère, pour une imperfection, vous repoussez vos plus grands saints; vous les privez, pour un temps, de la

PREMIÈRE SÉRIE.

vision béatifique. Si par impossible votre divine Mère eût été souillée d’une seule imperfection, elle n’eût pas elle-même trouvé grâce. Mais cette Vierge fidèle ne vous déplut jamais. Vous l’attirez vers vous sur le chemin du Calvaire, pour lui faire part de vos douleurs; accordez-moi, par son intercession, une profonde horreur des moindres fautes. Ainsi soit-il ! — Pater , etc.

Ve STATION.

JÉSUS REÇOIT l’aide DU CYRÉNÉEN POUR PORTER SA CROIX.

Nous vous adorons, etc.

r Quel immense avantage déporter la croix en cette vie! On expie ses fautes facilement, puisqu’on paie à la miséricorde infinie ; on augmente en outre ses mérites éternels. Après la mort, au contraire, il faut payer, sans augmentation de mérites, à une justice rigoureuse qui exige la dernière obole : Donec reddas novissimum qua - drantem.1

Mon Rédempteur tout aimable 1 que vous punissez sévèrement nos fautes, dans l’autre vie! « Uü seul jour de purgatoire, nous dit

TT. LF. PÉCHÉ VÉNIEL.

Saint Augustin, est comparable à mille années de supplices terrestres. On y souffre plus, en un clin d’œil, que Saint Laurent ne souffrit sur son gril ! 1 » O Jésus, mon Sauveur ! plutôt porter la croix en cette vie, comme le Cyrénéen, que de m’exposer pour l’autre, à des tourments si horribles ! Accordez-moi la haine des moindres fautes' et la résignation dans les souffrances. Ainsi soit-il. ^ — Pater , etc. '

VIe STATION.

JÉSUS IMPRIME SA FACE SUR UN LINGE.

Nous vous adorons, etc.

Pourquoi me cachez-vous votre face? Cur . faciem tnam abscondis ? 2 Tel est, le cri qui s’élève de tous les points du Purgatoire. La privation de voir Dieu est aux âmes une peine si grande, que si elles pouvaient mourir, elles en mourraient à chaque instant.3 Mille feux d’enfer réunis n’égalent pas ce tourment î 4 Ainsi Dieu punit ces fautes que nous appelons légères !...

Aimable Sauveur! que nos moindres fautes sont un grand mal ! elles nous privent de la

j *(1 S. Aug. dans Rossig. (21 Job. 13. 24.

CH. D. L. CR.

PREMIÈRE SÉRIE.

jouissance du souverain Bien! Ah! faites-moi souvent considérer, dans l’oraison, votre face ensanglantée et défigurée, afin que je cesse de vous déplaire. Des milliers d’âmes gémissent loin de vous, enchaînées par leurs fautes vénielles, au fond de brûlants abîmes; délivrez-les; et faites que leur triste sort m’apprenne à fuir les moindres infidélités dans votre service. Ainsi soit-il ! — Paler, etc.

VIIe STATION.

JÉSUS TOMBE POUR LA DEUXIÈME FOIS.

Jésus tombe sous le poids de nos péchés! aurions-nous l’ingratitude de l’offenser encore? t Si je voyais devant moi une mer de plomb fondu, disait une grande Sainte,1 je m’y jetterais à l’instant, plutôt que de commettre une seule imperfection ! Qui ut filius obedit Deo, etiam in minimis timet offendere .2

Adorable Sauveur! que n’ai-je, pour vous soulager dans votre chute, les sentiments héroïques de cette grande âme! je vous les offrirais avec amour. Ma conduite serait alors selon

(l-j Ste Marie Mad. de Pazzi. (2) S. Basile.

TT. LE PÉCHÉ VÉNIEL.

votre divin cœur; jamais ia crainte, le plaisir ou l’intérêt ne me feraient consentir à vous déplaire. Mais hélas 1 n’arrive-t-il pas souvent que je pèche pour des motifs frivoles?... O Jésus! par votre seconde chute si méritoire, faites-moi comprendre le grand mal des moindres fautes et rendez-moi fidèle à Vous servir sans réserve. Ainsi soit-il! — Pater, etc.

JÉSUS PARLE AUX FEMMES QUI PLEURENT.

Nous vous adorons, etc.

Jésus dit à la foule : Si l’on traite ainsi le bois vert, en ma personne, que fera-t-on du bois sec ou des coupables? La foi répond : On les jettera dans un feu dévorant, feu plein d’ardeur pour venger Dieu, feu identiquement le même en Purgatoire qu’en enfer!... Sub eodem igné peccator crematur et electus purgatur.1

O mon divin Maître ! le feu qui punit les fautes vénielles cause aux âmes plus de tourments que toutes les douleurs imaginables de cette vie.2 Quels regrets amers s’ajoutent à ces supplices !

(1) S. Grég. apud S. Thom. Suppl, q. 100 a. 2.

(2) S. Aug. ibid. a. 3.

PREMIÈRE SÉRIE.

Mais il est trop tard ! il faut souffrir ces maux incompréhensibles, pour n’avoir pas voulu se faire un peu de violence afin de ne pas vous déplaire. Et cette violence n’était que d’un moment, tandis qu’un jour de purgatoire paraît un siècle par sa durée!... O Jésus! faites-moi pleurer non sur la souffrance, mais sur les moindres péchés. Ainsi soit-il! — Pater , etc.

IXe STATION.

JÉSUS TOMBE POUR LA TROISIÈME FOIS.

Nous vous adorons, etc.

Nos fautes vénielles contribuent à la chute de Jésus, Cest un plus grand mal de faire souffrir un Dieu , que si Vunivers était anéanti!

O mon divin Rédempteur ! en vous voyant tomber sous le poids de mes péchés, je comprends l’extrême horreur des saints pour les fautes vénielles. Ils pleuraient, toute leur vie, sur leurs imperfections, préférant les tourments et la mort au malheur de vous déplaire, même légèrement. Accordez-moi* par votre troisième chute, les sentiments qui animaient ces cœurs fidèles. Faites que je déplore sincèrement mes fautes passées ; que je sois attentif sur moi-même pour n’y plus retomber ; que je m’efforce de réparer

II. LE PÉCHÉ VENIEL.

mes torts envers vous, par une ferveur toujours plus grande et une entière fidélité ! Ainsi soit-il î — Pater , etc.

The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.

Loading the full text…