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La foi d'Israel;

Bloch, Simon, b. 1808 · 1859 · Scanned text · Free in the US

133,256 words · about 9 h 20 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Bloch, Simon, b. 1808
Language
French
Published
1859
Length
133,256 words · about 9 h 20 min
Sections
7 reader sections
Text
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Rights
Public domain in the United States · PD-US by publication date

 

Contents (7)
  1. Front matter about 2 min
  2. Preface about 27 min
  3. II under 1 min
  4. IV under 1 min
  5. IX under 1 min
  6. XII about 8 h 49 min
  7. Table Des Matieres about 1 min

Continue:

Front matter

s

LA

FOI D'ISRAËL

Preface

Le livre que j'ai l'honneur d'offrir à mes coreligionnaires est déjà en partie connu d'eux. On se rappelle peut-être que V Univers israélite a publié, sous les titres de: les commandements, la révélation, etc. , divers travaux d'enseignement religieux que beaucoup de mes amis , sans doute par un jugement trop bienveillant inspiré par l'amitié, voulaient faire imprimer à part, comme pouvant contribuer à l'éducation spirituelle de nos frères et à la propagation de la vérité israélite dans le monde. Quelques-uns de ces travaux ont eu même le rare bonheur d'être reproduits par des journaux politiques et littéraires n'appartenant point au judaïsme. Mais, les journaux et les recueils périodiques ressemblent un peu aux feuilles des arbres que le vent disperse et dont il laisse à peine une faible trace dans la mémoire des hommes, à peine un souvenir sur le sol même où elles ont fleuri et brillé. Qui voudrait blâmer l'écrivain le plus modeste cherchant à sauver de la tempête et de l'oubli les fruits de son esprit, de ses veilles, de ses labeurs ?

Ce sont ces divers morceaux d'enseignement religieux que

VIIT PREFACE.

j'ai réunis ici , en leur faisant subir toutefois un travail de révision, de correction, j'oserai peut-être dire d'amélioration, et en leur ôtant tout ce qui pouvait rappeler la polémique , la discussion , les circonstances dans lesquelles ils avaient été composés. J'y ai ajouté un bon nombre de chapitres inédits pour remplir le cadre d'un ouvrage complet. Si , par ce procédé , mon livre manque en partie du charme de la nouveauté, il offre, d'un autre côté, des garanties de succès par l'accueil bienveillant, souvent flatteur, qui a été fait à la partie déjà connue et formant en quelque sorte ses éléments fondamentaux. Il a déjà un passé qui me rassure sur son avenir; autrement où aurais-je pris le courage de présenter mon modeste travail aux israélites de France, c'est-à-dire aux hommes les plus éclairés de la terre , et de le publier dans un pays dont l'esprit est si élevé , la pensée si rapide , l'idée si avancée , et dont la littérature est la lumière du monde?

Je viens d'écrire les mots ouvrage complet : je me trompe. Ce livre, pas plus que tout autre de ce genre, fût-il composé par un grand savant, par un génie, par un prophète, ne saurait épuiser la matière : c'est à peine une goutte d'eau dans l'Océan. La vie entière de l'homme, fût-elle longue comme celle des races primitives , ne suffit pas à pénétrer notre divine religion , qui est une source inépuisable , une œuvre infinie , une pensée éternelle. Comment quelques pages d'un livre pourraient-elles renfermer cette source, cette œuvre, cette pensée , que les ci eux ne sont pas assez vastes pour contenir, que toutes les générations et tous les siècles n'ont pas assez de jours pour raconter ? L'Éternel a dit : « Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied ; quelle est la maison que vous voulez me bâtir, quel est le lieu où je dois reposer? » Sa loi peut dire à son tour : Toutes les nobles âmes m'appartiennent, tous les cœurs purs et saints me servent de temple ; quel est le livre où vous voudriez m'enfermer, quelle est la plume qui oserait tracer mes limites ?

PRÉFACE. IX

Pour apprendre à être israélite, il faut vivre en israélite. La plus savante leçon s'oublie, le meilleur livre peut se déchirer, les tables de la loi peuvent être brisées tous les jours ; mais Faction de la vie est pleine de force et de résistance, la voix de Jacob ne s'éteint point, et notre religion, à côté de ses enseignements écrits , est une Thorâ verbale , un enseignement vivant se transmettant de bouche à bouche , de génération à génération. La religion d'Israël n'est pas une lettre morte , un monument de pierre , un édifice devant lequel on peut passer ou s'arrêter, selon notre volonté et notre bon plaisir ; mais elle est notre âme et notre esprit, c'est en nous qu'elle a son véritable sanctuaire , son culte et son autel , ses docteurs et ses pontifes; c'est dans notre cœur qu'elle ouvre sans cesse un livre divin , des pages écrites de la main même de l'Éternel. Le plus admirable catéchisme, l'ouvrage de théologie le plus profond et le plus éloquent est à peine une- ombre de cette lumière, un pâle reflet de ce livre de Dieu.

Aussi , bien que ces pages contiennent des chapitres sur nos dogmes, nos sabbaths et nos jours de fête, nos cérémonies et nos pratiques religieuses, notre loi morale et sociale, etc., je n'ai pas voulu faire un livre d'enseignement proprement dit, mais un livre de recueillement, d'étude, d'édification. Mon but, mon ambition, mon espérance, est d'exciter l'esprit de nos coreligionnaires de tous les sexes et de toutes les classes à la méditation des grandes et sublimes choses renfermées dans le judaïsme , dans ses doctrines , dans son histoire, dans ses triomphes et dans ses malheurs, dans ses aspirations spirituelles et dans sa vie pure et sainte ; de leur offrir en ce livre une clef pour ouvrir les trésors de leurs propres sentiments, un guide pour l'élévation de leur âme, une étincelle pour allumer le feu sacré qui les pénètre et les vivifie , un miroir pour leur montrer, faiblement sans doute et voilé par la pâleur et l'obscurité de ma parole, ce qui se

X PREFACE.

trouve de noble et de divin dans leur propre cœur. La Foi d'Israël , dans ma pensée , n'est pas une leçon pour les hommes, mais un cantique au Dieu de nos pères.

On voudra donc me pardonner si parfois ces pages essayent de s'élever à un degré d'enthousiasme , à des accents poétiques qui , peu compatibles avec l'enseignement de lois positives , se produisent mal par une plume insuffisante et une voix prosaïque. Mais voici le texte du psaume, le lecteur trouvera bien dans son âme le chant , la mélodie , la musique divine , qui montent au ciel dans un hymne séraphique !

Par la même raison , j'ose solliciter une indulgence bienveillante pour les répétitions qui peuvent se trouver dans ce livre. Les morceaux dont il se compose ont été écrits à diverses époques , souvent à de longs intervalles ; de sorte que l'auteur ne se rappelait pas toujours ce qu'il avait pensé et exprimé autrefois. Puis, par son caractère d'ouvrage d'édification et de dévotion , les répétitions étaient presque inévitables, comme dans un recueil de prières. Ensuite, un grand nombre de nos commandements religieux - ayant la même cause , la même signification, le même but, leur exposé doit se ressentir nécessairement de cette espèce de communauté et d'uniformité. Il ne m'était pas toujours permis, quand même le manque de talent et de génie ne s'y serait opposé, de chercher pour des lois divines des idées nouvelles, des images et des figures, qui , en les poétisant, en les symbolisant trop, pouvaient les affaiblir dans la croyance et clans l'observation pratique des hommes. Mais ces répétitions mêmes , dont la plus grande partie est due aux intervalles écoulés entre la composition de mes essais, autant qu'à mon insuffisance littéraire et scientifique, sont au moins un témoignage de la solidité de mes convictions religieuses. J'ai pensé et écrit aujourd'hui ce que j'avais pensé et écrit il y a quinze ans. J'ai, en cherchant dans la collection de L'Univers israélite des chapitres pour mon ouvrage , trouvé avec bonheur des inspi-

PRÉFACE. XI

rations d'autrefois , des inspirations lointaines, qui m'animent encore à l'heure qu'il est, des échos anticipés de ma parole d'aujourd'hui. Ce mérite de la constance des principes vaut peut-être autant, dans un livre comme celui-ci, que la gloire attachée aux plus magnifiques variations des idées, aux plus brillantes fantaisies des belles-lettres.

Peut-être ce livre pourra-t-il aussi servir d'apologie au judaïsme, ou du moins inspirer à des plumes plus éloquentes la pensée d'écrire cette apologie, devenue malheureusement si nécessaire de nos jours. Les attaques contre notre religion et nos coreligionnaires, les calomnies les plus odieuses contre nos pratiques religieuses et nos sentiments d'homme et de citoyen , recommencent dans diverses contrées comme aux temps les plus ténébreux de l'histoire. Des violences et souvent des crimes sont commis contre nos frères, nos femmes et nos enfants, et on en cherche l'excuse dans notre sainte et divine croyance. Ce livre, écrit dans une langue universelle, exposant les dogmes et les pratiques du judaïsme avec clarté et une rigoureuse exactitude, non comme un judaïsme moderne, réformé, adapté aux exigences de notre position sociale , les aurait façonnés , mais tels qu'ils sont enseignés depuis quarante siècles ; ce livre pourra donc contribuer à éclairer le public non israélite sur nos vérités et nos oeuvres religieuses, et, par conséquent, à diminuer, sinon à faire disparaître, les préventions malveillantes ou involontaires. Il montrera une fois de plus que cette religion d'Israël qu'on croyait oubliée , morte , effacée du livre de la vie spirituelle du monde, mérite d'exister et existe réellement encore dans toute sa vigoureuse énergie , dans la plénitude de sa lumière et de sa grandeur, tandis que toutes les autres croyances de la terre ne peuvent se soutenir que par la force matérielle et brutale , par des législations sévères , souvent appuyées suides baïonnettes ! . . .

L'heureuse réaction que , par la vérité , Dieu suscitera dans l'humanité en faveur de sa loi et de son peuple, se fera aussi

XII PREFACE.

sentir au milieu de nos frères , si souvent égarés par nos ennemis mêmes.

Qu'il me soit permis de répéter ici ce que V Univers Israélite a dit , il y a dix ans , en publiant son premier travail sur les

commandements ;

«Nous avons essayé, dans plusieurs articles et sous divers titres, d'exposer dans ce recueil les principes généraux et fondamentaux du judaïsme , sa supériorité sur d'autres doctrines religieuses et sociales , son admirable harmonie avec la raison de l'homme et la foi du croyant , sa merveilleuse capacité de répondre à tous les besoins vrais et légitimes , de s'adapter à toutes les situations de l'individu et delà société, par conséquent sa force de résister au temps, à l'espace et à toutes les transformations, c'est-à-dire sa vérité, son triomphe et son immortalité.

« La première partie de notre tâche était facile. Nous n'avions qu'à ouvrir l'histoire, qu'à regarder autour de nous, pour être frappé de la fragilité de tout ce qui n'est pas judaïsme et croyance israélite. Nous voyons des religions qui ne se maintiennent que par une discipline de fer, par la force matérielle la plus étendue et la plus colossale , par une compression violente et complète de tout ce qui est dans l'homme lumière et intelligence ; d'autres qui, ayant relâché un peu les liens du despotisme moral et rendu à la raison et à la dignité humaines une faible partie des droits que le ciel leur a donnés , se trouvent livrées à des discussions sans fin, à des divisions sans nombre , en proie à des déchirements intérieurs qui font naître le doute et éteignent le feu sacré; d'autres encore qui se corrompent au contact des sociétés modernes , perdant de plus en plus leur éclat et leur civilisation , à mesure que leur puissance matérielle diminue et que leurs conquêtes territoriales se rétrécissent sur la carte géographique. Le judaïsme seul a su se maintenir et se maintient à tout jamais , non par la contrainte morale et matérielle, non « par les armées et la violence, mais par l'esprit du Dieu Zébaoth ! » L'emploi du fer est proscrit dans l'édification du sanctuaire israélite.

« Cette partie de notre tâche était encore facile , parce que, pour a remplir, nous trouvions une approbation unanime et sympathique auprès de tous nos coreligionnaires. Car tous les Israélites,

PRÉFACE. XIII

quelles que soient leurs opinions , leurs doctrines ou leurs erreurs , sont convaincus de l'excellence des principes fondamentaux du judaïsme, sont fiers d'appartenir à une foi religieuse qui place Dieu si haut sur le monde et ses destinées , régnant sans partage et sans condition sur une humanité intelligente et libre, foi qui accorde à l'homme une place si noble et si grande dans l'échelle de la création , et qui fait luire devant notre raison tant de vérité et donne à notre vie tant de sainteté. Pour ce qui est de ces principes généraux, point de dissidence, point d'affaiblissement au milieu de nous , et l'israélite le plus égaré , le plus plongé dans le doute et l'oubli , est toujours prêt à s'unir à ses frères pour répéter : Ecoute, Israël , le Seigneur notre Dieu est un Dieu-Un !

« Un devoir plus difficile nous est réservé. Faire descendre ces principes dans la vie pratique ; les réaliser, les maintenir, les perpétuer par les prescriptions et œuvres religieuses qui en sont le symbole , le souvenir , la représentation vivante ; montrer notre prospérité et notre salut comme le résultat unique de cette parole de l'Ecriture : « Si vous marchez dans mes lois , si vous observez mes ordonnances et les pratiquez » (labn T\pm ûx) ; montrer les précieuses bénédictions attachées à l'observation des commandements divins , ainsi que les dangers et les maux inévitables que leur transgression produit infailliblement : n'est-ce pas exciter le mécontentement d'un grand nombre , irriter contre soi bien des esprits qui ne veulent donner à la religion aucune place sur la terre et aucun instant dans la vie? Mais, n'est-ce pas aussi le devoir sacré d'une publication Israélite qui doit plutôt instruire et exhorter que plaire et flatter ? »

Ce devoir, que j'ai considéré comme la tâche, l'obligation et le souci de toute ma vie, je viens le remplir par ce livre modeste, qui sollicite un généreux accueil de mes coreligionnaires , une place sur leur table, une pensée dans leur cœur. Je ne pouvais leur offrir une œuvre d'érudition et d'invention rare, mais seulement tout ce qu'il y avait de meilleur et de plus sincère dans ma conscience , de plus vrai et de plus sacré dans mon âme israélite. Puissent-ils accepter ce don,

XIV PRÉFACE.

ce sacrifice, que je dépose devant l'arche de notre sanctuaire et sur l'autel du Dieu d'Israël !

En remerciant le Seigneur de m'avoir permis cette manifestation de nos croyances, je dois aussi rendre un hommage pubric à M, le grand rabbin du Consistoire central, qui a daigné m'encourager dans cette entreprise , examiner mon travail et me donner de précieux conseils. En accordant à ce livre l'appui de sa science profonde , le vénérable docteur de la loi a voulu rendre un service de plus au judaïsme français, dont il est le pasteur fidèle, vigilant et dévoué.

S. Bloch.

Paris, le 1er Siwan 5619 (3 juin 1859).

HAGBAHA(1)

Voici la Thorâ d'Israël !

Voici la loi que Dieu lui-même a consacrée ! Peuple, à travers la vie, au sein de l'Éternel , Porte-la dans ton cœur! Qu'elle te soit sacrée!

Montre-la, peuple de Juda!

Et chèrement acquise, au-dessus de ta tête, Bien haut, avec orgueil , au monde montre-la ! Elle te coûte assez pour être ta conquête !

Oui, pour posséder ce. trésor, Ton coeur s'est imposé les plus grands sacrifices ! Tu donnas tout : honneur, liberté , bonheur, or, Et ton sang généreux versé dans les supplices !

Et du Ciel radieux drapeau !

Pour sa gloire combien ont perdu la lumière ! Au prix de tant de morts descendus au tombeau , Nous avons en héros conquis cette bannière !

Dieu tout-puissant , Dieu notre roi !

Nos Pères ont jadis de toi reçu ce gage... La bataille est perdue ! — et debout est la loi ! Et voilà nos drapeaux échappés du naufrage !

(I) Elévation. Quand , dans les temples israélites , le rouleau sacré est élevé et déployé sous les yeux de la communauté , les fidèles récitent quelques versets bibliques commençant par : « Voilà la loi que Moïse a présentée aux enfants d'Israël. »

Le poème ci-dessus , inspiré par cette cérémonie , a été traduit de l'allemand par le chevalier Redarez Saint-Rémv.

XVI HAGBAHA.

Cachés dans leurs plis précieux , Nous les avons gardés , dans notre chute amère , Comme , d'un si grand prix , la prunelle des yeux , Ou comme d'un enfant la tête aimable et chère !

Autour d'eux que de combattants Sont tombés ! De nos morts , ah ! qui dira le nombre ? Jamais les survivants , à leurs drapeaux constants , Dans le malheur, n'auront d'autre abri que leur ombre !

De tous côtés jaillit la mort !

Des flots en leur fureur, nous franchîmes l'abîme ; Au-dessus des torrents de flammes, loin du port, Nous tenions encore haut notre drapeau sublime.

Enveloppé dans ce drapeau , Plus d'un fut dévoré tout vivant par la flamme , Et sur ce bouclier , par la main du bourreau , Plus d'un , percé de coups , a rendu sa grande âme !

De flèches , de poison , de feu , L'ennemi contre nous se servit dans sa joie. Mais nous pûmes sauver l'Écriture de Dieu!... Le reste , en un combat sans fin , fut une proie !

Élevons au Ciel la Thorâ !

Dans nos accents joyeux, comme en un jour de fête, Bien haut, avec orgueil , au monde montrons- la ! Elle nous coûte cher ! Oui , c'est notre conquête !

Enfin a cessé le combat !

Mais si jamais sur nous se ruait la tempête, Fidèles à nos rangs, alors dans leur éclat, On verrait nos drapeaux flotter à notre tête.

LA FOI D'ISRAËL

PREMIERE PARTIE

LE DOGME

Quand Moïse, l'immortel Pasteur, l'Homme de Dieu, allait quitter la terre, dont il était la colonne de feu perçant et éclairant les ténèbres, il redoutait, au milieu de ses frères , l'oubli des enseignements divins auxquels il avait consacré sa vie, et auxquels sont attachés à tout jamais le bonheur, la force et le salut d'Israël et de toute l'humanité. Il aurait voulu graver en traits ineffaçables dans le cœur de son peuple , appelé à être l'apôtre du genre humain, toutes les grandes et sublimes vérités qu'il avait reçues du Ciel , et qui sont la lumière et la vie spirituelle de l'homme , toutes les lois morales et civilisatrices, tous les commandements de justice et de droiture , d'action et de pensée , qui sont la vie sociale du monde et sa condition d'existence.

Alors recevant d'en haut une dernière et suprême révélation, -alors son âme planant déjà dans les régions célestes et se trouvant illuminée d'un rayon du Seigneur, Moïse se leva et dit :

«Écoute, Israël, l'Éternel notre Dieu, l'Éternel est UN.

« Tu aimeras l'Éternel ton Dieu , de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir.

« Que les paroles que je t'ordonne aujourd'hui soient sur ton cœur.

« Tu les inculqueras à tes enfants , tu en parleras dans ta maison et en voyage , en te couchant et en te levant.

« Tu les attacheras en signe sur ta main; tu les porteras comme un fronteau entre tes yeux.

« Tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes. »

(Deutéronome , VI , 4-9.)

Voilà les paroles de vie que Moïse a léguées à son peuple, et qui ont traversé les âges, dans l'esprit et sur les lèvres des croyants , comme un témoignage impérissable de la triple vérité israélite : son Dieu, sa loi, son culte.

Israël a perdu son existence politique , son unité nationale , le foyer de sa vie spirituelle , Jérusalem et le temple du Très-Haut, tout ce qui forme le lien, l'association, la condition d'être des nations. Mais il a conservé ces quelques paroles du Schéma qui le rendent indestructible et immortel, la plus ancienne des races dans le passé, la plus inébranlable dans le présent, la plus forte et , telle est notre conviction , la plus grande dans l'avenir. *

Aussi longtemps que le Schéma retentira dans le monde, Israël accomplira sa mission, l'idolâtrie sera combattue , l'harmonie de la création sera rétablie , Dieu et la vérité auront leur place et leur culte sur la terre.

Aucun langage humain n'aurait jamais pu exprimer en si peu de mots les principes de salut et de perfectionnement contenus dans le Schéma. Le ciel lui-même a dû révéler et faire resplendir cette grande profession de foi comme une étoile lumineuse au milieu des ténèbres , comme une âme immortelle au milieu de la destruction et delà mort! Le Schéma, c'est l'esprit du Seigneur planant à tout jamais sur le chaos et sur l'abîme.

Le Schéma renferme en substance la foi israélite tout entière; c'est le foyer incombustible, le buisson enflammé où Moïse a vu le Seigneur, et où s'allument toutes les vérités. Le premier verset proclame le dogme de Dieu et de son absolue unité, la solennelle reconnaissance du règne , de la puissance de l'Eternel et de ses droits imprescriptibles sur l'humanité d^aas ïTûba bw r&ap. Écoute , Israël , Dieu fut , est et sera éternellement ; il est un et n'a partagé son pouvoir avec aucun être dans le ciel et sur la terre. La violence , l'esclavage, la servitude matérielle et morale doivent donc disparaître du milieu de la création , où nulle puissance ne saurait usurper les droits du Très-Haut , forger des chaînes que Dieu a brisées , faire régner une obscurité que son regard et sa parole ont dissipée. Ecoute, Israël, Dieu existe, donc vous devez secouer toute idolâtrie, toute superstition, la honte de toute servilité ; vous êtes les enfants de l'Éternel : vous êtes libres ! Aux passions dégradantes , au péché, au mal, à la tyrannie, à la mort et à l'enfer, jetez les mots : L'Éternel notre Dieu, l'Éternel est un, et vous êtes délivrés, et vous êtes libres!

Puisque Dieu existe, qu'il est gravé dans les consciences et proclamé par la bouche des humains, il en résulte qu'il faut l'aimer « de tout notre cœur, de toute notre âme , de tous nos moyens » . Il est notre Créateur et notre souverain Maître , donc tout ce que nous possédons , nos biens , nos facultés , notre vie , lui appartiennent en toute propriété ; il peut en disposer selon sa sagesse infinie ; nous devons les lui offrir, toujours et partout, en sacrifice filial et empressé, surtout lorsqu'il s'agit de glorifier son nom et de faire triompher sa loi.

Puisque Dieu existe , nous devons avoir une confiance absolue, pleine et entière, en sa souveraine justice, en sa souveraine bonté ; nous devons être convaincus que tout ce qui nous arrive de bien vient de sa tendresse paternelle sans bornes, et tout ce qui nous arrive de mal vient encore de sa tendresse, de sa divine sollicitude pour notre élévation spirituelle, notre salut futur, ou de nos propres fautes. Nous ne devons donc pas chercher à réparer les apparentes rigueurs du sort par l'injustice , par la violation de nos devoirs , par l'iniquité de nos actes et la violence envers notre prochain. Car, puisque Dieu existe, qu'il est le Père suprême du genre humain, le Créateur de tout ce qui est , nous devons aimer tous les hommes comme nos frères , leur faire tout le bien qui est en notre pouvoir, et bannir de notre cœur tout sentiment de jalousie , d'envie et de haine , tout sentiment contraire à la fraternité, à l'amour, à l'harmonie éternelle qui est l'àme de la création.

Puisque Dieu existe, nous ne devons pas nous constituer juges dans nos luttes avec l'existence , dans nos épreuves et nos tribulations ; mais être intimement convaincus que dans la justice infaillible de l'Éternel, toute chose trouvera un jour sa compensation, son jugement, sa récompense ou son châtiment. Quiconque n'aime pas Fhumanité, n'aime pas Dieu.

Puisque l'Éternel est notre Dieu , il ne saurait vouloir que notre bonheur, notre perfection et notre salut; pour y arriver, il choisit les moyens qui, échappant à nos vues si bornées, sont les meilleurs, les plus sûrs, les mieux appropriés à notre nature et à nos vrais besoins. Puisque Dieu est l'Éternel, son regard plane sur les temps , les empires et les générations , et ce qu'il décide de nous doit être parfait , doit concourir à un grand but quelconque , au développement et à l'harmonie de son œuvre; il est éternel, il peut attendre longtemps pour récompenser le juste , il peut avoir une longue patience pour punir le méchant. Et puisque Dieu est un, il ne saurait vouloir à la fois notre création et notre destruction , notre vie et notre mort ; mais en disant : Que la lumière soit, que l'homme soit ! le Créateur a dû vouloir la félicité éternelle de l'homme comme l'immortalité de son âme, comme la clarté impérissable de ce flambeau divin qu'on appelle esprit humain.

Mais c'est par amour de Dieu, et non par la crainte de la punition ou l'espoir de la récompense, que nous devons remplir tous les devoirs, perfectionner notre âme et sanctifier notre vie par la pratique de toutes les vertus. « Ne soyez pas comme des esclaves, dit un sage d'Israël, qui servent leur maître en vue du salaire.)) {Aboth, I, 3.) « Plus grand est celui qui agit par amour que celui qui agit par crainte. » {Sot a, 31 a.) Aussi faut-il aimer Dieu de tout notre cœur, en lui sacrifiant nos penchants, nos désirs , nos passions snn tr»ai nia wn "pw "^un -pnb ban

6 Ive PARTIE. — LE DOGME.

(Berachoth, 54 a) ; de toute notre âme, et ne point reculer devant la mort pour confesser Dieu et la vérité israélite — ^paaa na Vjis am '^sk — ; de tous nos moyens, dans le malheur comme dans le bonheur — nwi ma ksa ib rma nn ^b ma kijhr» — , en lui sacrifiant nos biens , notre position dans le monde , nos honneurs et nos dignités. Triple sacrifice dont Abraham , le père des croyants, donna l'immortel exemple sur Morïa, en offrant au Seigneur son fils, qui était tout son cœur, toute sa vie, — puisqu'il devait perpétuer son nom, — tout son bien , puisque les enfants étaient alors la richesse principale de leurs familles. Nous devons aimer Dieu par le cœur, en ne recevant en nous que des pensées études sentiments nobles et purs , dignes de la demeure du Très-Haut; par l'âme, en consacrant nos facultés intellectuelles, cette lumière divine, à l'étude et à la méditation des vérités éternelles , et non à des œuvres futiles ou dangereuses de l'esprit ; par notre pouvoir et nos moyens, en employant notre position, notre influence et nos biens à des actes de charité et de religion, à la manifestation publique de notre dévouement et de notre attachement à Dieu et à l'humanité , à la foi de nos pères et à la pratique de leurs saintes traditions , à la morale et au culte israélite — msaVis. C'est pourquoi le Très- Haut dit par la bouche de son envoyé :

« Que les paroles que je t'ordonne aujourd'hui soient « sur ton cœur ; tu les inculqueras à tes enfants , tu en « parleras dans ta maison et sur la route, en te couchant « et en te levant. »

Les commandements divins ne doivent pas être un simple sujet d'étude , de méditation , de travail scientifique ou spirituel , mais ils doivent entrer dans la vie de l'homme, se manifester par ses actes, par la pureté et la sainteté de ses œuvres de tous les jours ; ils ne doivent pas être sur les lèvres , mais dans le cœur, et être enseignés aux enfants, non -seulement par des paroles, mais surtout par l'exemple, par le respect qu'on leur témoigne sans cesse, dans toutes les situations et toutes les circonstances, dans la famille et dans le monde, dans la pauvreté et dans les grandeurs, « en nous couchant et en nous levant. » Les commandements divins doivent se montrer dans nos demeures, dans les rapports avec nos proches , et en voyage , dans nos relations avec la société ; ils ne doivent pas se cacher dans le secret du foyer domestique et se dérober au public comme une honte, ni se manifester seulement au grand jour, comme une hypocrisie , et être bannis , violés , quand l'œil des hommes ne le voit. L'israélite doit honorer Dieu et sa parole « étant assis dans la maison et en marchant sur la route. » Il faut confesser la vérité israélite et mourir pour elle dans les prisons et sur la place publique , au milieu de ses frères et au milieu du monde ; le matin et le soir, le jour et la nuit, dans toutes les conditions et à toutes les heures de l'existence, toujours et partout, il faut être prêt à exhaler son âme au cri de : L'Eternel est un!

La conduite et les actions de l'homme doivent être les fruits visibles de cet arbre de vie dont les racines sont à la fois en Dieu et dans la conscience du croyant. Les commandements divins doivent être le céleste ornement de notre être, « les perles précieuses brillant à notre cou, les insignes d'honneur resplendissant sur notre poitrine. » — yb nb hs tara "-pm^ b? fcriœp (Proverbes, III, 4).

« Tu les attacheras en signe sur ta main; tu les porte-

8 I" PARTIE. LE DOGME.

« ras comme un fronteau entre tes yeux ; tu les écriras « sur les appuis de ta maison et sur tes portes. »

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