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La Bible, tr. nouv., avec intr. et comm. par E. Reuss

Eduard Reuss · 1874 · Scanned text · Free in the US

313,295 words · about 21 h 56 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Eduard Reuss
Language
French
Published
1874
Length
313,295 words · about 21 h 56 min
Sections
13 reader sections
Text
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Rights
Public domain in the United States · PD-US by publication date

 

Contents (13)
  1. Front matter about 1 min
  2. Preface about 22 min
  3. I about 4 min
  4. II about 24 min
  5. IV about 6 min
  6. V about 7 min
  7. VI about 8 min
  8. VII about 15 min
  9. IX about 2 h 20 min
  10. Introduction about 1 h 3 min
  11. X about 11 min
  12. XI about 16 h 56 min
  13. Table Des Matieres under 1 min

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Front matter

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Preface

ET

PARIS

SANDOZ ET FISGIIBACIIER, LIBRAIRES - ÉDITEURS

33, RUE DE SEINE ET RUE DBS SAINTS - PÈRES , 33

OUVRAGES DU MÊME AUTEUR,

Histoire de la théologie chrétienne au siècle apostolique. 1852. 3« édition. 1864. 2 t. 8.

Histoire du Canon des Ecritures saintes dans VEglise chrétienne. 1862. 2<' édit., 1864. 1 Tol. 8.

Geschichte der heUigen Schriften Neuen Testaments (Histoire des saintes- Ecritures du Nouveau Testament). 1842. 5« édition, 1874. 1 vol. 8.

Bibliotheca Novi Testamenti grœci (Bibliographie du Nouveau Testament grec). 1872. 1 vol. 8.

Fragments littéraires et critiques sur Vhistoire d^ la Bible française. 1851 et suiv. (Trois séries de brochures ensemble de 4(X) pages). 8. (Epuisé.)

*Ideen zur Einleitung in* s Evangelium Johan?iis (Essai sur l'Evangile selon Saint-Jean). 1840. 8.

Die deutsche Bistorienbibel vor der Erfindung des B&cherdrucks. (La bible historiée allemande au moyen âge). 1855. 8.

Flavius Joseph. 1860. 8.

Les Sgbilles chrétiennes. 1861. 8. (Epuisé).

*La seconde captivité de Saint-Paul. 1851. 8.

*La GlossolaHe, chapitre de psychologie évangélique. 1851. 8.

* Etudes sur les évangiles synoptiques. 1854 suiv. 8.

* Chants de pèlerinages. 1858. 8.

*La conférence de Jérusalem. 1859. 8.

*UEpttre aux Hébreux. 1860. 8.

*Biob, ein Vortrag (Conférence sur le livre de Job). 1869. 8.

Les articles marqués d'un astérisque^ ainsi que beaucoup d'autres morceaux^ relatifs à la littérature biblique et insérés dans diverses Revues et Encyclopédies françaises ou allemandes, seront compris dans la présente publication.

J. Calvini Opéra quac supersunt omnia cdiderunt Guil. Baum, Edu. Cunitz et Edu. Reuss, theologi Argentoratenscs. Format gi-aiid in-4**, à deux colonnes. 1863 suiv. Tom. I— Xll; le XIII' est sous presse. Les neuf premiers contiennent les œuvres dogmatiques et polémiques. Les suivants comprennent la Correspondance inédite du Réformateur, qui remplira également huit à neuf volumes.

PREFACE.

C'est un fait souvent signalé que la science théologique n'est pas encore arrivée à produire une littérature suffisamment riche au sehi du protestantisme français. Tandis que dans tous les autres pays où la réforme du seizième siècle a créé des écoles de haut enseignement, les diverses branches de cette science n'ont cessé d'être l'objet de travaux aussi sérieux que féconds en résultats, la France seule, autrefois placée au premier rang à l'égard de ce genre d'études, est restée en arrière. La longue période d'oppression que nos églises ont eu à traverser a violemment interrompu la tradition littéraire d'une époque plus heureuse, et depuis le retour de la hberté des besoins plus pressants ont dû absorber la majeure partie des forces à mettre au service de la restauration ecclésiastique. La science a dû attendre son tour , et à plusieurs égards elle l'attend encore. Ses représentants attitrés semblent vouloir se tenir en réserve, et le public, préoccupé d'autres intérets, ne les encourage pas à rentrer dans la grande arène internationale. Pourtant ce ne sont pas les moyens qui manquent. Nous en avons les preuves dans un certain nombre d'essais spéciaux, surtout en histoire. Ce qui est rare, ce sont les livres qui embrassent une branche entière de la théologie. L'étudiant ne trouve pas même encore, à l'heure qu'il est, les manuels indispensables pour répéter ses cours de dogme, de morale, de littérature biblique, et autres non moins importants. Encore ne faut-il pas oublier qu'une partie notable de ce qui a été mis à la disposition des lecteurs français est né sur le sol de leurs voisins, soit qu'on ait fait des emprunts à l'étranger par voie de traduction, soit qu'on ait pu profiter de la savante coopération de Genève, de Lausanne, de Neuchâtel et d'autres centres littéraires.

Pour ce qui est des sciences relatives à la Bible, lesquelles, au point de vue protestant, doivent former la base des études théologiques, de louables efforts ont été faits de nos jours pour combler une lacune regrettable. On a publié des commentaires érudits et détaillés sur plusieurs évangiles et sur quelques épîtres du Nouveau Testament ; mais d'autres parties ont été négligées jusqu^ici, et l'Ancien Testament, à l'égard duquel le lecteur moderne a plus généralement encore besoin des secours de la science , a été presque absolument laissé de côté. Mais cette petite bibliothèque exégétique qu'on pourrait composer dès à présent en réunissant tout ce qui a été publié en langue française depuis une trentaine d'années, n'a pas seulement le défaut d'être incomplète, elle n^est pas précisément à la portée du public. On a commencé, et non sans raison, par des études très-approfondies, on s'est approprié la science du dehors, on l'a fait passer au creuset de la critique personnelle, et l'on a cru devoir en rendre compte, sans en rien retrancher, au nouveau cercle de lecteurs auquel on l'offrait ainsi pour la première fois. Érudition philologique , discussion de variantes, citations d'auteurs, réfutation d'opinions divergentes, tout ce que les méthodes allemandes ont coutume de faire entrer dans un commentaire, a été mis sous les yeux et à la disposition d'un pubUc peu accoutumé à ce genre de lecture. Que pour arriver à des résultats certains de pareils travaux préliminaires soient indispensables,'cela est hors de doute. Le lecteur, savant lui-même, peut exiger qu'on lui déduise tout au long les preuves de ce qu'on avance. Mais cette sorte de lecteurs est assez clair-semée partout. La France ne fait pas exception , et les Allemands mômes, en persistant à appUquer cette méthode à leurs ouvrages d'exégèse, sont arrivés tout naturellement à en faire ce qu'on pourrait appeler une conversation à huisclos entre gens du métier, un enseignement ésotérique. Le grand public ne goûte point de pareils livres, et pour lui les peines qu'on y consacre sont à peu près perdues. 11 aimerait bien aussi connaître les résultats de la science, mais il veut les recevoir dans une forme qui le dispense de s'associer à toute la série des travaux du guide auquel il donne sa confiance ; le grec et l'hébreu qui hérissent les pages d'un commentaire, avec tout ce qui est à l'avenant, n'ont pas d'attrait pour lui.

Il manque un ouvrage qui, sans affecter les allures d'une sèche et laborieuse érudition, offrirait à ceux qui veulent s'instruire sérieusement une explication claire et succincte de toute l'Écriture sainte. Ceux-là même qui ont fait des études théologiques , ou qui les font actuellement, seraient souvent bien aises d'avoir sous la main un livre qui les dispensât de chercher au loin et à travers maint détour^ soit un renseignement désirable sur une question spéciale, soit l'interprétation d'un passage obscur, soit une notice suffisamment précise sur un livre moins généralement connu et étudié. A plus forte raison ce sera le cas de ceux auxquels toutes ces choses ne sont pas devenues plus ou moins familières par l'éducation littéraire qu'ils ont pu avoir reçue.

C'est un ouvrage de cette portée qui m'a paru être un vrai besoin dans l'état actuel de la littérature théologique en France. J^ai longtemps attendu que d'autres s'imposassent la tâche à la fois lourde et belle de l'écrire. Je comprenais qu'il y eut beaucoup de théologiens protestants mieux placés que moi pour apprécier les besoins existants, et mieux orientés pour choisir la méthode la plus convenable pour les satisfaire. J'ai fini par mettre la main à l'œuvre; mais les scrupules qui m'ont empêché pendant une longue série d'années de produire au • grand jour ce que j'avais rédigé dans cette intention, n'ont pu qu'être augmentés par le changement qui s'est fait dans mes relations avec la jeunesse française. Il n'y a d'ailleurs que les pressantes sollicitations de beaucoup de mes anciens auditeurs et d'autres personnes qui m'honorent de leurs suffrages, qui ont pu me faire revenir à la résolution, peut-être téméraire de la part d'un seul homme, d'occuper un poste que personne d'autre ne paraît briguer pour le moment. Si l'entreprise en elle-même est du nombre de celles où l'auteur est le premier à s'apercevoir que la besogne qu'il fait ne répond pas à son idéal, je crains de rencontrer encore une autre chance défavorable : c'est qu'il en a été déjà trop parlé d'avance, et que l'attente de ceux qui ont bien voulu m'engager à persister pourrait être déçue. Je me console en pensant que plus leur jugement sera sévère, plus tôt on en viendra à faire mieux. C'est à mes élèves que je songeais de préférence pendant tout le cours de mon travail ; c'est à eux encore que je le

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destine aujourd'hui en premier lieu, étant sûr qu'ils lui feront bon accueil, si ce n'est à cause de la valeur du livre môme, du moins en vertu du souvenir qu'ils ont pu conserver de celui qui l'a écrit.

L'ouvrage dont les premières pages sont mises ici entre les mains du public protestant français se composera de trois éléments. Il comprendra une nouvelle traduction des textes, un commentaire plus ou moins étendu selon la nature des diverses parties du code sacré , et des introductions ou dissertations historiques préliminaires sur chaque livre. Je vais rendre compte à mes lecteurs du point de vue auquel j'entends me placer à l'égard de chacun de ces éléments.

On a beaucoup parlé de nos jours de la nécessité d'une nouvelle traduction française de la Bible, et l'on a fait de nombreux essais tendant à remplacer les anciennes versions usitées dans les églises par d'autres qui tiendraient compte des progrès de l'exégèse et des changements survenus dans le langage. Les auteurs de ces essais n'ont pas tous poursuivi le même but, et se sont tracé en conséquence des règles très-différentes. Les uns se sont surtout attachés à reproduire les originaux le plus exactement possible, et ont vu le mérite capital de la traduction dans mi littéralisme rigoureux et môme servile. D'autres, se préoccupant davantage de l'élégance de la diction classique moderne, lui ont sacrifié ce qu'il y a de plus caractéristique dans ces pages, le parfum inhérent aux formes de la conception antique et orientale. Il faut reconnaître que rien n'est plus difficile que de trouver dans les ressources qu'offre la richesse relative du langage usuel, les moyens d'éviter à la fois l'un et l'autre de ces deux écueils. Mais la plupart des traducteurs se sont

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trouvés arrêtés ou gênés par une autre considération encore. Ils avaient devant eux la tradition , les formules reçues , les interprétations gravées dans Fesprit de la communauté, et dans beaucoup de cas, tout en reconnaissant que le sens était plus ou moins imparfaitement rendu par la version officielle, quelquefois même totalement manqué, ils n'osaient y toucher de peur de choquer les faibles en faisant des innovations trop hardies et trop sensibles. Je conçois ces scrupules, et je crois qu'une nouvelle traduction est d'autant moins propre à se placer dans la chaire de l'orateur sacré qu'elle s'affranchit davantage des entraves traditionnelles. Ce serait un grand inconvénient que chaque église eût une autre Bible, ou que la même église changeât de texte au gré de chaque nouveau pasteur. L'exégèse en France est une science de trop fraîche date, pour que l'égUse soit dans le cas d'accepter de la main du premier venu une bible nouvelle, qu'elle n'aurait qu'à mettre à la place de Tancienne pour que tout fût au mieux. Les traducteurs doivent travailler avant tout pour l'étude privée, et laisser au temps, à l'usage, à la critique, le soin d'examiner, d'approuver ou de corriger leur œuvre. Ce n'est que lorsqu'il se sera formé une opinion pubhque, résultant de l'approbation motivée de nombreux juges compétents, qu'il pourra être question éventuellement d'en profiter de manière ou d'autre pour l'usage public. Notre époque est moins que toute autre en mesure de produire une traduction que tout le monde ou même seulement la majorité accepterait d'emblée.

Ainsi la traduction que j'ai essayé de rédiger n'a pas la moindre prétention de faire concurrence à n'importe quelle autre, qui serait déjà consacrée par l'usage ou qui aurait été faite dans un but essentiellement ecclésiastique. Elle ne vise hu'à rendre des services dans la sphère plus modeste du cabinet, et partout où se ferait sentir le besoin de s'instruire sérieusement et d'une manière suivie sur la forme et le fond de l'Écriture. Pour moi, la chose essentielle était de rendre exactement le sens de l'original ; le style ne venait qu'en seconde ligne. A ce point de vue, la question si chaudement débattue entre les partisans de l'exactitude littérale et les défenseurs des droits du langage moderne, ne me paraît pas trop difficile à résoudre. La traduction, cela va sans dire, doit être fidèle ; mais la fidélité consistera en ce que l'esprit du lecteur, obligé de s'en tenir à une rédaction de seconde main, en reçoive aujourd'hui la même impression que recevait autrefois le contemporain qui parlait lui-même la langue de l'auteur. Or ce but serait manqué si le traducteur s'attachait trop à la lettre d'un idiome absolument différent du nôtre, de manière à créer de nouvelles difficultés, là où il n'en existait peut-être pas pour le savant, à ceux-là précisément auxquels il voulait facihter l'intelligence des textes. D'un autre côté il n'oubliera pas qu'il s'agit ici de documents antiques qui, tout en servant aux besoins des générations modernes, appartiennent cependant à l'histoire, et commandent, en cette qualité aussi, le respect et la discrétion.

En traduisant la Bible on ne veut pas seulement propager des idées religieuses et inculquer des préceptes de morale: cela peut se faire sous bien d'autres formes encore, sans que la vérité native de l'enseignement biblique et sa puissance intrinsèque en soient amoindries. On veut aussi faire connaître la source où cette vérité se puise, la forme particulière sous laquelle cette puissance s'est d'abord révélée. La liberté de la traduction a donc ses bornes , et celle-ci doit offrir au lecteur , non pas certes un calque de la syntaxe hébraïque ou hellénistique qui ne pourrait que le rebuter, mais le reflet de la conception primitive et authentique des anciens auteurs^ la reproduction fidèle de leur physionomie littéraire, en un mot l'image de leur style. Car d'eux à nous ce n'est pas seulement la langue qui a changé : il y a aussi une différence très-sen-' sible dans le travail des esprits, dans les formes de la pensée, dans les méthodes de l'enseignement. Il y a les images empruntées à un horizon lointain, les allusions aux conditions d'un milieu social qui n'est plus le nôtre, les figures de rhétorique semées avec profusion jusque dans la plus simple prose, les allures hardies d'une poésie à la fois étrange et naturelle, et bien d'autres choses encore qui constituent le génie particulier de la littérature sacrée, et qui tour à tour arrêtent l'intelligence ou éveillent la sympathie, étonnent notre goût et le frappent d'admiration. Une rédaction qui^ pour faciliter au commun des lecteurs l'intelligence des textes, effacerait ces traits caractéristiques, qui délayerait dans des circonlocutions la diction serrée et imagée de l'original, ne mériterait pas le nom de traduction.

Tout cela doit donc être reUgieusement conservé, mais tout cela veut aussi être exphqué. De là la nécessité du commentaire. J'ose même dire que plus la traduction sera fidèle, dans le sens que je viens d'indiquer, moins elle rendra le commentaire superflu. La paraphrase seule pourrait s'en passer à la rigueur ; car ce genre de traduction , fort en vogue au siècle passé , consiste dans une transformation complète du langage et vise à faire disparaître tout ce qui ne rentre pas dans les formes de la pensée moderne. On comprend sans peine que cette méthode ouvre la porte large au subjectivisme le plus arbitraire. Mais nos contemporains, à leur tour, se trompent assurément quand ils supposent que la version littérale, sans notes ni commentaires, suffit à ces classes nombreuses dans l'intérêt desquelles on en répand les exemplaires par milliers. Pourtant

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cette idée domine tellement certains esprits qu'ils s'imaginent que la pensée biblique, fùt-elie enserrée et étouffée dans les formes grossières d'un idiome inculte et absolument incapable encore d'énoncer des idées abstraites, produira sur des populations à demi-sauvages, par la vertu seule de la lettre, les mêmes effets que sur une société pénétrée depuis des siècles des principes du christianisme. Mais je n'ai pas besoin d'aller si loin. Je crois que cette société, même jusque dans ses couches supérieures, et partout où les études spéciales font défaut (ce qui, malheureusement, est souvent le cas là où l'on ne devrait pas s'y attendre), réclame le commentaire comme un secours indispensable. Et c'est avant tout au manque de ressources de ce genre, et non pas à l'imperfection des traductions plus généralement répandues, qu'il faut attribuer ce fait regrettable qu'en France l'intelligence de la Bible est moins avancée et que beaucoup de gens ne la connaissent que comme un répertoire de lieux communs de morale ou d'édification.

Mais il faut s'entendre sur ce qu'on doit demander au commentaire. A mon gré il ne saurait être question ici ni de faire de la critique d'appréciation à l'égard de l'enseignement scripturaire, ni de donner aux lecteurs des conseils d'application pratique. Le commentateur n'est ni philosophe ni prédicateur. Au fond il n'a pas môme besoin d'être théologien^ ou du moins de se poser comme tel. 11 doit avant tout être historien, c'est-à-dire que son devoir est de dégager de chaque texte la pensée de son auteur, de la constater en l'élucidant, et de mettre le lecteur à même de s'en rendre compte à son tour et d'en faire tel usage qu'il appartiendra. Or il ne peut s'acquitter de cette tâche qu'en mettant en œuvre tous les moyens que lui fournit la science, philologie, critique, archéologie, histoire, et son interprétation n'aura dé valeur qu'en proportion du savoir érudit qu'il y apportera et de la rigueur des méthodes qu'il y aura appliquées. Mais cette besogne achevée et les résultats solidement étabhs , le commentateur peut se borner à ne présenter aux lecteurs que le fruit mùr d'un travail de cabinet consciencieux et approfondi. Lui-même, s'il veut être à là hauteur de son devoir, sera toujours obligé de se frayer le chemin de l'intelligence à travers de nombreux détails arides et fastidieux; mais l'essentiel est que ceux qui doivent profiter de ses études arrivent à la connaissance de la vérité , telle qu'il l'a trouvée , avec le moins de peine possible et, pour ainsi dire, avec la jouissance immédiate du bénéfice.

Quant à la forme à donner à ses communications, le commentateur , selon la nature de chaque écrit qu'il s'agira d'expliquer, pourra s'attacher davantage à l'analyse raisonnée du texte, ou se borner à des notes isolées et indépendantes les unes des autres. Dans le premier cas, le commentaire formera un exposé continu et pragmatique de l'original , et c'est d'après cette méthode que je procéderai à l'égard des livres du Nouveau Testament, qui sont à tous égards les plus importants pour les lecteurs que j'ai en vue, et qui , de plus , sont en partie rédigés de manière que la pensée des écrivains ne saurait être suffisamment mise en lumière au moyen de simples annotations. Pour ce qui concerne l'Ancien Testament, j'espère atteindre mon but, dans la plupart des cas, tout en me renfermant dans les limites plus modestes de cette autre méthode.

Quelle que soit d'ailleurs la forme qu'on choisisse pour l'explication d'un texte plus ou moins étendu , celle-ci doit être précédée de ce qu'on appelle V inti^oduction y c'est-àdire d'un exposé clair et précis de ce qu'on peut savoir sur l'origine de chaque livre, sur son auteur, sur son époque, sur son but. Chaque écrit sorti de la plume d'un homme étant une œuvre de circonstance, c'est-à-dire, née d'un besoin particulier et visant à un effet déterminé sa nature, sa forme, sa valeur relative dépendront du rapport existant entre la pensée créatrice qui lui a donné naissance , le milieu sur lequel elle a voulu agir et les moyens qu'elle aura employés à cette fin. Le choix des matières traitées, la marche des idées, le genre d'argumentation, le ton général ou accidentel du discours, et un grand nombre d'autres éléments de la composition, seront d'autant mieux compris qu'on sera d'avance mieux orienté sur les points historiques que je viens d'indiquer. Et ce qui est vrai pour la littérature en général, s'applique aussi aux livres bibliques. Tout en leur assignant une place à part, tant en raison de leur valeur intrinsèque qu'eu égard à leur importance pour l'humanité, dans le passé comme dans Favenir, il faudra bien reconnaître qu'ils ne sont pas tombés du ciel, qu'ils sont nés dans le temps, qu'ils se rattachent par mille liens à des faits contemporains, à des circonstances variées et contingentes dont ils portent l'empreinte. Ainsi ^ à propos des missives pastorales que nous appelons les Épîtres, il faut s'enquérir, pour bien les comprendre, du cercle de lecteurs que les auteurs avaient en vue, de l'état des communautés auxquelles ils s'adressent , des rapports antérieurs qui peuvent avoir existé entre eux et les églises , de l'occasion particulière qui leur a pu mettre la plume à la main. Quand il s'agit des livres historiques , une question des plus importantes est celle des sources auxquelles les rédacteurs ont pu ou dû puiser lem^s récits. Et ce qui est indispensable pour l'étude du Nouveau Testament l'est beaucoup plus encore pour celle de l'Ancien , dont les origines sont à tous égards plus éloignées de notre horizon. L'enseignement apostolique s'est formé et fixé dans l'espace de quelques dizaines d'années ; la littérature sacrée des Israélites représente les évolutions successives de la pensée religieuse et morale pendant une période de plus de huit siècles, durant laquelle Tétat social de ce peuple a subi des transformations incessantes et en partie radicales, avec lesquelles le lecteur de l'Ancien Testament doit se familiariser avant d'aborder les textes, sous peine de n'y rien comprendre.

Or comme cette intelligence des textes est provisoirement le besoin le plus pressant, dans un pays qui ne dispose pas encore d'une riche littérature exégétique, je placerai les introductions isolément en tête de chaque livre. Là où le besom dont je viens de parler n'existe pas au même degré, ou pour mieux dire, où il y est déjà amplement pourvu, une autre méthode se recommanderait davantage pour l'exposé de cette paitie de la science. Ce serait de raconter l'histoire des livres saints d'une manière continue et chronologique, en joignant aux faits purement littéraires ou matériels le récit du développement progressif des idées , qui en constituent pour ainsi dire l'élément vital ou l'esprit. J'ai essayé de cette méthode dans plusieurs ouvrages publiés précédemment sur les parties du sujet qui intéressent le plus l'Église chrétienne, et cette circonstance me permettra de laisser en dehors du cadre du présent travail certains aperçus généraux qu'on serait autrement en droit d'y chercher, et que je ne manquerai pas d'introduire dans la partie relative à l'Ancien Testament.

Quant à la série des Uvres qui composent le recueil sacré, je ne suivrai pas de tous points l'ordre dans lequel ils se présentent, soit dans les exemplaires originaux, soit dans les traductions usuelles. On sait qu'à cet égard les bibles, tant anciennes que modernes, ne se ressemblent guère, et que des considérations en partie très-peu rationnelles ont motivé les arrangements introduits successivement en divers temps et lieux. En ce qui concerne le Nouveau Testament, ma tâche sera du reste bien simple^ et se réglera sur ce que je pourrais appeler le point de vue pédagogique, c'est-à-dire que je m'occuperai des différents éléments de la collection des documents apostoliques dans l'ordre d'après lequel je pense qu'il conviendra de les étudier l'un après l'autre. En thèse générale^ tous ces livres sont écrits pour l'instruction des lecteurs, etpom^uivent ainsi un but pratique. Cependant il y en a quelques-uns dans lesquels la forme de la simple narration prédomine, et cela au point qu'on pourrait presque dire qu'ils se préoccupent exclusivement des faits concrets de l'histoire , et qu'ils sont destinés avant tout à les faire connaître comme tels et à les préserver de l'oubli; dans d'autres, au contraire , quoique à différents degrés et sous différentes formes, l'enseignement direct, religieux et moral, prophétique ou théologique, est l'élément principal. Or comme la religion chrétienne, ainsi que l'Église, est essentiellement fondée sur des faits primordiaux, auxquels l'enseignement nous renvoie toujours, et sans lesquels il manquerait de base solide, j'ai pensé que l'étude des livres historiques doit précéder celle des livres didactiques , bien qu'en suivant l'ordre des temps j'eusse du commencer par ces derniers qui sont en partie les plus anciens de tous. Pour ce qui est de l'Ancien Testament, il serait trop long d'expliquer ici le plan que j'ai adopté. Il paraîtra assez étrange à beaucoup de mes lecteurs ; mais comme il est motivé par les résultats d'une étude d'ensemble, et qu'il ne peut se justifier que par toute la série des introductions spéciales, je dois les prier de patienter jusqu'à ce que celles-ci aient passé sous leurs yeux.

Un autre point d'une certaine importance, et sur lequel je tiens à m'expliquer une fois pour toutes, mais qui n'intéresse que les savants, c'est le choix du texte grec du

Nouveau Testament que reproduira ma traduction. On sait que les écrits des apôtres n'ont été conservés, pendant près de quinze siècles, qu'au moyen de copies faites à la main. Ce procédé n'assurait ni la durée des exemplaires, ni l'intégrité du contenu. Cependant on peut dire hardiment que la substance du texte, dans tout ce qu'il avait d'essentiel, nous est parvenue sans altération sensible. Il n'en est pas absolument de môme de la facture des phrases et des détails matériels de la rédaction. A cet égard les anciens copistes se sont souvent permis de petites libertés, soit pour faire disparaître des idiotismes , ou des fautes de grammaire et de syntaxe, soit pour se conformer à l'orthographe usitée de leur temps, soit enfin dans le but de rendre le texte plus intelligible pour le commun des lecteurs , quand sa forme reçue leur paraissait offrir quelque obscurité. Plus tard, quand l'autorité traditionnelle de cette forme commença à être plus respectée et qu'en même temps le métier de copiste était exercé par des gens généralement moins instruits, le danger d'une corruption intentionnelle, qui n'avait du reste jamais existé sérieusement, était définitivement écarté ; mais en revanche , celui d'une altération inconsciente, due à l'ignorance, devenait d'autant plus réel, et le nombre des fautes augmentait avec celui des exemplaires. Lorsque enfin au commencement du seizième siècle on songea à faire profiter le texte original du Nouveau Testament de la récente invention de la typographie, les premiers éditeurs, qui n'avaient à leur disposition que le petit nombre de manuscrits que le hasard avait mis à leur portée, durent les reproduire tels qu'ils étaient, sans avoir les moyens d'en apprécier la valeur ou d'en contrôler le témoignage.

D'ailleurs, ces moyens eussent-ils existé, la génération qui vit naître la Réforme n'avait ni le goût ni les loisirs nécessaires pour créer la science de la critique du texte, et bientôt les préjugés dogmatiques vinrent opposer une barrière puissante à toute tentative de reprendre en sousrœuvre le travail autrefois à peine ébauché. Le texte reçu devint une partie intégrante de la tradition théologique, surtout dans les églises protestantes. Cependant au siècle passé la science commença à s'émanciper de la tutelle de récole, sur ce terrain comme à beaucoup d'autres égards. Les bibliothèques offraient à la curiosité des érudits des trésors trop longtemps négligés. On se mit à explorer de préférence les manuscrits les plus anciens. Les versions faites pour les diverses nationalités du vaste empire romain, à une époque à laquelle nos vieux parchemins mêmes ne remontent pas, furent soigneusement collationnées, pour y découvrir les traces de la forme primitive du texte. Les ouvrages des Pères, qui renfermaient de nombreuses citations de passages de l'Écriture, furent consultés dans le même but. D'un autre côté, la besogne quelque peu fastidieuse de rechercher, de comparer, d'apprécier les diverses leçons et de trouver partout la plus authentique, ou du moins la plus probable, fut érigée en une espèce d'art et reçut sa théorie. On eut bientôt reconnu qu'il s'agissait là d'une science purement philologique et historique, et que la théologie y était désintéressée, ou plutôt qu'elle ne pouvait qu'y gagner. De fait, elle n'a pas été affectée par les résultats de ce genre de travaux, et l'exégèse en a largement profité. Dans bien des cas la pensée des auteurs a été placée dans un nouveau jour après un léger changement de construction , ou par la substitution d'une particule à une autre, recommandée par les plus anciens témoins. Souvent des leçons difficiles, des phrases obscures, des déclarations en apparence singulières et paradoxales, que les copistes avaient fait disparaître au moyen de petites manipulations inoffensives, et qui se

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révélaient enfin au regard scrutateur de la critique dans quelque vieux manuscrit, ont été adoptées, après mûr examen, comme portant le cachet de l'authenticité . Aujourd'hui tous les critiques d'Allemagne, catholiques et protestants, sont d'accord sur le principe, sauf à l'appliquer avec plus ou moins de rigueur y et parmi les nombreuses éditions imprimées dans ce pays depuis le commencement de notre siècle^ il n'y en a pas une seule qui reproduise, sans aucune correction, le texte dont on s'était contenté autrefois. Les Anglais sont entrés dans la même voie.

Je n'ai guère besoin de dire que j'entends exercer à mon tour cette critique. Mais je ne m'arrêterai pas à discuter les variantes; encore moins me ferai-je im devoir de les enregistrer d'après les méthodes usitées et avec l'appareil d'une érudition d'emprunt. Je ne les mentionnerai qu'autant qu'elles seront intéressantes soit pour l'histoire de l'interprétation, soit en vue d'autres formes du texte devenues populaires par une longue habitude. Dans la plupart des cas il me suffira d'avoir exprimé, aussi exactement que cela sera possible dans une traduction française, la leçon représentée par les autorités que la critique moderne recommande de préférence, et le lecteur pourra être assuré que les déviations du texte reçu qu'il rencontrera dans le mien , sont toujours la conséquence de cette règle ou méthode, et jamais l'effet d'un choix fait au hasard.

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