Read here

Histoire de l'église de Corée, précédée d'une introduction sur l'histoire, les institutions, la langue, les moeurs et coutumes coréennes.

Charles Dallet · 1874 · Scanned text · Free in the US

245,602 words · about 17 h 12 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Scanned text — may contain errors · view original scans

Free in the US: this text is in the public domain in the United States; it may still be in copyright elsewhere.

Licence: PD · PD-US by publication date

Text from Internet Archive, read from page scans by OCR and set out for reading on screen; no words of the book are rewritten or summarized. How RedLectern is built

About this book

Author
Charles Dallet
Language
French
Published
1874
Length
245,602 words · about 17 h 12 min
Sections
32 reader sections
Text
Scanned text, read from page scans by OCR; may contain errors
Rights
Public domain in the United States · PD-US by publication date

 

Contents (32)

Continue:

Tome Premier Paris

1 874

Sainte Vierge Marie, reine des apôtres, reine des martyrs , reine des confesseurs , permettez-moi de déposer humblement à vos pieds cette histoire d’apôtres, de confesseurs et de martyrs.

Vous avez droit à cet hommage, parce que vous êtes la patronne spéciale de l’Église de Corée ; parce que tous les martyrs dont je raconte le triomphe, tous, missionnaires et néophytes, se glorifiaient du titre de vos enfants. Ces pages, teintes de leur sang, sont une nouvelle et éclatante démonstration de cette vérité : que l’on 11e peut aimer le Dieu fait homme sans aimer la Mère de Dieu. Oui , ils aimaient .lésus-Christ , puisqu’ils ont voulu être pour lui flagellés, étranglés, décapités, coupés en morceaux; et par une conséquence naturelle et nécessaire, ils vous aimaient aussi, et ils sont allés au supplice, le scapulaire sur les épaules et le chapelet à la main.

Vierge bénie ! protégez cette pauvre mission de Corée; protégez toutes les missions de la sainte Église v,i

catholique. Obtenez de votre Fils la conversion des infidèles. Pressez l’accomplissement des prophéties qui annoncent que toutes les nations se ressouviendront du Seigneur , que les îles lointaines connaîtront la gloire de son nom. Et. quand luira ce grand jour, quand ces centaines de millions d’idolâtres sortiront de leurs ténèbres et viendront à l’admirable lumière de .Jésus-Christ crucifié, ils vous aimeront , ils chanteront votre gloire, ils crieront d'une grande voix: Salut, Vierge souverainement belle ! c’est de vous qu’est née

i

la lumière du monde.

Ex qud mundo Lux est or ta.

Protestation.

Conformément au décret d’Urbain VIII. je déclare qu'en employant, dans cette histoire, les qualifications de Saint , de Martyr, de Confesseur , etc., je n'ai fait que suivre la manière de parler ordinaire, reçue parmi les fidèles, et que je n'ai entendu préjuger en rien la décision officielle de l’Eglise, à qui seule il appartient de décerner ces titres dans leur sens véritable et complet.

Ch. D.

Preface

L’Église (le Dieu ne connaît ni défaillance ni déclin. Établie pour rendre témoignage à la vérité, pour enseigner toutes les nations, elle remplit toujours et partout ce double devoir, malgré tous les obstacles, en face de toutes les tyrannies, et il n'existe pas de pays si soigneusement fermé qu’elle n’v ait pénétré, pas de peuple si isolé, si séquestré de tous rapports avec les autres peuples, qu’elle n’y ait porté l’Évangile et conquis des fidèles. A l’extrémité de l'Asie, entre la Chine et le Japon, se trouve le royaume de Corée. Tout le monde a entendu parler de la Chine et du Japon : tout le monde a lu des livres, des relations de voyage, qui en donnent des notions plus ou moins exactes. Mais la Corée, qui la connaît? Les géographes eux-mêmes n’en savent guère que le nom, nul savant ne s’en est occupé, nul voyageur n’a pu la parcourir ; les expéditions tentées dans ces derniers temps pour faire respecter par son gouvernement les lois de l’humanité ont misérablement échoué, et aujourd’hui elle demeure plus obstinée que jamais dans son isolement. Et cependant, dans ce pays ignoré, Jésus-Christ a de nombreux et fervents adorateurs ; son Église, depuis quatre-vingts ans, n’a cessé d’y grandir à travers une persécution incessante, qui dure encore et qui a fait déjà des milliers de victimes.

Raconter l’histoire de l’Église de Corée, son origine providentielle, ses rapides développements; faire connaître les missionnaires qui l’ont évangélisée, le pays qui a été le théâtre de leurs travaux et de leur martyre, le caractère du peuple auquel ils ont prêché, les difficultés de tout genre qu’ils ont eu à vaincre ; rappeler les souffrances des chrétiens persécutés, la cruauté de leurs bourreaux; décrire les péripéties, les angoisses de cette lutte acharnée entre Jésus-Christ et l’Enfer ; publier les actes des martyrs et sauver de l'oubli quelques-uns des exemples de vertu héroïque qui ont illustré le nom chrétien, tel est l’objet de ce

V|) J livre. Il servira, je l’espère, à glorifier Notre Seigneur Jésus- Christ, l’auteur et le consommateur de notre foi, en montrant que son bras n’est point raccourci, et que sa grâce opère aujourd’hui les mêmes prodiges de conversion que dans les premiers siècles.

Peut-être aussi cette lecture contribuera-t-elle à dissiper quelques préventions, à redresser quelques idées fausses au sujet des missions et des missionnaires. Je ne parle pas des préventions et des erreurs des impies. L’homme qui a eu le malheur de renier son baptême, qui ne croit plus au Fils de Dieu fait homme pour nous, et à la rédemption par les mérites de son sang, cet homme-là, bien évidemment, ne comprendra jamais pourquoi nous allons prêcher Jésus-Christ, et travailler au salut des âmes. Mais, même parmi les croyants, il n’est pas rare de rencontrer des préjugés fâcheux et des notions inexactes. Les uns s'étonnent qu'il faille un temps si long pour convertir des peuples : ils trouvent mesquins les résultats obtenus quand les baptêmes ne se comptent pas par millions. D’autres, subissant à leur insu l’influence de cette théorie matérialiste qui prétend tout expliquer dans l’histoire des peuples par des différences de race et de climat , affectent de craindre que les conversions opérées ne soient pas solides, que ces nouveaux chrétiens ne soient, pour ainsi dire, d’une espèce inférieure aux chrétiens d’Europe.

Sans doute, ce qui s’est fait jusqu’à présent est peu de chose en comparaison de ce qui reste à faire ; sans doute il est douloureux de voir qu’aujourd’hui, dix-neuf siècles après la Pentecôte, les trois quarts du genre humain restent à convertir. Mais il ne faut pas oublier quel est devant Dieu le prix d’une seule âme ; il ne faut pas surtout que l’impatience de contempler le triomphe final et universel promis à l'Eglise, nous rende injustes envers les œuvres actuelles. La conversion des nations chrétiennes, dans des conditions beaucoup plus favorables, n'a été l'ouvrage ni d'un jour ni même d’un siècle.

Quant à la solidité des conversions, la foi nous apprend que Jésus-Christ est venu sauver tous les hommes, et qu'il a ordonné de prêcher l’Évangile de son règne à tous les peuples, d'où il suit nécessairement que tous les hommes sont aptes à recevoir et à garder la foi, que toutes les nations sont appelées à l’Évangile. Et en fait, le nombre et le courage des martyrs parmi les néophytes, en Corée comme au Tong-king et ailleurs, prouve bien que les chrétientés nouvelles ne sont inférieures à aucune des anciennes, ix

et que le même Saint-Esprit sait animer de la même grâce toute-puissante, les hommes de toute race, de toute langue et de toute couleur. La plus grande preuve de foi, le plus grand acte de charité, c’est le martyre. Or, là où il y a eu des martyrs, l’Église est solidement fondée, car le sang des martyrs est, en Asie aussi bien qu’en Europe, une semence de chrétiens. On objectait le Japon, illustré jadis par la mort de tant et de si glorieux témoins de Jésus-Christ. La foi chrétienne, en effet , y semblait anéantie. Les idolâtres l’avaient noyée dans le sang ; les hérétiques, plus abjects, avaient pendant deux cents ans scellé son sépulcre, en foulant aux pieds la croix. Voyez aujourd’hui les descendants des martyrs confessant, par milliers, dans les prisons ou dans l’exil, la foi qu'ils ont su conserver, sans prêtres, sans autels, sans sacrements, à travers une persécution de trois siècles. La résurrection du catholicisme en Angleterre a-t-elle rien de plus frappant, de plus surnaturel que sa résurrection au Japon? et l’histoire de l’Église universelle offre-t-elle beaucoup d’exemples d’une aussi inébranlable fidélité dans la foi ?

Plus d’un lecteur peut-être, en parcourant l’histoire de l’Église de Corée, s’étonnera, non pas qu’on ait fait si peu, mais qu’on ait pu faire autant, en quelques années, et malgré de si puissants obstacles. Plus d’un peut-être, loin de mettre en question la foi des néophytes, se frappera humblement la poitrine, et demandera à Dieu la grâce d’imiter leur courage, la grâce de se trouver comme eux au jour de l'épreuve, aussi fort, aussi persévérant, aussi véritablement chrétien.

L’histoire proprement dite est précédée d’une introduction sur les institutions, le gouvernement, les mœurs et coutumes de la Corée. J'y ai réuni et classé un grand nombre de renseignements épars, çà et là, dans les lettres des missionnaires, et qui n’auraient pu facilement se placer dans le texte; un chapitre spécial est consacré à l’exposé de notions grammaticales élémentaires sur la langue coréenne, langue à peu près inconnue, jusqu’aujourd’hui, aux orientalistes ; et dans un autre j’ai donné, tout au long, le tableau officiel des divisions administratives du royaume. Ce travail préliminaire, qui complète le récit des faits et qui est à son tour complété par lui, présente néanmoins des lacunes inévitables. Mais, tel qu’il est, il a une valeur unique en son genre, puisque les missionnaires sont les seuls Européens qui aient jamais séjourné dans le pays, qui en aient parlé la langue, qui aient pu, en vivant de longues années avec les indigènes, connaître sérieusement leurs lois, leur caractère, leurs préjugés et leurs habitudes.

Quant à l’exactitude de ces renseignements, elle est aussi grande que possible. Cependant il ne faut pas oublier que la position des missionnaires, toujours cachés, presque toujours poursuivis, ne leur a pas permis, en certains cas, de vérifier par eux-mêmes ce qu’ils entendaient dire, et de comparer entre elles les mœurs des différentes provinces. Bien souvent, ce qui est absolument vrai dans une partie du pays, ne l’est que relativement dans une autre. Aussi l’illustre martyr, Mgr Daveluy, était l’interprète de tous ses confrères, lorsque, donnant dans une de ses lettres d’assez longs détails de mœurs, il ajoutait : « Ce que je vous envoie est peu de chose; c’est incomplet, embrouillé. Peut-être, contre ma volonté, il s’y sera glissé quelque erreur; mais j’ai fait de mon mieux. » Cette timidité consciencieuse dans un témoin, n’est-elle pas, pour les lecteurs sérieux, la meilleure garantie de la sincérité de ses paroles ?

L'histoire de l’Église de Corée est faite avec les lettres des missionnaires et les relations coréennes dont ils ont envoyé la traduction ; il n’y a pas d’autres matériaux possibles. Pour les temps qui ont précédé l’arrivée des prêtres européens, le plus grand nombre des documents ont été recueillis par Mgr Daveluy. Avant lui, on n’avait, sur les premières persécutions, que des fragments de lettres ou des récits isolés. En 1857, il fut chargé par un autre martyr. Mgr Berneux , de rechercher tous les documents chinois ou coréens existants, de les traduire en français, et de les compléter autant que possible, en interrogeant lui-même, sous la foi du serment, les témoins oculaires. 11 était déjà bien tard, car ces témoins restaient en petit nombre poulies martyrs de la première époque, et la plupart des relations écrites avaient disparu dans les diverses persécutions. On verra dans le cours de cette histoire, au prix de quelles peines Mgr Daveluy parvint à accomplir sa tâche.

Je dois faire remarquer qu’il y a quelquefois des différences pour l’orthographe des noms propres de lieux ou de personnes, dans les lettres de diverses époques ou de divers missionnaires. Certaines lettres coréennes n’ont pas d’équivalent dans notre alphabet, et, en Corée comme ailleurs, la prononciation varie suivant les provinces; chacun a reproduit de son mieux les sons tels qu’il les entendait. J’ai cru devoir respecter ces différences d’orthographe, jusqu’à ce qu'une règle générale de transcription

\l ait été arrêtée par les missionnaires. Au reste, ce petit inconvénient est commun, on le sait, h tous les livres d’histoire et de géographie qui parlent de l’extrême Orient. 11 est même moindre ici que dans d’autres livres, parce que tous les missionnaires étaient français, habitués, par conséquent, à donner une valeur identique aux mêmes lettres de l’alphabet.

Une objection que l’on fera peut-être , et que je me suis faite moi-même plus d’une fois, c’est la monotonie de certains récits de persécution : toujours les mêmes interrogatoires, les mêmes questions, les mêmes réponses, les mêmes supplices: toujours d’un côté la même lâcheté dans la force et le mensonge, et, en face, le même courage dans la faiblesse et la vérité. Mais cet inconvénient, si c’en est un, est inévitable dans une histoire comme celle-ci. Les pages d’un martyrologe sont nécessairement monotones comme des bulletins de victoire, et bien des chapitres de ce livre ne sont qu’un martyrologe. Puisque ni les bourreaux ne se sont lassés de torturer, ni les chrétiens de mourir, ni Dieu de donner à ses martyrs la force et la persévérance, pourquoi me serais-je lassé de raconter leurs triomphes? Pourquoi laisser dans un oubli volontaire parmi les hommes, ceux qui sont maintenant les élus de Dieu, et dont un grand nombre seront un jour, il faut l’espérer, placés sur nos autels?

D’ailleurs, une raison toute spéciale et d’une importance souveraine me défendait de supprimer ou de trop abréger les actes des martyrs. 11 n’y aura pas d’autre histoire de ces témoins de Jésus-Christ , puisqu’il n’y a pas d’autres documents. Or les originaux chinois et coréens recueillis par Mgr Daveluy ont péri dans un incendie, en 1803 ; les copies de ces relations qui se trouvaient dans diverses chrétientés indigènes ont été détruites pendant la dernière persécution ; les traductions envoyées en Europe, ainsi que la correspondance des missionnaires, n’existent que dans les archives du séminaire des Missions-Étrangères, et, si un accident les faisait disparaître, l’histoire des origines de l’Église de Corée serait irrémédiablement perdue. 11 fallait donc assurer la connaissance de ces faits qui appartiennent à l’histoire générale de l’Église catholique ; il fallait surtout conserver, pour les chrétiens de Corée, ces glorieux récits de la foi et des souffrances de leurs pères, indiquer autant que possible le nom, la famille, l'iiistoire particulière de chacun des martyrs, afin que ces noms, ces faits, ces détails puissent être connus un jour de leurs descendants, dont ils seront le plus beau titre de noblesse.

Xlj *

Dans le cours de l’ouvrage, j'ai, le plus souvent, cité les lettres des missionnaires au lieu de les analyser. Il en résulte quelquefois des longueurs, des répétitions, mais ces légers inconvénients m’ont semblé plus que contrebalancés par l’intérêt qui s’attache à ces lettres elles-mêmes. La plupart de ceux qui les ont écrites ont, quelque temps après, scellé la foi de leur sang, et les lecteurs chrétiens aimeront à entendre les martyrs raconter leur propre histoire, ou celle d’autres martyrs.

Je ne me fais pas illusion sur les nombreuses fautes de style, d’arrangement, etc., qui se rencontrent dans ce livre. Il est impossible qu'un missionnaire passe sa vie à catéchiser des idolâtres, sans oublier plus ou moins sa langue maternelle, et je prie le lecteur de ne pas se montrer trop sévère pour les incorrections inévitables en pareil cas. Forcément éloigné de ma mission par une longue et terrible maladie, j’ai fait de mon mieux pour remplir la tâche que l’obéissance m’a imposée : tâche trop lourde pour mes facultés affaiblies, mais tâche bien agréable, puisqu’elle m’a fait vivre plusieurs années dans la société intime des martyrs et des confesseurs dont j’écrivais l'histoire.

Puissent ces pages contribuer â l’exaltation de la Sainte Église catholique, en faisant connaître quelques-uns des prodiges de grâce que Dieu se plaît à opérer, en elle et par elle, aux extrémités du monde !

Puissent-elles inspirer aux fidèles le désir de prier avec plus de persévérance et de ferveur pour la conversion de tous les peuples, et spécialement pour la mission de Corée, afin que Dieu daigne abréger ses longues épreuves !

Puissent-elles surtout susciter quelques vocations à l'apostolat des infidèles! Puissent les paroles et les exemples de ces glorieux confesseurs de Jésus-Christ remuer le cœur des jeunes élèves du sanctuaire, afin qu’animés d’une sainte émulation, quelques-uns au moins s’écrient : « Et moi aussi, je serai missionnaire! c’est pour moi un devoir, c’est une nécessité ; malheur à moi si je ne vais prêcher l’Évangile! » Nécessitas enim mihi incumbit , væ enim mihi est si non evangelizavero ! ( I Cor. ix, 16.)

HISTOIRE DE L’ÉGLISE DE CORÉE

A Notre cher Fils Charles Dallet, missionnaire apostolique de la Société des Missions-Étrangères , Paris.

PIE IX, PAPE.

Cher Fils, Salut et Bénédiction Apostolique.

Combien les missionnaires catholiques ont mérité, non-seulement de la religion, mais aussi de la géographie, de l’histoire, de la science, est chose connue de tous ceux qui ont parcouru leurs écrits. Vous avez dignement marché sur leurs traces, Cher Fils, par cette histoire jusqu’à présent ignorée de la Péninsule coréenne que vous venez de rédiger en deux volumes. Tout ce que les monuments des nations voisines ont pu faire connaître surce peuple qui n’a pas d'histoire propre, tout ce que de longues recherches et d’intelligentes observations ont pu révéler au sujet de son pays, de ses mœurs, de sa religion, de sa langue, de son commerce, vous l’avez recueilli et mis en ordre, faisant ainsi à la science un présent d'autant plus précieux qu'il s’agit d’une contrée impénétrable aux étrangers.

Évidemment, la charité de Jésus-Christ a seule pu acquérir et répandre la connaissance de tant de choses ignorées, puisque seule elle a pu allumer dans le cœur des missionnaires ce zèle brûlant du salut des âmes qui les a poussés à affronter joyeusement toutes les fatigues, au péril certain de leur vie, afin de porter la lumière de l'Évangile aux nations assises à l'ombre de la mort. Et cette œuvre d’évangélisation, avec quel zèle, quelle constance, quel succès ils l’ont accomplie ! On le voit par toute la série des faits que vous avez racontés ; on le voit par celte persécution atroce dont les chrétiens sont depuis un siècle les victimes, et dont les écrits publics ont souvent déploré les excès;

on le voit surtout par ces légions de martyrs qui, avec un admirable courage, ontconfessé, dans les épreuves et les tortures, la foi qu’on leur avait inspirée, et l’ont enfin scellée de leur sang.

C’est pourquoi Nous vous félicitons d’avoir rédigé cette histoire, si glorieuse pour l’Église, si propre à encourager au milieu de tant de périls les chrétiens du monde entier, si utile à la science elle-même. Nous en acceptons les volumes avec reconnaissance, et Nous augurons que ce livre excitera enfin les cœurs ennemis de notre très-sainte religion à admirer tant de force et tant de vertu.

Recevez, Cher Fils, en témoignage de Notre paternelle bienveillance, et comme gage de la faveur divine, la Bénédiction Apostolique, que Nous vous accordons bien affectueusement.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le vingt-septième jour de septembre de l’an 1875, trentième année de Notre pontificat.

PIE IX, Pape.

Plus PP. IX.

PIÜS PP. IX.

.

SUR l’histoire, les institutions, la langue, les mœurs et coutumes coréennes.

Géographie physique de la Corée. — Sol. — Climat. — Productions. —

Population.

Le royaume de Corée, au nord-est de l’Asie, se compose d’une presqu’île de forme oblongue, et d’un nombre d’iles très-considérable, surtout le long de la côte ouest. L’ensemble est compris entre 33° 15’ et 42° 25’ de latitude nord ; 122° 15’ et 128° 30’ de longitude est de Paris. Les habitants de la presqu'île lui assignent une longueur approximative de 3,000 lys (1), environ 300 lieues, et une largeur de 1,300 lys, ou 130 lieues; mais ces chiffres sont évidemment exagérés. La Corée est bornée au nord par la chaîne des montagnes Chan-yan-alin, que domine le Paiktou-san (montagne à la tête blanche), et par les deux grands fleuves qui prennent leur source dans les flancs opposés de cette chaîne. Le Ya-lou-kiang (en coréen Am-no-kang, tleuve du canard vert) coule vert l'ouest et se jette dans la mer Jaune; il forme la frontière naturelle entre la Corée et les pays chinois du Léao-tong et de la Mandchourie. Le Mi-kiang (en coréen Tou-man-kang) qui va se jeter à l’est dans la mer du Japon, sépare la Corée de la Mandchourie et des nouveaux territoires russes,

(t) Le /.// est de 3G0 pas géométriques, — 367 mètres. Dix lys équivalent à la lieue marine ou géographique de vingt au degré.

T. I. — L’ÉGLISE DE CORÉE.

a

Introduction

cédés par la Chine en novembre 1860. — Les autres limites sont : à l’ouest et au sud-ouest, la mer Jaune; à l’est, la mer du Japon; et au sud-est, le détroit de Corée, d’une largeur moyenne de vingt-cinq lieues, qui sépare la presqu’île coréenne des îles Japonaises.

Le nom de Corée vient du mot chinois Kao-li, que les Coréens prononcent Kô-rie et les Japonais Kô-raï. C’était le nom du royaume sous la dynastie précédente; mais la dynastie actuelle, qui date de l’année im-sin, 1392 de notre ère, changea ce nom et adopta la dénomination de Tsio-sien (Tchao-sien), qui est aujourd’hui le nom officiel du pays. La signification même du mot Tsio-sien, sérénité du matin , montre que ce nom vient des Chinois, pour qui la Corée est, en effet, le pays du matin. Quelquefois aussi, dans les livres chinois, la Corée est désignée par le mot Tong-koué, royaume de l’Orient. Les Tartares Mandchou* la nomment Sol-lio.

Cette contrée, inconnue en Europe avant le xvie siècle, figure comme une île dans les premières cartes hollandaises. Vers la fin du xvne siècle, l'empereur chinois Kang-hi essaya vainement d’obtenir du roi de Corée les documents géographiques nécessaires pour compléter la grande carte de l'empire, à laquelle travaillaient alors les missionnaires de Péking. Ses ambassadeurs furent reçus avec la pompe voulue; on leur prodigua les protestations et les offres de services, mais ils ne rapportèrent en réalité qu’un plan très-incomplet qu’ils avaient vu dans le palais du roi, à Séoul. Ce fut d’après cette carte, et les données nécessairement imparfaites des livres chinois, que le P. Régis et ses collègues tracèrent la description de la Corée que l’on trouve dans l'allas de Duhalde, et que les livres postérieurs se sont contentés d’abréger ou de reproduire.

En 1843, le vénérable martyr André Kim, prêtre coréen, copia lui-même une carte, sur les plans officiels conservés dans les archives du gouvernement à Séoul. Celle que nous donnons en tête de cet ouvrage a été dressée, pour le littoral, d’après les cartes du dépôt de la marine, et pour l’intérieur du pays, d’après une carte indigène assez récente, traduite par Mgr Ridel, vicaire apostolique de Corée.

La Corée est un pays de montagnes. Une grande chaîne, partant des Chan-yan-alin dans la Mandchourie , se dirige du nord au sud, en suivant le rivage de l’est dont elle détermine les contours, et les ramifications de cette chaîne couvrent le pays presque tout entier. « En quelque lieu que vous posiez le pied,

INTRODUCTION.

III écrivait un missionnaire, vous ne voyez que des montagnes. Presque partout, vous semblez être emprisonné entre les rochers, resserré entre les lianes de collines, tantôt nues, tantôt couvertes de pins sauvages, tantôt embarrassées de broussailles ou couronnées de forêts. Tout d’abord, vous n’apercevez aucune issue; niais cherchez bien, et vous finirez par découvrir les traces de quelque étroit sentier, qui, après une marche plus ou moins longue et toujours pénible, vous conduira sur un sommet d’où vous découvrirez l’horizon le plus accidenté. Vous avez quelquefois, du haut d’un navire, contemplé la mer, alors qu’une forte brise soulève les Ilots en une infinité de petits monticules aux formes variées. C’est en petit le spectacle qui s’offre ici à vos regards. Vous apercevez dans toutes les directions des milliers de pics aux pointes aiguës, d’énormes cônes arrondis, des rochers inaccessibles, et plus loin, aux limites de l’horizon, d’autres montagnes plus hautes encore, et c’est ainsi dans presque tout le pays. La seule exception est un district qui s’avance dans la mer de l’Ouest, et se nomme la plaine du Naï-po. Mais par ce mot de plaine, n’allez pas entendre une surface unie et étendue comme nos belles plaines de France, c’est simplement un endroit où les montagnes sont beaucoup moins hautes, et beaucoup plus espacées que dans le reste du royaume. Les vallées plus larges laissent un plus grand espace pour la culture du riz. Le sol, d’ailleurs fertile, y est coupé d’un grand nombre de canaux, et ses produits sont si abondants que le Naï-po est appelé le grenier de la capitale. »

Les forêts sont nombreuses en Corée, mais c’est dans les provinces septentrionales que l’on trouve les plus belles. Les bois de construction de différentes espèces y abondent, les pins et sapins surtout. Ces derniers étant les plus employés, parce qu’ils sont très-faciles à travailler, le gouvernement veille à leur conservation, et afin que chaque village ait toujours à sa portée les arbres nécessaires, les mandarins sont chargés d’en surveiller l’exploitation, et d’empêcher qu’on n’en coupe un trop grand nombre à la fois.

Il semble certain que les montagnes recèlent des mines abondantes d’or, d’argent et de cuivre. On assure qu’en beaucoup d’endroits, dans les provinces septentrionales surtout, il suffit de remuer un peu la terre pour rencontrer l’or, et qu’il se trouve en paillettes dans le sable de certaines rivières. Mais l’exploitation des mines est défendue par la loi sous des peines si sévères, que l’on n’ose pas le ramasser, parce qu’il serait h peu près impos-

IV

INTRODUCTION.

sible de le vendre. Quelle est la véritable cause de cette prohibition ? Les uns disent que cela tient au système de tout temps suivi par le gouvernement coréen, de faire passer le pays pour aussi petit et aussi pauvre que possible, afin de décourager l’ambition de ses puissants voisins. D'autres croient que l’on redoute les soulèvements et les troubles qu’amènerait infailliblement la concentration d’un grand nombre d’ouvriers dans des pays éloignés de la capitale, et où l’action de l’autorité est presque nulle. Le complot de 1811 se forma, dit-on, dans une de ces réunions. Quoi qu’il en soit, la loi est strictement observée, et la seule exception que l’on connaisse est la permission accordée, il y a vingt-cinq ans, d’exploiter pendant quelques mois les mines d’argent de Sioun-lieng-fou, dans la province de Kieng-sang. Le cuivre de Corée est d’une excellente qualité, mais on ne l’emploie point, et c’est du Japon que vient celui qui sert dans le pays. Le minerai de fer est si commun, dans certains districts, qu’après les grandes pluies il suffit de se baisser pour le ramasser. Chacun en fait provision à son gré.

Les silex (pierres à fusil) ne se trouvent guère que dans la province de Hoang-haï, et encore sont-ils d'une qualité tout h fait grossière. On fait venir de Chine ceux dont on se sert habituellement.

Le climat de la Corée n’est point ce que l’on nomme un climat tempéré. Comme dans tous les pays de l’extrême Orient, il y fait beaucoup plus froid en hiver, et beaucoup plus chaud en été, que dans les contrées européennes correspondantes. Dans le nord, le Tou-man-kang est gelé pendant six mois de l’année, et le sud de la presqu’île, quoique sous la même latitude que Malte ou la Sicile, reste longtemps couvert de neiges épaisses. Par 35° de latitude, les missionnaires n’ont pas vu descendre le thermomètre au-dessous de — 15° centigrades, mais par 37° 30’ ou 38°, ils ont trouvé souvent — 25°. Le printemps et l’automne sont généralement fort beaux. L’été, au contraire, est l'époque des pluies torrentielles qui souvent interceptent, pendant plusieurs jours, toute espèce de communications.

Dans les vallées T pour peu que le terrain soit favorable, on plante du riz, et l’immense quantité de ruisseaux ou petites rivières qui descendent des montagnes, donne la facilité de formelles étangs nécessaires à cette culture. Jamais on ne laisse reposer les terres ainsi arrosées; elles sont toujours en rapport. Ailleurs, on sème du blé, du seigle ou du millet. Les instruments aratoires sont aussi simples et aussi primitifs que possible. Le

INTRODUCTION.

V bœuf est seul employé à la charrue; ou n’a jamais recours au cheval, et un jour qu’un missionnaire engageait des chrétiens à se servir de sa monture, ce fut un éclat de rire général, absolument comme si en France on proposait de labourer avec des chiens. Du reste, le cheval ne vivrait pas en travaillant dans les rizières, parce qu’elles sont constamment inondées. Outre le fumier et les autres engrais animaux que l'on recueille très-soigneusement, on emploie, pour la culture, les cendres dont chaque maison coréenne est riche, car le bois n’est pas cher, et on en consume prodigieusement pendant l’hiver. De [dus, au printemps, quand les arbres commencent à se couvrir de feuilles, on coupe les branches inférieures, et on les répand sur les champs où on les laisse pourrir. Après les semailles, pour empêcher les oiseaux de manger les grains, et pour protéger les jeunes tiges contre les chaleurs excessives qui les dessécheraient sur pied, on recouvre les champs d’autres branches que l’on enlève plus tard, quand la plante est assez forte.

Le manque de chemins et de moyens de transport, dans ce pays montagneux, empêche absolument toute grande culture. Chacun cultive seulement le terrain qui est autour de sa maison et à sa portée. Aussi les gros villages sont rares, et la population des campagnes est disséminée en hameaux de trois ou quatre maisons, dix à douze au plus. La récolte habituelle suffit à peine aux besoins des habitants, et les famines sont fréquentes en Corée. Pour la classe la plus pauvre de la population, on peut dire qu’elles sont périodiques à deux époques de l’année : d’abord au printemps, quand on attend la récolte du seigle qui se fait en juin ou juillet, puis avant la récolte du millet, en septembre ou octobre. L’argent ne se prêtant qu’à un taux très-élevé, les malheureux dont les petites provisions sont épuisées ne peuvent aller acheter du riz ou d’autres grains, et n'ont pour vivre que quelques herbes cuites dans l’eau salée.

Outre le riz, le blé, le seigle et le millet, les principales productions du pays sont : des légumes de toute espèce mais trèsfades, le coton, le tabac, et diverses plantes fibreuses propres à confectionner de la toile. Le tabac a été introduit en Corée par les Japonais, vers la fin du xvie siècle. La plante à coton vient de Chine. 11 y a cinq cents ans, dit-on, elle était inconnue en Corée, et les Chinois prenaient toutes les précautions possibles pour empêcher l’exportation des graines, afin de vendre aux Coréens des tissus de leurs fabriques. Mais un jour, un des membres de l’ambassade annuelle réussit à se procurer trois graines,

The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.

Loading the full text…