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PRINCETON • NEW JERSEY
■Rabaud, Camille, 1827-1921 dans l'Albigeois et le
HISTOIRE
Avant-propos
« L'historien saura les guerres de Thèbes » et ignorera ce qui se fait chez lui. » Moiinay.
Antoine Court, le réorganisateur des Églises Réformées, rêvait, en 1740, une Histoire générale du Protestantisme Français; mais il n'a pu traiter que la période relative au soulèvement des Gévennes, et il écrivait alors de Lausanne à Paul Rabaut : « Il importerait d'avoir des détails sur toutes » les cruautés commises sur les Réformés, soit par les trou- » pes du Roi, soit par les Cadets de la Croix — , en obser- » vaut le nombre de personnes qu'ils ont meurtries et » massacrées, le genre de mort dont ils les ont fait périr, » les maisons pillées, l'indication des lieux et la date de » chaque événement. Il faudrait déterrer le plus grand nom- » bre possible des Jugements, déclarations et autres impr't- » niés ou manuscrits... »
La France Protestante des frères Haag, de leur continuateur H. -L. Bordier, et le Bulletin historique du Protestantisme Français, répondent en partio à ce vœu par leur œuvre considérable; en outre, il appartient à chacun de la compléter dans sa propre région.
Pour ce qui nous concerne, nous avons entrepris cette pieuse tâche et. après avoir, dans un premier volume, raconté l'histoire du Protestantisme en Albigeois et Lauragais, depuis l'origine de la Réforme jusqu'à la Révocation de l'Édit de Nantes, 1685, (A), — nous reprenons aujourd'hui notre récit interrompu pour le conduire jusqu'à nos jours.
Toute une vie de perquisitions dans les archives publiques et privées nous a conduit à la possession d'une masse de documents; le plus difficile était d'en faire un ensemble lié, de grouper tant de fragments divers, noms, dates, faits isolés, localités distantes, de les coordonner dans un cadre non fictif. Comment tirer de là une histoire qui, sans être une lourde accumulation de documents et sans tourner à la simple chronique, ne sacrifiât rien de saillant? Nous avons, à cet effet, emprunté à l'histoire générale la chaîne qui nous a servi pour la trame locale; et, d'autre part, l'histoire locale a contribué parfois à jeter quelque lumière sur les faits généraux.
Loin de nous la pensée de raviver des ressentiments éteints par l'évocation des anciens souvenirs ; mais c'est un saint devoir filial de perpétuer la glorieuse mémoire des pères : ils ont supporté tant de souffrances pour nous transmettre intact le dépôt de la foi et de la liberté! Quel puissant motif de bénir leur héroïsme et de puiser dans leur sublimo exemple l'aiguillon si nécessaire à leurs arriére petits-fils — , race «le nains succédant à une race de géants (1)? Au fait, l'historien n*est pas un inerte enregistreur des faits, ni un froid archiviste, ni un avocat sectaire, ni abstracteur de quintessences ; il est un cœur qui sent, une conscience qui vibre, une àme qui a une foi, des principes, une Église, des traditions sacrées et des préoccupations d'avenir. Heureux, aussi, d'écbapper à la plate indifférence de nos jours, nous nous sommes avec délice plongé dans la chaude atmosphère d'adoration et de combat, où les âmes alors « avaient soif du Dieu vivant » ; et nous avons savouré cette piété si profonde, ces grands souffles, ces beaux caractères, ces sacrifices héroïques, cette indomptable « obstination », capable de tout souffrir pour la cause de la conscience et du Christ.
En outre, quelle salutaire leçon de tolérance dans la résurrection de tant de maux? Etaler la persécution dans sa nudité, n'est-ce pas le meilleur moyen d'en inspirer
(1) Les Titans sont tombés : dans l'air silencieux, Leur sang pur monte encore, et, comme une fumée, Emporte dans les cieux leur àme consumée Des rêves éternels qu'ils avaient pris aux cieux.
La terre, maternelle aux cœurs audacieux, Sur ces enfants meurtris lentement s'est fermée ; Mais, pour longtemps tari, son flanc capricieux Tira de leur semence une race pygmée.
Du corps de ces lions un peuple de fourmis !
Et nous n'osons nommer nos pères endormis,
Plus près d'être des Dieux que nous d'être des hommes.
Et nous traînons si bas leur souvenir puissant Qu'à nous voir le porter, on ne sait si nous sommes Les vers de leurs tombeaux ou les fils de leur sang?
l'horreur ? Los néfastes effets du despotisme religieux ne iiirllent-ils pas en garde contre les périls du système? La France ruinée et déshonorée; le plus brillant des règnes se terminant par une lamentable décadence; les coalitions et les disettes achevant l'œuvre lugubre de la tyrannie; et des auteurs fameux : Labruyôre, Fénelon, Racine, se faisant l'écho de la désolation publique, — quel bilan! et que l'on comprend bien alors la nécessité de la révolution de 1789 pour régénérer et sauver la patrie !
L'introduction naturelle d'une histoire qui part de la Révocation de l'Édit de Nantes eût été le tableau des innombrables violations de cet Ëdit. Mais, ce tableau, notre premier volume l'a déjà donné (1). Il ne reste plus donc qu'à prendre la suite en s'inspirant de l'amour des pères et du culte de la vérité.
Puisse notre livre raviver, dans lés cœurs, le feu sacré jadis si intense et, de nos jours, si refroidi !
(t) Hist. du Protestantisme dans l'Albigeois et le Lauragais, depuis l'origine jusqu'en 1685, pages 310, 384, 397, 409, 437.
PREMIÈRE PÉRIODE
DE LA RÉVOCATION DE LEDIT DE NANTES, 1685, A LEDIT DE 1724
DE LA RÉVOCATION A LA GUERRE DES CAMISARDS, 1702
Sa Majesté no souffrira plus personne dans son Royaume qui ne soit de sa religion. »
Louvois,
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The end
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