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Etude sur quelques cas de ruptures dites spontanées du coeur

Aristide Le Piez · 1873 · Scanned text · Free in the US

39,042 words · about 2 h 44 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Aristide Le Piez
Language
French
Published
1873
Length
39,042 words · about 2 h 44 min
Sections
2 reader sections
Text
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Rights
Public domain in the United States · PD-US by publication date

 

Contents (2)
  1. Introduction about 2 h 44 min
  2. Table Des Matières under 1 min

Continue:

Introduction

Parmi les causes de mort subite, ou tout au moins très- rapide, il en est une, croyons-nous, dont la fréquence n'est peut-être pas estimée à sa juste valeur. L'hémorrhagie cérébrale, amenant une issue funeste 4'une manière prompte ou surtout foudroyante, n'est pas, en définitive, très commune; les observations d'hémorrhagie du bulbe peuvent, pour ainsi dire, se compter. Les ruptures d'anévrismes des gros vaisseaux que, pour le dire en passant, on accuse si volontiers d'avoir occasionné la mort subite dans les cas où l'autopsie ne peut être pratiquée, et où l'on ne connaissait pas les antécédents du sujet, ne sont pas, non plus, d'une fréquence extrême.

Nous n'en dirons pas autant des ruptures prétendues spontanées du cœur. Le grand nombre d'observations de ce genre, qui existe dans la science, nous autorise à dire que c'est là une des causes de mort subite les plus fréquentes, surtout dans la vieillesse, et nous sommes persuadés que, si la pratique des autopsies était plus étendue, notre opinion se trouverait pleinement confirmée.

Notre but, en prenant pour sujet de cette thèse les ruptures dites spontanées du cœur, n'est pas de traiter à fond cette vaste et intéressante question. Nous n'aurions , pour le faire, ni le temps , ni surtout l'autorité suffisante ; mais ayant eu, dans le cours de nos études, alors que nous étions interne à Sainte-Périne, sous la direction de notre bien cher maître M. M. Raynaud, l'occasion d'observer un cas de rupture du ventricule gauche, l'idée nous vint de faire quelques recherches, afin cfe nous rendre compte des différentes opinions émises sur cette question, et c'est le résultat de ce travail que nous venons soumettre à nos juges.

Nous éliminons, bien entendu, de notre cadre les ruptures traumatiques et les plaies du coeur. A propos de ces dernières, nous ne parlerons même pas des ruptures secondaires, et jusqu'à un certain point spontanées, qui peuvent se produire à la suite des plaies nofr pénétrantes de cet organe. Nous ne nous occuperons ici que" des ruptures dites spontanées, c'est-à-dire de celles dans lesquelles le traumatisme n'a aucune part.

Dans une première partie de notre travail, nous avons réuni quarante observations. C'est tout ce que nous avons pu recueillir dans les Bulletins de la Société anatomique et dans ceux de la Société de biologie. Une seule, prise en dehors de ces recueils,, nous a été transmise par notre excellent ami, le docteur P. Hestrès ; nous le prions de recevoir ici tous nos remerciements. Quelques-unes de ces Observations remontent, il est vrai, à une époque éloignée, époque à laquelle les recherches anatomopathologiques n'offraient pas, à certains points de vue, toutes les garanties qu'elles présentent de nos jours; mais, en puisant uniquement dans ces deux recueils, nous avons voulu éviter le reproche de partialité dont on aurait pu nous taxer si nous eussions fait un choix d'observations dans les différents Mémoires où l'on en rencontre d'éparses. Nous n'aurions plus eu, alors, les éléments d'une statistique rigoureuse sur la fréquence relative du siège de la rupture, de l'âge et du sexe des sujets morts de cet accident.

Nos Observations se trouvent classées par ordre, suivant le siège de la rupture et la lésion qui a été cause de cette dernière ; nous avons aussi consigné deux faits intéressants, dans lesquels il n'y avait pas rupture, mais les altérations qui devaient la produire, si le malade eût survécu.

Dans la seconde partie, nous avons cherché à déduire, de l'examen de nos Observations et des différents Mémoires ayant trait à ce sujet, l'histoire des ruptures dites spontanées du cœur. Nous avons souvent consulté, entre autres travaux, la thèse du docteur Elleaume et l'article que notre maître, le docteur M. Raynaud, a publié dans le Dictionnaire de médecine et chirurgie.

Notre prétention , répétons-le encore , n'a pas été d'écrire un Mémoire complet, mais seulement de présenter quelques remarques sur ce difficile sujet. Puissent-elles être favorablement agréées, et puisse surtout notre bonne volonté nous être un titre à la bienveillance de nos juges !

PREMIÈRE PARTIE

RUPTURE DU VENTRICULE GAUCHE

(face antérieure)

Obs. I (]). — M. Naret présente une rupture du cœur.

Une femme, âgée de 78 ans, ne s'étant jamais plainte de palpitations ni d'essoufflement, mais ayant parfois des élancements dans, la région du cœur, éprouva, dans la journée du 21 novembre dernier, de vives contrariétés. Vers 4 heures de l'aprèsmidi, elle ressentit une douleur très violente à la région précordiale; elle dîna néanmoins comme d'habitude; mais, se sentant mal à l'aise, elle alla se coucher. Elle se releva quelques heures après et resta debout jusqu'à 9 heures du soir. Elle s'en dormit jusqu'à 1 heure du matin; alors on l'entendit pousser un gémissement plaintif. Une de ses voisines l'appela sans en recevoir de réponse; la croyant endormie, elle ne s'en inquiéta pas davantage. A partir de ce moment, on ne l'entendit plus, et ce n'est que le lendemain matin que l'on s'aperçut de sa mort.

A l'autopsie, on trouva une perforation du ventricule gauche, vers la pointe et un peu à droite, perforation dirigée de droite à gauche et de haut en bas, de la largeur de quelques millimètres. Intérieurement, les colonnes charnues du ventricule gauche sont rompues au niveau de l'orifice de la perforation, et l'on retrouve des caillots emprisonnés dans leurs débris. Le tissu musculaire du cœur est ramolli, évidemment altéré dans sa texture et paraissant avoir subi à un haut degré la dégénérescence graisseuse. Dilatation de l'aorte; insuffisance légère des valvules sigmoïdes; péricarde distendu par une quantité de sang que l'on peut évaluer à deux verres. Pas d'altération ni d'inflammation du péricarde.

Obs. II (1). — M. Lacrousille montre une rupture du cœur avec dégénérescence graisseuse de cet organe.

Lobinon, veuve Chausson, âgée de 75 ans, était sujette à de fréquents étouffements et parfois avait les lèvres cyanosées. Elle présentait une pâleur habituelle, avec coloration un peu jaunâtre et bouffissure de la lace : en un mot, le faciès d'une femme atteinte de maladie du cœur. Elle avait de fréquentes pertes de connaissance, mais qui duraient fort peu; une est survenue le jour de sa mort, vers 2 heures 1/2 du soir. Elle s'est couchéevers 9 heures, comme d'habitude, lorsque, vers 10 heures, deux cris aigus se sont fait entendre. ,La surveillante arrive et trouve les quatre membres flasques, retombant comme une masse inerte, bien qu'il existât encore quelques mouvements du thorax. Mais, deux minutes après environ, elle était morte.

A l'autopsie, on trouve le péricarde considérablement distendu par un liquide qui, par transparence, donne à cette membrane un aspect violacé.

En ouvrant cette séreuse, il s'écoule du sang liquide avec trois ou quatre gros caillots aplatis, dont le poids*total s'élève à 310 grammes. On voit alors un cœur volumineux, surchargé de graisse. Après l'avoir essuyé, on constate sur la face antérieure de cet organe, et parallèle à la cloison ventriculaire, une déchirure de 3 centimètres de long; son extrémité inférieure est distante de l'extrémité inférieure du cœur de 2 centimètres environ. Si on ouvre le ventricule gauche, on voit que cette déchirure correspond à la paroi droite de ce ventricule, immédiatement en avant de la cloison, vers l'extrémité inférieure de laquelle elle se trouve située. On constate à ce niveau la rupture des colonnes charnues correspondantes, qui offrent une grande friabilité, et au premier abord ne paraissent point atteintes de dégénérescence.

Cependant, en examinant plus attentivement, après avoir bien lavé la surface interne de ce ventricule, on constate que les petites colonnes charnues de la paroi droite, à l'angle formé par la réunion de cette paroi avec la gauche, sont en quelques points surchargées de graisse visible à l'œil nu et située sous l'endocarde. En d'autres points, ces colonnes paraissent presque entièrement remplacées par des colonnes graisseuses. Au niveau delà rupture, ces colonnes présentent en certaines parties de la graisse, en d'autres points, au contraire, elles paraissent normales. Dans tous les cas, elles offrent un certain degré de friabilité et une pâleur plus grande qu'à l'état normal. Ces dernières colonnes, examinées au microscope, présentent des granulations pigmentaires et quelques granulations graisseuses. Quant aux colonnes énumérées les premières, elles contiennent des fibres atrophiées en partie, en partie remplacées par de la graisse.

La paroi antérieure du ventricule droit, immédiatement en avant de la valvule auriculo-ventriculaire, offre la même lésion da*s ses colonnes charnues, mais plus prononcée dans la moitié supérieure de la hauteur. Dans la moitié inférieure, les colonnes sont à peu près saines. On trouve la même lésion dans la paroi postérieure, vers sa partie inférieure.

Obs. III (1). — M. Archambault montre une rupture du cœur.

Un homme âgé de 84 ans, qui ne quittait pas son fauteuil, est pris à minuit d'oppression avec faiblesse, irrégularité du pouls, de douleurs siégeant au creux épigastrique et entre les deux épaules; cet état d'anxiété se prolonge jusqu'à 8 heures du matin, où il expire brusquement entre les bras d'un infirmier qui essayait de le soulever pour le mettre sur le bassin.

A l'autopsie, on a trouvé le péricarde distendu par une quantité de sang considérable : 350 grammes. Le cœur, entouré par un caillot, a à sa pointe une perforation en partie comblée par un caillot. A l'intérieur de cet organe, on voit une ulcération qui a détruit les colonnes du cœur et s'est propagée jusqu'à sa face interne.

M. Laborde a examiné les cœurs (Obs. 2 et 3) présentés par MM. Lacrousille et Archambault. Tous deux offrent la même structure. Ils ont subi la dégénérescence graisseuse (Il y a ici surcharge adipeuse de l'organe et dégénérescence graisseuse des fibres musculaires.)

Obs. IV (2). — Rupture du cœur. Observation recueillie à Sainte-Périne, service du docteur M. Raynaud, par M. Le Piez, interne des hôpitaux.

M. R. . . , 81 ans, homme petit et gras, a eu une pneumonie il y a deux ans environ; bonne santé habituelle, n'a jamais eu d'accès d'asthme.

Dans la nuit du lundi 17 au mardi 18 mai, vers 4 heures du

matin, il se réveille brusquement, éprouvant un sentiment de malaise, de faiblesse générale.

Le 18, à 8 heures du matin, il vient jusqu'à l'infirmerie, soutenu par deux personnes, et l'on constate l'état suivant : douleur en barre au niveau de la partie intérieure du sternum, n'augmentant pas par la pression et ne s'irradiant ni vers le cou ni vers les épaules. Pas de frisson ni de point de côté, un peu de toux, mais qui existe déjà depuis longtemps, dyspnée légère. A l'auscultation de la poitrine, on trouve quelques râles sibilants et muqueux disséminés dans les deux poumons, les bnaits du cœur sont normaux. Céphalalgie légère, langue bonne, un peu de constipation, habituelle du reste. Pouls à 96 ; régulier.

A 10 heures (du matin), la douleur sous-sternale a beaucoup augmenté, mais sans irradiations; dyspnée très intense, l'inspiration s'effectue péniblement, l'expiration est sifflante, le malade est très agité^ et fait de grands efforts pour respirer; face rouge, couverte de sueur. L'auscultation des poumons fournit les mêmes signes stéthoscopiques ; l'auscultation du cœur, rendue difficile par le bruit que fait le malade en respirant, ne laisse cependant constater aucun bruit anormal; on entend, peut-être un peu moins distinctement, les battements du cœur. Pouls un peu petit, à 120, sans irrégularités ni intermittences.

Mort subite à 11 heures moins un quart. La face est très pâle, les extrémités légèrement cyanosées.

Autopsie, 45 heures après la mort.

A l'incision des parois. thoraciques, on trouve une couche de tissu adipeux de 4 à 5 centimètres d'épaisseur. Le thorax ouvert présente le péricarde surchargé de graisse, distendu et d'aspect bleuâtre. En détachant les poumons, on détruit quelques adhé rences du poumon gauche vers son bord postérieur. Au moment oùj'on incise le péricarde, il sort un jet de sang liquide que l'on peut évaluer à peu près à un verre, on ne rencontre pas de caillots. Le cœur, d'un volume normal, flasque, aplati, présente également de la surcharge graisseuse; on voit immédiatement, sur la face antérieure du ventricule gauche, à un centimètre environ du bord correspondant du cœur et vers l'union du tiers supérieur de cette face avec ses deux tiers inférieurs, une solution de continuité à bords légèrement déchiquetés, dirigée parallèlement au bord gauche du cœur et longue d'environ deux centimètres.

A la coupe, les parois du cœur sont très friables et se déchirent sous le doigt; elles présentent une coloration pâle, un peu jaunâtre^On ne trouve de caillots dans aucune des cavités;

le sang y est en petite quantité, noirâtre, parfaitement liquide. Au premier abord, on ne découvre pas l'orifice interne de la rupture, mais, en versant une petite quantité d'eau dans le ven tricule et en relâchant ses parois, on voit le liquide s'écouler par un jet assez mince de l'orifice externe. La difficulté de découvrir l'orifice interne de la rupture tient à ce qu'il est masqué par la colonne charnue qui, née du bord gauche du ventricule, va s'insérer par ses cordages sur la valve antérieure de la valvule mitrale; il est, en effet, situé à la base de cette colonne, et derrière elle, dans le point où elle se détache de la paroi ventriculaire.

Pour en prendre bien connaissance, on est obligé de couper les cordages tendineux, et de renverser en bas la colonne charnue; on voit alors qu'il présente à peu près les mêmes dimensions que l'orifice externe; ses bords sont frangés, et il a une forme un peu arrondie. Le trajet intermédiaire aux deux orifices, un peu déchiqueté, offre une direction légèrement oblique de haut en bas et de dedans en dehors. On ne rencontre de caillots dans aucun point de la rupture.

Les valvules, de "même que la crosse de l'aorte, présentent, comme altération unique, quelques plaques athéromateuses.

L'orifice des artères coronaires est considérablement rétréci; ces deux artères, recouvertes dans leur trajet par une couche de tissu adipeux assez épaisse, présentent au plus haut point la dégénérescence calcaire. Leur cavité, très rétrécie et hérissée de saillies, laisse à peihe passer un stylet très fin.

On rencontre plusieurs plaques laiteuses disséminées sur le péricarde.

Les poumons sont sains, gorgés d'écume bronchique; on trouve quelques adhérences légères à la partie postérieure du poumon gauche ; les fausses membranes sont molles et paraissent être de date récente.

Examen microscopique. — Nous avons déjà dit que les coupes du cœur présentent à l'œil nu l'apparence graisseuse ; on la trouve encore plus accentuée à l'extrémité libre des colonnes charnues dont le tissu jaune-pâle, dans une étendue d'un centimètre environ, paraît complètement dégénéré. En effet, différentes préparations prises sur la paroi des ventricules, sur les colonnes charnues, aux orifices et dans le trajet de la rupture, présentent des fibres musculaires dont la striation en travers a complètement disparu par places, tandis que, dans d'autres points, elle est seulement moins nette ; le sarcolemme est rempli de granulations graisseuses, rangées en séries les unes à côté des autres; autour de la préparation, on voit nager de nombreuses gouttelettes de graisse.

La préparation traitée par l'acide acétique devient plus transparente, moins nette, mais on y constate toujours la présence des gouttelettes. On trouve également quelques granulations d'un jaune ocreux qui deviennent plus apparentes après que la préparation a été traitée par l'éther.

Réflexions. — Nous croyons que le malade a pu survivre pendant plusieurs heures à la lésion, grâce à la disposition de l'orifice interne de la rupture qui, pendant la systole ventriculaire, se trouvait complètement obturé par la colonne charnue, derrière laquelle il était, pour ainsi dire, caché. L'écoulement du sang dans le péricarde ne pouvait conséquemment avoir lieu que pendant la diastole ventriculaire ; il s'écoulait peu de sang à chaque diastole, et la mort n'est arrivée qu'après un certain temps; lorsque le péricarde a été suffisamment distendu par l'hémorrhagie qui, à son tour, a comprimé le cœur et fait cesser ses mouvements.

Obs. V (1).— Rupture du cœur. Communiquée par M. Gachet. (Résumée.)

Le 17 novembre 1831 est entrée à la Pitié, salle Saint-Joseph, service de M. Parent-Duchâtelet, une femme nommée Lacour (Adélaïde), âgée de 52 ans, ouvrière en chaises.

Cette femme, autrefois d'une santé vigoureuse, est affectée depuis quelques années de palpitations et de dyspnée. Ces phénomènes, rares à leur origine et souvent suspendus, la gênaient médiocrement dans ses travaux C'est seulement depuis que l'écoulement menstruel a cessé d'apparaître que les battements anormaux du cœur sont devenus très intenses, presque continus et souvent accompagnés d'une gêne très marquée des fonctions pulmonaires. Du reste, la malade a éprouvé plusieurs guérisons momentanées et rechutes successives; aucun soin, aucun traitement n'a été opposé aux progrès du mal.

Le jour où la malade est entrée à l'hôpital, l'affection du cœur était complètement voilée par un état d'irritation du tube intestinal, et dû, sans doute, au mauvais régime nécessité par le manque de travail; le traitement fut dirigé d'après ces données.

Le samedi 19, à la visite du matin, la malade était dans une anxiété profonde ; elle se plaignait de dyspnéer du retour de ses palpitations dont nous apprîmes alors l'ancienneté. Le pouls était plein, dur, fréquent, la face rouge.

Le 20 au matin, les symptômes alarmants de la veille étaient diminués.

Le 21, la malade se trouvait beaucoup mieux et parlait avec facilité; elle s'étendit même d'une manière très prolixe sur l'excellence de sa constitution. Je la quittai vers neuf heures. Vers onze heures, au milieu d'un effort destiné à remonter au lit, elle jeta un cri et tomba morte.

Pendant 5 à 6 minutes, la respiration a encore eu lieu; la face, qui avant était fort rouge, a présenté. subitement une pâleur remarquable.

Autopsie, 40 heures après la mort.

Cadavre d'environ cinq pieds, très gras; système musculaire très développé, face injectée.

Nous passons sous silence les altérations encéphaliques.

Poitrine. — Plèvres; la gauche présente un épanchement peu considérable, avec quelques fausses membranes près de sa partie inférieure; la droite est saine.

Les deux poumons sont parfaitement sains, très crépitants; à l'origine des gros vaisseaux, il y a beaucoup de sang noirâtre qui paraît y avoir stagné. La muqueuse des voies aériennes est légèrement œdémateuse au voisinage de la glotte.

Le péricarde se montre bien dégagé des poumons ; il laisse voir, à travers lui, une masse noirâtre. Il ne présente aucune altération. Ouvert à l'aide de ciseaux mousses, il offre à sa partie inférieure un énorme caillot de sang noirâtre qui enveloppe le cœur droit; ce caillot pèse environ 10 onces. Le reste du péricarde est rempli par une sérosité citrine analogue à celle des saignées ; cette sérosité occupe les deux tiers du péricarde.

Le cœur, couché sur le caillot indiqué, présente dans l'espace de trois pouces, de sa pointe jusqu'au milieu du bord antérieur du ventricule gauche, plusieurs ecchymoses et une rupture. La rupture est anfractueuse, présente plusieurs colonnes charnues à son orifice extérieur, qui a environ 8 lignes. Elle est placée à deux "pouces de la pointe, près du sinus longitudinal antérieur.

Au-dessus et au-dessous, le cœur aminci présente des traces d'infiltration sanguine.

L'oreillette et le ventricule droit sont exsangues. Aucune altération n'existe dans ces cavités, non plus que dans les veines caves, dans l'artère pulmonaire. Cette dernière contient un caillot de sang noirâtre.

Les veines pulmonaires et l'oreillette gauche sont très saines.

L'orifice auriculo-ventriculaire gauche présente, dans les replis de la valvule mitrale, un nombre considérable de petits corps peu développés, mais qui me paraissent cartilagineux.

Cette ouverture ne me semble ni dilatée, ni rétrécie.

L'oreillette gauche est remplie d'un caillot noirâtre, non fibrineux.

Le ventricule gauche est affecté de dilatation avec hypertrophie, de modification de son tissu naturel dans certains points, enfin, de ramollissement partiel et de ruptures. La capacité de ce ventricule, comparée avec le ventricule droit, présente une différence d'un grand tiers en faveur du premier. Il serait facile d'y loger un gros œuf de poule. L'hypertrophie, ici, ne consiste pas tant en ce que l'épaisseur des parois soit augmentée, mais bien en ce que la capacité naturelle ayant presque doublé, les parois sont restées également épaisses, du moins en avant, en dehors et en arrière ; car, en dedans, siège une altération que je vais indiquer. Dans l'épaisseur de ces parois, surtout en dehors et dans les couches superficielles, le tissu musculaire est transformé, par places, en taches d'un blanc rougeâtre ; dans ces points, l'aspect musculaire cesse.

Tout le bord antérieur du ventricule, le long de la scissure longiludinale antérieure, présente un amincissement remarquable. Le tissu du cœur me paraît ramolli, sans être très friable, comme l'indique M. Blaud dans son Mémoire sur les ruptures. Les points d'amincissement les plus marqués sont à la pointe, puis à un pouce au-dessus, enfin vient la rupture qui, en dedans, présente une scissure de plus d'un pouce ; au-dessus de la scissure, un point d'amincissement s'offre encore.

L'orifice aortique présente dans ses valvules sigmoïdes beaucoup de points cartilagineux ; il y en a à la base des valvules demi-circulaires. L'aorte ascendante et descendante offre, sur tout à sa crosse, des plaques cartilagineuses de grandeur variée.

Nous passons sous silence les altérations constatées dans l'abdomen.

Obs. VI (1). — Mort subite par rupture du cœur, par M. Durand-Fardel. (Résumée.)

La nommée Matton, âgée de 73 ans, était bien conservée pour son âge. Sa santé était généralement bonne; elle n'avait pas d'infirmités et ne présentait les signes d'aucune affection chronique. 11 paraît que, il y a cinq mois, elle éprouva un étourdissement sans perte de connaissance, qui fut suivi, pendant quelques jours, de faiblesse du bras droit et de difficulté de s'exprimer.

Le 7 janvier 1839, à sept heures du matin, s'étant levée pour uriner, elle tomba sans connaissance ; on m'assura qu'elle n'avait présenté alors ni raideur, ni mouvements convulsifs; il n'y eut ni vomissements, ni évacuations spontanées. Une demi-heure ne s'était pas écoulée lorsque je la vis; elle rendait le dernier soupir. Elle était très pâle, les extrémités flasques, la chaleur de la peau normale.

Autopsie, vingt-quatre heures après la mort.

(Nous passons l'examen de l'encéphale.)

Le péricarde est distendu par une grande quantité de sang noir, presque entièrement coagulé. La face externe du coeur, examinée avec soin, ne présente autre chose qu'un peu d'infiltration sanguine sous la lame péricardique qui le recouvre, un peu en arrière de son bord gauche. Cette infiltration est dis posée suivant une ligne à peu près parallèle à l'axe du cœur, et s'étend depuis la base de l'appendice auriculaire gauche jusqu'à quatorze ou quinze lignes au-dessous. Aux deux extrémités supérieure et inférieure de la surface ecchymosée, la lame séreuse présentait une érosion un peu inégale, de deux à trois lignes de longueur, la supérieure horizontale et la deuxième verticale. Un trajet, légèrement sinueux, tapissé d'un peu de sang coagulé, faisait communiquer, au-dessous du feuillet du péricarde, ces deux érosions. Un stylet, introduit dans l'inférieure, pénétrait presque directement dans la cavité du ventricule gauche.

Les parois de cette perforation, infiltrées à leur superficie d'un peu de sang coagulé, étaient formées par le tissu musculaire du cœur très ramolli, dans l'épaisseur de deux à trois lignes; sa couleur paraissait peu altérée, à part ce qui était dû à l'infiltration sanguine. Lorsqu'on projetait un filet d'eau, il s'élevait une sorte de chevelu qui rappelait l'aspect des foyers hémorrhagiques du cerveau.

Plus près de la pointe du cœur, il y avait un point, gros comme une aveline, ramolli, un peu infiltré de sang, sans autre altération de couleur, d'une apparence tout à fait semblable à celle des parois de la perforation. L'endocarde, autour de ces ramollissements, ne paraissait pas sensiblement altéré. Sur plusieurs points de la face interne du ventricule, il était blanchâtre et un peu épaissi. Le reste du tissu du cœur ne présentait aucune altération. Les orifices et les parois de ses vaisseaux étaient tout à fait sains. Les cavités gauches, presque vides, sans être pourtant revenues sur elles-mêmes, ne contenaient qu'un peu de sang coagulé entre les colonnes charnues de leurs parois. Il y avait une assez grande quantité de sang demi-liquide dans les cavités droites.

Infiltration séro-sanguinolente des poumons. Rien à noter dans l'abdomen.

Obs. VII (1).

M. Mascarel rapporte qu'une femme de 76 ans, assez bien portante et obèse, sujette à la dyspnée, fut prise, un matin, d'engourdissement dans le bras droit. Deux ou trois heures après, même sensation, puis, tout à coup, elle mourut. On trouva les circonvolutions larges et volumineuses. L'arachnoïde et la pie-mère contenaient de la sérosité. Le péricarde, violet à l'extérieur, était distendu par du sang liquide, et le cœur était enseveli dans une masse de fibrine. Sur le ventricule gauche, à un pouce du sommet et près de la cloison, se trouvait une scissure de quatre lignes de longueur, et formée évidemment par déchirure du tissu musculaire. Cette scissure était parallèle à la cloison. Elle était plus large en dedans qu'en dehors. Tout autour, le tissu musculaire était rouge et ramolli ; l'endocarde était altéré, dépoli, et des caillots sanguins adhéraient dans cet endroit.

Obs. VIII (2). — M. Moutard-Martin présente une rupture du cœur.

Ce cœur appartenait à une femme de 67 ans, qui mourut tout à coup, pendant sa convalescence. Elle venait d'être traitée pour un embarras gastrique et on lui avait administré des vomitifs. A l'ouverture de la poitrine, on trouva le péricarde distendu par une quantité considérable de sang, moitié liquide, moitié solide. La partie liquide avait un aspect rouge, analogue à celui du sang artériel. Sur la face antérieure du cœur, au milieu de la hauteur du ventricule gauche, près de la cloison interventriculaire, existe une fente sinueuse, de 4 à 5 millimètres de longueur, qui pénètre dans le ventricule gauche et a donne passage au sang. La pointe du cœur est ramollie et présente dans son épaisseur une large ecchymose, qui s'étend jusqu'au tissu graisseux environnant. En ouvrant le cœur par la paroi postérieure, on trouve des caillots adhérents aux colonnes charnues, et sur la face interne de la paroi antérieure l'ulcération qui communique avec latente déjà décrite. À son pourtour, le cœur ramolli se déchire avec la plus grande facilité. L'orifice auriculo - ventriculaire , légèrement épaissi, remplissait ses fonctions.

Obs. IX (1). — M. Simon présente une altération qu'il désigne sous le nom de rupture du cœur.

La pièce provient d'une vieille femme, morte ces jours derniers à la Salpétrière, dans le service de M. Prus. La malade est entrée à midi à l'infirmerie, le 15 février. A 7 heures du soir, pendant la visite, M. Simon la trouve dans l'état suivant : elle se plaint de douleurs vagues dans les membres, d'un peu de faiblesse; le pouls est petit, fréquent, bat 90 à 95 fois par minute; les battements du cœur sont sourds, précipités; la respiration, du reste, est normale, la parole libre, et tous les organes paraissent en bon état; la malade semblait donc en proie à une simple indisposition. Après que M. Simon l'a quittée, la malade descend de son lit pour aller sur le bassin, remonte seule dans son lit et cause un instant avec ses voisines. Cinq minutes après, une infirmière de veille trouve la malade morte dans son lit, sans qu'on ait entendu le moindre cri, le moindre effort.

A l'autopsie, faite 38 heures après la mort, toutes les lésions que l'on trouve sont bornées au cœur; les autres organes sont sains, à part les gros vaisseaux. Le péricarde est fortement distendu, de manière à écarter les poumons, fluctuant et bleuâtre à l'extérieur. Au moment où on l'ouvre, il s'en écoule une grande quantité de sang demi-coagulé, qui pèse environ 250 grammes. Sur la face antérieure du ventricule gauche, à peu près à la moitié de sa hauteur, et près de la cloison, se voit, au premier abord, une perforation dans laquelle s'engage un caillot sanguin. Si l'on examine avec soin, on trouve qu'il existe trois perforations au lieu d'une, deux petites et une grande, toutes trois dirigées dans leur grand axe, obliquement de haut en bas et de droite à gauche, de manière à être parallèles à la direction des fibres superficielles du cœur en ce point. La plus grande perforation a ses bords dentelés irrégulièrement, et communique jusque dans la cavité ventriculaire, par l'intermédiaire d'un foyer inégal, dont les parois sont formées par un tissu musculaire un peu déchiqueté, coloré en brun rouge ou noirâtre dans son intimité par du sang, et d'une consistance bien plus molle que le reste du tissu charnu du cœur. Les deux autres perforations sont deux sortes de lentes, presque linéaires, d'un centimètre environ de longueur, régulières, placées, l'une à droite, l'autre à gauche de la perforation principale, quoique pas à la même hauteur tout à fait. A côté, se voient encore deux éraillures, mais superficielles et ne dépassant guère le péricarde.

A l'intérieur du ventricule, dans le point correspondant à la grande perforation extérieure, se trouve une grande fente ou déchirure, de 3 centimètres environ de longueur, remplie par un caillot fibrineux superficiellement, mais noirâtre profondément; à ce niveau, une des grosses colonnes charnues val vulaires est flottante, suspendue à ses tendons, parce que sa base est détruite. Dans la lèvre de cette déchirure vient aussi aboutir, outre la grande perforation, la petite perforation extérieure droite; quant à la gauche, elle vient aboutir isolément dans la cavité ventriculaire, entre deux colonnes charnues. L'endocarde est altéré près de sa déchirure, il présente par points nombreux et épars des épaississements d'un gris blanchâtre, granuleux, et même on remarque çà et là quelques traces d'éraillures. Pas d'hypertrophie. L'artère aorte, qui fait suite à ce cœur perforé, offre à leur plus haut point tous les degrés de la transformation crétacée. Presque la totalité de la membrane interne est soulevée par des épaississements cartilaginiformes avec lesquels elle se confond; ces épaississements sont crétacés dans plusieurs endroits, et, dans quelques autres, ils ont déchiré, détruit la membrane interne, en sorte que, là, le sang se trouvait en contact avec la substance crétacée elle-même des plaques épaissies. La peau de la malade présentait aussi quelques taches de purpura.

Obs. X (1). — Rupture du cœur, par M. Campbell, interne des hôpitaux. (Résumée.)

M. Leroy, âgé de 76 ans, pensionnaire à Sainte-Périne depuis dix ans, ayant autrefois beaucoup aimé les femmes et le jeu, d'habitudes, d'ailleurs, fort douces et ne se livrant à aucun excès depuis sa retraite, éprouvait de temps en temps de légers étourdissements, accompagnés d'éblouissements et de bourdonnements d'oreilles. Il était sujet à faire des chutes quand ces vertiges le prenaient. Il était doué, d'ailleurs, d'un tempérament sanguin très prononcé et jouissait d'une assez grande activité des fonctions intellectuelles et motrices. Le 3 mai dernier, il fit une chute en montant l'escalier. Une saignée de deux palettes fut pratiquée, qui soulagea immédiatement le malade. Sa santé avait paru s'améliorer de jour en jour; il n'avait plus éprouvé de vertiges, lorsque, le 22 juillet, il se plaignit de sentir une grande pesanteur de tête, une sensation pénible d'étourdissement et une douleur qui s'étendait depuis le sternum jusque entre les deux épaules. Le pouls est faible, mais régulier, d'un rhythme normal. Les battements du cœur sont faibles, mais réguliers.

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