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De la souveraineté dans l'Église, ou, De la république fraternelle de l'aristocratie épiscopale et de la monarchie pontificale

Jean Bonaventure Charles Picot · 1873 · Scanned text · Free in the US

199,373 words · about 13 h 58 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
Jean Bonaventure Charles Picot
Language
French
Published
1873
Length
199,373 words · about 13 h 58 min
Sections
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Contents (18)

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Préface

L'Homme-Dieu, l'humanité et la religion sont maintenant divisés et en révolte. Les lambeaux sanglants de Jésus- Christ, les membres de la grande famille du Père qui remplit les deux se dessèchent dans leur désunion.

La France, ainsi que toutes les autres nations catholiques, a pour l'union les plus vives aspirations ; mais les âmes y sont tenues divisées par des liens inextricables. Cependant, elle se tord et périt daqs la douleur et dans des discordes sans fin, parce que son esprit, égaré par des illusions revêtues des apparences les plus vénérables et les plus sacrées, n'ose point se fixer sur la véritable cause de son mal.

Le clergé catholique fait entendre ainsi perpétuellement sa grande voix : « Venez au Pape, au seul Saint, à l'Infaillible; et ep lui vous aurez la paix, le saluf et la vie '^ nelle. » Biais le Gouvernement, qui paye le clergé et n(

Diaitized by VjOOQ IC

VI PRÉFACE

es prélats, répond : o Je n'irai pas à l'Infaillible, parce que je ne serais plus, parce que la patrie ne serait plus, et parce que la France ne serait plus. Cependant, continuez à remplir^ comme vous le faites, votre ministère ; faites toujours entendre les même appels ; faites disparaître en faveur de l'Infaillible toute trace des libertés de l'Eglise gallicane qu'il s'est engagé à respecter par concordat , et déposez à ses pieds les âmes des Français que vous aurez asservies et dénationab'sées. »

Ces discours font réfléchir aux paroles de la Vérité éternelle : a Tout Etat divisé en lui-même sera désolé; »

La situation présente de la France est pour tous un lit de Procuste. J'ai cherché avec foi et ardeur la bonne voie pour sortir sûrement des ténèbres et des discordes , et pour arriver enfin à la lumière, à la liberté divine et à l'union générale.

Cette voie est enfin trouvée ! Pour y parvenir , j'w déblayé bien des ruines. Après ce long et pénible travail, j'ai découvert çà et là les indestructibles bases de l'Eglise du Christ. Tandis que mes yeux les voyaient, mon esprit tout étonné refusait de croire à mes yeux, et mon âme était bouleversée et abattue. Mais mon cœur les a reconnues. En les reconnaissant, il les a aimées, et il en a contemplé, avec bonheur l'admirable beauté et la céleste unité.

J'ai laissé subsister dansl'ouvrageque je publie les traces de mes recherches et du trouble profond de mon âme. Le lecteur comprendra mieux par là de quelle manière je suis

PRÉFACE , VU

parvenu à découvrir Torganisation divine du Christ, dont la splendeur éclairait de plus en plus mon esprit.

J'ai rassemblé les bases posées par la main du Fils de l'homme. Puis j'ai réuni les pierres éparses du saint édifice, et j'ai réédifié l'Eglise sur ces bases. Pour l'examiner sous ses diverses faces, je me suis placé à toutes les distances, et, à toutes les distances, mes yeux, mon esprit et mon cceur, ravis d'admiration, se sont unis dans le même cri : « Voilà bien l'œuvre de Dieu ! Voilà bien le temple élevé par le Père de tous ! Voilà bien pour les nations agitées, troublées et divisées, l'arche sainte de la paix et du salut ! Là est bien la vie ! »

Cette arche est une République démocratique et fraternelle, qui glorifie surtout la faiblesse, le malheur, la souffrance et la pauvreté.

Elle a fait l'admiration de tous, et elle est devenue en peu de temps l'asyle et le salut de tous. Elle a changé le monde. Les Juifs en très-grand nombre se sont convertis à la foi de l'Evangile; les Gentils l'ont embrassée ; la plèbe romaine l'a embrassée ; après quelque temps de persécutions , les maîtres de Rome et du monde l'ont embrassée, et les barbares l'ont embrassée.

Mais, en acceptant la folie de la croix, les Pharisiens juifs voulsdent par elle étendre la puissance du royaume d'Israël, ainsi que le prouvent le troisième Synode de Jérusalem, les Épltres de saint Paul, les paroles que, peu de jours avant l'arrestation de l'Apôtre des Gentils, saint Jacques lui a adressées, et la cause même de cette arrestation.

VIII . PRÉFACE

De même, en acceptant la folie de la croix, les sages de Rome ont voulu du moins, à l'aide de certaines modifications, conserver et étendre, par elle, une domination essentiellement contraire à l'esprit de liberté et d'égalité fraternelle, qui est l'âme de la doctrine du Christ et qui vivifie toutes les Épttres de l'Apôtre des Gentils.

En xetournant aux fouilles qui m*ont fait découvrir les bases divines et les pierres de l'édifice de TEglise , j'ai trouvé, au-dessus de cette couche sainte, l'ancien patronage romain que les sages de Rome ont établi dans l'Eglise, au moyen d'une fiction qui assimile le ministre élu, l'esclave de tous, à un Époux de cette Eglise et à un Père des enfants de Dieu qui sont les frères, les membres et le corps de Jésus-Christ.

Par cette fiction et par des fables ingénieuses' touchant l'omnipotence de saint Pierre et sa succession, l'Eglise romaine a été fondée et a remplacé l'Eglise du Christ. Avant cette fiction, les membres des deux sexes de chaque Eglise étaient tous Saints, c'est-à-dire Souverains, excepté leurs ministres, qui étaient esclaves. Mais, depuis cette fiction, les ministres seuls sont Saints : on lea^nomme Saints Pères. La République chrétienne a été ainsi changée en aristocratie^*

Dans la couche superposée, les Saints Pères, qui s'unissent dans de nombreux conciles, dictent leurs lois aux fidèles abaissés^ et ils deviennent peu à peu des seigneurs, des do- . minateurs et des maîtres. Au-dessus des Saints Pères, s'élève l'évèque de Rome, le Pape : il est plus Saint que les

PREFACE IX

Saints Pères ; il est Très-Saint Père. Celui-ci est pour eux un lien qui acquiert insensiblement une force plus grande. Alors l'aristocratie démocratique est remplacée par une monarchie tempérée.

Enfin, dans la coucbe supérieure, qui frappe actuellement tous les regards étonnés, les Saints Pères ont disparu : ik sont remplacés par des ministres du Pape. Maintenant le Pape seul est Saint ; le Pape seul est le corps du Christ; le Pape seul est enfant et héritier de Dieu ; le Pape seul est le temple de l'Esprit-Saint , le Pape seul est l'Église infaillible, n est tout : hors de lui, tout est dégradé; il q'y a plus d'Eglise sainte , plus de persohde sainte. Ses sujets sont dépouillés de tous droits et , par suite, ils sont tous ses esclaves. C'est une monarchie absolue, arbitraire et tyrannique. Dans TEglise du Christ, le premier ministre était l'esclave de tous : dans l'Eglise du Pape, tous sont maintenant esclaves du Pape. *

Lors des premiers changements opérés dans l'organisation de l'Eglise du Christ, la foi s'est refroidie. Dans le dernier changement, la foi s'est éteinte.

Les nations catholiques, parmi lesquelles le désordre est mdntenant parvenu à son comble, parce que l'exemple dominateur et égoïste du Pape corrompt toutes les branches de l'organisation sociale, ne peuvent certes éviter une ruine imminente, qu'en se converUssant à la vraie foi de l'Evangile, au sentiment du divin sacrifice. Pour cela, il faut commencer par rendre aux fidèles, aux Saints et aux Saintes, la

X PRÉPAGE

liberté divine d*élire leurs pasteurs. Puiàsions-nous entrer au plus tôt dans cette unique voie du salut!

Mais, pour que la régénération soit efficace et produise des effets durables et perpétuels, il est nécessaire que l'éducation de la jeunesse soit vraiment religieuse et nationale, que les lois du Christ et les lois de la France vivifient, par leur union, les esprits et gravent dans les cœurs le sentiment du sacrifice, Tamour de Dieu, de la patrie et du prochain.

Notre éducation est déplorable. Tandis que la loi de 1850 commande à l'instituteur primaire d'enseigner à ses élèves le Catéchisme, c'est-à-dire les lois du Pape, elle lui défend, par une étrange aberration qui tarit les sources de Tordre public et jette les intelligences loin de leur véritable centre de gravité, de leur.donner quelques notions des . lois françaises, que « Chacun doit connaître » et que « Personne n'est censé ignorer. »

Pendant trois ans, les enfants sont catéchisés par le curé. Or, le curé n'est plus élu par les membres de l'Église, mais il est nonuné par l'évëqoe, qui a reçu lui-même sahaute dignité o Parla grâce de Dieu et du Siège apostolique. » Depuis l'abolition en 1 848 du serment qu'il prètût, d'après le concordat, au chef du Gouvernement françûs, et surtout depuis la ruine complète des libertés de l'Église gallicane et la proclamation du dogme de l'infaillibilité, le curé, ainsi détaché des ouailles du Christ et de la patrie, se trouve désormds entièrement assujetti en son évèque au Pape. Aussi ne catéchise-^il plus guère qu'en faveur de Sa Sainteté. Ses enseignements, qui ne sont plus enflammés par l'amour de

PRÉFACE XI

Dieu, de la patrie et du prochâôu, ne produisent aucun bon fruit et demeurent stériles. Quelques jours après sa première communion, Tenfant sent se briser en lui, au contact du monde, tous les faibles liens qui Tassujettissaient au Pape: il ne reste plus rien des instructions religieuset qu'il a reçues, et son éducation est manquée, faussée. Que Ton ne s'y trompe pas! pour former de bonnes générations, une meilleure semence est absolument nécessaire. La bonne semence n'est point produite par le Pape , qui est l'esprit de domination, mais par le Christ, qui est l'esprit de sacrifice.

J.-B.-C. Picot,

Doeteor en droit

Avallon,20Avnl 1873.

DE LA SOUVERAINETÉ

DANS L'ÉGLISE

Qd mal agit, hait la Joar.

Sauit Jean, iu, iO.

BUT ET DIVISION DE L'OUVRAGE

Organisations anti-chrétiennes des Églises. — Nécessité de rétablir l'organisation établie par le Christ. — Etat des institutions romaiiies et joives lors delà venue du Messie. — Etat actuel des institutions chrétiennes. — Fausse idée des institution8.chrétiennes. — Etat actuel des organisations anti-chrétiennes. — Division de FouTrage*

Le but de cet ouvrage est de là plus haute importance : il consiste à mettre en lumièrç l'organisation hiérarchique que le divin Fondateur a donnée à son Ëglise, à montrer et à faire toucher du doigt aux plus incrédules l'unique moyen de rétablir fermement en France et dans les autres nations catholiques et chrétiennes le règue de Dieu et sa justice, et de fadre ainsi- renaître sur la terre la paix, la concorde et Tunion, qui en sont maintenant partout bannies.

L'ignorance et les passions ont insensiblement miné et renversé l'admirable hiérarchie que le Christ a établie dans son Église et que les Apôtres ont mise en pratique. Elles se sont elles-mêmes faites Christs, et elles ont fondé, sur le sable mouvant des intérêts dominateurs et égoïstes, des organisa-

i tioDS en harmonie avec leurs faiblesses 'et leurs petitesses. Mais ces organisatioiife dominantes, qui remplacent maintenant partout la hiérarchie du Christ, obscurcissent l'é* clat de la lumière divine et Tempéchent de pénétrer au fond des âmes pour les vivifier. Elles font le malheur de tous ; au lieu de donner à leurs fondateurs le repos et la quiétude qu'ils espéraient, elles les troublent et les livrent à de continuelles alarmes.

Il est donc juste, équitable, saint et absolument nécessaire au salut de tous, de faire apparaître les bases de la hiérarchie divine, et de rétablir au plus tôt cette hiérarchie parmi nous. Ce grand changement ne renferme que du bien : il calmera les inquiétudes et les souffrances générales; mais s'il causait quelques douleurs, qui seraient d'ailleurs faibles et de peu de durée, la charité fraternelle saurait les adoucir.

Les nations chrétiennes, et surtout les nations catholiques, sont maintenant dans un état aussi déplorable que celui dans lequel se trouvaient l'empire romain et la nation juive à l'époque où a commencé à briller la lumière de l'Ëvangile.

Lorsque le Verbe s'est fait chair (t) pour sauver le monde, racheter les hommes du péché et donner à tous la vie et la liberté, en les élevant à la dignité de fils de Dieu et de frères, la cité romaine avait depuis longtemps franchi les limites que ses grands fondateurs avaient fixées à son territoire, à son champ sacré. Une ambition funeste et un esprit de domination universelle lui avaient fait perdre ses sages et belles institutions, son esprit religieux et par là toutes ses vertus : esclave désormais de passions insatiables, elle adorait son éclatante servitude; prosternée aux pieds de son empereur, œuvre de ses mains, elle en faisait un dieu et lui demandait du pain et, au lieu de vertus, les spectacles du cirque, Panem et circenses f Elle remplissait l'imivers de ses

(1) Saint Jean, Evangile, chap. I, 13.

BUT DB L*OUVRAGE 3

armes, de sa dégradation, de son avarice, de ses rapines et de son mépris dédaigneux pour la religion et pour l'humanité qu'elle foulait avec orgueil sous ses pieds inhumains.

Lorsque le Verbe s'est fait chair, la nation juive était pareillement accablée sous le poids de sa dégradation religieuse et morale, ainsi que l'a publiquement et hautement proclamé Jésus-Christ lui-même devant tout le peuple, et devant les scribes et les pharisiens, qui ne pouvaient répondre aux justes accusations portées contre eux que par des menaces, par des persécutions et par des supplices.

Les pharisiens et les docteurs de la loi juive s'étaient emparés des clés de la science divine : ils n'y entraient point, mais ils en fermaient la porte à ceux qui voulaient y entrer (1). Assis sur la chaire de Moïse, ils enseignaient la loi, mais leurs actes contraires à la loi étaient un scandale public : c( Faites ce qu'ils vous enseignent, disait le Christ; mais ne faites pas ce qu'ils font > (2). Ils liaient des fardeaux pesants et insupportables, qu'ils mettaient sur le dos des hommes, sans vouloir les aider du bout du doigt (3). Hypocrites, ils faisaient tout pour être vus, portaient les paroles de la loi écrites sur de larges bandes de parchemin et s'ornaient de longues franges, afin d'obtenir les premières placeydans les festins, les premières chaires dans les synagogues, d'être salués sur les places publiques et d'être appelés MaUra (4). Sépulcres blanchis, ils étaient beaux au dehors, mais leurs cœurs étaient pleins de rapines, d'iniquités et de pourriture (5). Au moyen de longues prières, ils dévoraient les maisons des veuves (6). Races de vipères, ils étaient sans

(1) Saint Matthieu, Evangile, chap. XXIIl, 13; saint Luc, BvmgUe, chap. XI, 52.

(2) Saint Matthieu, Evangile, chap. XXIII, 2, 8.

(5) Ibid., 25, 29 ; saint Luc, svangile, XI, 39.

(6) Saint Matthieu, BvangiXe, chap. XXIII 14.

foi, sans justice et sans miséricorde (1). Etalant un grand zàle pour la religion, ils parcouraient la mer et la terre pour faire des prosélytes, et lorsqu'ils parvenaient à en faire un, ils le rendaient digne de l'enfer et deux fois pire qu'eux (2). Pleins d'avarice, ils estimaient plus Tor que le temple, et convertissaient la maison de la prière en caverne de voleurs (3).

Alors le Messie apparaît. Il veut sauver tout ce qui était péri : il divinise toutes les misèrea, toutes les souffrances. Il ouvre le saint asile dont il est la porte : les petits et les pauvres accourent en foule à sa voix pleine de bonté miséricordieuse. Bientôt les princes des prêtres juifs et l'empire romain, dont la doctrine divine dévoile les iniquités, se sentent menacés. (Condamné par le grand-prétre Gaïphe et les princes des prêtres (4), Jésus est livré à leur haine par Ponce- Pilate, gouverneur romain (5) : son sang répandu sur la croix vivifie le monde. De même que le divin Maître, saint Paul comparaît devant le conseil des princes des prêtres, présidé par le grand-prêtre Ânanie, muraille blanchie qui ordonne, contre la loi, de frapper l'accusé au visage (6); à raison de son appel à César (7), il est envoyé à Rome où il subit le martyre. Bientôt les flots de sang d'innombrables martyrs fécondent la semence divine.

Âpres dix-huit cents ans depuis le commencement de la prédication de l'ÉvangUe, les nations catholiques et chrétiennes sont dans les mêmes inquiétudes et les mêmes angoisses que celles dans lesquelles étaient les anciens peuples lorsque le Fils de Dieu descendit sur la terre. Les petits et

U;

1) Saint Matthieu, Evangtle, chap. XXIII, 23. 1 lUd., 15. (3; IWd., 16-18; chap. XXI, 13.

(5) Ihid,, chap. XXVII.

(6) Actes des Apôtres, chap. XXIII, 1-3 C7)IWd., chap. XXV, 11.

BUT DE l'ouvrage 5

les pauvres pareiUemeat délaissés, rejetés, méprisés et avilis, poussent vers le ciel les mêmes cris de détresse et de douleur. Contrairement à Tinstitution divine du Christ, les prêtres des diverses Églises chrétiennes ne sont plus, en réalité, de véritables pasteurs des malheureux et des pauvres; ils ne sont plus leurs ministres, et le premier dans chaque Église n'est plus leur esclave. Mais, dans une horrible confusion de TÉglise et du monde, ils se sont constitués les ministres de dominateurs, par Tordre desquels ils répandent parmi les enfants de Dieu, les ténèbres, les superstitions et les divisions : ils reçoivent sur la terre leurs récompenses, qui consistent en titres, en honneurs et en richesses.

Voici ce qui a lieu dans ce déplorable état de choses. D'une part, les pauvres et les malheureux ne mettent plus leur confiance dans les prêtres qui ne sont plus leurs ministres, qui ne recherchent que les bonnes grâces des dominateurs et qui ont abandonné le service de Dieu, pour ne servir que leurs propres intérêts. D'autre part, les prêtres ne considèrent plus les petits et les pauvres comme des enfants de Dieu, comme des frères, comme la vivante image du Christ, comme les ouailles chéries du Seigneur, qu'ils doivent nourrir, abreuver, abriter et assister dans les maladies et les souffrances, mais comme un troupeau qui leur appartient, qui doit une obéissance absolue à leur voix infaillible, et qu'ils ont chacun le droit de traiter d'une manière arbitraire et en maîtres souverains.

La scission qui existe entre l'esprit et les tendances du peuple et l'esprit et les tendances des prêtres, est profonde : entre eux il existe un infranchissable abîme. C'est là un fait connu,, public et iodéniable : pour en douter, il faudrait fermer les yeux.

Selon une opinion qui ne réside pas seulement dans la tête de quelques philosophes, mais qui est très-répandue et qui se généralise parmi les populations des villes et des campagnes, la scission qui existe entre l'esprit du clergé et l'esprit du peuple, prouverait que la religion du Christ a subi le sort de toutes les institutions humaines et de toutes les religions; qu'elle a vieUli; qu'elle ne répond plus aux besoins de l'humanité ni aux nécessités sociales, et que^ déjà effacée et privée de son ancienne influence, elle va complètement disparaître devant les progrès de la science et de la raison.

Or, comme on le voit, cette opinion abonde dans le misérable sophisme que les prêtres cherchent constamment à répandre dans les esprits : elle confond l'organisation funeste, établie par des ambitions égoïstes, avec l'organisation hiérarchique établie sur le dévouement et le sacrifice ; elle confond la doctrine du Pape, et de tous autres dominateurs, avec la doctrine de l'Évangile; elle confond l'esprit de ministres courtisans, qui ne recherchent que leurs intérêts personnels en ce monde , avec l'esprit du Crucifié , des Apôtres et des vrais chrétiens; elle confond, enfin, le loup avec l'agneau, Satan avec Dieu. Certes, le Pape^ le clergé catholique et tous les autres dominateurs ont recouru à toute sorte de moyens, à tous les déguisements imaginables pour établir et conserver ces confusions impies, afin de maintenir et d'étendre leurs usurpations, et de justifier ainsi leurs excommunications et leurs innombrables hécatombes.

Maintenant il y a une nécessité impérieuse de faire promptement disparaître cette confusion déplorable : le règne de Dieu l'exige; le salut des petits, ouailles chéries du Christ, l'exige; l'union de la France, qui est nécessaire pour conjurer les grands périls qui la menacent de toutes parts, l'exige.

J'espère démontrer que Torganisation divine a été abandonnée; que TËglise du Christ a des bases qui diffèrent essentiellement des bases de l'Eglise du Pape et de celles des autres Églises; que l'EgUse du Christ, qui repose sur

BUT DK L'OUVRAGE 7

des fondements divins, sur la grande victime du sacri&ce par lequel nous avons été rachetés de la servitude du péché et élevés à la dignité de fils de Dieu, répand la lumière, donne la vie, la fraternité divine, l'égalité et l'union ; qu'elle respecte, aime et soulage les petits et les pauvres, et qu'elle satisfait pleinement à toutes les nécessités sociales; tandis que VËglise du Pape et les autres Églises, œuvres de Satan, reposent, au contraire, sur l'esprit d'orgueil et de domination , avilissent et dégradent les hommes , répandent les ténèbres, abolissent la fraternité et l'égalité, sèment les divisions et les discordes, repoussent, haïssent et fraudent impitoyablement les petits et les pauvres, et causent la ruine des familles et des nations.

L'Église, qui comprend tous les fidèles formant le corps du Christ et le temple de l'Ësprit-Saint (1), est demeurée complètement étrangère à toutes les funestes innovations de la cour romaine et de ses complaisants et intéressés ministres : toujours elle a gémi des innovations impies qui ont été introduites contre sa puissance et sa dignité. Quoiqu'elle n'ait plus, ^^puis longtemps, de ministres visibles, elle n'a cependant jamais cessé d'exister, et elle n'a poin« failli, car Jésus-Christ a promis de rester avec elle jusqu'à la consommation des siècles et de la rendre triomphante de toutes les puissances de l'enfer. Cette Église bien-aimée du Christ ne tardera pas à reparaître dans toute sa gloire, sa beauté et sa bonté miséricordieuse, de revendiquer ses droits sacrés, de choisir elle-même les ministres de ses volontés souveraines et de rassembler tous ses membres maintenant divisés et dispersés. Toutes les nations catholiques, et notamment la France, l'Espagne et l'Italie, et toutes les autres nations chrétiennes fermentent'; elles sont agitées et dans l'attente, de même que la nation Juive et les peuples

(1) Saint Paul, I Corinth,, chap. III, 16; VI, 15, 19.

opprimés par la domination romaine étaient agités et dans Fattente, lorsque le Christ a paru. L'Ëglise du Pape s*écroule. Maintenant dépouillée par les princes temporels des richesses terrestres sur lesquelles s'appuyait sa domination universelle, et dont elle avait elle-même dépouillé les Églises dp Christ, c'est-à-dire les orphelins, les veuves, les vieillards, les malades et les pauvres^ elle soupire constamment après ces richesses qui demeurent Tobjet perpétuel de ses regrets et de ses désirs^ et perd par là toute espèce de prestige.

Maintenant le droit d'excommunication, dont elle a dépouillé l'Église du Christ et dont elle a si largement usé et abusé pour étendre sa domination spirituelle et temporelle, est dans ses mains une arme émoussée et sans effet. Maintenant la proclamation de l'infaillibilité du Pape et de ses ministres, infaillibilité ravie à l'Église du Christ, est considérée comme un délire; elle soulève partout des sourires d'incrédulité et de triste dédain : c Dieu, dit-on, rend fous ceux qu'il veut perdre, quos Deus vuU perdere^ dementat. » Maintenant l'Église du Pape se compose seulement de ministres constitués en corps dont les membres, recrutés par lappàt des titres, des honneurs, et des avantages pécuniaires, sont retenus par les rigueurs d'une discipline implacable ; entièrement séparée du peuple et de ses aspirations, elle n'a plus de sujets zélés pour sa cause, elle n'a plus de vrais fidèles : c'est une armée qui a de beaux cadres, des généraux et des ofElciers, mais qui n'a plus et ne peut plus avoir de soldats; avilis, les soldats enrôlés par le bapr téme à la sortie du ventre de leur mère , désertent sa cause lorsqu'ils ont acquis l'usage de la raison, pour se rendre en foule dans l'Église du Christ où résident la foi, l'espérance et la charité. Maintenant les ministres de l'Église du Pape et des autres Églises sont salariés par les Gouvernements; singulière situation I à raison môme de leur attachement au

BUT DE L*OUVBAQE * 9

Pape et au pouvoir temporel, leur ministère est frappé de stérilité y et l'abîme qui les sépare du peuple s'augmente. S'attachent-ils au chef du gouvernement temporel? ils le dominent et le font tomber. Le chef du pouvoir temporel repousse-t-il leur ingérance dans les affaires gouvernementales? Gomme il faut qu'ils dominent, ils usent alors de leur influence et des salaires qu'ils reçoivent du Gouvernement pour le déconsidérer, Tentraver et le remplacer par un autre plus obéissant à leurs ordres.

Les ministres du Pape, qui sont maintenant sans crédit et sans influence sur les populations, s'écrient : c II n'y a plus de religion en France 1 d Les impies, les esprits dominateurs, l'empereur d'Allemagne et tous ses soutiens répètent : c II n'y a plus de religion en France ! > Non, il n'y a plus en France de religion du Pape; mais il y a en France quelque chose d'infiniment préférable : c'est la vie, la lumière, Tesprit, la liberté, la fraternité et l'égalité; en un mot, il y a l'Église du Ghrist. Lorsque cette Église divine sera réorganisée, ce qui est imminent, elle donnera la paix et l'amour à tous ses enfants, et elle triomphera de toutes les portes de l'enfer.

0 mon Dieu! soutenez la faiblesse du plus indigne de vos enfants, et faites briller dans les esprits les grandes vérités que vous avez révélées 1

Get ouvrage est divisé en deux parties :

Dans la première partie, nous verrons que les institutions établies par Jésus-Ghrist, et ensuite proclamées et appli- • quées par ses Apôtres, confèrent, dans les termes les plus formels, la souveraineté et ses trois attributs, c'est-à-dire le pouvoir législatif, le pouvoir judiciaire et le pouvoir administratif, non point aux ministres de l'Église, mais bien à rÉglise elle-même, au corps des fidèles, et qu'elles ne les donnent qu'à TÉglise. Dans la seconde partie, nous verrons l'histoire des élections ecclésiastiques, qui sont des actes du buaverain» puisqu'elles ne peuvent valablemenl émaner que du pouvoir administratif; et nous verrons ensuite l'histoire des nominations des ministres du Pape. Cette double histoire, qui est de la plus haute importance^ nous révélera à quelles époques, comment et par quels moyens TÉglise du Christ a été successivement dépouillée, par ses ministres, de sa souveraineté et de ses trois attributs; comment cette souveraine est devenue esclave, et ses ministres et esclaves, souverains; et quelles ont été pour les nations, pour les petits et les pauvres, les conséquences des changements opérés dans la constitution administrative de l'Église.

PRËHIÈRË PARTIE

DE L'ORGANISATION DB L*ÉGLISB DU CHRIST

Quelles personnes sont dans l'Église du Christ. - Quand* cette Église a commencé à exister. — Division de cette partie.

Il importe de faire connaître tout d'abord ce que l'on doit entendre par Église du Christ,

Or, V Église du Christ peut être ainsi définie : 9 CTest une personne morale qui se compose de tous ceux qui sont entrés dans le royaume de Dieu par le baptême de l'eau et de TEsprit-Saint. )>

Cette définition est la seule juste, parce que c'est la seule qui soit fondée sur ces paroles de Jésus-Christ : « Personne n*entrera dans le royaume de Dieu s*il ne renaît par l'eau et TEsprit-Saint > (1). Les expressions royaume de Dieu , royaume des deux et Église sont synonymes, ainsi que le révèlent un grand nombre de passages des évangélistes (2). Avant que de remplir sous la forme humaine la mission que 9on Père lui a donnée sur la terre, le Fils de Dieu a reçu de Jean-Baptiste le baptême de l'eau; le Saint-Esprit est

(1) Saint Jean, Evangile, chap. III, 5.

(2) Saint Matthieu, chap. IV, 17; XI, 11; XIII, STj XVIII, 6 ; XX, 81 ; çaint Marc, chap. 1, 14, 15 ; X, 30 ; saint Luc, chap. VII, 36 ; IX, 37 ; XII, 33; XVIl,20îXVIlI, 18.

descendu en forme de colombe, s'est reposé sur lui, et une voix du ciel a dit : c Voici mon fils bien-aimé dans lequel j'ai mis toute mou affection » (1). Il a ainsi reçu toute puissance pour constituer le royaume de Dieu , pour fonder son Église. Mais, pendant la vie mortelle du divin Maître, ^ les Apôtres et les disciples n*ont reçu que le baptême de Teau : ce n'est qu'après la consommation du grand sacri- Ê^ sur le calvaire qu'ils ont reçu le baptême de TEsprit- Saint; c'est ce que révangéliste saint Jean exprime en ces termes : « Le Saint-Esprit n'avait pas encore été donné , parce que Jésus n'était pas encore glorifié > (2). Jusque-là aucun homme n'est entré dans le royaume Dieu, dans le royaume des cieux, c'est-à-dire dans l'Église. Jusgue-là, parmi touAles hommes nés de femmes, le plus grand a été Jean-Baptiste ; mais le plus petit dans le royaume des cieux sera plus grand que lui (3), car tout ce qui est né de la chair est chair, et tout ce qui est né de l'Esprit est esprit (4). Jusque-là l'Eglise n'a pas existé. Ses fondements immuables ont étéf^osés, mais son édification n'a pu s'opérer qu'après ' la mort du divin Fondateur. C'est d'ailleurs ce que Jésus- Christ déclare lui-même dans ces paroles de dernière volonté qu'il adresse à Simon, fils de Jean : a Sur cette pierre, j'édifiarai mon Église i (5)*

Cette première partie est divisée en deux livres.

Dans le premier livre, nous démontrerons que Jésus- Christ a donné à son Église une constitution démocratique;

Dans le second livre, nous démontrerons que les Apôtres ont enseigné et pratiqué les principes d'une constitution démocratique.

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