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Entretiens sur la grammaire

Lambert Sauveur · 1879 · Scanned text

101,027 words · about 7 h 4 min to read

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About this book

Author
Lambert Sauveur
Language
French
Published
1879
Length
101,027 words · about 7 h 4 min
Sections
4 reader sections
Text
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Rights
Public domain · PD-US by publication date

 

Contents (4)
  1. Front matter about 1 min
  2. Preface about 16 min
  3. Table Des Matieres about 1 min
  4. Introduction about 6 h 48 min

Continue:

Front matter

wÊÊ

IIll

HÏË mgÊBSÈ

Preface

Il n'y a guère qu'une année que je publiais une brochure intitulée Introduction to the teaching of living languages, without grammar or dictionary. Cela peut faire trouver étrange que je produise aujourd'hui des Entretiens sur la grammaire. Cependant, les personnes qui ont lu la brochure savent que notre système d'enseignement consiste à apprendre à parler une langue vivante sans le secours de la grammaire, et sans que jamais* un mot d'anglais soit prononcé. Cela est rigoureusement imposé par le système, et nous ne reconnaîtrons jamais comme appartenant à . notre école le maître qui s'écarterait un seul instant de l'un ou de l'autre de ces deux points fondamentaux. Mais quand les élèves parlent, lisent et écrivent, quand leur pratique de la langue les a mis en possession du génie de la France, et qu'ils sont devenus familiers avec ses idiotismes, le moment est venu pour eux d'étudier les lois du langage français.

Comme les personnes qui n'ont pas lu ma brochure pourraient croire, sur son titre, qu'elle condamne absolument la grammaire, et m'interdisait d'écrire les Entretiens, je reproduis le passage suivant de cette publication : — vi PEÉFACE.

" At the point at which we hâve arrived, it is not amiss, it is even useful, to study the grammar. I do this in my classes the third terni of every year. It is one of the most interesting parfcs of our work, both for my pupils and myself . I see them corne to the class, in spite of the heat of June, with a persistency which almost astonishes me, and which I admire ; they ask me for a lesson in grammar as one of the greatest of favors. It is easily understood. Thèse dear companions of a year's journeying through France and among the French, are acquainted with our grammar before the day on which we open it. There only remains for us to examine the great questions, the points which are difficult even for the French. It is from that time a work of the intelligence, which is full of serious enjoyment. We do it, besides, in an original manner, in one which is not imagined by the existing grammars. Thus we hâve studied this year the subjunctive in a volume of G. Sand. This appears strange to persons who are acquainted only with the routine, and who seem to ignore that the works of the masters hâve preceded grammars, that the epoch which one calls in literature the epoch of grammarians is already an epoch of décadence, because the grammarians soon forget the masters and know only the grammarians whom they study and copy. Thèse people seem to ignore that the grammars corne only after the books, as the generalization cornes after the facts of observation ; and that it is to the books one must resort constantly, since that is the only source.,

" It is then only the great writers who can make us comprehend this élégant and incomparable beauty of

PREFACE. Vil

our language. ' The French,' said to me one day Prof essor Hadley of Yale, that illustrious savant whom America bas recently lost, 4 is perhaps the most beautiful of the living languages, and assuredly the most élégant, thanks to its subjunctive. We English hâve almost entirely lost ours, and with it the délicate shades of thought.' Well ! I defy any teacher to make us realize thèse shades, this use so délicate of the subjunctive, from the grammars : they know nothing of the niceties of the language. We must learn to feel them, to appreciate them, and to love them from the great masters.

" As for the question of the participle, interminable, almost unintelligible, and an affair of memory in the grammars, it has been reduced to a single rule, and I hâve seen my pupils résolve promptly with this one rule, once thoroughly understood, ail the cases of the Grammaire des Grammaires by Girault-Du vivier. I affirm that the pupils wko hâve understood this rule, employ the participle more correctly, beyond comparison, than the young people of the best collèges and schools of France. For there, one is shamefully ignorant of the participle, because there, as hère, one is acquainted only with the absurd and powerless method of the grammars. One does not even • consider that man is a being endowed with intelligence, and without ceremony he is treated as a parrot.

" I will perhaps some time give this portion of my teaching to the public ; my pupils hâve frequently urged me to do so this summer, and I can excuse myself for not having fumlled this duty, only by saying that I am not, as yet, entirely prepared. Every origi-

Vlll PKEFACE.

nal and new production demands to be ripened, and requires long study, much research, and serious méditation. Wlien my work is finished, I shall communicate to my colleagues and to.the public tbis crowning-piece of tbe Causeries avec mes élèves.

Tel est le programme de grammaire présenté déjà dans mon Introduction à V enseignement des langues vivantes. J'espère l'avoir réalisé. Les Entretien* embrassent plus que je n'annonçais, il est vrai, ils traitent de la grammaire entière au lieu d'étudier seulement les grandes questions. Qu'on me fasse grâce pour cette extension du programme. J'ai pensé que la pauvreté des grammaires employées dans les écoles me justifierait de m'entretenir avec les élèves non-seulement du subjonctif et du participe, mais aussi des adjectifs et des pronoms, de l'article, du genre et du nombre des substantifs, de l'emploi des temps, etc.

Ce livre est écrit en français, et devait l'être, puisqu'il ne s'adresse qu'à ceux qui ont été enseignés conformément à notre système.

La forme de la conversation a été choisie, ce sont des entretiens sur la langue. Les considérations suivantes expliqueront pour quelles raisons cette forme a été préférée.

Le défaut capital des grammaires est qu'elles sont obscures, inintelligibles, d'une étude ennuyeuse et repoussante : et le tort des grammairiens est de peu se soucier d'être compris par ceux qui les lisent. Je n'ai jamais examiné une grammaire sans qu'elle me donnât cette idée de son auteur. On dirait qu'il s'agit de présenter des énigmes aux lecteurs et aux élèves des

PREFACE. IX

écoles. Et cependant, si la clarté est la première qualité de tout livre, n'est-elle pas imposée surtout, et indispensable, dans ce genre d'ouvrage qui traite d'un sujet aussi métaphysique que celui des lois générales d'une langue ?

Comme les grammairiens ne se soucient pas d'être compris, ils ne donnent pas le pourquoi de leurs règles. Et n'ayant pas à fournir ce pourquoi à leurs lecteurs, ils ne le cherchent même pas pour satisfaire leur propre esprit, et de là ces erreurs sans nombre et ces cent contradictions qu'ils impriment. La plus complète de nos grammaires, la Grammaire des grammaires par Girault-Duvivier, est pleine de mensonges grammaticaux.

Assurément j'avais à m'efïorcer de ne pas mériter moi-même les reproches que je fais aux autres. A cette fin, je résolus d'être sincère et sérieux dans mon travail, et de toujours me souvenir que je donnais les règles d'une langue qui a horreur de l'obscurité. Je me sentis en outre pénétré de respect pour l'intelligence et la dignité des personnes que j'avais la prétention d'enseigner. Je me suis donc dit que je ferais tout pour être compris et pour appeler la lumière sur tous les points, pour rendre intéressante et attrayante cette haute étude de la grammaire, et je me suis promis de ne rien imposer à la mémoire de mes lecteurs avant d'avoir satisfait leur intelligence entièrement, et répondu à toutes les questions de leur curiosité. Tels sont les sentiments qui ont donné à mon livre son caractère.

Il reproduit mes leçons sur la grammaire, et ce fait achève d'expliquer pourquoi il a revêtu la forme de la

X PKEFACE.

conversation. On comprend que cette forme m'aidât à être sincère dans mon enseignement, et à parvenir à la clarté dans mes explications. Un léger effort d'imagination a replacé sous mes yeux mes élèves, m'a permis de les écouter m'interroger et me présenter leurs objections. Je les ai entendues me dire bien des fois: " Nous demandons plus de lumière, monsieur." Sans cesse je me suis senti le témoin de leur curiosité et de leur avidité à trouver la raison de toutes les lois du langage. Quel stimulant pour un esprit que ce spectacle d'un auditoire intelligent qui refuse absolument de rien croire sur parole, et qui est toujours prêt à crier pourquoi !

Aussi tout est approfondi et expliqué dans les Entretiens. C'est pour cette raison que le livre est un peu plus étendu que je ne l'eusse désiré. Cependant la grosseur du volume cessera d'être une objection contre son emploi par ceux qui étudient la langue, et le recommandera, au contraire, si l'on fait cette simple réflexion. On lit une grammaire pour connaître la grammaire, pour comprendre les lois de la langue. La plus courte des grammaires est donc celle qui est la plus facile à comprendre. Dès lors la grammaire qui a le moins de pages est souvent la plus longue. L'expérience que j'ai faite avec mes élèves m'a convaincu que les Entretiens seront compris après une seule lecture par les personnes intelligentes et très-attentives, et avec un travail à peine plus considérable par les élèves des écoles supérieures. Si cela était vrai, ne pourrais-je pas conclure que cette grammaire est la plus courte des grammaires ?

Quand j'arrive, dans mes leçons, au moment de com-

PREFACE. XI

niencer l'enseignement de la grammaire, j'ai l'habitude de demander à mes élèves ce qu'elles connaissent des règles de la langue. Parmi elles, il en est chaque année plusieurs qui ont appris le français pendant deux, trois ou quatre ans, avant d'entrer dans mes classes. Cependant ces dames me répondent ainsi : " Nous avons beaucoup étudié la grammaire, nous l'avons récitée tout entière plus d'une fois; mais supposez, monsieur, que nous n'en connaissons rien. Nous ne l'avons pas comprise. — Ne l'aimez-vous pas? — C'est un travail de mémoire ennuyeux, et qui ne nous a rien appris." Les personnes qui auront lu les Entretiens n'auront jamais avec leur professeur un semblable dialogue. S'il leur pose la question que je pose à mes élèves, elles lui répondront : " Nous avons étudié la grammaire, elle nous a intéressées, et nous sommes prêtes à en discuter les règles."

Je tiens à appeler l'attention des lecteurs sur un autre point qui caractérise aussi la présente publication, et la fait différer entièrement des autres grammaires. C'est qu'elle établit les lois de la langue en s'autorisant seulement des grands écrivains. Les grammairiens n'avaient jamais su s'occuper que des grammaires qui avaient précédé la leur. Ils avaient fait une grammaire nouvelle avec les vieilles grammaires, copiant et répétant tous les mêmes règles et les mêmes exceptions, et produisant les mêmes exemples. Ils n'or t jamais songé à être originaux, et à se mettre en présence des maîtres de la langue, pour les interroger sur la langue, semblant ignorer que ces maîtres ont seuls le droit d'en dicter les lois.

D'autre part, quand ils ont présenté dans leurs

Xll PREFACE.

grammaires des matières à lire par les élèves, ils ont imprimé des pages mal écrites, sans élévation, sans pensée et sans goût, prises à des écrivains qu'il ne faudrait pas lire. Devant de telles pages, on se sent affligé de voir des grammairiens donner une idée aussi fausse et aussi pauvre d'une langue qui a produit plus d'écrivains de génie et plus de profonds penseurs qu'aucune autre dans les temps modernes.

• Aussi les Entretiens ont-ils été autrement conçus. Les grands maîtres seuls les ont inspirés. Plus de cinquante volumes ont été étudiés et couverts de notes, avant que je prisse la plume. Je ne les ai pas tous introduits dans mon livre, mais ils m'ont tous enseigné ; ceux que j'ai jugé bon de ne pas citer sont principalement des écrivains de notre siècle. En les examinant, je me suis confirmé dans cette opinion que presque tous les grands maîtres sont morts, et j'ai cru dangereux de montrer aux élèves la littérature des contemporains. J'ai fait exception pour les gloires de ce temps-ci, pour ceux qui sont dignes de nos anciens, surtout pour G. Sand et A. de Musset. Mon livre est plein d'eux. J'ai aussi beaucoup cité P. Mérimée, un artiste de la littérature. En lisant les épreuves des Entretiens, il me vient à l'esprit que la sévérité avec laquelle j'ai jugé son emploi exagéré du superlatif pourrait donner une fausse idée de mon appréciation de cet écrivain. Je déclare donc ici que, dans mon jugement, il occupe un des premiers rangs parmi les maîtres contemporains, et que je ne lui trouve guère d'autres supérieurs que les deux grands auteurs que j'ai nommés.

J'ai cité, avec une prédilection très-apparente, nos

PREFACE. Xlll

grands moralistes, qui à eux seuls suffiraient pour illustrer une littérature, je veux dire Pascal, La Bruyère, le duc de La Rochefoucauld, et aussi l'auteur de V Esprit des lois et des Considérations sur la grandeur et la décadence des Romains, Montesquieu. Leurs pensées, renfermant les règles que je voulais établir, pouvais-je faire mieux que de les communiquer aux élèves, et de saisir ainsi l'occasion que j'avais d'élever leur esprit, en même temps que je leur enseignais la grammaire ? Il n'y a rien de plus insipide que de trouver dans la grammaire ces phrases détachées, qui ne présentent que des mots sans idées. Aussi quand je n'ai pas choisi comme exemples à l'appui des règles les courtes pensées des moralistes, n'ai-je pas hésité à étendre mes citations, afin de présenter le développement complet d'une idée. Et j'ai été porté plus d'une fois à citer une page entière, séduit que j'étais par la beauté incomparable de la prose de Voltaire ou de la poésie d'Alfred de Musset. Je sais bien que les lecteurs seront ravis comme moi de trouver ces fleurs semées dans le champ aride des discussions grammaticales.

En choisissant avec ce soin les citations des Entretiens, j'y ai déposé un trésor de grandeur et de beauté qui ne peut pas manquer d'inspirer à leurs lecteurs la plus haute admiration pour notre littérature, et le pi is avide désir de connaître ses écrivains de génie. Esst-il possible de poursuivre un résultat plus grand et plus désirable que celui-là ?

Afin de permettre au lecteur curieux de lire les passages d'où sont tirés les exemples, j'ai autant que je l'ai pu indiqué le lieu où je les ai pris. Les Maximes

XIV PREFACE.

de La Rochefoucauld sont marquées du numéro de la maxime citée. Quand j'ai puisé dans les Lettres de Racine ou dans celles de Mme de Se vigne, j'ai donné la date de la lettre, ou son numéro dans la correspondance de l'auteur. Les vers cités de Molière ou de Racine sont clairement indiqués. Pour les autres auteurs, j'ai marqué la page des éditions que j'avais entre les mains. Les voici. — Victor Hugo : le volume de l'édition Hachette, qui contient les Orientales, les Feuilles aV Automne, les Chants du crépuscule. — A. de Musset: le volume de l'édition Charpentier, qui a pour titre Poésies Nouvelles ; et le volume des Contes de la même librairie. — Lamartine : le volume des Premières méditations de l'édition Hachette. — G. Sand : les romans de Valve dre, de La Mare au diable, de La Petite Fadette, du Marquis de Villemer, de François le Champi, publiés par M. Lévy. — Bossuet: les Oraisons funèbres, édition Hachette. — J. J. Rousseau : Emile, publié par Garnier. — Chateaubriand : le volume qui renferme Atala, René, Le dernier Abencerage, édition M. Lévy. — P. Mérimée: Lettres à une inconnue, t. h, publiées par M. Lévy. — Montesquieu : le volume de F. Didot qui renferme les Considérations sur la grandeur et la décadence des Romains, les Lettres persanes, les Pensées, etc. — La Bruyère : le tome premier de ses œuvres dans l'édition des Grands écrivains de la France, publiée par Hachette. — Voltaire : le tome xviii de l'édition en soixante-quinze volumes, publiée par Baudouin. — Eugénie de Guérin : Journal et fragments, publiés par G. S. Trébutien, à la librairie académique de Didier. — Les Fables de La Fontaine sont marquées par le livre et le numéro des fables. —

PRÉFACE. XV

Ces ouvrages sont ceux qui ont fourni à ma grammaire le plus grand nombre de ses exemples.

J'ai souvent fait usage des écrits de M. Littré. Son Dictionnaire est un monument élevé à la gloire de la France et du XIXe siècle ; ses décisions sont les plus respectables que nous possédions, et infiniment plus sérieuses que celles d'aucun grammairien. Je ne devais donc pas hésiter à lui demander les définitions dont j'avais besoin. Cependant il arrive que je suis en désaccord avec l'illustre savant : dans ces cas, je justifie mon opinion par le raisonnement et par l'autorité des maîtres, la seule que je reconnaisse absolument et sur toute question.

J'avais beaucoup étudié la grammaire latine pour me préparer à mon travail, j'avais surtout examiné l'emploi que César fait du subjonctif dans le De bello gallico. Cette étude ne m'a pas peu servi à comprendre notre subjonctif français. Cependant je me suis abstenu de parler du latin en traitant cette question. J'ai pensé que les Entretiens étant destinés aux écoles, où les élèves n'ont pas étudié les langues anciennes, il serait mauvais d'embarrasser leur esprit par des rapprochements inintelligibles pour eux. Je me suis donc contenté de faire une citation de M. James Hadley sur le subjonctif latin, en tête des entretiens qui traitent de l'emploi de ce mode dans notre langue. Je l'ai faite parce qu'elle s'applique merveilleusement au français, et que je rencontrais sous la plume du savant professeur, que le collège de Yale a perdu, des idées qui étaient les miennes, et que je ne pouvais pas exprimer aussi bien que lui.

En relisant celui des entretiens qui s'occupe du

XVI PKEFACE.

subjonctif régi par les conjonctions, et qui est imprimé en ce moment, je m'aperçois que je n'ai guère parlé de la conjonction après que. Les raisonnements qui sont produits dans cet entretien suffisent assurément pour expliquer aux lecteurs pourquoi cette conjonction n'amène pas le subjonctif dans le discours. Elle était traitée en latin comme elle l'est dans notre langue, et pour la même raison, que donne ainsi M. J. Hadley : *' The Latin subjunctive is used to express an action as looked toward and waited for. So in many dépendent sentences, beginning with until and as long as. This forward looking of the subjunctive is illustrated by the fact that it is commonly used with antequam and priusquam, while postquam regularly takes the indicative." C'est précisément ce qui explique que avant que gouverne le subjonctif en français, tandis que après que est suivi de l'indicatif.

Pour les étymologies que j'ai cru devoir donner, quand elles m'ont aidé dans mes explications, je me suis reposé principalement sur M. Littré encore, et sur M. A. Brachet, dont les ouvrages, cités dans mon livre, méritent d'être hautement recommandés.

Quelles sont les personnes qui doivent étudier les Entretiens ? A quel moment faut-il les mettre entre les mains des élèves ? Dans mon opinion, les jeunes enfants qui auront pour manuel de classe les Causeries avec les. Enfants n'ont pas à connaître les Entretiens. Ils sont trop jeunes pour commencer des études métaphysiques, abstraites. Aucune loi générale ne peut être comprise par l'enfance. Quant à ceux qui emploieront les Petites Causeries, ou les Causeries avec mes Élèves, ils feront bien d'étudier la grammaire, à condition qu'ils ne la commencent pas avant le jour où ils seront en état de comprendre mon livre écrit en français, et leur professeur qui leur parlera français uniquement. Les Entretiens étant écrits d'un style simple et facile, ce jour viendra beaucoup plus tôt que les professeurs ne le supposent peut-être ; et dès lors, ils auront à leur disposition, pour instruire et intéresser les élèves, non-seulement un manuel de Causeries sur des sujets variés, mais encore ces autres Causeries sur la grave et haute question des lois qui régissent le langage.

Je termine en demandant aux professeurs qui feront usage des Entretiens la faveur de leurs observations. Si elles sont justes, elles pourront servir à rendre meilleure une prochaine édition de ces études sur la grammaire.

L. S.

Boston, le 1 août 1875.

Depuis la publication des Entretiens, la lettre suivante m'a été adressée par M. E. Littré : —

Paris, le 14 Janvier, 1878.

Rue d'Assas, No. 44.

Monsieur : J'ai reçu vos deux volumes, Entretiens sur la Grammaire et Causeries avec mes élevés.

Je vous en remercie. J'en ai pris connaissance avec intérêt. Je suis d'accord avec vous sur l'utilité d'apprendre la langue d'abord, et de ne venir à la grammaire que subséquemment. Par ce procédé, la grammaire cesse d'être une abstraction difficile à concevoir, difficile à appliquer. Mise à sa place, elle devient à la fois plus facile, plus lumineuse et plus féconde.

XVlll PBEFACE.

La méthode de s'appuyer plus sur les bons écrivains que sur les grammairiens me paraît digne de tout éloge. Il est vrai qu'en ceci je ne puis être que partial; car c'est cette méthode que j'ai suivie dans mon Dictionnaire de la langue française.

Vos chapitres sur le participe passé et sur le subjonctif ont attiré particulièrement mon attention. Vous avez beaucoup facilité la théorie et la pratique du premier. Quant au second, qui comporte tant de nuances, vous êtes un guide excellent pour toutes ces délicatesses de langage.

Dans ce qu'on lit, vous trouverez naturel que l'on cherche son profit particulier. Ce profit particulier a été pour moi dans une série d'observations et de discussions auxquelles vous avez été conduit en examinant certains articles de mon Dictionnaire. Je ne hais pas de me voir critiqué quarid la critique est fructueuse. Je suis bien vieux, et ne puis songer à aucun travail de révision ; mais mes successeurs, si j'en ai, feront bien d'extraire de votre livre ce qui me concerne, afin de le discuter et de l'approprier.

Agréez, monsieur, l'assurance de ma haute considération.

E. LITTRÉ.

Table Des Matieres

Chap. Page

Introduction 1

L De l'Emploi des Temps. — L'Imparfait et le

Prétérit Défini 3

IL Le Présent pour le Prétérit Défini ... 18

HL Le Prétérit Indéfini 24

IV. Des Cas 36

V. Les Genres 43

VL Les Nombres 67

VII. De l'Article 71

VTLL De l'Adjectif 83

IX. De l'Adjectif (Suite) 99

X. Les Adjectifs et les Pronoms 127

XL L'Adjectif Numéral 132

XIL Adjectif Possessif et Pronom Possessif . . 136

XTLL Le Pronom Personnel 140

XIV. Adjectif Démonstratif et Pronom Démonstratif 151

XV. Le Pronom Eelatif et l'Adjectif Relatif . 156

XVL Où, En, Y 168

XVLI. Le Pronom Indéfini et l'Adjectif Indéfini . 174

XVHI. Le Verbe 203

XIX. Le Participe Présent et l'Adjectif Verbal 212

XX. Le Participe passé 220

XXL Le Subjonctif 243

XX TABLE DES MATIERES.

Chap. Page

XXII. Le Subjonctif (Suite). — Conjonctions et

Locutions Conjonctives 248

XXIII. Le Subjonctif (Suite). — La pensée et le

Sentiment 261

XXIV. Le Subjonctif (Suite). — La Négation et

l'Interrogation 278

XXV. Le Subjonctif (Suite). — Le Subjonctif et

le Conditionnel passé 298

XXVI. La Négative Ne. — Son Emploi après les

Comparatifs 310

XXVTI. La Négative Ne (Suite). — Son-Emploi après

certains Verbes 319

XXVm. Les Invariables 329

ENTRETIENS SUR LA GRAMMAIRE.

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