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Preface
Le livre que je publie aujourd'hui m'a été demandé souvent par mes élèves. 11 leur est dédié comme un souvenir de nos chers entretiens. Elles étaient devant mes yeux pendant que j'écrivais, et je les ai entendues me répondre et m'interroger. Aussi est-ce à peine un livre ; là est son caractère et sa valeur. Ce n'est rien qu'une simple conversation vivement jetée sur le papier, et qui a presque gardé son geste. Mes élèves me verront en le lisant comme je les ai vues en le composant. J'y cause uniquement avec cette petite société, charmante et d'élite, curieuse de tout savoir dans le monde des idées, des choses, et de la littérature. Les personnes qui l'emploieront pour l'étude du français y apprendront une langue riche et variée, en même temps qu'elles cultiveront leur esprit et élèveront leur pensée.
Si je ne me fais pas illusion, mon travail répond à un besoin réel, et est appelé à devenir un jour le
6 PRÉFACE.
manuel des écoles. Les étrangers qui étudient le français demandent à parler. Ce livre, et nul autre, conduit à ce résultat. Les professeurs de Harvard, après ceux de Yale, ont apprécié le système qu'il reproduit et l'ont reconnu supérieur à tout autre. C'était déjà le jugement du Montaigne, voilà trois siècles.
Le livre est neuf et original : comme mes leçons, il enseigne la langue sans grammaire ni dictionnaire ; commes elles aussi, il parle français dès la première heure et ne prononce pas un mot d'anglais.
Il est destiné à mes élèves et à tous ceux qui enseignent et qui étudient ma langue ; il ne s'adresse pas moins aux personnes curieuses de savoir : elles y trouveront tout un monde de choses et d'idées. La table analytique qui le termine en présente un tableau frappant.
Malgré l'apparence, il y a dans le livre un ordre parfait et une chaîne jamais brisée. Aussi je prie mes lecteurs de commencer à la première page ; j'ai confiance qu'ils ne s'arrêteront pas avant la fin.
Comme le livre est nouveau, je le fais accompagner d'une brochure traduite en anglais sous mes yeux. Elle explique comment il faut l'employer dans les classes.
Si ce double travail contribue à relever renseignement des langues, à le faire sortir de sa
PREFACE. 7
déplorable routine, je serai assez payé pour mes efforts, et heureux d'avoir accompli une œuvre utile.1
Boston, le 15 juillet 1874.
1 La brochure qui accompagne cet ouvrage, " Introduction to the teaching of living languages without grammar or dictionary," se trouve chez les libraires qui ont la vente du livre.
TABLE DES MATIERES.1
Chap. Page
I. Les Doigts 11
IL Les Mains 14
III. Les Bras 16
IV. Les Epaules 19
V. Les Cheveux 21
VI. La Salle de Classe 27
VIL Les Repas 30
VIII. Aujourd'hui, Hier, et Demain 35
IX. Le Corbeau et le Renard 39
X. Les Oreilles. — Les Ecouteurs 42
XI. Les Animaux 48
XII. La Prose et les Vers. — M. Jourdain . ... 51
XIII. Une Anecdote. — Feu et Fou 55
XIV. Une Anecdote. — Marie-Louise 59
XV. Le Bouc et le Renard 62
XVI. La Laitière et le Pot au Lait 67
XVII. Le Savetier et le Financier 70
XVIII. La Figure 75
XIX. La Figure. — Montaigne «78
XX. La Figure et le Visage 81
XXI. La Figure, le Visage, et la Physionomie . . 85
XXII. Les Yeux. — Œdipe 88
XXIII. Une Anecdote. — Le Cauchemar 91
1 Une table analytique est présentée à la tin du volume. Elle donne un tableau résumé des sujets touchés dans ces entretiens.
10 TABLE DES MATIÈRES.
Chap. Page
XXIV. Le Cochet, le Chat, et le Souriceau . . 93
XXV. Le Front. — M. Wendell Phillips ... 96
XXVI. Le Front (Suite) 100
XXVII. Dieu 103
XXVIII. Le Grillon 106
XXIX. La Grenouille qui veut se faire aussi
GROSSE QUE LE BŒUF 109
XXX. Un Anglais qui parle français . . . . 113
XXXI. Des Anecdotes 116
XXXII. Le Renard et la Cigogne 119
XXXIII. Le Lièvre et la Tortue 123
XXXIV. La Fontaine 126
XXXV. La Fontaine (Suite) 131
XXXVI. Une Anecdote. — L'Enseignement des Langues À Oxford 136
XXXVII. Les Animaux Malades de la Peste . . . 140
XXXVIII. Deux Anglais qui parlent français . . 145 XXXIX. Le Loup et l'Agneau 148
XL. Pascal. — Le Sublime 151
XLI. Le Sublime. — Socrate 156
XLII. Le Coq et la Perle 160
XLIII. Lk Vieillard et les Trois Jeunes Hommes 162
XLIV. Les Oiseaux 168
XLV. Les Champs et le Pinson 172
XLVI. L'Hirondelle 177
XLVII. Le Rossignol et l'Alouette 183
XL VIII. La Patrie. —Jeanne d'Arc 188
XLIX. Les Livres à Lire 196
CAUSERIES AVEC MES ELEVES.
DOIGTS.1
VoiiA le doigt. Regardez. Yoilà l'index, voilà le doigt du milieu, voilà le doigt annulaire, voilà le petit doigt, et voilà le pouce. Voyez-vous le doigt, madame? Oui : vous voyez le doigt, et je vois le doigt. Voyez-vous le doigt, monsieur? — Oui, je vois le doigt. — Voyez-vous l'index, madame ? — Oui, je vois l'index. — Vous voyez l'index, et moi aussi. Et vous, mademoiselle ? — Et moi aussi. — Vous voyez tous l'index, et le pouce, et le doigt du milieu. Voyez- vous le petit doigt aussi, monsieur ?— Oui.
Comptons les doigts : un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix. Nous avons dix doigts. J'ai dix doigts ; vous avez dix doigts, mademoiselle. Combien de doigts avez-vous, madame ? — J'ai dix doigts. — Et George? — George aussi. — Voyez-vous les dix doigts? — Oui. — Comptons les doigts ensemble. . . . C'est bien.
1 Observation. — Supposez toujours que vous avez devant vous un professeur qui montre sans cesse.
t^ CAUSERIES AVEC MES ÉLÈVES.
Le pouce est le premier doigt, l'index est le deuxième, le doigt du milieu est le troisième, le doigt annulaire est le quatrième, et le petit doigt est le cinquième. — Quel est le troisième doigt ? — Quel est le cinquième ?
Le pouce est près de l'index ; le petit doigt est près du doigt annulaire. Où est le pouce, madame? — Le pouce est près de l'index. — Et le doigt du milieu ? — Le doigt du milieu est près de l'index, et près du doigt annulaire. — C'est très-bien.
Voilà une table et une chaise. Voyez-vous la table ? — Oui. — Combien de tables voyez-vous ? — Une. — Où est la chaise ? — La chaise est près de la table. — Et la table ? — Près de la chaise. — Et moi ? — Près de la table et près de la chaise.
L'index est entre le pouce et le doigt du milieu ; le doigt annulaire est entre le doigt du milieu et le petit doigt.
Voilà un fauteuil. Où est le fauteuil? — Le fauteuil est près de la chaise, — Et la chaise ? — La chaise est entre la table et le fauteuil. — C'est bien, vous comprenez. En français fauteuil est masculin, et chaise est féminin, table aussi. C'est étrange, n'est-ce pas ? Nous avons dix doigts en France ; vous aussi en Amérique. Mais vous avez trois genres, le masculin, le féminin, et le neutre. Nous avons le masculin et le féminin ; nous n'avons pas le neutre.
Tous- les doigts, excepté le pouce, ont trois phalanges ; le pouce a deux phalanges seulement. Les voilà. Entre deux phalanges, il y a une articulation.
L'ongle est à l'extrémité des doigts. — Combien d'ongles avons-nous, madame ? . . . Répondez. C'est facile. Nous avons dix doigts ; par conséquent nous avons dix ongles.
Continuons. Le pouce est gros, fort, et court. Le doigt du milieu est gros, fort, et long. Le doigt annulaire n'est pas fort; il est faible. Faible est le contraire de fort, et long le contraire de court. Comprenez-vous, mesdames? — Oui, monsieur. — Le pouce est-il long? — Non. — Est-il fort ou faible ? — Il est fort. — Et le doigt annulaire? — Il est faible. — Et monsieur, est-il fort ou faible? — Il est fort.- — Et vous aussi, petit garçon? — Oui.
L'index est plus court que le doigt du milieu ; le doigt du milieu est plus long que l'index et que le doigt annulaire. Le doigt du milieu est le plus long de tous les doigts, le pouce est le plus fort, et le doigt annulaire est le plus faible. C'est un pauvre doigt, n'est-ce pas ? — Oui. — Le petit doigt est-il plus fort que le pouce ? — Non. — Au contraire, mesdames, il est moins fort. Moins est le contraire de plus. Le pouce est-il plus ou moins long que l'index ? — Il est moins long. — Petit garçon, mademoiselle est-elle plus forte, ou moins forte que monsieur ? — Elle est moins forte. — Et vous ? — Moi aussi. — Et moi ? — Je ne sais. — Forte est le féminin de fort. Soyez attentifs à ma prononciation. Monsieur est très-fort ; il est fort au superlatif. Madame est moins forte que monsieur. Moins exprime l'infériorité, plus marque la supériorité. Etes-vous fatiguées, mesdames ? — Oui, trèsfatiguées. — C'est bien, vous employez le superlatif, et vous comprenez. Reposons-nous cinq minutes. — Dix, monsieur. — Je le veux bien.
Je puis plier, étendre, mouvoir les doigts. Voyez : je plie l'index, j'étends l'index, je meus les cinq doigts. — Pliez les doigts, mon petit ami. Que faites-vous? — Je plie les doigts. — Etendez-les, mouvez-les. . . . C'est bien. Pouvez-
CAUSERIES AVEC MES ELEVES.
vous plier la chaise? — Non. — Pouvez-vous mouvoir la table ? — Oui. — Pouvez-vous compter les doigts ? — Oui, je puis les compter. — Comptez-les. Comptons ensemble. Imitez ma prononciation. Comptons une seconde fois. . . . C'est bien. La leçon est terminée. Adieu, mesdames !
II. Les Mains
Les doigts appartiennent à la main.
Voilà une main ; voilà deux mains. Voyez-vous les deux mains ? — Oui, je les vois. — J'ai deux mains, une main droite et une main gauche; vous avez deux mains; madame a deux mains ; nous avons tous deux mains, grâce à Dieu. Où est la main droite ? — La voilà. — Et la main gauche ? — La voilà. — Combien de mains avez-vous, mon ami? — J'ai deux mains. — Et moi? — Yous aussi. — La table a-t-elle aussi deux mains? — Non. — C'est bien, la table n'a pas de mains, la chaise non plus. Et le fauteuil? — Non plus. — Etendez la main droite. . . . Vous ne comprenez pas? . . . J'étends l'index. Etendez la main droite. C'est ça.
Je continue. Chaque main a cinq doigts ; les deux mains ont dix doigts. Combien de doigts a la main droite? — Il a cinq doigts. — Non: elle a cinq doigts. Main est féminin : elle est le pronom féminin, il est le masculin. Combien de doigts a la main gauche'5 — Elle a cinq doigts. — La main gauche a-t-elle plus de doigts que la main droite? — Non. — Non : elle n'a ni plus ni moins de doigts que la main droite ; elle a autant de doigts que la main droite. Voilà le comparatif d'égalité. Avez-vous plus ou moins de mains que mademoiselle, mon ami ? — Non : j'ai autant de mains que mademoiselle. — C'est bien. Vous comprenez.
Cinq et cinq font dix. L'opération est-elle juste?
— Oui, sans doute. — Voilà une addition bien facile, n'est-ce pas ? — Très- facile. — Nous savons compter les doigts en français, et additionner cinq et cinq ; c'est quelque chose. Combien fout quatre et quatre ? — Huit. — Avons-nous huit doigts ? — Non. — Avons-nous plus ou moins de huit doigts ? — Nous avons plus de huit doigts.
La main droite est-elle plus faible que la main gauche ?
— Elle est plus forte. — Toujours? sans exception? — Non. — H y a des exceptions. La main droite est moins forte que la main gauche quelquefois, rarement. Nous pouvons plier, étendre, agiter, ouvrir, et fermer les mains. Voyez. J'agite la main droite ; je ferme la main : voilà le poing ; j'ouvre la main : voilà la main ouverte. Regardez là. Voilà la porte. Monsieur, fermez la porte, s'il vous plaît. Ouvrez la fenêtre. Merci. La fenêtre est-elle près de la porte ? — Non. — Est-elle loin de la porte ? — Je ne c( nprends pas. — Loin est le contraire de près. — La fenêtre est loin de la porte. — Très-loin? — Non.
— Voici une plume ici ; voilà la fenêtre là. Voyez-vous la plume? — Oui. — Je puis prendre la plume. Je tiens la plume entre le pouce et le doigt du milieu ; j'emploie l'index pour conduire la plume. J'écris avec la plume. Je ne puis pas écrire bien de la main gauche. — Pourquoi ?
CAUSERIES AVEC MES ELEVES.
— Parce que la main gauche n'est pas exercée. Monsieur a les mains fortes ; madame a les mains moins fortes que monsieur. Monsieur est un homme ; madame est une femme, mademoiselle aussi. Les hommes ont les mains plus fortes que les femmes. Voyez la petite fille. Queik charmante petite main elle a! La main de la petite fille est plus belle, mais moins forte que la main du petit garçon. N'est-ce pas, mon ami ? N'admirez-vous pas la main de mademoiselle ?
m.
LES BRAS.
La main est attachée au bras. Le poignet attache la main au bras. Au milieu du bras est le coude. Il unit l'avant-bras à l'arrière-bras. Les bras sont formés de chair, de peau, et d'os. La peau est à la surface. Les os sont à l'intérieur. La chair est sur les os ; la chair est sous la peau ; elle est entre les os et la peau. La peau recouvre les bras, les mains et les doigts. Les os des bras sont plus forts, plus longs, et plus gros que ceux des mains. L'homme a deux bras, comme il a deux mains. Il a autant de bras que de mains. Le bras gauche est-il aussi fort que le bras droit? — Non, il est moins fort. — Pourquoi? — Parce que nous employons moins le bras gauche que le bras droit. — Regardez le fauteuil. Il a aussi deux bras. Les bras du fauteuil sont-ils aussi formés de chair, d'os, et de peau ? — Quelle question, monsieur !
— On peut avec les bras porter, frapper, pousser, embrasser. Madame embrasse la petite fille. Le petit garçon pousse son voisin du coude. Monsieur est le voisin de madame, ici dans la classe ; il est près de madame ; et madame est la voisine de monsieur ; elle est près de lui. Voyez, je frappe la table de la main. Petit garçon, ne frappez jamais la petite fille. L'élève porte un livre sous le bras. Vous êtes un élève, monsieur. Vous étudiez le français sous ma direction. Voici un livre. Le voyez-vous ? — ■ Oui, je le vois. — Où est-il ? — Je ne sais pas. — Soyez attentif, et regardez bien. Je tiens le livre dans ma main droite. Est-il dans ma main? — Oui. — Est-il dans votre main ? — Non. — Où est-il ? — Il est dans votre main. — Voilà le livre : je le place sur la table ; je le prends dans ma main ; je le mets sous mon bras ; je le mets dans ma poche ; je le jette sur le plancher : je le ramasse; je vous le donne. Où est le livre? — Il est dans ma main. — Donnez-moi le livre. Que faites-vous? — Je ne sais pas. — Vous me donnez le livre. Prenez-le. Donnez-le moi. Que faites-vous?
— Je vous donne le livre. — Où est-il maintenant?
— Il est dans votre main. — Est-il dans la main de madame ? — Non. — Le voilà, madame. Prenez-le. Vous voyez, mon ami, madame prend le livre. Rendezle-moi. Que fait madame ? — Elle vous rend le livre. — Où est-il? — Il est sur la table. — Est-il encore sur la table ? — Non, il est sur le plancher. — Le plancher est-il sur le tapis ? Vous voyez le tapis, u'est-ce-pas ? Je vous montre le tapis du doigt. . Répondez. — Non, le plancher
IS CAUSERIES AVEC MES ELEVES.
n'est pas sur le tapis, au contraire, il est sous le tapis. — Etes- vous sous le tapis ? — Non, heureusement. — La table et les chaises sont-elles sur le tapis ? — - Oui. — Et vous, où êtes-vous ? — Je suis sur la chaise. — Près de moi ? — Non. — Près de qui ? — Près de mademoiselle.
Revenons au livre. Le voyez-vous ? — Non. — Pourquoi ? — Parce qu'il est dans votre poche. — Je tire le livre de ma poche. Le voyez-vous? Puis-je l'ouvrir et le fermer ? — Oui. — Que fais-je ? ■ — Vous ouvrez le livre.
— C'est un livre français, c'est Pascal. Ecoutez, je lis. . . • Comprenez-vous ? — Non. — Pourquoi ? — Parce que c'est un livre français. — Comprenez-vous les livres anglais ? — Sans doute. — Nous avons oublié les bras.
Je puis croiser les bras. Je les croise. Faites comme moi. monsieur ; imitez-moi. Croisez les bras. On peut lever et baisser les bras, et les mains aussi. Que fais-je ?
— Vous levez la main droite. — Oui : et maintenant je la baisse, et puis je la baise. Soyez attentifs à ma prononciation». On baise la main pour saluer avec affection. On baisse la main et le bras pour ramasser quelque chose sur le tapis, une plume par exemple. Comprenez-vous la différence? Vous pouvez ouvrir et étendre les bras. On ouvre et on étend les bras pour exprimer l'admiration. Les messieurs présentent le bras aux dames quelquefois pour passer dans la chambre à dîner. Cette chambre-ci n'est pas une chambre à dîner. C'est une salle de classe ; et celle-là est un vestiaire. Monsieur, présentez le bras à madame. Voyez : madame accepte le bras, elle le prend. Les voilà bras dessus bras dessous. Madame est au bras de monsieur. Elle s'appuie sur son bras. Je m'appuie sur la table du coude.
Les bras sont utiles aussi pour travailler. Mademoiselle
CAUSERIES AVEC MES ELEVES.
coud, elle travaille. Le travail est prescrit à l'homme. On doit travailler. Il est louable de travailler, et blâmable de ne pas le faire. Nous employons les bras, les mains, et les doigts pour travailler. L'homme qui travaille est diligent ; celui qui ne travaille pas est paresseux. . . .
Voici des contraires : vice et vertu ; paresse et diligence ; utile et inutile ; attentif et distrait ; louable el blâmable ; heureusement et malheureusement ; ouvrir et fermer ; lever et baisser . . . baiser est-il synonyme de baisser ? — Pas du tout ; la signification des deux mots est entièrement différente. — Je continue la liste des contraires. Ecoutez: donner et rendre ; toujours et jamais ; sur et sous ; près et loin ; plus et moins.
IV. Les Epaules
L'épaule est à l'extrémité supérieure du bras. L'épaule unit le bras au tronc. Qu'est-ce qui unit le bras à la main ? — C'est le poignet. — Prononcez pognet ; on écrit poignet, mais on prononce pognet généralement. M. Littré recommande cette prononciation ; il a raison, je pense. Connaissez-vous M. Littré? — Non, monsieur. — C'est l'auteur d'un gros dictionnaire, un grand travailleur, un savant. Voilà son dictionnaire dans la bibliothèque. Ne l'ouvrez pas, je vous en prie. Vous ne devez pas lire, mais écouter religieusement toutes mes paroles et parler. Notez bien m'a prononciation et imitez-moi. Fit fabricando faber. Comprenez-vous le latin ? Cela signifie : Ecoutez et parlez. Voilà une petite digression. Revenons à notre sujet.
Petit garçon, tu as deux épaules, une épaule' droite et une épaule gauche. Mets ta main droite sur ton épaule gauche. Tu peux porter sur ton épaule, n'est-ce pas? Es-tu fort ? Peux-tu porter cent kilogrammes ? C'est beaucoup ; c'est très-pesant, trop pesant pour toi, et pour madame, et pour moi aussi. La plume n'est point pesante. Ne point est une négation absolue. La plume est légère. On dit: cela est léger comme une plume. Portez-vous votre livre sur votre épaule? — Non certes, je le porte dans la main, ou dans ma poche, ou sous le bras. — On porte le fusil sur l'épaule. Le fusil pèse-t-il cent kilogrammes?— Oh! que non; il pèse beaucoup moins. — Savez-vous combien il pèse? Vous ne répondez pas. Pourquoi levez-vous et baissez-vous les épaules? Pour dire je ne sais pas ? Je comprends. Mais parlez.
Un kilogramme fait mille grammes. Le gramme est la millième partie du kilogramme. Deux est la moitié de quatre ; trois est le tiers de neuf. Comptons les personnes présentes à la leçon. Une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze, douze, treize, quatorze, quinze, seize, dix-sept, dix-huit, dix-neuf, vingt, vingt-une, vingt-deux. Nous sommes vingt-deux. Quatre est le quart de seize, trois est le cinquième de quinze. Voilà bien du calcul. Vous n'aimez pas le calcul, madame? J'ai fini.
V. Les Cheveux
VoiiA la tête. Les cheveux sont sur la tête de l'homme. Vous voyez sur ce tableau un cheval, un âne, un bœuf, une vache, un chameau. Le cheval est un animal. L'âne et le bœuf ne sont-ils pas des animaux ? Eh bien ! les animaux n'ont pas de cheveux, ils ont des poils. L'homme a des poils aussi ; la barbe, la moustache, les cils, les sourcils sont formés de poils. Regardez la main du paysan : elle est toute couverte de poils. Avez-vous de la barbe, mon petit ami ? — Non, monsieur. — Vous n'en avez pas encore : vous êtes trop jeune. On n'a pas de barbe à douze ans. Je mets mon crayon sur la crinière du cheval. Elle est formée de crins, et la queue aussi. Vous voyez que le cheval a des poils et des crins. De quel poil est votre cheval, monsieur? a-t-il cette couleur-ci, ou celle-là, ou celle-là? — Il a celle-là. — Il est donc brun; le mien est noir. ... Le lion aussi a une crinière, une magnifique crinière, quand il est en liberté, dans la forêt. Cet animal superbe et terrible n'est pas très-beau dans les ménageries. Il est malheureux dans la servitude. N'avez-vous pas pitié de lui, mademoiselle ?
L'homme a donc des cheveux sur la tête. Combien ?
— Oh ! beaucoup, beaucoup ; je ne peux pas les compter.
— Ils ne sont pas innombrables absolument, mais il est presque impossible de les compter. H y a des hommes qui n'ont que trois cheveux. Ne pouvez -vous pas les compter dans ce cas ? Je suis bien sûr que oui, puisque vous avez compté avec moi jusqu'à vingt-deux. Vous pouvez même compter jusqu'à vingt-neuf, n'est-ce pas ? Après vingt-neuf, nous disons trente; trente plus dix font quarante, plus dix cinquante, puis soixante, puis soixante-dix, puis quatre-vingts, puis quatre-vingt-dix, et enfin cent. — Que c'est étrange soixante-dix et quatre-vingts ! — Vous avez raison, madame ; c'est la faute de l'Académie et de l'usage. Les vieux livres disent septante, octante, et nonante ; c'est plus raisonnable et plus harmonieux. Mais qu'en voulez-vous ? il faut obéir à l'usage. Dans les langues, l'axiome latin est toujours vrai, Vox populi. vox Dei. Par conséquent, ne dites pas septante, mais soixante-dix. Faisons une petite multiplication pour avoir dans notre vocabulaire toute la langue des chiffres. Combien font dix fois cent ? Cela fait mille. Ajoutez deux cents, vous avez douze cents. On ne dit pas mille deux cents. Doublez mille et vous avez deux mille. Deux mille plus cinq cents font deux mille cinq cents. Multipliez mille par mille et vous avez un million. C'est facile, n'est-ce pas, de compter en français? mais vous ne pouvez, ni en français ni en anglais, compter les cheveux de la petite fille. Ses cheveux sont très-nombreux et très-longs. Les cheveux de l'homme sont courts. La femme porte les cheveux longs.
C'est un grand ornement, une grande beauté naturelle. Les dames le savent bien : elles se coiffent souvent en cheveux. Elles sont charmantes ainsi. Elles sont en cheveux prèsque toujours, je veux dire à l'intérieur, car à l'extérieur elles portent quelque chose sur la tête, quelque chose de très-beau. Savez-vous quoi, mon ami ? — Je ne sais pas le dire en français. — Patience ! nous parlons des cheveux en ce moment. Prenez garde de ne pas dire : monsieur est en cheveux. Monsieur est à tête nue quelquefois, ou découvert, en cheveux jamais. Vous êtes à tête nue dans votre chambre, parce que c'est plus commode, plus agréable, et plus sain. Vous ne comprenez pas le mot sain. Si vous savez le latin, sanus vous explique le sens de sain. Les Romains estiment beaucoup le mens sana in corpore sano. Mais tâchons de comprendre sans latin. Nous avons du temps ; nous pouvons faire toutes les promenades, tous les détours du monde sans perdre du temps, puisque nous parlons français tout le long de la route. Nous allons du connu à l'inconnu, comme Socrate. Nous cherchons sans cesse et nous avançons petit à petit dans le beau pays de France. Ne parlons jamais anglais, voilà l'essentiel. L'anglais n'existe pas pour nous. 11 est mutile pour vous apprendre une langue étrangère, mesdames. C'est un ennemi pour nous ; il faut mettre à la porte le génie de sa langue. Voilà encore une longue digression. C'est que j'ai du plaisir de voir par votre attention que vous comprenez la langue simple et claire que je parle. Vous savez que la simplicité et la clarté sont les principaux charmes du français. C'est comme le goût de cette nation.
Mais cherchons enfin ce que signifie sain. Il n'est pas bon d'avoir la tête chaude. Pardonnez-moi : je ne sais où j'ai la tête ; je tombe de Charybde en Scylla. Vous ne comprenez pas le mol chaud. Oh ! ne touchez pas au dictionnaire. Il fait trop obscur là pour vous. Regardez au thermomètre que voilà. Il indique les degrés du froid et du chaud. Soixante-huit degrés, c'est bien. Quatre-vingt-dix degrés est très. . . . très-chaud ; c'est une température désagréable et malsaine. Sain est le contraire de malsain. Ainsi vous restez à tête nue chez vous, dans votre intérieur parce que c'est sain. Ici, messieurs, vous et moi, nous sommes découverts par respect pour les dames : voyez-vous la différence ?
Revenons aux cheveux, et à la chevelure. — Qu'est-ce que la chevelure, monsieur ? — Vous faites bien, madame, de m'interrompre. Si vous ne comprenez pas, c'est que je fais une faute. Eh bien ! la chevelure, ce sont les cheveux collectivement, non pas considérés distributivement, un à un, mais tous ensemble. Quelle belle chevelure vous avez, ma petite fille ! comme elle est longue et riche et souple ! Voilà un cheveu qui est bien fin, celui-là est gros et raide. Quelle chevelure préférez-vous, monsieur, une chevelure longue ou une chevelure courte ? — Pour les dames, je préfère une chevelure longue. — Vous avez raison, mais vous prononcez mal ; imitez-moi et dites cheuvelure. Les dames portent les cheveux en tresses comme mademoiselle, en boucles comme madame. Les tresses vont mieux à l'une, les boucles à l'autre. Il y a des cheveux noirs, il y en a de bruns, de châtains, de blonds, de roux, de gris, de blancs. Il n'y en a pas de rouges, ni de bleus, ni de verts, ni de jaunes. Le vieillard et la vieille dame ont les cheveux gris ou blancs. Mon petit garçon, vénérez toujours les têtes blanches. Dans l'Iliade d'Homère, vous voyez que l'impitoyable Achille lui-même respecte les cheveux blancs du vieux Priam. Mais vous ne connaissez pas encore Homère. N'importe ! vous le connaissez de réputation, et Priam aussi.
Avec le peigne, on démêle les cheveux, on les peigne ; avec la brosse à cheveux, on brosse la chevelure. Le coiffeur coupe les cheveux avec une bonne paire de ciseaux ; il les arrange avec le peigne. Le barbier rase. Il a pour cela des rasoirs. Il y a encore beaucoup de choses à dire sur les cheveux. Mais on ne peut rien terminer dans la vie. Le temps marche, marche, et marche. Il est onze heures. Il faut nous séparer.1
1 Une explication. — Au moment où je vais envoyer ces pages à l'imprimeur, une dame qui enseigne me fait l'observation suivante : " J'aime beaucoup votre commencement, dit-elle : ce sera un trésor pour mes élèves et pour moi. Car vous m'avez convertie à votre système. Mais n'allez-vous pas trop vite ? Dans ce chapitre des Cheveux, votre élève comprendra-t-il tout ce que vous dites au moyen de ce qui précède ? " Cette observation m'a décidé à mettre cette note sous mes pages.
Il ne faut pas perdre de vue que je suppose toujours que l'élève est conduit par un maître attentif et intelligent. Aucun livre ne peut remplacer complètement l'enseignement oral. En outre, mon travail n'est qu'une portion de la leçon à donner : il peut diriger le maître, lui dicter dix questions où j'en fais une, et aussi inspirer l'élève, l'exciter à interroger, et éveiller sa curiosité. C'est tout le système de Socrate. Si le maître passe huit jours sur une de mes leçons, il aura bien employé le temps. — On me demande aussi si l'élève doit lire mon livre avec son professeur. — Mes chers confrères dans l'enseignement, je n'ai ni le droit ni la prétention de rien vous prescrire. Mettez votre expérience à côté de la mienne, et faites ce que vous jugez le plus utile à votre élève. Si cependant vous voulez suivre mon conseil sur ce point, faites comme ceci dans les commencements : donnez le livre à vos élèves pour le lire chez eux, comme préparation à votre enseignement, mais en classe défendez-leur de l'ouvrir : leur oreille seule doit être occupée. Quand ils seront devant vous, faites-leur cent questions sur la leçon du livre, et si vous voulez, lisez-leur vous-même une page du livre, et faites-leur tout comprendre sans jamais prononcer un mot d'anglais. Là est le secret et la condition du succès. C'est une
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