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Introduction
trop retardé dans son exécution. Je le reprends aujourd hui, avec la ferme espérance de le mener, s’d plaît à Dieu, à bonne fin.
La Gascogne demandera trois volumes. Il a paru préférable de commencer l’édition des Œuvres par le volume Enseignement.
Ce qui est devenu Gascogne et Enseignement répond à une double conception de la jeunesse de Léonce Couture.
(( J’étais exilé, raconte-t-il lui-même1, volontairement et délicieusement exilé, sous le plus beau ciel, sur la plus belle plage de l'Europe,
Sur la plage sonore où la mer de Sorrente Déroule ses flots bleus au pied de l’oranger...
Et je n’étais pas du tout pressé de revenir. J’étais retenu, captivé, je dois l’avouer, beaucoup moins par les beautés de cet admirable rivage que par les charmes de certaine salle du Museo borbonico, où je poursuivais avec une ardeur croissante mes études sur la littérature italienne, — ces études qui devaient vingt ans plus tard servir de texte à mon enseignement de Toulouse ; ces études qui, tout en me passionnant de plus en plus, se rattachaient pour moi à des études encore plus chères. J’aimais d enfance nos souvenirs historiques provinciaux et je m’étais voué, avant même la fin de mes classes, à l’étude du génie gascon dans toutes ses manifestations, mais surtout dans celle qu’on a le moins éclaircie et qui n’est pas d’ailleurs la plus brillante, dans les lettres et les arts. »
Avec moins de poésie, mais avec la même netteté, il répondait de Naples, en 1860, à son père qui l’avait interrogé, d’Eauze ou de Cazaubon, sur l’objet de ses études :
(( Premièrement, je continue à ramasser des matériaux pour un travail auquel je songe depuis une huitaine d’années et que je compte publier dans deux ou trois ans. C’est une Histoire littéraire de la Gascogne , qui renfermera l’histoire des mœurs, des institutions, des lois, des couvents, des établissements d’instruction publique et de tous les auteurs de notre pays
(( Secondement, j’étudie et approfondis la langue, l’histoire et la littérature italiennes, dans la pensée d’employer mon âge mûr, si
1 . Allocution prononcée par Léonce Couture, quand il fut nommé Président de la Société historique, de Gascogne. — Voir à la fin du volume, p. 913.
INTRODUCTION.
IX
Dieu me le permet, à un travail général sur les institutions et les littératures des peuples du Midi. J’étudierai l’Espagne après l’Italie, pour me préparer à ce travail qui n’est pas encore parfaitement défini dans mon esprit... » Ce second projet se dessina peu à peu et devint Y Histoire de la Renaissance des Lettres dans les nations romanes , depuis les origines, au Moyen âge, jusqu’à notre dix-septième siècle français.
Léonce Couture aimait à expliquer le lien qui rattache l'un à l’autre les deux « poèmes » de sa vie littéraire.
(( C’est dans l’intention d écrire un jour l’Histoire littéraire de la Gascogne que j ’ai été amené comme insensiblement à me préoccuper de toutes les langues, de toutes les littératures du Midi, pour me mettre à même de fixer avec une irréprochable équité la vraie place des hommes et des choses de ma province dans le mouvement général de la littérature romane1. »
C’est donc afin de mieux connaître le génie gascon qu’il se plut à demander le secret du génie roman en général, et en particulier du génie français, du génie italien, du génie espagnol, aux langues, à la poésie populaire, à la poésie cultivée, spécialement à ce magnifique développement du génie moderne qu’on nomme la Renaissance.
Aucun des deux ouvrages rêvés par Léonce Couture, au temps de sa jeunesse, n’a été exécuté tel qu’il avait été conçu.
GASCOGNE.
L’exilé de Naples, revenu en Gascogne, n’a pas écrit son Histoire littéraire ; mais il a fait mieux encore. Pendant quarante ans, il a groupé autour de lui, pour la rédaction de la Revue de Gascogne , tous les amis du passé de notre vieille province. Grâce au zèle laborieux d’un grand nombre de rédacteurs, les uns obscurs malgré leur mérite solide, les autres recommandés par les titres les plus éminents. la Revue de Gascogne a consacré des travaux approfondis et vraiment neufs aux villes, aux institutions, aux monuments, aux personnages célèbres de notre pays ; elle a pu mettre pour la première i. Le Génie gascon, discours de réception â l’Académie des Jeux floraux.
X
INTRODUCTION.
fois en pleine lumière bien des points d histoire religieuse, politique, littéraire, artistique et monumentale de ce vaste domaine gascon, qui embrasse en leur entier les quatre départements du Gers, des Landes, des Hautes-Pyrénées et des Basses-Pyrénées, et partie des départements de la Gironde, de Lot-et-Garonne, de Tarn-et- Garonne, de la Haute-Garonne et de l’Ariège. Pour tout dire, la Revue a rendu aux études historiques de vrais et d’importants services, reconnus et proclamés plus d’une fois par les critiques les plus autorisés, pai* les revues spéciales les plus compétentes et par l’Institut lui-même.
Avec les quarante et un volumes qui constituent la première série de la Revue , Léonce Couture a élevé à notre province de Gascogne un monument que les autres provinces nous envient. Et, avant de mourir, il a courageusement inauguré, avec le nouveau siècle, une nouvelle série ; il a préparé à sa chère Revue un directeur, M. l’abbé Degert, du diocèse d’Aire, professeur à l’Institut catholique de Toulouse ; et pour Président de la Société historique, il a désigné à Monseigneur l’Archevêque d’Auch un de ses vicaires généraux, M. l’abbé Cézérac, de telle sorte que, le maître disparaissant, l’œuvre a continué : la Revue de Gascogne en est au onzième volume de la seconde série, et les Archives historiques de la Gascogne 1 ont donné sans interruption leurs fascicules de documents inédits.
Léonce Couture a donc fait, pour la Gascogne, ce me semble, une œuvre plus vaste, plus importante, plus utile que l’histoire rêvée. Toutefois, il ne s’est pas contenté de grouper autour de lui, de former ou de diriger les amis des études provinciales. Sa contribution personnelle à la Revue est immense. Pour l’éditer à part, deux et même trois volumes seront nécessaires. Il a, d’ailleurs, classé lui-même en trois catégories ses études sur la Gascogne, et c’est dans cet ordre qu’elles seront publiées.
I. — Histoire littéraire.
Le premier volume renfermera, après le discours sur le Génie gascon et Y Esquisse dune histoire littéraire de la Gascogne , les notices i. Voi**, à la fin du volume, le discours prononcé à Montpellier, sur une Société historique et deux publications périodiques d’histoire en Gascogne,
INTRODUCTION.
XI publiées par Léonce Couture sur les auteurs de notre province, depuis Emilius Magnus Arborius jusqu’à Tamizey de Larroque et à Bladé en passant par Monluc et du Bartas.
Dans ce volume, ou l’un des suivants, pourra être donné le catalogue alphabétique de tous les auteurs de notre pays, avec leur biobibliographie, tel qu’il fut rédigé, vers 1860, par le jeune historien, mais complété et mis au point d’après les travaux publiés dans la Revue de Gascogne par lui ou ses collaborateurs.
II. — Auteurs en Gascon. Philologie. Folklore.
Léonce Couture a étudié notre vieille langue gasconne, ses contes, ses chansons, ses noëls. On trouvera dans le second volume — puisque le maître a voulu le conserver — un essai hasardé de philologie gasconne, qui a fait sourire M. Jeanroy; mais on y lira aussi les articles composés après le passage du clerc romaniste à l Ecole des Chartes, et qui lui méritèrent les félicitations de G. Paris et de P. Meyer. Là défileront en bon ordre le lectourois Pierre de Garros, le vicaire de Saint-Clar Jean Guiraud d’Astros, et les autres écrivains en langue gasconne jusqu’à nos contemporains : Isidore Salles, le poète landais ; Michel Camélat, le Mistral de nos Pyrénées, qui pour Mirèio nous a donné Beline, et les récents troubadours de cet Armanac de la Gascougno dont Léonce Couture favorisa, à l’Institut catholique1, la première floraison .
III. — Epigraphie. Histoire civile et politique. Hagiographie et Histoire ecclésiastique.
Le troisième volume donnera les alentours de l’histoire littéraire ; on y trouvera : Les Beaux-Arts à Auch, au seizième siècle; la Publication des Coutumes locales du Gers; Quelques notes sur le régime alimentaire de V Armagnac ; — L’amiral de Villar et- Joyeuse, le génércd
I. M. l’abbé F. Sarran, ton Cascarot de Y Armanac, était alors étudiant à l’Institut de Toulouse. Je ne puis laisser passer cette occasion de témoigner publiquement ma reconnaissance à M. l’abbé Sarran et à M. le chanoine Tallez pour le zèle et le talent avec lesquels ils m’ont aidé dans la lecture des manuscrits et la correction des épreuves, sans se laisser décourager par la rapidité de la composition et les fâcheuses surprises de la linotype,
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INTRODUCTION.
Cassaignolles ; — Le Paradis sancioral de la Province d’Auch, le Galle de la sainte Vierge dans la Province ecclésiastique d’Auch; — Des Lettres inédites de saint Vincent de Paul ; Louis Paris Vaquier et le Jansénisme à Lectoure, etc., etc.
Ces multiples notices, dans les trois volumes, ne seront pas tout à fait membra disjecla poetae, si on veut bien tenir compte de certains aperçus, ouverts çà et là par Léonce Couture, à l’occasion d'une étude particulière comme, par exemple, en tête de l’étude sur Trois poètes Condomois du seizième siècle, le chapitre de la Renaissance des Lettres en Gascogne , écrit à propos de l’article de M. George Guibal sur la Renaissance à Toulouse et de la brochure de M. Reinhold Dezeimeris sur la Renaissance à Rordeaux.
ENSEIGNEMENT.
Mais c’est assez parlé, ici, de Y Histoire littéraire de la Gascogne. Passons à l'œuvre principale de Léonce Couture dans Y Enseignement, à ce qu’il avait conçu comme l’œuvre de son âge mûr : Y Histoire de la Renaissance des Lettres dans les nations romanes.
Ecoutons d’abord le maître, car il a raconté lui-même sa carrière de professeur à l’Institut catholique de Toulouse dans une causerie qu'il fit, devant un auditoire d’élite, à la séance d’ouverture solennelle des cours, le 23 novembre 1899 :
Retour sur une vingtaine d’années d’enseignement1.
« C’était en 1878. Cette Faculté (libre des lettres) venait d’être organisée, et I on en parlait dans toute la région, y compris le Petit Séminaire d’Auch où je professais alors la philosophie. Cette nouvelle excita mon ambition, je dois avouer ce péché, dont je crois avoir fait pénitence, mais dont je ne suis pas sûr de m’être repenti. J’offris mes services pour un cours de langues romanes, en ma qualité d’ancien auditeur de 1 Ecole des Chartes qui avait continué depuis des années, dans la solitude de sa cellule, les études linguistiques inaugurées sur les bancs de la savante école. Je m’offris et je
1. Voir Bull, de l’fnst., 1900,
INTRODUCTION,
XIII fus accueilli, d’abord par les organisateurs de notre œuvre, et, avant tous, par le regretté M°r Duillié de Saint-Projet; et ensuite par la sympathie marquée d'un auditoire toulousain. Je m’en étonne encore après vingt années : pendant six longs mois, j’ai parlé chaque semaine, voyelles, consonnes, diphtongues, phonétique, morphologie... J’en ai parlé sèchement, pédantesquement, à des auditeurs nombreux et toujours attentifs et fidèles. La clé de ce mystère, la voici, je crois : ce cours austère répondait à un besoin du moment. Les recherches historiques passionnaient presque tous les esprits sérieux et portaient en particulier sur les annales provinciales. Et comme la vraie méthode commençait à s’imposer, on allait aux sources, on attaquait les vieux textes pour les déchiffrer, les traduire, les interpréter; ce qui exigeait une sévère initiation grammaticale, M. Gatien-Arnoult, ancien doyen, ancien recteur de 1 Académie de Toulouse, qui honorait ces leçons de sa présence, m’avouait son regret jaloux, au sujet de l initiative prise chez nous par l’Institut. « Il y a quelques années, me disait-il, j ’avais demandé « au ministère de l’Instruction publique un professeur de langues « romanes pour notre Faculté des lettres; on m’envoya un profes- « seur d’épigraphie grecque et latine ! » C’est le savant et regretté M. Lebègue que désignait cette boutade du vieux doyen. Deux ans après, il est vrai, cet enseignement fut inauguré à la Faculté de Toulouse, — avec quelle maîtrise, je n’ai pas besoin de le proclamer, — par M. Ant. Thomas. Je me contente de rappeler que dans sa leçon d’ouverture le très savant romaniste constata en termes excellents que, sur ce terrain, l’enseignement officiel avait été précédé ici par l’enseignement libre.
(( En 1880, au lieu de transporter chaque semaine d’Auch à Toulouse mon bagage grammatical, je fus incorporé à la Faculté libre des lettres et chargé du cours de littérature étrangère. Mais je continuai le cours de langues romanes dans des conférences fermées, qui se poursuivent encore par l’enseignement de la « gram- (c maire historique du français ». Je le continuai surtout dans mon cours public de littérature, en m’attachant exclusivement aux littératures romanes, aux littératures du Midi; et cela par préférence raisonnée, ces littératures étant vraiment sœurs de la nôtre, tandis que celles du Nord nous sont vraiment étrangères ; et aussi, par nécessité : j’ai toujours été convaincu qu’on ne doit enseigner que ce que l’on sait ou qu’on a du moins étudié de son mieux.
XIV
INTRODUCTION.
« Ce cours a duré dix-sept ans et s’est partagé en trois séries :
« La première, de cinq ans (i 880-1 884), sur la Renaissance italienne ;
(( La seconde, de huit ans (1885-1892), sur le Moyen âge italien, espagnol et même français;
(( La troisième, de quatre ans (1893-1896), sur Manzoni et l'idée religieuse dans la littérature italienne de notre siècle.
(( J’ai commencé par la Renaissance italienne (je vous dirai tout à l’heure pourquoi) et par son initiateur Pétrarque, à qui j’ai consacré plus de trente leçons. Ce n’est pas trop pour un personnage de cette importance. J’étais attiré, captivé par sa vie voyageuse, perpétuellement agitée, mêlée à presque tous les troubles de son époque ; par son âme, à la fois faible et passionnée, tourmentée elle aussi par toutes les inquiétudes de la passion. J’ai tâché de montrer l’intérêt historique de sa carrière, qui toucha de près à notre Midi : j eus la bonne fortune de faire avec mes auditeurs et lui un voyage en plein quatorzième siècle d’Avignon à Montpellier, à Toulouse et à Lombez, dont Pétrarque fut chanoine et où il passa, de son propre aveu, (( une saison divine » ; je ne pense pas que ce fût à cause des beautés de ce séjour. — J’étudiai soigneusement les vers de Pétrarque, parce qu'il est le vrai père de la lyrique moderne : j'y cherchai son portrait moral et aussi celui de Laure, cette dame mystérieuse dont il nous fallut retrouver l’état civil dans les documents historiques et le caractère dans les mentions trop discrètes de son poète. J’étudiai ensuite Pétrarque philosophe, philologue, théologien ; car l’amant de Laure ouvrit vraiment toutes les voies de cette belle Renaissance du quatorzième, du quinzième et du seizième siècles, sur laquelle j'ai longuement et vivement insisté parce que j avais mon idée personnelle sur cette grande période.
(( J’avais rêvé de faire sur la Renaissance un travail à la fois historique et apologétique, quelque chose (avec l’énorme différence de l’érudition et du talent) comme le travail accompli par Ozanam sur les origines du Moyen âge. Avant ce maître éloquent, certaine histoire aimait à dire que lorsque, après la chute de l’Empire romain. l’Église prit la direction des peuples nouveaux, elle étouffa ou du moins laissa périr chez eux toute spontanéité, tout art, toute poésie, toute civilisation. Ozanam, au contraire, montra l Eglise gardienne vigilante et laborieuse inspiratrice de la science et des arts dans ces temps orageux et fît ainsi l’histoire, à la fois scientifique et reli-
INTRODUCTION.
XV gieuse, de la civilisation dans les temps barbares et du progrès dans Les siècles de décadence.
<( Eh bien ! je me suis transporté, moi chétif, à un autre point du domaine historique, à cette époque où le Moyen âge finit et où une civilisation nouvelle, ou du moins renouvelée, s’épanouit en Italie pour se répandre ensuite dans le reste de l’Europe. Cette époque, la Renaissance, était dépeinte presque partout comme une séparation violente du Moyen âge, comme une révolte de la pensée moderne contre la foi des aïeux, de la liberté contre l’autorité, de la matière même et des sens contre l’ascétisme cruel de l’Eglise catholique. Ainsi parlaient la plupart des admirateurs de la Renaissance et aussi, hélas ! ou à très peu près, certains partisans excessifs et exclusifs du Moyen âge qui ne voient dans cette grande période, si mêlée de bien et de mal, que 1 action toujours obéie de l’Eglise et de Dieu, et dans tout ce qui a suivi le règne de Satan. Ces panégyristes outrés des âges de foi ne craignent pas de maudire la civilisation moderne tout entière, avec sa poésie depuis Pétrarque jusqu’à Chénier et son art depuis Léonard de Vinci jusqu’à Ingres. Déplorables et funestes erreurs de part et d’autre, qu’il me semblait nécessaire autant que facile de combattre et de repousser. En réalité, la Renaissance du quatorzième et du quinzième siècle fut l’œuvre du Christianisme comme celles du onzième et du treizième, malgré des caractères bien différents. L’Église, éducatrice de l’Europe, inspira ces poussées successives, ces renouveaux progressifs de vie et d'activité. Et non seulement elle imprima le premier mouvement de la grande Renaissance, mais elle en inspira les meilleurs représentants et les œuvres les plus hautes. Elle créa, encouragea, bénit le courant légitime de la Renaissance, qui va de Pétrarque au Tasse et de la Rome des papes du seizième siècle à notre dix-septième siècle français, si chrétien au fond, malgré trop de paganisme de surface. Je n’ai pas dissimulé d’ailleurs l’autre courant, celui de la Renaissance licencieuse et négative, qui va de Boccace à Machiavel et au cavalier Marin, mais qu’il est absolument déplacé de prendre pour la vraie et légitime Renaissance.
(( Le caractère religieux de cette glorieuse période, il m'a été facile de le montrer d’abord dans son initiateur Pétrarque, nommé à juste titre par Ernest Renan « le premier homme moderne », qui ressentit en effet toutes les aspirations de 1ère nouvelle, mais qui ne tenait pas moins, par le fond même de son âme, à la foi de ses
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INTRODUCTION.
aïeux. Au siècle suivant, Politien, Laurent de Médicis, génies plus suspects, plus profanes, n’offraient pas moins dans leurs meilleures œuvres une remarquable fidélité aux traditions populaires* nationales et religieuses de l’Italie. Enfin, le siècle de Jules II et de Léon X nous a montré le triomphe de l’art moderne, vraiment spiritualiste et chrétien, malgré l’envahissement trop réel du paganisme renaissant. qui n’a pu prévaloir contre l’esprit religieux toujours vivant, toujours gardé par l’Eglise.
« Après cinq ans d’études consacrées à la Renaissance, huit ans l’ont été au Moyen âge. Je glisse sur cette période, en réalité plus courte que la précédente ; car les cours publics, au lieu d’un semestre entier, n’y tenaient plus que deux mois. Une raison logique m'avait amené à ce recul vers le Moyen âge. J’avais soutenu que la Renaissance, au lieu de rompre violemment avec la période précédente, en avait continué, en y ajoutant des éléments nouveaux, toutes les grandes traditions. Il fallait donc montrer dans le Moyen âge les sources déjà jaillissantes et fécondes de la poésie et de l’art modernes. De là des études prolongées sur les sources poétiques de l’ère médiévale : Sources populaires d’abord : proverbes, récits facétieux, récits merveilleux... Quelques-uns d’entre vous se souviennent peut-être encore de ma leçon sur le (( roi des Corbeaux ». Il me semblait que chacun de mes auditeurs me disait avec le bon La Fontaine :
Si Peau d’âne m’était conté,
J’y prendrais un plaisir extrême ;
je contais donc de vieux contes de fées... et mon auditoire n’en paraissait pas mécontent. Après les contes, les chansons : chansons de travail, de mariage, de danse, de deuil, etc., origines de la lyrique cultivée dans toutes les littératures du Midi. — Sources ecclésiastiques : légendes, chroniques, prières latines, imitées et développées peu à peu en roman ; drames liturgiques, représentés successivement dans le sanctuaire, dans la nef, devant l'église, devenus mystères en France, autos sacramentales en Espagne, rappresentazioni sacre en Italie et donnant naissance à tout le théâtre sérieux des modernes. — Sources classiques : souvenirs et modèles antiques transformés par l’imagination du Moyen âge; tel d’entre vous n’a pas oublié, j’en suis sûr, les légendes de Troie, d Alexandre, de Rome, de Virgile, devenu le roi des Magiciens. — Sources
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XVII proprement nationales et héroïques : souvenirs poétisés de la conquête lombarde en Italie, de Charlemagne, de Roland et de Guillaume en France, du Cid et de Bernard del Carpio en Espagne. — Enfin, j’ai abordé Dante et son œuvre magnifique qui m’ont occupé deux ans, et je dois dire que dès le premier jour l’annonce de ce grand sujet obligea d’augmenter notablement le nombre des chaises dans ma salle de cours. Avec Dante et sa Comédie, grandiose et complexe comme nos vieilles cathédrales, nous avons visité ensemble les trois mondes de l’au-delà, en cherchant toujours, sous les beautés poétiques de tout ordre, le sens profond de la philosophie dantesque : le désordre moral dans l’Enfer, la purification et le progrès dans le Purgatoire, enfin dans le Paradis la perfection des vertus et leur union avec la perfection suprême.
(( Je ne vous parlerai pas de mes cours sur Manzoni et l’Italie contemporaine. Manzoni m’attira comme une sorte de Dante diminué, et comme le chef d’une renaissance à la fois religieuse et littéraire. D’ailleurs, en parlant de lui, j’étais pour ainsi dire à la fois en France et en Italie. C’est à Paris qu’il se convertit; ses Hymnes sacrés se rapprochaient d’eux-mêmes des Méditations de Lamartine; ses deux tragédies, des drames de Victor Hugo; sa lettre en français sur les unités dramatiques, de la préface de Cromwell , manifeste romantique plus tapageur, mais cent fois moins raisonnable; enfin, son roman des Fiancés nous apparaissait comme bien supérieur, au moins par la hauteur du sentiment moral, aux œuvres analogues de Walter Scott et de Vigny. Au moment où la maladie m’obligea de suspendre mes leçons, il ne me restait guère qu’à montrer en Italie l’influence persistante de Manzoni en face d’un mouvement d’idées tout contraire, et à rapprocher, par exemple, Zanella de Carducci et Fogazzaro de G. d’Annunzio.
(( C’était mon projet de revenir ensuite à la grande Renaissance, en ajoutant à mes études sur l’Italie des études semblables sur l’Espagne. Cette partie de mon dessein ne sera pas réalisée. Toutefois, dans ce cours modeste, presque fermé, destiné surtout aux ecclésiastiques, — ce cours d’histoire de la littérature théologique, dont Monseigneur le Recteur vient de parler en termes beaucoup trop flatteurs pour moi, — j’ai déjà eu l’occasion d’esquisser quelques grandes figures de la Renaissance espagnole : Ximénès, Louis Vivès, Melchior Cano... j’en étudierai d’autres dès le mois de janvier qui vient : Maldonat, sainte Thérèse, Louis de Léon, et je ne
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INTRODUCTION.
me dissimule pas ce que laisseront à désirer ces faibles ébauches. N’importe; quelque temps encore, si Dieu le permet, je continuerai à jeter le grain dans une terre que je sais fertile et bien préparée. Je ne puis vous promettre, comme je l’ai fait dans le passé, que beaucoup de travail et beaucoup d’amour pour mon sujet.
Vagliami ’1 lungo studio e ’l grande amore.
Votre attention soutenue, votre ardeur pour l’étude feront l’appoint de ma faiblesse et la bonne semence continuera, malgré la maladresse du semeur, à prendre racine dans le bon terrain, à y lever, à y monter en tige, en fleur, en graine, jusqu’à produire cent pour un. »
Léonce Couture était arrivé à la quatrième année de son Cours d’histoire de la littérature théologique. Les controverses sur la grâce le faisaient passer d’Espagne en France et il abordait le Jansénisme, ce sujet dans lequel il avait affirmé sa maîtrise, trente ans avant, par la critique du Port-Royal de Sainte-Beuve. 11 allait donc terminer son Histoire de la Renaissance par l’étude de « notre Renaissance française » plusieurs fois annoncée, notamment à la fin des cours de i884, quand il avait dit : « la Renaissance catholique, signalée par les grandes œuvres de la seconde moitié du seizième siècle, n’ayant eu dans Le Tasse qu’un interprète poétique trop imprégné de la sève païenne de l’âge précédent, malgré la sincérité de sa foi, ne triomphera sérieusement dans la littérature qu’au dix-septième siècle et dans notre pays. C’est en France, c est à l’époque de Corneille, de Pascal, de Bossuet, de Boileau et de Racine qu’apparaîtra la Renaissance classique adulte, assagie et soumise sans contrainte au double joug de la saine raison et de la vraie foi. »
Mais Dieu interrompit le professeur dans son œuvre, l’invita au repos et à la récompense éternelle.
Léonce Couture avait enseigné, à l’Institut catholique de Toulouse, du 29 janvier 1879 au 3 février 1902.
Que restera-t-il de l’enseignement de Léonce Couture P Voilà la question qui souvent a été posée et mal résolue. Je vais la reprendre, au risque de tomber dans des redites avec le professeur pour la période qu’il vient de décrire.
INTRODUCTION.
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Le volume Enseignement donnera, dans l’ordre et sous les titres choisis par Fauteur, Philosophie et Théologie , Études latines , Grammaire et Littérature françaises , Grammaire et Littérature provençales, Littérature étrangère , tous les articles énumérés dans sa bibliographie de 1900. J’y ai ajouté, comme il convenait, les études parues de 1900 à 1902, et même, après avoir pris conseil, un certain nombre d’articles de date plus ancienne. On y trouvera encore une dizaine de leçons inédites qui ont pu être arrachées, comme nous l’avions espéré, à la fameuse tachy graphie du professeur.
C’est par respect pour le maître que la classification de 1900 a été conservée. Peut-être a-t-il fait ces groupements avec intention, en souvenir du triple objet des études chères aux humanistes : philosophie et religion, antiquité classique, littératures nationales. Mais le tableau qu’il a fait lui-même de son enseignement nous autorise à voir, dans un grand nombre de ses articles, le prélude ou le complément de son étude principale : la Renaissance — la Renaissance telle qu’il l’envisageait depuis ses origines, le Moyen âge, jusqu’à son terme, le dix-septième siècle français. Et, dès lors, nous avons une classification nouvelle très simple.
Le Moyen âge.
Léonce Couture , nous venons de l’entendre , commença son enseignement à Toulouse par un cours de langues et de littératures romanes. Mais ce cours fut scindé à partir de la rentrée scolaire 1879-1880, et il y eut : i° un cours de philologie romane et 2° un cours de littérature romane ou plutôt étrangère, parce que la jeune Faculté désira être pourvue d’une chaire de littérature étrangère.
Langues romanes. — Le cours fermé de langues romanes a été fait par Léonce Couture, de 1880 à 1902, sous le titre de (( Conférence de langue d’oc, de philologie romane, de grammaire historique, de grammaire et métrique françaises, d’expJication des auteurs français pour la licence ès lettres, etc. ». Pour connaître, dans toute son étendue, l’objet de ce cours, il faut dans cç volume rapprocher des divers chapitres de « Grammaire provençale » les chapitres des « Etudes latines » sur la métrique, le cursus prosaïque, l’hymnographie, et les chapitres de « Grammaire fran-
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INTRODUCTION.
çaise » sur les textes de Joinville et même sur la réforme de l’orthographe.
Je ne puis omettre ici l’appréciation de M. Jeanroy sur le cours de philologie romane : « Ce cours, dit-il, qui avait charmé le grand public, en 1879, M. Couture le reprit plusieurs fois depuis devant un auditoire restreint, mieux préparé à en tirer parti. Pendant vingt ans, des générations d’étudiants ont appris de lui les vrais principes de la philologie romane... Si ces principes sont aujourd’hui universellement reconnus et appliqués dans les travaux des jeunes érudits de la région, notamment dans ceux des ecclésiastiques, c’est en grande partie à lui que l’honneur doit en être rapporté. »
Littératures romanes. — Le cours de littératures romanes, confondu d’abord avec le précédent et transformé, à la rentrée de 1879-1880, en cours de littérature étrangère, amena le professeur à commencer immédiatement son Histoire de la Renaissance des Lettres dans l Europe latine; mais plus tard, en i885, après avoir consacré cinq ans à la Renaissance italienne , il reprit son cours de 1879 sur les Sources et les Origines des littératures romanes , et il exposa, comme il l’a rappelé dans sa causerie, toutes les richesses littéraires du Moyen âge, spécialement du onzième et du treizième siècle, depuis l’humble cantilène « Buona pulcella fut Eulalia » jusqu’au sublime poème de Dante.
Les leçons qui nous restent de ce cours et qui figurent sous le titre (( Littérature étrangère » doivent être unies aux leçons de 1879 et à divers articles dispersés dans les Études latines, provençales et même françaises (par exemple, les Mystères, par M. Petit de Julieville).
La Renaissance.
L 'Histoire de la Renaissance des Lettres dans les nations romanes devait comprendre, d’après le projet de Léonce Couture, quelques leçons sur la Renaissance en général et une étude aussi complète que possible de la Renaissance italienne, de la Renaissance espagnole et de la Renaissance française.
L’étude sur la Renaissance, en général, dans l’Europe latine fut faite avec une ampleur d’exposition, une sûreté de jugement.
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XXI une possession du sujet et une élégance de langage qui ravirent les auditeurs les plus difficiles. Mais aucune des leçons ne fut publiée, et nous eûmes mal au cœur en voyant paraître un beau livre comme celui de M. Jean Guiraud sur Y Eglise et les Origines de la Renaissance sans qu’il pût être fait mention, dans sa copieuse bibliographie, de l’œuvre et du nom de Léonce Couture. Il n’en sera plus ainsi puisque nous publions les quatre premières leçons, les plus importantes. Dans ces leçons préliminaires, ainsi que dans plusieurs autres, on verra comment le professeur de Toulouse aboutit aux mêmes conclusions que le professeur de Besançon, I un et l’autre paraissant, d’ailleurs, s’être inspirés de la célèbre formule de Pascal sur la hiérarchie des corps, des esprits et du monde surnaturel. Voici la formule de M. Jean Guiraud qu’on retrouvera souvent, avec des variantes, dans les leçons de L. Couture : « Tant que la Renaissance, dans ses conceptions, soumit la nature physique, quelque belle qu’elle fût par elle-même, aux aspirations de l’esprit, pour s’élever ensuite au sublime de la charité et au surnaturel de la foi, il y eut harmonie entre ces tendances et les enseignements de l’Eglise; la papauté et la Renaissance exercèrent l’une sur l’autre une action salutaire... » (p. 289).
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