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Documents officiels recueills dans la secret́airerie privée de Maximilien: Histoire de l ...

Eugène Lefèvre · 1870 · Scanned text · Free in the US

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Author
Eugène Lefèvre
Language
French
Published
1870
Length
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Tome Second Paris

AHAÎAND LE CHEVALIER, ÉDITEUR Rue de Richelieu, 61, k Paris.

TOUS DROITS RÉSERVÉS

and

AVERTISSEMENT.

En racontant dans le premier volume de cet ouvrage les origines de l'Empire, je me suis fait un devoir de me montrer sobre de détails. Je tenais à ne rien aventurer de moi-même, et me suis contenté pour cela de rappeler les explications qui ont été données en 1863, soit dans les journaux allemands, soit dans le Mémorial diplomatique. Je n'ai rien trouvé dans les papiers laissés à Mexico par les hommes de l'empire, qui pût me servir de guide à travers les nuits de cette intrigue et, je le répète, je n'ai rien voulu avancer sans fournir immédiatement mes preuves à l'appui.

Aujourd'hui, Ton sait à quoi s'en tenir sur l'existence de ces pièces. Elles sont toutes conservées religieusement, trop religieusement peut-être, les unes à Vienne, les autres à Rome ; d'autres encore, si nous devons en croire ce que l'archiduc lui-même en a raconté pendant son procès à M. Aspiroz, à Londres, entre les mains de la reine Victoria, et le Journal de Paris, en mentionnant les deux premiers faits, les a fait suivre des détails instructifs que voici :

c< Tout le monde sait que Tempereur Maximilien avait légué, dans son testament, au prince de Salm tous ses papiers généralement quelconques, en le chargeant de raconter Thistoire des négociations qui avaient précédé son départ de Miramar, d'expliquer quels avaient été ses plans généraux, d'exposer, pièces en mains, par quelles causes, indépendantes de sa volonté, ces plans avaient échoué.

IL 1

L'empereur iMaximilien léguait nommément au prince de Salm les papiers qu'il avait laissés au château de Miramar et ceux que rirnpératrice Charlotte avait apportés en Europe.

» C'est, d'ailleurs, sur le ton de la plus intime amitié et de la plus mtime conflance que l'empereur Maximilien s'exprimait à l'égard du prince de Salm. Tout le monde, répétons-le, connaît ces circonstances. Mais ce qu'on ne sait pas ou ce qu'on sait mo iis, c'est que, lors de la publication du testament de Maximilien , la clause relative au prince de Salm en fut retranchée et tenue secrète. Au moment où se fit la publication, le prince de Salm était encore prisonnier de Juarez. Ce n'est qu'après son retour en Europe et encore par hasard que le prince de Salm apprit à la fois et la mission dont l'avait chargé son royal ami et la mutilation qu'on avait fait subir au testament de l'empereur du Mexique. Il réclama. Il demanda à la chancellerie aulique de Vienne si le legs existait, et, en cas de réponse affirmative, il adressa requête en forme pour qu'il lui fût fait remise de tous les papiers de Maximilien.

» On lui a définitivement répondu que l'empereur François-Joseph, en tenant secrète l'une d^s clauses du testament d'un archiduc autrichien, son frère, avait usé de ses droits de chef de famille et de souverain, et qu'il continuerait d'en user dans le même sens, en se refusant de livrer les papiers de Maximilien, d'abord déposés à Miramar, passés ensuite dans les archives de famille de la maison de Lorraine. La réponse du Pape a été analogue pour ce qui le concerne. Voilà où en sont les choses. Le prince de Salm déclare hautement qu'il poursuivra, par toutes les voies de droit, ses légitimes réclamations. Il considère désormais comme le devoir et l'œuvre de sa vie de se mettre en possession de tous les papiers de Maximilien, et d'arriver à ce que les vœux formés par son ami mourant soient réalisés. »

Je ne relèverai pas ce que peut cacher de préoccupation bonne ou mauvaise cette phrase à double entente : Au moment où se fit la publication du testament, le prince de Salm était encore prisonnier de- Juarez. M. de Salm, condamné à une détention perpétuelle, était alors le prisonnier, non de M. Juarez, mais de la loi; et s'il est aujourd'hui rendu à la liberté, il le doit à la générosité du Président et du conseil des ministres, rien qu'à elle. La mission dont on le dit chargé, loin de lui nuire auprès du gouvernement mexicain, devait, au contraire, lui être favorable, en ce qu*elle aurait projeté un jour plus clair sur les intrigues dont la loi du

17 juillet J86J n'a été que le prétexte, et, cela dit, M. Juarez ne pouvait qu'y gagner.

Malheureusement, la royauté, au rebours de toutes les lois, au mépris de toutes les règles connues du juste et de l'injuste, a cela d'essentiellement mauvais qu'elle n'est comptable de ses actes vis-à-vis de personne; qu'elle peut impunément souffler le chaud ou le froid, la reprise ou la stagnation des affaires, la paix ou la guerre, selon que l'exigent, d'un jour à l'autre, ses intérêts ou ses caprices; et qu'après avoir prodigué inutilement leur or et leur sang pour des choses qui ne les concernaient en rien, qu'ils ne comprenaient même pas, les peuples, en fin de compte, sont obligés de se contenter d'une réponse dans le genre de celle-ci : On lui a définitivement répondu que l'empereur François-Joseph, en tenant secrète une des clauses du testamsnt d'un archiduc autrichien, son frère, avait v^é de ses droits de chef de famille et de souverain, et qu'il continuerait d'en v^er dans le même sens, en se refusant à livrer les papiers de Maxi". milien.

C'est tout simplement l'histoire du masque de fer, du procès du collier et du guet-apens de Boulogne, appliquée à l'expédition du Mexique. Je n'en continuerai pas moins la tâche que j'ai entreprise et si, dans mon travail, il se trouve quelques lacunes, je prie les lecteurs de ne pas oublier que la faute n'en est pas à moi, mais à l'archiduc, d'abord, qui a fait enlever une partie des papiers de l'empire, afin de ne publier que ceux qui pourraient lui être favorables; puis aux gouvernements d'Autriche et de Rome, qui espèrent sans doute, en refusant de livrer ceux qu'ils possèdent à la publicité, conserver par devers eux un moyen dont ils peuvent se servir au besoin pour exercer sur l'homme des Tuileries une action favorable aux intérêts de leurs chapelles particulières.

J'ai raconté dans le premier volume comment s'y est prise la diplomatie européenne pour fomenter les troubles du Mexique et rendre possible cette intervention dont le but réel, accepté à l'avance par les puissances contractantes, même par celles qui n'ont pas voulu suivre le gouvernement impérial jusqu'au bout de son aventure, était de renverser la République pour mettre à sa place un empire éphémère qui devait à peine vivre ce que vivent les roses : il me reste dans celui-ci à expliquer de quelle manière un gouvernement monarchique, au moyen de la police, de la presse, de l'administration, de Tarmée et de tous les autres éléments dont il dispose en tant que gouvernement, arrive petit à petit, et lorsqu'on lui en donne le temps, à corrompre tellement un pays que le sens moral n'existe plus pour lui, et que les étrangers eux-mêmes, aussi surpris de ce qu'ils voient que de ce qu'ils entendent, s'extasient devant ce qu'ils considèrent comme la sagesse profonde d'un être qui bien souvent, n'a de l'homme que la figure, ou, comme le pape Pie IX, envoient des roses d'or à une Isabelle quelconque en témoignage de ses vertus privées- Ces méfaits du pouvoir d'un seul ne sont pas malheureusement le fait de telle ou telle monarchie plutôt que de telle ou telle autre. Ils appartiennent à l'institution elle-même de la même manière que l'écorce appartient à l'arbre. C'est pour elle une question d'être ou de ne pas être, et si j'entre à cet égard dans des détails qui pourront parfois paraître minutieux, c'est qu'à la suite de toutes les révolutions qui ont bouleversé notre vieille Europe, depuis bientôt quatre fois vingt années, jusques et y compris l'expulsion de la reine d'Espagne, personne n'a compris encore, ou plutôt n'a voulu comprendre, que la royauté était plus coupable que le roi, et que, pour en finir avec ce fétiche édenté, le plus simple était de mettre à nu, sans crainte et sans ambages, les moyens dont on se sert pour l'imposer aux populations et les noms de ceux qui se chargent de cette triste besogne.

Je ne dirai rien qui ne soit vrai, matériellement vrai, dont je ne puisse fournir les preuves. Je parlerai de tous ces vivants que je ne connais pas de la même manière que s'ils étaient morts, et pour me consacrer le plus promptement possible aux difierentes questions dont j'ai parlé plus haut, je vais d'abord m'expliquer en quelques mots au sujet des relations de l'archiduc avec le Saint-Siège.

HISTOIRE

DE

L'INTERVENTION FRANÇAISE

AU MEXIQUE.

I

Relations de rarchiduc avec le Saint Siég^e.

Pour bien apprécier la moralité de la question dont il s'agit, il. nous faut remonter à Forigine de la propriété f cclésiastique au Mexique.

Après la conquête du vaste empire aztèque, toutes les terres des vaincus, c'est-à-dire des indigènes, avaient été confisquées en bloc, puis divisées en parts plus ou moins égales réparties entre la couronne d'Espagne, le clergé mexicain, les premiers conquérants, Gortès, ses compagnons et leurs descendants, et enfin les indigènes ou Indiens.

Ce partage, opéré au fur et à mesure de l'extension de la domination espagnole, a été la première origine de la propriété ecclésiastique au Mexique, et suffirait déjà pour donner une idée de la valeur énorme de cette propriété, puisqu'elle comprenait à elle seule un cinquième de la richesse immobilière de la Nouvelle-Espagne.

Il est vrai qu'on a prétendu que, par suite de l'avidité insatiable des premiers conquérants et surtout des vicesrois, de leurs principaux officiers et favoris, ce partage n'a pas été fait avec exactitude, et que la part du clergé a été aprèscelle des Indiens» la moindre comme quantité et qua* lité. Mais cette assertion paraît d'autant plus étrange que le zèle religieux des Espagnols au seizième siècle, particulièrement dans leurs colonies d'Amérique, est un fait irrécusable. Le chef des premiers conquérants, le fameux Cortès, a donné lui-même, en maintes circonstances, l'exemple du plus profond respect, de la soumission la plus entière à l'Église catholique. Dès les premiers partages des dépouilles conquises, une fois la part de la couronne prélevée, il a laissé le choix aux prêtres dont il s'était fait accompagner dans son entreprise aventureuse, et ceux-ci ont certainement eu soin de ne pas choisir les plus mauvaises parts. Ce fut bien pis encore sous Philippe IL Quand le Mexique fut complètement subjugué, quand Tlnquisition y domina aussi redoutable qu'en Espagne, quel bras séculier, si puissant qu'il eût pu être, aurait osé se lever à l'encontre des intérêts matériels de l'Église, en diminuant sa part des dépouilles des vaincus, soit en quantité, soit en qualité? Ce qui est certain, c'est que, quant à la qualité, toutes les propriétés ecclésiastiques, ayant pour origine cette répartition primitive, étaient incontestablement les meilleures terres des localités où elles étaient situées.

Du reste, le cinquième de la propriété foncière duc Mexique était bien loin de constituer toute la richesse immobilière du clergé; car elle ne tarda pas à s'accroître au moyen des diverses sources suivantes :

io Vastes concessions gratuites de terres prises dans le domaine royal, ainsi que dons considérables en argent, concessions et dons faits par les vice-rois soit par dévotion, soit par politique , pour arriver plus facilement , en établissant des couvents au milieu des pays nouvellement conquis à dominer les populations indigènes au moyen du double frein des armes et de la religion.

20 Nombreuses donations entre-vifs et surtout testamentaires, donations tant d'immeubles que de capitaux hypothéqués qui ont dû être d'autant plus fréquentes et considérables que la ferveur religieuse prédominait davantage parmi les populations hispano-américaines.

30 Acquisitions à titre onéreux au moyen des deniers économisés annuellement par le clergé sur ses immenses revenus, provenant non-seulement de ses vastes possessions territoriales, mais d'autres ressources aussi variées que productives telles que :

I. La dîme prélevée à l'origine en nature sur tous les produits agricoles et convertie plus tard, d'un commun accord entre les intéressés, en une somme fixe d'argent, basée sur la moyenne d'un certain nombre d'années de récolte.

II. Les prémices — premicias — sur les bénéfices commerciaux, industriels, gains de. toute nature, prémices qui, ainsi que les dîmes, ont été exigées et perçues jusqu'en 1833, où une loi les déclara non plus obligatoires mais seulement facultatives.

IlL Les droits paroissiaux très-considérables ainsi que le casuel.

V. Enfin les droits et frais prélevés par le clergé, comme officier de l'état civil, sur les actes de naissance, mariage, décès, et comme juge dans toutes les contestations et procès en nullité ou dissolution de mariage; juridiction qu'il exerçait encore en 1859. Sous la domination espagnole, sa compétence judiciaire s'étendait même jusqu'à la connaissance des contestations relatives aux testaments faits en sa faveur par des particuliers; ce qui le rendait à la fois juge et partie.

Il est évident que ces sources de richesse aussi variées qu'abondantes durent bientôt produire au clergé mexicain des revenus immenses; et comme il lui était impossible de les dépenser, force lui fut d'amasser, de thésauriser. Ce fut alors que ne trouvant plus assez d'immeubles à acheter pour employer ses capitaux accumulés, il commença à faire des prêts sur hypothèques, au taux d'abord de 5, puis de 6 p. c. Ces prêts hypothécaires ne tardèrent pas à prendre une telle extension que les caisses du clergé devinrent, au moins pendant bien des années, surtout sous la domination espagnole, le plus grand; sinon l'unique établissement de crédit au Mexique. Ce fut au point que suivant le rapport présenté en 4797 par Tévêque Abad y Queipo devant le conseil du vice-roi, pour défendre le privilège du clergé à l'exemption de tout impôt direct ou indirect, même des droits sur les ventes, acquisitions, prêts hypothécaires, etc., les capitaux placés sur hypothèques et appartenant aux chapellenies et aux œuvres pieuses de la juridiction des ordinaires de Mexico, Puebla, Michoacan, Guadalajara, Durango, Monterey, Sonora, Oajaca et Yucatan, s'élevaient déjà à la somme de 44,500 mille piastres, 222,500,000 fr., et constituaient avec les autres capitaux ecclésiastiques prêtés à Tagriculture, au commerce et à l'industrie, plus des deux tiers du capital producteur, alors employé dans le royaume de la Nouvelle-Espagne.

Sans chercher en ce moment à établir, même approximativement, la valeur des biens meubles et immeubles ecclésiastiques, il est évident que les sources que je viens d'énumérer ont dû, dans l'espace de trois siècles et demi, porter les richesses du clergé à un chiffre énorme, probablement au quart, peut-être au tiers de celles totales du Mexique ainsi que l'écrivait en 1833 l'historien Savala.

Point n'est besoin après cela de faire remarquer à ceux qui soutiennent encore que la propriété ecclésiastique est d'institution divine, combien une pareille prétention est contraire à la vérité de l'histoire et aux prescriptions de l'Évangile. L'arbre, a dit quelque part ce livre , dx)it être jugé far ses fruits. Dans ce cas, et pour ne point sortir du point de vue purement religieux, il suffirait de se rendre compte des conséquences funestes qu'avait entraînées au Mexique, et pour l'Église et pour le clergé, l'accumulation de ces immenses richesses, pour y condamner sans retour la propriété ecclésiastique.

Par cela même que cette propriété était un des plus puissants éléments du pouvoir temporel de l'Église mexicaine, elle avait dû, pour veiller à sa conservation, mêler la religion aux luttes des partis politiques, et lui faire prendre une part de plus en plus regrettable dans les révolutions qui avaient désolé et ensanglanté le pays. Dès lors elle avait mis en danger ses intérêts spirituels, religieux, véritablement chrétiens, en les surbordonnant à d'autres intérêts terrestres, matériels, entièrement sordides.

Que dire maintenant des influences corruptrices de ces immenses richesses sur les membres du clergé? — N'étaient-ils pas des hommes et, comme tels, sujets aux mêmes faiblesses, aux mêmes passions que le reste de Thumanité?

Personne assurément, à moins d'avoir perdu ou abjuré le sens commun, n'oserait nier les tentations de tout genre auxquelles les richesses exposent les hommes, surtout dans rétat d'oisiveté, et les prêtres, il faut bien le répéter, n'en sont pas plus exempts que les autres. Le gouvernement libéral, en s'emparant de leurs biens, avait eu pour but de mettre autant que possible un terme à cette corruption et de leur enlever une arme dirigée principalement contre lui. Il Ta fait au même titre que le vainqueur, en prenant possession d'une ville ennemie, s'empare des armes et des munitions du vaincu. Tel est le sens précis des lois promulguées sur la matière en 1856, 4859 et 1861.

Il résultait de ces lois :

I. Que tous les immeubles ecclésiastiques, tels que couvents, séminaires, collèges, chapelles et églises, devaient être divisés par lots, évalués et vendus aux enchères publiques par adjudication sur la mise à prix d'estimation, neuf jours après la publication officielle de la vente; mais que leur aliénation de gré à gré ne serait permise qu'à la suite de trois adjudications successives, à trois jours d'intervalle Tune de l'autre, demeurées infructueuses faute d'offres suffisantes, c'est-à-dire qui atteignissent les deux tiers de la mise à prix. De ces trois tiers, un devait être payé en numéraire, et les deux autres en bons de la dette nationale reconnue. Le premier, bien qu'obligatoire en totalité au moment même de Tachât, pouvait cependant, avec une autorisation spéciale du gouvernement, être divisé en bons payables dans le cours de cinq à neuf années, moyennant une inscription hypothécaire produisant au trésor un intérêt de 6 p. c. par an; mais les deux autres étaient exigibles le jour même de la signature du contrat de vente.

II. Que tous les immeubles, non encore aliénés en vertu des lois d'amortissement, autres que les couvents, les séminaires, les collèges, les chapelles et les églises, devaient être également vendus aux enchères publiques, à moins qu'étant ignorés du fisc, ils ne lui fussent dénoncés. Dans ce cas, le dénonçant pouvait se les faire attribuer de gré à gré par TEtat, en en payant le prix conformément à la valeur déclarée pour les contributions, au moyen de cinq paiements dont les trois premiers devaient être acquittés immédiate^ ment en bons de la dette reconnue, et les deux autres en argent effectif dans le délai de 40 mois, par obligations mensuelles d'égale valeur nommées pagares.

III. Que tous les immeubles ecclésiastiques aliénés en vertu des lois d'amortissement, mais rendus au clergé sous l'empire des décrets réactionnaires de i858, pouvaient être rachetés de gré à gré dans un délai fixé par Tautorité compétente ; mais que, ce délai expiré, ils ne pourraient plus être vendus que par adjudication aux enchères publiques.

IV. Que tous les capitaux hypothéqués en faveur du clergé, qu'ils provinssent de prêts consentis avant la loi de 1856 ou de sommes reçues pour prix d'amortissement, seraient rédimables de gré à gré avec l'État, dans certains délais prescrits, soit par les débiteurs, soit par leurs subrogés ou les dénonçants; mais que, les délais écoulés, ils ne pourraient plus être aliénés que par adjudication aux enchères publiques. Dans l'un et l'autre cas, le prix en était fixé comme ci-dessus, 3/5^ immédiatement en bons de la dette reconnue, et 2/i>e en argent effectif, dans le terme exprès de 40 mois, par obligation mensuelle d'égale valeur ou pagares.

V. Enfin, que les pagares ne pourraient pas être négociés par le Trésor sans une autorisation spéciale du gouvernement.

Telle était l'économie des lois de réforme dans la partie de leurs dispositions qui avait trait aux biens ecclésiastiques. Le gouvernement libéral avait tranché toutes les questions qui s'y rattachaient d'une manière révolutionnaire, il est vrai, mais en harmonie avec les idées de l'époque, avec les nécessités gouvernementales et avec les besoins économiques et sociaux. La partie cléricale de l'entourage de l'Archiduc aurait, au contraire, voulu faire rapporter par le prince tout ce qui avait été fait à cet égard sous la près-

- II -

sion des circonstances révolutionnaires, et c'est pour arriver à ce but que, longtemps même avant son acceptation définitive, on lui avait mis dans la tête le voyage de Rome pour obtenir, lui disait-on, les bénédictions du Saint-Père sur l'œuvre qu'il allait entreprendre.

Le Pape lui promit, en effet, de l'aider en tout et pour tout, autant du moins que cela pourrait être en son pouvoir, et de lui envoyer le plus promptement possible à Mexico un représentant investi de pouvoirs sufiSsants pour aplanir les difficultés et mettre fin à tous les embarras d'une situation que les prêtres et leurs adhérents rejetaient comme toujours sur l'anarchie et sur l'irréligion.

L'archiduc était naturellement crédule, et mal lui en résultait, car son entreprise n'était appuyée que sur des promesses dont il était peut-être le seul à ne pas vouloir comprendre le peu de valeur. Puis, comment suspecter la bonne foi du successeur crosse et mitre de saint Pierre ; du chef visible de l'Eglise?... Le prince autrichien n'y songea même pas. Il partit de Rome sous l'empire des plus douces illusions, et arriva au Mexique persuadé qu'il ne faisait qu'y précéder de peu le représentant du Pape, oiseau rare dont ii avait le plus pressant besoin pour apporter un peu de calme dans l'imagination égarée par les prêtres de ceux qu'il s'obstinait à regarder comme ses véritables sujets.

Mais promettre et tenir sont deux; chacun le sait, et la cour de Rome n'avait garde de l'oublier. Deux grands mois après l'arrivée de Maximilien au Mexique, il n'y avait encore rien de fait. Les correspondances ne donnaient que des espérances vagues, sans rien préciser ni sur la mission ni sur le caractère de l'envoyé futur du Saint-Siège ; et cette incertitude était d'autant plus grave que le rang et le titre de cet envoyé auraient pu donner à l'avance la mesure des pouvoirs dont il serait investi. Il fallait, en cfiet, si l'on tenait à contraindre les mauvais vouloirs des intéressés , que ces pouvoirs fussent des plus amples, car, s'il en était autrement, ils seraient inutiles et pourraient devenir pernicieux en augmentant encore le malaise général causé par des lenteurs dont on commençait à n'augurer rien de bon.

Dans ces circonstances, le ministre des afl^aîres étrangères, M. Ramirez, adressa à son représentant à Rome, sous la date du 22 juillet 1864, une note dans laquelle il lui ordonnait de signifier au cardinal Ântonelli que si Tenvoyé du S. P. n^arrivait pas en temps opportun, et muni des pouvoirs suffisants pour en terminer une bonne fois avec les difficultés sans cesse renaissantes de cet état de choses, Tarchiduc serait obligé d*agir par lui-même et de dicter les mesures que réclamait la situation.

« La lecture de la note de V. E. datée du 10 juin dernier, a laissé dans Tesprit de TEmpereur une impression profondément pénible.

» Elle a détruit toutes les espérances qu'avait conçues S. M., et fait avorter toutes les mesures qu'elle avait prises pour tranquilliser les esprits émus et préoccupés par la grave question des biens du clergé, question capitale par la quantité considérable d'intérêts de tous genres auxquels elle touche et qui ne peut rester indécise sans exposer TËtat et TËglise à des secousses graves et fatales.

» Cette situation compromet gravement la responsabilité de S. M. devant Dieu et devant le peuple qui lui a confié ses destinées, en même temps qu'elle compromet également le sort de l'Empire. Les obligations sacrées qu'elle a contractées ne lui permettent pas de la prolonger davantage en restant dans l'inaction.

» Comme celle-ci augmente et aggrave les difficultés au préjudice de l'État et de l'Église, S. M. m'ordonne de dire à V. E. qu'elle doit employer toute la prudence, toute la modération et la courtoisie qui la caractérisent, pour faire connaître à S. E. le cardinal secrétaire d'État que si le nonce de S, S. ne se trouve pas ici en temps opportun, V Empereur se verra forcé, à son grand regret, de dicter les mesures que réclament la paix et la tranquillité du pays, en tenant compte toutefois des ménagements qu'exigent les intérêts de VÉglise et de la religion (1). »

Vers la même époque, M. Aguilar obtenait du pape une audience dans laquelle il s'efforçait de lui exposer les motifs qui rendaient urgent l'envoi au Mexique d'un représentant revêtu d'un caractère élevé et investi des pouvoirs les plus amples. 11 insistait surtout pour que ce représentant eût le titre de Nonce, mais le pape ne voulut prendre

(1) Dépêche en date du 22 juillet 1864, de M. F. Ramirez à M. Aguilar y Marocbo, ministre de Maximilien près la cour de Rome.

aucun engagement à cet égard et promit seulement d'y réfléchir.

« Cet envoyé, écrivait M. Aguilar, sera porteur de pouvoirs particuliers qui Fautoriseront à traiter certaines questions, mais pour les autres, il sera indispensable d'en établir préalablement les bases, — ce qui signifiait qu'on ne pouvait le faire qu'à Rome. — Le pape m'a dit que c'était tout ce qu'il pouvait faire, mais il a ajouté que, dans tous les cas, V Empereur pouvait compter sur son aide et sur sa sollicitude paternelle pour faire face aux éventualités qui pourraient survenir au Mexique (i). »

M. Meglia, archevêque in partibus de Damas, fut nommé peu de temps après avec le titre de Nonces et dès que les nouvelles venues d'Europe purent faire pressentir la date à peu près exacte de son arrivée sur le territoire du Mexique, l'archiduc envoya un de ses conseillers dans une voiture de laCourpour le recevoir à Veracruzet l'accompagner jusqu'à la capitale où il arriva le 7 décembre au soir.

Le lendemain, 8, il fit savoir ofiScîellement son arrivée au ministre des affaires étrangères, en lui demandant l'audience habituelle pour la présentation des lettres de créance. Cette audience eut lieu le 10, et deux jours après, l'archevêque officia pontificalement en présence de toute la Cour, dans la collégiale de Guadalupe, à l'occasion de la fête toute nouvelle de l'Immaculée-Conception.

Après la cérémonie, il y eut une collation dans laquelle l'archiduc réserva au nonce les honneurs de sa droite, et pour lui donner une preuve nouvelle de l'affection particulière qu'il avait pour le pape, il remit à son envoyé 25,000 fr. destinés à passer de sa cassette particulière dans celle du Saint-Père.

il y eut ensuite un grand diner dans lequel l'envoyé de Rome eut de nouveau la place d'honneur; puis, afin de lui donner encore une preuve d'estinie et de confiance, l'archiduc le pria de se rendre auprès de lui, afin de conférer

(1) Dépêche en date du 27 août 1864, de M. Aguilar y Marocho, envoyé de Maximilien à Rome, au ministre des affaires étrangères F. Ramires.

d'une manière privée sur l'objet de sa mission, et en reçut la lettre suivante signée par Pie IX.

« Sire,

» Uuand, au mois d'avril dernier, avant de prendre les rênes du nouvel empire du Mexique, Votre Majesté voulut se rendre dans cette capitale, pour vénérer le tombeau des Saints Apôtres, et recevoir la bénédiction apostolique, nous lui fîmes part de la profonde douleur qui remplissait notre âme à la vue du lamentable état où les bouleversements sociaux de ces dernières années avaient réduit tout ce qui touche à la religion, chez la nation mexicaine. Dès avant celte époque et plus d*une fois, nous avions élevé là-dessus des plaintes, dans des actes publics et solennels, protestant contre la loi inique appelée de Réforme, qui renversait les droits les plus inviolables de TÉglise et outrageait Tautorité de ses pasteurs ; contre Tusurpation des biens ecclésiastiques et la dilapidation du patrimoine sacré; contre l'injuste suppression des ordres religieux; contre les fausses maximes qui blessaient directement la sainteté de la religion catholique ; enfin, contre beaucoup d'autres attentats commis au préjudice non -seulement des personnes sacrées, mais encore du ministère pastoral et de la discipline de l'Église.

» Aussi Votre Majesté a-t-elle dû facilement comprendre combien nous avons été heureux de voir, grâce à l'établissement du nouvel empire, poindre l'aurore de jours pacifiques et prospères pour l'Église du Mexique. Cette joie a grandi quand nous vîmes appelé ù cette couronne un prince de famille catholique et qui avait donné tant de preuves de sa religieuse piété. Aussi vive fut l'allégresse des dignes évéques mexicains qui, quittant la capitale de la chrétienté, où il-s ont laissé tant d'exemples de leur abnégation et de leur filial dévouement envers notre personne, eurent le bonheur d'être les premiers à offrir leur hommage sincère au souverain élu de leur patrie, et de recevoir de sa propre bouche les assurances les plus flatteuses de la résolution énergique où il était de réparer les torts faits à l'Église et de réorganiser les éléments bouleverses de l'administration civile et religieuse. La nation mexicaine, elle aussi, salua avec une joie indicible fâvénement au trône de Votre Majesté, appelée par le désir unanime d'un peuple qui, jusqu'alors, avait été contraint de gémir sous le joug d'un gouvernement anarchique, et de pleurer sur les ruines et les désastres de la religion catholique, sa première gloire eii tout temps et le fondement de toute sa prospérité.

» Sous ces heureux auspices, nous attendions, de jour en jour,

— io -

les premiers actes du nouvel empire, persuadés qu on donnerait à TÉglise outragée avec tant d'impiété par la révolution, une prompte et juste réparation, soit en révoquant les lois qui l'avaient réduite ù un état d'oppression et de servitude, soit en en promulguant d'autres, propres à suspendre les effets désastreux d'une administration impie. Déçu jusqu'à présent dans nos espérances (la cause en est due peut-être aux difficultés qui se rencontrent, lorsqu'il s'agit de réorganiser une société depuis longtemps bouleversée), nous ne pouvons nous empêcher de nous adresser à Votre Majesté et d'en appeler à la droiture de ses intentions, à l'esprit catholique dont elle a donné des preuves éclatantes en d'autres occasions, aux promesses qu'elle nous a faites de protéger l'Église, et nous avons la confiance que cet appel, pénétrant jusque dans son noble cœur, produira les fruits que nous attendons de Votre Majesté.

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