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De l'entraînement complet et expérimental de l'homme

Georges Rouhet · 1902 · Scanned text · Free in the US

148,440 words · about 10 h 24 min to read

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About this book

Author
Georges Rouhet
Language
French
Published
1902
Length
148,440 words · about 10 h 24 min
Sections
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Preface

Le 30 juillet 1881, je soutenais devant la Faculté de Médecine de Paris une thèse intitulée : Recherches expérimenlales sur les effets physiologiques de la gymnastique et de r entraînement. Cette thèse, faite dans le laboratoire de M. le professeur Marey, avec le concours de M. François Franck, me valut quelques éloges et fut récompensée.

Aussi, aidé par les encouragements de mes maîtres et soutenu par cette idée que la gymnastique est indispensable à Thomme pour augmenter ses forces et maintenir sa santé dans un état d'intégrité parfaite, ai-je toujours continué à m entraîner.

Par des exercices variés, continuels et réglés, je suis arrivé au degré de force et de résistance que je recherchais et mes muscles ont acquis un volume que les professionnels eux-mêmes ne peuvent guère dépasser. C'est ce qui m'a décidé à publier aujourd'hui les résultats ainsi obtenus. Certainement, si je n'avais pu fournir, à l'aide de photographies et à l'appui de ce que j'avapce, des preuves indéniables, je n'aurais jamais songé à écrire ce livre, car je pense qu'en hygiène, comme en médecine, il faut surtout des faits.

Je pourrais intituler ce livre : Histoire d*un entraînement, car c'est, pour ainsi dire, une observation que je mets sous les yeux du public ; peut-être à ce titre cet ouvrage ne sera-t-il pas sans valeur.

J'ai sacrifié à la gymnastique et au muscle bien des ambitions! C'est pourquoi j ai Tespoir qu'après m'avoir lu, le lecteur comprendra ce qu'ils m'ont coûté de privations et de persévérance.

On me tiendra compte, je l'espère, d'une expérience que j'ai poursuivie sans relâche pendant déjà plus de vingt cinq ans et qui dure encore ! On voudra bien reconnaître aussi que j'ai dû montrer une certaine force de caractère pour avoir laissé passer sans m'émouvoir les critiques qui n'ont pas manqué de se produire, quand on m'a vu, dans le pays où j'exerce, faire mes poids sur la place publique, montrer mes chevaux au cirque, dire des vers au théâtre ou enfin pratiquer, tout suant et « coram populo », l'hydrothérapie en hiver.

J'agissais ainsi en apôtre fervent, que je suis toujours, voulant instruire et convaincre par la meilleure des méthodes, celle de Texemple.

Je me suis livré à presque tous les sports, parce que chacun d'eux agit sur Téconomie d'une façon déterminée. Mon entraînement ayant été continuel, persistant, j'ai pu me rendre compte des modifications profondes produites sur l'organisme par l'exercice.

L'hygiène suivie par moi a toujours été très sévère, et j'ai tout essayé, tout employé pour arriver à augmenter ma force et ma résistance à la fatigue qui m'était fatalement imposée par les travaux laborieux. Toutefois, j'ai soigneusement évité le surmenage, et lorsque j'augmentais la dose d'un exercice, je diminuais celle des autres de manière à maintenir toujours le corps dans un état de parfait équilibre.

J'insiste pour faire remarquer quelle contrainte je me suis imposée pour parvenir à régler mon existence d'une manière aussi précise; ne donnant à chaque exercice que juste le temps fixé par mon programme et évitant foutes les occasions qui pouvaient me distraire de ma ligne de conduite.

PRÉFACE 3

Je n'ai jamais tenu compte des railleries de gens qui ne discernaient pas le but que je me proposais d'atteindre, qui est surtout le relèvement physique et intellectuel de l'homme. J'ai toujours marché sans souci de la critique inévitable quand on sort des sentiers battus, estimant que j'avais bien le droit de consacrer les loisirs, qu'en somme chacun sait se procurer, à l'équitation, à la déclamation, aux poids et à l'hydrothérapie ; d'autres font bien de la politique, de la musique, de la peinture, vont au cercle, ou même plantent leurs vignes ou leurs choux, chacun selon son penchant !

Bien avant que le curé Kneipp fût à la mode, je préconisais, dans ma petite sphère, les moyens hydrothérapiques et balnéatoires que j'employais dans les maladies aiguës (broncho-pneumonies des enfants^ fièvrç typhoïde, etc.), et les affections chroniques.

On a regardé pendant longtemps comme de la fantaisie originale les bains que je prenais en plein hiver dans la rivière.

Il y a bien des années aussi que j'emploie le massage, devenu uiîe pratique courante. Je ne compte plus tous les succès qu'il m'a donnés dans les engorgements des membres, certaines atrophies musculaires, les fractures, etc.

Cette médication pour ainsi dire nouvelle, importée de Paris à la campagne, j'ai été le premier et le seul pendant longtemps à m'en servir.

Mes exercices ont toujours été basés sur les données de l'anatomie et de la physiologie, car je pense que la gymnastique non éclairée par le flambeau de ces deux sciences est une chose inutile, presque dangereuse; on en a vu des exemples quand on a laissé ce soin aux pédagogues.

Le médecin seul est apte à devenir un gymnaste accompli. Les anciens le pensaient et ils avaient raison.

Hippocrate disait : « Il faut que le médecin connaisse la médecine, cela est évident ; mais aussi la gymnastique et le massage ». Ce qui signifie que l'hygiène a toujours été, est, et sera la première parmi toutes les sciences biologiques.

Tous les sports auxquels je me suis livré m'ont été enseignés à Paris où je faisais mes études et où j'ai pu me mettre en contact avec les professeurs les plus en renom en : boxe, escrime, poids, déclamation et équitation.

Quoique m adonnant avec passion aux exercices physiques, j'ai toujours accordé la prépondérance à la médecine que j'aimais plus encore. Lanatomie a été surtout mon étude de prédilection. J'aurais voulu à la fin de ce volume présenter au lecteur une véritable description anatomique esthétique et physiologique de chacun des muscles développés et assouplis par mon procédé. Mais ce sujet étant spécial et un peu aride, je le réserve pour une publication ultérieure. Je puis affirmer que jamais mon entraînement, si intense qu'il fût, ne m'a fait oublier ni mes livres ni mes malades ; il m'a donné en outre la force et la santé surtout utiles et précieuses au médecin. En effet, disait-on autrefois : « Qui eniîn bonanon sitnt corporis habiludine^ vulgoexistintantur cœlero7nim curam non recte habere passe ». J'ajouterai que je n'ai jamais reculé devant aucune opération urgente : amputation, hernie étranglée, trachéotomie, etc., quand je la jugeais nécessaire pour sauver une existence, absolument convaincu, comme le dit le docteur Lejars, que quand on sait ce qu'il faut faire et surtout quand on « veut » le faire, on arrive à vaincre toutes les difficultés.

On croit généralement que les exercices physiques, les poids surtout, alourdissent la main et la rendent moins souple ; les personnes qui m'ont vu monter au

PRÉFACE 5

cirque ou les confrères qui m'ont assisté dans une opération peuvent témoigner que ma main n'est pas moins légère que celle d'un autre, comme j'ai pu le prouver dans certaines opérations délicates sur les yeux, la cataracte en particulier.

Si mes exhibitions publiques m'ont^valu quelquefois au début de sévères appréciations de la part de mes confrères, je dois reconnaître pourtant qu'après avoir fait ma connaissance, et m avoir entendu expliquer mes idées, la plupart d'entre eux devenaient mes amis. De même lorsque j'eus présenté mon étalon Germinal, élevé et pour ainsi dire créé par moi, les quelques concitoyens que cet acte d'indépendance avait pu scandaliser se sont, à part de bien rares exceptions, rapprochés et ralliés.

Peut-être ont ils enfin compris que la société a de bien subtiles distinctions; que si, par exemple, mon cheval avait eu simplement de bons jarrets et de la vitesse au lieu d'avoir un cerveau développé, et que je l'eusse conduit sur le turf, personne n'aurait songé à m'en blâmer, les sportmen qui font courir étant très bien vus et très cotés. Mais le travail de Germinal ne pouvant facilement s'exécuter en plein air, je ne pouvais guère faire autrement que je n'ai fait, c'est-à-dire en montrer les résultats dans le cirque.

Bien plus, je prétends que mon contact avec le public m'a été d'un grand enseignement professionnel, tant il est vrai que rien n'est négligeable pour le médecin qui veut tout rapporter à son art. En effet, après ces violentes émotions, j'avais plus de confiance en moi-même, je me sentais le cœur plus ferme, plus solide pour affronter les émouvantes situations de la médecine opératoire. Je me rappelle en particulier une embryotomie pratiquée dans des conditions difficiles et pathétiques où je n'ai du le succès qu'à ma force physique et à un puissant effort de volonté que je n'aurais certainement pu fournir, si je n'avais été parfaitement entraîné et absolument maître de moi.

Je suis entré dans tous ces détails, pour bien pénétrer le lecteur de ce que rentraînement ne nuit d'aucune manière à l'-exercice d'une profession et que même il est réellement utile à tous, au médecin en particulier, car il contribue à former des hommes honnêtes, résolus et énergiques ; qualités essentielles pour la pratique d'un art où il faut savoir faire accepter des principes et même les imposer, car le médecin à la campagne a en face delui, plus que partout ailleurs, l'ignorance, autrement rebelle à vaincre que toutes les difûcultés sportives ou médicales.

AVANÏ-PIIOPOS

En écrivant ce livre, je me suis proposé d'atteindre plusieurs buts.

V J'ai voulu d'abord indiquer Jes moyens qui favorisent le mieux le développement des muscles et leur donnent la plus grande vigueur. Ayant poussé Tentralnement jusqu'à ses dernières limites, j'ai montré à quels résultats inouïs Thomme peut arriver lorsqu'il exerce ses forces d'une manière régulière. J'ai essayé d'opérer sur le corps humain les merveilles que les horticulteurs et les laboureurs accomplissent sur les plantes et les animaux. « Créer la matière organisée, dit Bérard, est et sera à tout jamais au-dessus de la puissance de l'homme. Mais qu'on donne à l'homme une créature vivante, il la modifie, il la pétrit à son gré. Pour subvenir à ses besoins naturels, pour satisfaire ses appétits factices, il a transformé en quelque sorte les animaux qu'il s'est soumis. Chez ceux-ci, qu'il desiine à sa table, il a amoindri le poids relatif du squelette, diminué la tête, raccourci les membres et démesurément amplifié les masâes charnues et succulentes que la digestion élaborera. Chez ceux-là, dont il utilise la vitesse, il a élevé la taille, effilé les membres, élargi la poitrine et desséché les muscles. Ce pouvoir de modifier les êtres vivants, il le fait sentir à ses semblables; et tandis q^ue soumis à certaines pratiques, tel homme acquiert les formes athlétiques et l'énergie musculaire qui assurent le triomphe dans ces luttes si chères à TAugleterre, cetautre, obéissant à des règles différentes, se verra méthodiquement réduit au poids qu'il ne pourrait dépasser sans renoncer à la profession qui le fait vivre ».

Tout ce que j*ai écrit sur Tentrainenient est le fruit de mon observation personnelle. J'ai mis dans cet ouvrage des photographies destinées k faire voir, d'une façon éclatante, tout ce qu'on peut obtenir par cette gymnastique raison née.

2** 1/hydrothérapie a toujours été pour moi le complément indispensable de tout exercice gymnastique. J'ai essayé de montrer faction bienfaisante de l'eau froide sur les muscles, sur la peau et sur l'organisme tout entier. Je voudrais que le corps fût soumis à des ablutions quotidiennes. On ne saurait trop insister sur Timporlance de cette méthode qui devrait être appliquée, dès le jeune âge, à l'éducatioa physique des enfants.

« L'hydrothérapie est une grande force, a dit Fleury, elle donnera la régénération physique, intellectuelle et morale de nos races abâtardies et cacochvmes. Elle fera revivre, sous une forme compatible avec nos mœurs, nos habitudes, nos affaires, les pratiques hygiéniques, balnéatoires, gymnastiques, auxquelles nos ancêtres ont dû leur force physique et leur énergie morale ».

M. Jules Simon, dans son mémoire sur « l'éducation physique dans les lycées et collèges », a parfaitement indiqué aussi l'utilité de l'hydrothérapie lorsqu'il a dit : « De l'eau, de l'eau et encore de l'eau. De l'eau froide, de l'eau froide, et encore de l'eau froide. 11 n'y a pas de comparaison pour la santé du corps et de l'esprit et pour la bonne humeur, entre un enfant sale et frileux, ou un enfant que le contact journalier de l'eau froide, habitue à la propreté, aguerrit contre les chances d'une îi

AVANT-PROPOS 9

averse et contre ces appréhensions dii chaud, du froid et du niouvenienf, qu'on pardonne h peine h une femme ou h un vieillard. Vn philosophe prétendait que la propreté est une vertu. Je suis de son avis; c est une vertu et la source de plusieurs vertus telles que le sentiment de Ja dignité personnelle, la franchise, la fermeté. L'Ame s'étiole et s'abaisse dans une enveloppe malsaine et frileuse. Les Grecs commencèrent à dégénérer quand ils commencèrent à s'habiller » et plus loin : « Je ne parle que de Teau, de l'eau vive et pure, véritable fontaine de jouvence, qui donne à la jeunesse toute sa force et toute sa grâce et qui recule les limites de la vie. Mon élève, grAce à ces immersions salutaires, ne craindra ni le vent, ni la pluie, ni le froid , il ne marchera pas enseveli sous un double et triple vêtement, il ne connaîtra pas le honteux et ridicule usage du cache-nez, il ne tiendra pas sa fenêtre close et sa chambre calfeutrée, en y conservant le mauvais air comme s'il était important de ne pas le perdre. J'ai toujours admiré l'histoire de ce charlatan qui faisait fiu'lune en vendant de l'eau claire sous le nom d'eau merveilleuse. Ce voleur avait peut être découvert, en cherchant autre chose, le grand secret de la médecine. Boire de bonne eau et s'en inonder tous les jours, c'est la meilleure recette contre les maladies ».

On ne saurait donc trop insister sur les bons effets de l'eau froide ; car non seulement elle prévient les maladies, mais encore elle les combat avantageusement lorsqu'elles sont déclarées. Depuis la déccmverle de Priessnitz, la plupart des maladies sont traitées par l'hydrothérapie. La fièvre elle-même est loin d'être une contre-indication h l'emploi de l'eau froide. Toutes les fois que la température du corps, chez un fébricitant, s'élève à un degré tel que, s'il persistait, il serait incompatible avec la vie, on use des lotions froides, des bains froids. Cette pratique est aujourd'hui courante dans Jcs hôpitaux, et la fièvre typhoïde, la rougeole, la scarlatine graves ne sont pas traitées autrement. Qui ne reconnaît l'action bienfaisante de Teau froide dans les cas de rhumatisme chronique, de chorée, de scrofule, etc. ? On le voit donc, sans faire de Teau la panacée universelle, on peut dire que c'est un grand moyen dont l'hygiène et la thérapeutique disposent, et on doit reconnaître aussi qu'il est peu de médications applicables à un plus grand nombre de cas divers. « L'hydrothérapie n'est pas un système médical nouveau, a dit Scoutitten, mais elle peut y conduire ».

Et cependant que d'opinions préconçues, que de préjugés existent dans le public ! On redoute l'eau froide comme un ennemi dangereux. On l'accuse de produire (les refroidissements, d'engendrer le rhumatisme. C'est aux médecins qu'il appartient de déraciner ces vieilles erreurs et de répandre les saines doctrines. Le travail est toutefois bien pénible, je le reconnais, car toutes les fois qu'on découvre un fait nouveau, qu'on développe une idée originale, on ameute autour de soi la foule des ignorants. « Un médecin raisonnable, a dit Zimmerman, dans son remarquable traité de « UExpé- 7Hence, ne peut espérer se faire goûter que parmi les gens qui lui ressemblent, mais il aura toujours tort de vouloir paraître sage parmi des insensés. Les jugements qu'il porte des maladies, ses traitements, ses remèdes seront toujours blâmés ou méprisés de ceux à qui sa manière de penser doit nécessairement déplaire, et il sera fort heureux s'il n est pas traité d'empoisonneur ».

Galilée fut appelé sorcier et emprisonné pour avoir soutenu que la terre tournait. La science a bien progressé depuis Galilée, mais l'esprit de routine est resté toujours le même. Il faut donc s'armer de courage et, pour

AVANT PROPOS 1 l

ne pas faiblir dans sa tâche, songer qu'on travaille pour le triomphe de la vérité.

Mais ce n'est pas tout que de constater les bons effets de Teau froide et d'en vulgariser Tusage, il faut encore étudier scientifiquement son mode d'action sur l'économie et pénétrer le mécanisme intime à l'aide duquel elle produit ses effets remarquables. C'est là un problème de haute physiologie et qui est loin d'être encore complètement résolu.

3* Mon entraînement ne s'adresse pas seulement k l'homme qui veut chercher à obtenir par la gymnastique une grande force et une puissante musculature ; mais encore à celui qui veut essayer, par ce moyen, de relever ses faculté| morales. En effet, comme le dit Montaigne ; « Ce n'est pas une âme, ce n'est pas un corps qu'on dresse : il n'en faut pas faire à deux; et comme dict Platon, ne pas les dresser Tun sans l'autre, mais les conduire également comme une couple de chevaulx attelez à mesme timon >.

C'est par une hygiène bien réglée que nous devons cherchera lutter contre les passions qui nous tourmenlent sans cesse. Le vieil adage : « Mens sana in corpore sano », restera éternellement vrai. Aujourd'hui, on se laisse vivre, pour ainsi dire, sans se soucier que Ton a un corps qui réclame des soins; aussi le corps, cet esclave avili et faible, n'obéit il plus à la voix de la volonté et de la raison. « Dignior est anima quam corpus », dit l'école de Salerne, et c'est précisément en vue de « l'esprit » que je cherche à fortifier le corps.

Faites-vous une constitution vigoureuse par Tentraînement, et je vous assure que vous acquerrez une énergie morale que rien ne pourra dompter. Ceci est un fait d'observation. Et si je pouvais montrer le niveau moral que l'on atteint par la gymnastique faite d'une façon intelligente, comme j ai pu faire voir, à l'aide

12 DE L*ENTRAINE31ENT CHEZ l'hOMMË

des photographies, Jes gros biceps que l'on gagne, on serait forcé de reconnaiire que ce que je dis est absolument vrai.

A notre épocjue, Téducalion est regardée comme complète lorsque le jeune homme a appris ce qu'on appelle la « science » chez les gens du monde et le « savoir-vivre », moi, je dis qu'elle est complètement manquée s'il est resté faible et débile. On croit qu'on a suffisamment fait quand on a formé un avocat, un littérateur ou un médecin; je trouve qu'on n'a accompli que la moitié du programme, si, oubliant la gymnastique, on n'a pas en même temps façonné « un homme ». Ce dernier a besoin d'être entraîné plus que jamais; justement pour lutter contre les influences débilitantes qui tiennent à un genre de vie tout h fait contre nature et qui est dû h un excès de raffinement dans la civilisation.

Dans les grandes cites surtout, quel frein voulez-vous opposer au flot débordant des passions si vous n'avez pas la gymnastique? Quand |)ar Tentrainement on a acquis la force et la souplesse et qu'on s'est attaché, ne se contentant pas de la correction « apparente et toute extérieure des habits », à se faire un corps harmonieux par le développement méthodique et régulier de ses diflïrentes parties, il en coûte de voir ses muscles disparaître, sa force s'en aller; on évite alors tout ce qui peut enlaidir et rendre faible, c'est, en somme, l'élévation du niveau moral de l'individu par le culte de la beauté physique; c'est la religion de l'art qui conduit au vrai et au bien.

Donc, mon entraînement ne sert pas seulement à développer les forces physiques de l'homme et h produire des athlètes et des lutteurs, mais encore à augmenter rintelligence et la force de volonté d'où naissent toutes les vertus. C'est pour cela que je suis partisan d'une

AVANT-PBOPOS 13

gymnastique simple et régulière. Les philosophes grecs considérant toujours Thomme dans sa double nature physique et morale, enseignaient à leurs élèves des exercices mêlés de chants, de danses et de leçons de philosophie, essayant parla, disaient-ils, «de corriger Texcessive rudesse de ceux qui se livrent uniquement aux travaux corporels » .

4° En perfectionnant ainsi par la gymnastique les instruments de la vie, selon Theureuse expression de Royer-Collard, en amenant par des exercices méthodiques lorganisme au plus grand déploiement de forces dont il est susceptible, on produit dans l'économie toute entière des modifications si profondes et si considérables, qu'il semble que la constitution du sujet soumis à Tentralnement ait été complètement changée. Or,rindividu entraîné n'est pas le seul à bénéficier de ces avantages. Ces nouvelles qualités acquises sont transmissibles par la voie de l'hérédité. C'est donc l'amélioration de la race que notre entraînement poursuit; amélioration qui ne portera pas seulement sur quelques organes, mais sur tous. Voyez ce qui se passe pour nos animaux domestiques. Quand nous voulons avoir de beaux produits, nous choisissons un certain nombre de mâles, aux formes les plus parfaites et nous les destinons spécialement ù féconder les femelles. Nous mutilons les autres pour les empêcher de se reproduire. Dans l'espèce humaine, il n'en est point ainsi. Les accouplements étant laissés à la fantaisie de chacun, sont le résultat de spéculations diverses sur lesquelles les lois ne peuvent évidemment exercei' leur pouvoir. On se marie ou trop jeune, ou trop vieux; on se marie pour « faire sa position », comme on dit vulgairement et pas du tout pour avoir des enfants vigoureux et perpétuer une belle race. Ce qu'il y a de sûr, c'est que l'espèce humaine est aujourd'hui, en France surtout, complètement dégradée. Comparez, je vous prie, les statues grecques qui, pour la plupart restituent fidèlement les types d'autrefois, aux hommes de notre époque, et vous verrez la distance infinie qui sépare les anciens des modernes. Rien ne ressemble moins à l'homme tel que je le comprends, tel que les statues antiques nous le représentent, tel enfin que j'ai essayé de le façonner par l'entraînement, rien, dis-je, ne ressemble moins à Thomme que les produits avortés de notre civilisation. Pendant dix années, j'ai examiné soit à l'hôpital, soit dans les gymnases, soit ailleurs, un nombre considérable de sujets; c'est là que mon opinion s'est fondée et elle est basée sur l'observation. Je parle donc en médecin et non en moraliste.

La race, ai-je dit, dégénère ; le mal est grave, il n'est pas toutefois sans remède. Sous l'influence heureuse de la gynmastique, les qualités développées chez l'individu entraîné se transmettront à ses enfants ; il se fera une sorte d« sélection au profit des forts; sélection pourtant incomplète puisqu'elle sera contrariée par l'action en sens inverse qu'exerceront les faibles; néanmoins la moyenne sera satisfaisante. Du reste, en cultivant ainsi les formes extérieures par un exercice raisonné, on modifiera les sentiments que les deux sexes ont l'un pour l'autre. La femme recherchera et appréciera mieux les qualités nobles et viriles que doit avoir l'honmic, à savoir : la force, la santé, le courage, la beauté plastique. Vax un mot, le plus beau et le plus fort devra l'emporter sur les autres; ce qui, dans Tordre physiologique est indispensable pour que la race se maintienne et ne dégénère pas.

Avant de contracter le mariage, le jeune homme devrait founiir, dit le D"* Cazalis, un certificat de santé; ne pourrait-on pas demander aussi un certificat d'entrainement? Ce serait l'idéal ! et à coup sûr la régénération rapide de l'espèce.

AYANT-PBOPOS 15

5® Dans notre siècle, Tétude de la plastique est comploteuieut délaissée. Autrefois les artistes faisaient une éducation plus complète de leur art. Ils connaissaient mieux les formes de Thomme et les représentaient avec plus de vérité. « ils suivaient, jusque dans le. cirque, les gladiateurs, pour tâcher de surprendre leurs attitudes diverses, leurs mouvements et les révolutions subites qui en résultaient dans les reliefs musculaires ou le rapport des parties ». Il n'est pas étonnant que leurs œuvres, en sculpture, aient atteint un degré de perfection qu'on ne pourra jamais dépasser. Ce n est donc qu'en examinant des sujets parfaitement entraînés que l'artiste pourra arriver à se faire une idée bien exacte de la figure humaine. Mais l'étude des formes extérieures étant abandonnée aujourd'hui, nous avons perdu la véritable notion du beau. Et pourtant qui ne se sent transporté d'enthousiasme en voyant les lignes si parfaites du corps humain? Regardez, pour ne prendre qu'un exemple, l'épaule d'un sujet entraîné; voyez le magnifique relief que fait le muscle deltoïde. Comme il donne Tidée de la force, de la puissance, comme la ligne qui l'encadre est vive et bien accentuée. Toute trace de graisse a disparu ; nous n'avons sous les yeux que le nmscle bien nourri, bien développé, recouvert par une peau mince et transparente, laissant voir à travers elle le sang qui circule dans les veines et les artères. Voilà la véritable beauté, je plains celui qui n'a pas su la contempler, car il a laissé passer, sans le voir, le plus beau chef d'œuvre de la nature vivante. « Si nous représentons les dieux sous des formes humaines, disaient les Grecs, c'est qu'il n'y a pas de forme plus belle ».

Cependant l'anatomie des formes ne servirait pas seulement à l'artiste, mais encore au médecin, qui pourrait souvent mettre à profit ces connaissances précieuses pour la solution de certains problèmes de pathologie ou de médecine légale.

6° L'entrainement, en fortifiant tous les organes, les empêche de se déranger dans leur fonctionnement; il a donc pour but de prévenir les maladies : « Quand Thygiène scientifique, dit M. le professeur Bouchardat, se sera emparée des méthodes de l'entraînement, quand elle les aura éclairées, dirigées par une attentive et minutieuse observation, j'ai la ferme conviction qu'il en surgira des découvertes aussi utiles qu'inattendues qui nous permettront de consolider et de perfectionner des santés avec autant de certitude qu'on peut en espérer, lorsqu'il s'agit d'un être vivant. C'est la voie dans laquelle on doit s'engager pour combattre efficacement nos ennemies les plus implacables, la vieillesse et la mort prématurée ».

L'individu entraîné ne contracte ni rhumes, ni bronchites, ni refroidissements ; il ne se plaint jamais de rhumatisme; il est moins sujet que d'autres aux maladies épidémiques. C'est là ce que M. Fonssagrives appelle la méthode de l'endurcissement. « Endurcissez le jeune homme, dit Montaigne, à la sueur et au froid, au vent, au soleil et aux hasards qu'il lui faut mépriser; ôtez-lui toute mollesse et délicatesse au vestir et au coucher, au manger et au boire; accoutumez-le à tout; que ce ne soit pas un beau garçon et dameret, mais un garçon vert et vigoureux »,

Quelle que soit, du reste, l'idée qu'on se fasse de l'étiologie des maladies, il est indéniable qu'un sujet vigoureux, sans tares héréditaires, faisant tous les jours de l'exercice, mais non surmené, ayant le corps « aseptique », c'est à-dire propre, sera réfractaire à presque toutes les maladies. Toute la prophylaxie de ces dernières se trouve donc renfermée dans le dosage exact du travail et l'hydrothérapie. Voilà le but idéal de

AVANT-PROPOS 17

rhygicne : ne pas être malade. Mais pour arriver à ce résultat, il faut uécessairement la vie au grand air. Il faut arriver à faire comprendre à Thomme que le plus grand des biens, c'est « la libre jouissance de la nature extérieure de l'air et de la lumière », comme le dit le grand écrivain Russe Tolstoï.

Nous nous tuons en respirant Tair empesté des villes au lieu d'emplir nos poumons « des parfums que la colline exhale » (Lamartine)-. Aussi, aujourd'hui, lamédication est devenue souveraine; la médecine ne semble plus avoir aucun lieu do parenté avec l'hygiène. 11 faut pourtant changer les termes du problème si on veut arriver à un résultat. Travaillons d'abord par tous les moyens à rester bien portants, nous verrons après. Malgré la grande efficacité de tous les sérums présents et à venir, je prétends que les microbes nous laisseront tranquilles, et ne pourront rien sur nous, si nous ne leur donnons aucune prise.

Donc, la gymnastique aidée de l'hydrothérapie, en créant une santé robuste, inaltérable, prévient les maladies qui, une fois déclarées, laissent le plus souvent le médecin impuissant à les combattre. D'ailleurs, ainsi qu'en fit l'aveu M. le professeur Bouchard, au congrès international de médecine de Bordeaux, tous nos procédés de thérapeutique n'ont d'autre but et d'autre efficacité que de faire appel à l'énergie, à la résistance de l'organisme ; après avoir employé le remède destiné à éveiller l'organisme, à le solliciter au combat, nous ne pouvons plus rien qu'attendre et tout est à faire encore pour remporter la victoire. L'organisme saura se défendre de la meilleure manière qui soit au monde et que nous comprenons mal.

Tous nos moyens d'actions supposent la réaction naturelle de l'organisme, et nos thérapeutiques les plus récentes ne sont que des procédés de la « méthode naturiste »>. Et c'est pourquoi cet organisme doit être sain et fort, si nous voulons en espérer quelque chose, sinon, rien n'y fera et tout est perdu d'avance.

7° La science dercntrainement, en même temps qu'elle fournit de grands résultats pratiques, donne encore un vaste champ d'études où la biologie a largement h glaner. 11 appartient au médecin surtout de parcourir cet immense domaine, car toutes ces recherches doivent être basées sur l'anatomie et la physiologie. La respiration, la circulation, les muscles, les sécrétions, mémo le système nerveux subissent, sous Tinfluenc^î de la gymnastique et de rcntrainement, des modifications remarquables, qu'il est très intéressant de mettre en relief.

M. le professeur Marey, en appliquant, à l'aide d'appareils enregistreurs, la méthode graphique h. la physiologie, a puissamment contribué à mettre la question de l'entraînement sur un terrain scientifique. Il a étudié, à l'aide de la chronophotographie, les mouvements de rhomme, la marche, la course, les diverses espèces de saut, l'escrime, etc. « Dans tous les genres de lutte et d'escrime, dit-il, il y a certains actes rapides que Toeil ne peut suivre et que le langage ne saurait expliquer clairement. Veut-on enseigner la manière de les produire en les exécutant avec lenteur, on les dénature complètement. Ici encore une série d'images à raison de

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