Read here

Portefeuille de mil huit cent treize, ou tableau politique et militaire renfermant : avec le récit des événemens de cette epoque, un choix de la correspondance inéd. de l'empereur Napoléon ... / 2

Jacques Marquet de Norvins · 1825 · Scanned text · Free in the US

115,640 words · about 8 h 6 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Scanned text — may contain errors · view original scans

Free in the US: this text is in the public domain in the United States; it may still be in copyright elsewhere.

Licence: PD · PD-US by publication date

Text from Internet Archive, read from page scans by OCR and set out for reading on screen; no words of the book are rewritten or summarized. How RedLectern is built

About this book

Author
Jacques Marquet de Norvins
Language
French
Published
1825
Length
115,640 words · about 8 h 6 min
Sections
23 reader sections
Text
Scanned text, read from page scans by OCR; may contain errors
Rights
Public domain in the United States · PD-US by publication date

 

Contents (23)

Continue:

Tome Second

r r '

IMPRIMERIE DE FAIN, RUE RACINE, N°. 4,

PLACE 11E i/ODÉON,

PORTEFEUILLE

DE

MIL HUIT CENT TREIZE, oo

TABLEAU

POLITIQUE ET MILITAIRE

RENFERMANT,

i

AVEC LE RECIT DBS BVBJTBMBVS DB CETTE ÉrOQUE ,

I

Un choix de la Correspondance inédite de l'Empereur Napoléon, et de celle de plusieurs Personnages distingués, soit Français, soit Étrangers, pendant la première Campagne de Saxe, l'Armistice de Plesswiu, le Congrès de Prague et la seconde Campagne de Saxe;

PAR M. DE NORVINS.

PARIS,

A LA LIBRAIRIE UNIVERSELLE

DE P. MONGIE AÎNÉ, BOl'LEV ART DES ITALIEN, 3°. l(K y

DE

MIL HUIT

CHAPI

T TREIZE

MIER.

mai. — Conférences à Waldstadt. — Correspondance de

% l'empereur.

Le 29, le duc de Vicence s'était rendu à Neudorf, où il attendait les plénipotentiaires. Mais une difficulté survenue du côté de Jauer, aux avant-postes du général Régnier, avait empêché ' leur admission , et ce ne fut que le lendemain que la réunion eut lieu dans l'abbaye de Waldstadt. Les plénipotentiaires des alliés y arrivèrent dans la nuit du 29 au 3o , et à deux heures du matin ils écrivirent au duc de Vicence : « Nous sommes prêts à entrer en discussion aujourd'hui matin, mais dans le cas où les troupes françaises recevraient l'ordre de rester dans leurs positions actuelles, et qu'il y ait suspension d'armes jusqu'à ce que l'affaire soit terminée , ou du moins pour vingt-quatre heures. Dans le cas contraire, nous

TOMK 11. I ne pouvons entrer en discussion. » Ce début montrait assez sur quel ton ils voulaient prendre la négociation. En effet, la réunion eut lieu, et le . duc de Vicence rendit compte à l'empereur de cette première entrevue. « Les plénipotentiaires alliés n'admettaient point la lettre close comme pouvoirs sulïisans; ils rejetaient l'échange des pouvoirs après qu'on serait tombé d'accord sur les bases... Leur mission était toute militaire; ce qui est relatif à un congrès dans le préambule lui est étranger... Il fallait parler de la médiation autrichienne... On ne voulait donc pas faire la paix... Quant à la démarcation, on ne pouvait pas s'entendre;... ils voulaient se retirer, parce qu'ils entendaient le canon... L'armée française avait marché la veille... Ils articulèrent (ce qui n'était que trop vrai et ce qui faisait le procès à la demande dp l'armistice ) qu'ils avaient des renforts en route , des forces en Saxe et au delà de l'Elbe; qqe le corps de Bulow, fort de soixante mille hommes, était à Hoyerswerda . . . Ils niaient avec raison que nous fussions à Berlin , et à tort que noijs eussions passé l'Oder à Glogaw; ils niaient aussi l'occupation de Hambourg, qui se rendit le lendemain... Ils disaient que si la paix ne se faisait point , les armées devaient reprendre leurs positions ; et par la nouvelle démarcation qu'ils proposaient, ils demandaient l'évacuation de toute la haute Silésie. Enfin, et c'était là le mot d'ordre de leur quartier-général , ils avaient rendu l'Autriche maîtresse de la question de la paix , ajoutant que cette puissance pouvait mettre l'empereur Napoléon à même d'apprécier combien ce désirerait sincère. » Il était dillicile aux alliés de simplifier d'une manière plus claire leur volonté au sujet de la médiation autrichienne , et d'en rendre la manifestation plus amére à Napoléon par le témoignage qu'ils invoquaient auprès de lui. Ce fut ainsi qu'ils débutèrent en mettant à chaque circonstance le marché à la main , voulant imposer quand on proposait , ne masquant ni leur méfiance , ni leurs prétentions , et affectant de peu s'embarrasser de rompre la négociation.

Napoléon laissait quelquefois ses ennemis choisir leur champ de bataille, dans l'espérance de le leur rendre fatal par la supériorité de sa tactique , ou de les attirer sur celui qu'il avait pris lui-même; car il était le grand politique de la guerre. Il jugea aussi de l'esprit de la négociation par la dépêche de son plénipotentiaire. Sa fierté s'indigna de l'arrogante exigeance des alliés, et, par cette réponse qu'il fit expédiér le même jour au duc de Vicence, il le plq^ça ainsi que les alliés sur le terrain où il voulait négocier.

«Monsieur le duc de Vicence, il me paraît, par votre lettre, que ces messieurs prétendraient que j'évacuasse toute la haute Silésie, et même mes communications avec Glogaw ; il y a tant d'ab-

I surdité dans ce dire que ce n'est pas concevable. Cependant je suppose que vous vous êtes mal expliqué, car vous dites dans votre lettre que les armées reprendraient leurs positions si la paix ne se faisait point, ce qui suppose que de leur côté ils auraient reculé aussi. Vous pouvez donner pour nouvelle aux plénipotentiaires, que le général Bulow a été battu le 28 en avant de Hoyerswerda; que la veille un corps de cent cosaques et douze officiers avaient été surpris , et que cette armée était poursuivie vivement; que quant à Hambourg, nous avons dû y entrer le 24 ; que les Danois font cause commune avec nous, et que dix-huit mille hommes de leurs troupes se sont réunies au prince d'Eckmûhl. J'en reviens à ce que vous m'écrivez. Le principe de toute négociation de suspension d'armes est que chacun reste dans la position où il se trouve : les lignes de démarcation sont ensuite l'application de ce principe. Au reste, s'ils tiennent à des conditions aussi absurdes que celles que vous expliquez dans votre lettre , il n'y a pas lieu à s'arranger, et il est inutile de continuer davantage les conféren- * ces. Dans ce cas, revepez le plus tôt possible ici. Sur ce , je prie Dieu , etc.

» Napoléon.

>» Rosnig , 5o mai 1 8 1 5 , à midi. »

On fut effectivement au moment de rompre de la part des alliés , parce que les Prussiens insistaient fortement pour l'évacuation de la Silésie ; cependant le lendemain ils demandèrent au duc de Vicence de fixer un rendez-vous dans un des villages intermédiaires des avant-postes respectifs , ayant reçu Tordre de s'expliquer clairement sur certains articles , d'après ce que le duc de Vicence leur avait communiqué la veille. L'empereur et les alliés jouaient le même jeu : ils ne voulaient point rompre la négociation ; mais leurs vœux étaient difFérens comme le but qu'ils se proposaient. Napoléon n'entendait parler que de la paix à son quartier-général, et il se flattait d'y parvenir. Les alliés ne voulaient négocier que pour laisser le temps à leurs renforts d'arriver , et à T Autriche de terminer ses armemens.

Chapitre II

Conférences de Gcbersdorf — 5 1 mai et i cr. juin. — Correspondance de l'empereur.

Le village de Gebersdorf fut choisi pour reprendre les conférences ; le séance fut très-longue et se prolongea jusque dans la nuit. Le duc de Vicence mit sous les yeux de l'empereur tous les détails de cette conférence. Les objections des alliés seront connues du lecteur par la propre réfutation de Napoléon, qui, de son quartier-général , conduisait lui-même toute la discussion , et dictait les propositions qu'il avait résolu de leur » faire adopter , sans s'inquiéter du système de dénégation et de résistance qu'ils avaient montré au début. En effet, ils avaient persisté à tout nier et à tout refuser ; ils accordaient ce que l'on possédait, comme les environs de Glogaw, où l'armée française était entrée. C'était un pas en avant que l'empereur Alexandre avait voulu faire : ce prince proposait une nouvelle ligne de démarcation plus favorable aux Français, mais qui excluait toutà-fait Breslau , où ils entrèrent le jour même. Les alliés poussaient la jactance jusqu'à dire que quand même cette occupation aurait lieu de la part de Napoléon, elle favoriserait leurs opérations militaires. Cette assertion n'était pas heureuse, frite au premier homme de guerre du siècle ;*îls refusaient également Hambourg, qtii, à la même heure peut-être , recevait le prince d'Eckmùhl dans ses murs. Les plénipotentiaires disaient qu'ils osaient à peine demander des instructions à cet égard. Ils accordaient l'armistice pour six semaines ; ils demandaient à échanger Jes pleins-pouvoirs originaux ; ils ne cessaient de répéter que l'armistice n'était pour eux qu'un sacrifice fait à la paix , qu'il n était qu'à l'avantage des Français, et très-contraire à leurs intérêts militaires. Enfin , après trois défaites telles que celles de Lutzen , Bautzen et Wurschen , après la perte de la Saxe el de la basse Silésie, ils osaient dire que leur campagne allait commencer , et que la position de Cannée française leur offrait tous les avantages qu'ils pouvaient désirer. C'était rappeler d'une manière au moins bien intempestive la réponse du général Kutusof au général Lauriston après la prise de Moscou , ou plutôt c'était déclarer qu'ils comptaient sur l'armée autrichienne.

Le duc de Vicence continuait d'être chargé de suivre l'intérêt que Napoléon mettait à traiter particulièrement de la paix avec l'empereur Alexandre. Il était autorisé à entretenir particulièrement le comte de Schouwaloff ; mais il n'avait pu en trouver l'occasion , et ce n'était qu'en présence du plénipotentiaire prussien qu'il avait reçu l'assurance que l'empereur Alexandre était sans passion et voulait sincèrement la paix. La méfiance était portée à son comble sans déguisement sur les intentions que l'on supposait à Napoléon , et elle n était pas étrangère aux rapports que les plénipotentiaires alliés avaient entre eux. La présence de M. de Stadion rendait leurs positions respectives très- délicates, et la rigoureuse réserve que le plénipotentiaire russe semblait s'imposer vis-à-vis du plénipotentiaire français , n'était peut-être que le résultat de cet état de contrainte où une politique inattendue avait placé ces trois puissances. Quoi qu'il en soit, la confidence de l'impossibilité où le duc de Vicence se trouvait d'entretenir particulièrement le comte de Schouwaloff, était certainement ce qui , dans le compte rendu à l'empereur de la conférence de GebersdortF, devait le plus vivement affecter ce souverain. L'empereur répondit :

« Monsieur le duc de Vicence, je reçois votre lettre de trois heures du matin. Les assertions que vous tiennent les plénipotentiaires sont toutà-fait ridicules, et j'ai peine à comprendre comment ils peuvent se laisser aller à de pareils propos. J'ai dix rapports sur l'affaire du duc de Keggio ; et ce qui répond à tout , c'est qu'il est à trois journées du champ de bataille. Le rapport qu'ils assiègent Vittemberg est absurde : j'ai des nouvelles de cette place du 3 1 . La nouvelle qu'il y avait deux mille hommes à Magdebourg est plaisante ; il y a dans cette place quinze mille hommes. Quant à leur dire, que nous sommes dans une fausse position, je ne parle pas de la position où ils se trouvent, il est extraordinaire qu'ils veuillent connaître la mienne et en parler. Toutefois, les principes que * vous m'annoncez pour l'armistice ne me paraissent pas s'éloigner des instructions que je vous avais données, puisque tous les états de la Saxe seraient délivrés. Dans les étais du roi de Saxe , je comprends ceux de Dessau qui sont de petits fiefs enclavés. Us font ' passer la ligne de manière que je ne pourrais occuper aucune ville, parce que la rivière passant au milieu deLiegnitz, cette même ligne partagerait Lowenberg et Goldberg. JlI serait donc convenable que la ligne passât à une lieue de chacune de ces villes; mais c'est un objet de peu d'importance. En parlant du Thalweigde l'Elbe, il faudrait accorder une lieue sur la rive droite autour de Magdebourg. Quant à Vittemberg, il n'est besoin d'aucune stipulation de cette nature , puisque Vittemberg est enclavé dans la Saxe à plus d'une lieue des frontières.

La seule difliculté est Hambourg ; tout me porte à penser qu'au moment où la nouvelle arrivera à Hambourg , nous serons maîtres de la place, ou du moins que nous la i cernerons, puisque le prince d'Eckmûhl a tenu , le 25 , un conseil avec les officiers danois et M. le comte de Kaas, ministre de l'intérieur, que le roi de Danemarck envoie auprès de moi ; que d'ailleurs les batteries tirent à boulets rouges sur la ville , et que les Danois m'offrent quinze mille hommes. Mais ce point est si loin, qu'on pourrait se tirer d'embarras en ne faisant pas d'armistice sur ce point. Il y a un mois de marche d'ici là ; il est donc évident que des renforts ne sauraient être dirigés de ce côté. On pourrait donc ne pas en parler , et faire finir l'armistice à Boitzenbourg sur la frontière de la trente-deuxième division, vu qu'il serait contraire à la constitution que je fisse un acte quelconque comme empereur qui laissât l'ennemi sur le territoire français. Ces messieurs doivent comprendre que le biais que je propose est dans des sentimens toutà-fait concilians; il se passera de ce côté ce qu'on voudra. Cette partie est trop éloignée pour avoir aucune influence , et le mode qu'on propose aura d'autant plus d'avantages , qu'il faudra vingt articles sur Hambourg, puisqu'il y aurait à prévoir le cas où les Français et les Danois cerneraient la ville , celui où ils y seraient entrés, etc. Quant à mes convois , vous savez que je n'en ai pas encore perdu un seul , et que la route de l'armée depuis Mayence n'a pas encore été un moment interceptée , vu que tout marche réuni sous des

DE MIL HUIT CENT TREIZE. u

escortes de quinze cents h deux mille hommes. Il est vrai que des voitures d'artillerie, ayant pris la route de Bayreuth , ont été interceptées par des partisans : le matériel a été repris. Mais ces discussions sont tout-à-fait vaines. J'ai fait dresser les pouvoirs par le prince de Neufchàtel; vous pouvez les échanger aujourd'hui , afin d'avoir le temps de discuter ; vous recevrez avec, des lettres du prince de Neufchàtel , qui vous autorisent à suspendre tous les mouvemens en avant que feraient les difFérens corps d'armée; vous expédierez donc un officier français et un officier russe par le plus court chemin sur Breslau pour arrêter la colonne où elle se trouvera, et si on se battait, pour suspendre les hostilités : vous en ferez autant du côté de Jaûer et du duc de Raguse. Vous remarquerez que dans vos pouvoirs il est dit : le statu quo , chacun devant conserver ce qu'il a dans ce moment. Aussitôt que vous aurez pris toutes les mesures de concert avec les plénipotentiaires russe et prussien pour faire cesser les hostilités, il sera convenable que vous choisissiez une maison à mi-chemin des avant-postes, où il y aura une garnison française et russe, et que le terrain à un quart de lieue autour soit déclaré neutre. Cette petite circonstance n'ayant aucune importance et pouvant Se faire facilement, une compagnie de cavalerie qu'enverra le général Latour-Maubourg et une compagnie de voltigeurs

«u LE PORTEFEUILLE

seront suffisantes. Voici actuellement ce qui se passe du côté de Breslau. Hier, le prince de la Moscowa est arrivé à une lieue de cette ville à sept heures du soir sur la petite rivière de l'Ohe', et y a trouvé un corps de dix à douze mille hommes avec lequel il a tiré quelques coups de fusil et de canon. Il l'aura probablement attaqué ce matin à quatre heures, à moins que ce corps ne se soit retiré. Il est inutile de parler de cette circonstance, mais seulement vous ferez expédier d'abord l'ordre dans la direction de Breslau, afin que si on se battait on suspendit le différend. L'avantage qu'aurait remporté le général Saint- Priest est sans doute l'escarmouche qu'il a eue hier avec les Wurtembergeois , où chacun cependant a gardé ses postes. Le duc de Tarente , ayant eu pour instruction de ne pas avancer et garder sa position , n'a pas voulu s'engager davantage. Tout est avantage pour ces messieurs; il paraît qu'ils ont l'esprit singulièrement tourné. Vous sentez que vous ne pouvez pas vous départir de la base que chacun garde ce qu'il a : aussitôt que la suspension d'armes pour trente-six heures sera arrêtée , que les ordres seront envoyés sur Breslau et Jaûer, vous ferez connaître aux plénipotentiaires que la négociation de l'armistice doit avoir lieu sur cette base , et vous leur ferez admettre cette base. Ce principe une fois admis, vous diviserez l'armistice en trois parties :

'* » i°. L'armée qui est ici , pour laquelle je demande à conserver tout ce que j'ai, en prenant une ligne qui passe par tous les postes que j'occuperai au moment de la suspension d'armes, c'està-dire la ligne qu'indiquent vos pleins-pouvoirs;

» 2°. L'armée du général Bulow et du duc de Reggio : ils traceront une ligne selon la position où ils se trouveront au moment où leur arrivera la notification de la signature de l'armistice. On ne peut pas les comprendre dans la première suspension d'armes, parce qu'ils sont trop loin;

» 5°. Enfin , les partis sur la rive droite de l'Elbe et de l'Oder ( car j'ai de forts partis qui poursuivent , sur la rive droite de l'Oder, un bataillon qui s était réfugié sur Posen ). Il sera convenable que les uns repassent l'Elbe et les autres l'Oder. Je ne parle pas des partisans et des patrouilles , parce qu'ils seraient exposés , mais des corps qui auraient leurs communications : chacun pourrait garder la position où il se trouvera au moment de la signature de l'armistice. Quant à la trente-deuxième division militaire, c'est un point de délicatesse et d'honneur dans lequel l'empereur Alexandre doit entrer plus que personne. Vous leur représenterez que s'ils veulent véritablement la paix, aucune paix ne peut être faisable aux dépens du territoire constitutionnel de l'empire. C'est en vain qu'ils pourraient dire que l'empereur Alexandre n'a pas reconnu la réunion de Hambourg. Je n'avais pas reconnu la réunion de la Lithuanie, et cependant l'empereur Alexandre n'aurait pas voulu entendre à la cession de quelques points de ce territoire lorsque je l'occupais. Pourquoi me croirait-il ici moins de délicatesse et d'énergie? En nous donnant Hambourg, etc., par l'armistice, on arracherait ces malheureuses villes aux angoisses auxquelles elles sont en proie, et ce serait même une manière fort honorable de s'en tirer, si toutefois ces villes ne sont pas déjà occupées par nous. Une batterie de mortiers de deux était établie dans les îles. Le prince d'Eckmûhl avait trois divisions d'infanterie, et le 25 un conseil s'est tenu chez le prince, où se sont trouvés M. de Kaas, ministre de l'intérieur danois.

On avait déjà les ordres de la cour de Darjemarck, pour que toute l'armée danoise qui était dans le Holstein marchât avec l'armée française. Il est donc probable que Hambourg est pris ou assiégé. Je ne puis donc pas stipuler pour la rive gauche de lElbe : i°. parce que je suis maître d'Hambourg; 2°. parce qu'il serait déshonorant et contraire aux principes de nos constitutions de stipuler aucun armistice qui laisse l'ennemi sur notre territoire, tandis que nous nous trouvons sur le territoire étranger. Mais un biais tout simple c'est de faire finir l'armistice aux limites de la trente-deuxième division, entre Lunébourg et Boitzembourg, et de laisser aller les choses sur le bas Elbe. Comme il y a ua mois de marche d'ici là , pour Tune ei l'autre armée, on ne peut pas craindre qu'on fasse des détachemens de ce côté , c'est donc réellement un autre théâtre. Quant à la durée de l'armistice, vous ferez connaître qu'il est difficile en un mois de négocier la paix; que deux mois paraissent nécessaires, d'autant plus, que depuis la signature de l'armistice, il se passera au moins cinq à six jours avant qu'on ait nommé les plénipotentiaires. Vous devez donc proposer de mettre deux mois. S'ils ne veulent pas, il faudrait accorder six jours comme ils le proposent pour dénoncer l'armistice, et quinze jours pour commencer les hostilités. Vous ferez connaître que les quinze jours permettront de disséminer les troupes, et par là d'être moins à charge au pays, puisque l'on aura toujours le temps de les réunir. Il faudra stipuler que les quinze jours devront compter du moment où la notification en aura été faite au quartier-général du général commandant l'armée, et où on en aura tiré reçu. Ainsi donc , je désire que vous rédigiez l'armistice en trois parties. i°. L'armée ici où nous nous trouvons, dont la ligne sera déterminée par les points qu'occuperont les avant-postes au moment de l'échange des pleins-pouvoirs ; 2°. l'armée qui couvre Berlin, où l'armistice sera déterminé par la ligne qu'occuperont les deux armées iG LE PORTEFEUILLE

au moment de la signature de l'armistice , la rive gauche de l'Elbe , qu'on évacuera en même temps que la rive droite de l'Oder, enfin le territoire français ou la trente-deuxième division, où on laissera continuer les choses comme elles sont.

» Il sera convenable qu'après avoir bien expliqué cela, vous le mettiez par écrit, afin que les plénipotentiaires l'envoient à leur quartier-général, et qu'on en délibère. La justice de ces propositions est trop évidente pour que l'empereur Alexandre n'y consente pas. Si on ne veut pas accorder le léger avantage d'envoyer des lettres tous les dix jours aux garnisons, renoncez-y. Mettez seulement qu'on ne fera aucun ouvrage à la portée du canon , et qu'il y aura un commissaire français près l'armée de blocus pour l'approvisionnement de la garnison.

» Je n'ai pas besoin de vous dire que s'ils veulent stipuler pour la deuxième partie de l'armistice, j'adopte les bases que vous proposez , c'està-dire, l'évacuation de la Saxe, y compris celle du pays de Dessau ; mais ceci doit être le résultat. Le moyen d'y arriver doit être d'en faire un article à part. Vous direz un mot de la Norwége, vous ferez connaître que le prince héréditaire de Danemarck s'est rendu dans ce pays, et vous demanderez si l'empereur Alexandre ne jugerait pas de sa générosité pour une nation, qui lui a été toujours attachée , que l'armistice s'étendît à la Norwége : mais cette question accidentelle est tout-à-fait hors de ligne. Sur ce , je prie Dieu , etc.

» Napoléon.

» îNeumarck , le ier.juin i 8 i 3 , à dix heures dii matin

» P. S. Je vous écrirai dans une heure. »

Le duc de Vicence reçut en même temps du major-général la nouvelle que les troupes françaises étaient entrées à Breslau le matin même , et que le corps qui bloquait Glogau s'était retiré sur Schweidnitz. Le prince major-général prescrivait aussi au duc de Vicence de prendre toutes les mesures convenables avec le général ennemi qui lui était opposé afin que toutes les hostilités fussent suspendues pendant le temps de la négociation et d'adresser le même ordre aux maréchaux Ney, Macdonald et Marmont et au général Bertrand. Le duc de Vicence reçut également les pleins-pouvoirs qu'il avait demandés , d'après le refus des alliés d'admettre la lettre close en cette qualité.

A M le duc de Vicence, grand-ecuyer. — Pleins-pouvoirs pour

l'armistice.

« Sa majesté ayant résolu, monsieur le duc, de travailler au rétablissement de la paix , dont tous les peuples sentent le besoin , a nommé des plénipotentiaires munis de ses pleins-pouvoirs pour négocier, conclure et signer une paix défi-

Tomr IL. i r8 % LE PORTEFEUILLE

nitive , qui sont prêts à se rendre soît à Pragiïe , soit au lieu qui sera indiqué par les puissances belligérantes. Elle a pensé que la conclusion d'un armistice ou suspension d'armes entre les armées belligérantes, soit pendant la durée des négociations, soit pendant un temps limité, est propre à faciliter les moyens de s'entendre et à opérer un rapprochement si désirable. Sa majesté vous ordonne en conséquence de vous rendre au lieu indiqué par les plénipotentiaires nommés par l'empereur de Russie et le roi de Prusse ; là , vous neutraliserez une maison ou un village, qui d'un côté sera gardé par un piquet des troupes alliées, et de Fautre par un piquet des troupes françaises , et vous procéderez à la négociation et à la conclusion d'un armistice entre les deux armées, en prenant pour base la position qu'occupent les diverses armées au moment de l'échange des pleins-pouvoirs.

» Sa majesté vous autorise également à faire cesser sur-le-champ les hostilités sur tous les points. Vous trouverez ci-joint un ordre signé de moi , dont vous ferez faire autant de copies collationnées par vous qu'il sera nécessaire, et que vous enverrez à tous les généraux commandans des corps , par un officier, accompagné d'un officier russe, pour annoncer la suspension des hostilités , et ordonner que chacun se tienne en repos, jusqu'à la signature de . l'armistice. Les généraux respectifs conviendront de se prévenir six ou douze heures avant la reprise des hostilités, si, ce que Dieu ne veuille, la rupture de l'armistice devait avoir lieu.

» Le présent ordre vous servira de pleins-pouvoirs que vous pourrez échanger contre les pleins-pouvoirs dont seront munis les plénipotentiaires alliés de la part de leur général en chef.

» Recevez, monsieur le duc, l'assurance, etc. » Le prince vice-connétable, major-général.

m Alexandre.

» ie*. juin i&i3. »

La seconde lettre que Napoléon avait annoncée au grand-écuyer ne se fit pas attendre.

« Monsieur le duc de Vicence, je n'ai point de lettres de vous depuis celle de trois heures après minuit. Je vous ai réexpédié le même officier pour vous annoncer les pleins-pouvoirs du prince de Neufchâtel. Le prince de Neufchâtel vous a envoyé ses pleins-pouvoirs par un de ses officiers, et peu de temps après je vous ai expédié mon officier d'ordonnance Desaix avec une longue lettre de moi. Comme je vais monter à cheval, pour me porter sur la route d'Eisendorf , j'espère y trouver de vos nouvelles. Je désire être instruit sur-le-champ, aussitôt que vous aurez échangé vos pleins-pouvoirs et qu'on aura donné de part et d'autre l'ordre de cesser les hostilités.

Di t

Vous sentez l'importance que je sois instruit de cela, parce que, s'il n'y avait pas suspension des hostilités , il y aurait des dispositions militaires à faire pour la journée de demain. Je suppose aussi que si vous entendiez le canon du côté de Jaùer, vous m'en instruiriez. Actuellement que nous sommes bien en possession deBreslau, si l'on pouvait admettre Breslau en compensation de Hambourg , il me semble que cela finirait tous les différens et tout se trouverait arrangé. Il faudrait avoir soin alors que la ligne de démarcation passât sur le couvent de Liegnitz, pour former une position militaire et passât à une lieue des deux petites villes de Goldberg et de Lowemberg. Il me semble que j'évacuerais un bien grand espace de pays depuis Breslau jusqu'à une lieue de Liegnitz pour compensation de Hambourg , qui peut-être dans ce moment est même dans ma possession. D'après les renseignemens que j'ai reçus , il paraît que ce sont les Suédois, qui doivent se reîidre du côté de Hambourg. Je vous recommande toujours de préparer quelque ouverture directe. Je désire la paix , je la désire solide, mais il faut quelle soit négociée et honorable. C'est spécialement sous ce point de vue que j'attache de l'importance à un armistice. Je nai rien à vous répéter sur la longueur de V armistice ; je le voudrais de deux mois , afin d'àvoir un temps raisonnable pour discuter et signer la paix. Sur ce , je prie Dieu , etc.

» Neumarck , le i*r. juin ï 8 1 3 , à trois heures après-midi.

» P. S. Je viens de recevoir les députés de Breslau. Le bourgmestre était à leur tête; il parait que les autorités principales sont restées dans la ville : elles en ont obtenu la permission du roi. Il serait fâcheux de perdre par l'armistice cette ville, à moins que ce ne fût pour terminer les affaires de Hambourg. »

Les deux lettres de l'empereur à son plénipotentiaire, et surtout la première, qui se ressent d'une dictée rapide et de cette expression si vive , que les choses qu'il dictait lui-même donnaient à ses paroles , prouvent clairement , que de cette négociation toute militaire dont les alliés qualifiaient celle de l'armistice, Napoléon cherchait à faire une négociation toute politique. La défense des plénipotentiaires alliés fut à cet égard aussi vive que l'attaque ; mais ils avaient affaire à un esprit d'une trempe toute particulière , à un caractère qui se grandissait par les difficultés même qu'il faisait naître , et qui loin de croire au découragement de ceux qu'il semblait devoir fatiguer par l'expression de ses volontés, prenait d'autant plus de confiance en lui-même, qu'il avait peut-être plus de certitude de leur opposition. Ainsi n LE PORTEFEUILLE

quoiqu'une armée russe et suédoise combinée fût en marche pour défendre Hambourg et menacer les villes anséatiques et la puissance danoise , Napoléon argumentait avec l'inspiration du succès pour que la trente-deuxième division militaire lui fut rendue, et par l'inspiration d'une politique généreuse pour son allié le roi de Danemark, il désirait que son plénipotentiaire trouvât le moyen de faire comprendre la Norwége dans l'armistice. Napoléon ne s'attachait point, dans ses réponses aux dépêches très - détaillées que lui adressait exactement son plénipotentiaire, à réfuter toutes les objections des alliés; il n'en saisissait que quelques-unes, qui heurtaientplus directement et plus vivement sa pensée : quant aux autres , au lieu d'y répondre, il faisait connaître à son plénipotentiaire ses intentions sur d'autres objets et lui prescrivait de les présenter aux conférences. Il voulait dominer et il dominait réellement cette négociation par la marche naturelle de son caractère et de son esprit.

Cependant deux points étaient fort remarqua-* bles dans les envois que le duc de Vicence avait reçus le icr. juin; c'étaient d'abord, dans les pleins-pouvoirs, le silence absolu de Napoléon sur la médiation de l'Autriche. C'était ensuite les derniers mots de la seconde lettre au duc de Vicence : Je vous recommande toujours de préparer quelque ouverture directe. Je désire la paix , etc. Il était donc positif pour le duc de Vicence que Napoléon ne voulait traiter qu'avec la Russie secrètement, et refusait toute intervention autrichienne , parce qu'avec raison il regardait déjà l'Autriche comme une portion de la ligue du Nord. C'était donc avec le chef de cette ligue qu'il voulait s'entendre, sans passer par un intermédiaire dont la partialité n'était plus douteuse. Mais cet intermédiaire insupportable à Napoléon était la condition sine quâ non de& alliés.

The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.

Loading the full text…