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Les États-Unis d'Amérique, : ou Tableau de l'agriculture, du commerce, des manufactures, des finances, de la politique, de la littérature, des arts, et du caractère moral et religieux du peuple anglo-américain;

John Bristed · 1826 · Scanned text

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Author
John Bristed
Language
French
Published
1826
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Cet ouvrage e, les suivais se trouvent également

A Brilles, cher MM. Avransart et Gasiebois et C*

Genève , chez j Barbezat et Delarue.

Tome Premier. Paris

RUE MAZARINE , N° 3o.

1826,

AVERTISSEMENT

Vers la fin de l’année 1809 , à lepoque où la bataille de YVagram et l’invasion de l’Autriche persuadaient au peuple américain que 1 Europe était subjuguée, et que l’Angleterre elle-même allait devenir une proie facile à l’ambition de Napoléon , j ai essayé , dans un ouvrage , intitulé : Ressources de l Empire Britannique , de démontrer que c’était au contraire le colosse de la France qui touchait à sa ruine , par la nature même de ses institutions politiques et militaires , par la résistance des nations de l’Europe , et par les immenses ressources de la puissance anglaise.

( VT )

A peine mon ouvrage eût- il paru , que je me vis accusé de fanatisme et d’ignorance : de profonds politiques allèrent jusqu’à me refuser le sens commun, et prophétisèrent que la France étendrait bientôt son sceptre sur 1 Europe entière, placerait le drapeau tricolore sur la tour de Londres , et choisirait un vice-roi pour habiter le palais Saint- J âmes. Les événemens de 1812 à i8i5 , et l’exil du grand Empereur, que ces hommes d une si grande sagacité adoraient comme une idole, ont dû singulièrement modifier leur opinion.

Dans l’avertissement de mon ouvrage , j avais dit que les lois , la religion, les mœurs, la littérature et les sciences des Etats-Unis d’Amérique étaient inconnus aux Européens ; que j’avais recueilli par moi-meme, et a l’aide de plusieurs Américains distingués , des documens et des matériaux sur cet important sujet ; et que je les publierais, afin de faire connaître un peuple très-remarquable et par sa position et par ses institutions admirables.

Plusieurs années se sont écoulées, depuis que j’ai pris cette espèce d’engagement, pendant lesquelles je n’ai rien négligé pour améliorer 1 ouvrage que je présente au public.

Ce n’est point une statistique des Etats - Unis que j’ai l’intention de mettre sous les yeux de mes lecteurs : M. Pitkin a rempli cette tâche difficile avec un grand succès. Membre du congrès américain , il a été à portée de donner les détails les plifs circonstanciés sur l agriculture , le commerce, les manufactures , la dette publique , les revenus et les dépenses de cette vaste république. J ai dû puiser beaucoup de documens dans cet intéressant ouvrage ; et je saisis avec empres-

( Vllj )

sement cette occasion de remercier son auteur, de l’obligeance quil a mise à m’aider de ses lumières.

L’objet unique que je me suis proposé , a été de donner une idée des moyens physiques et moraux et des ressources des Etats-Unis. Je tiendrai un juste milieu entre toutes les opinions des partis qui divisent et agitent le gouvernement américain. Etranger aux uns et aux autres , n’espérant rien de leur triomphe ou de leur défaite , j’ai le droit de dire :

Après quelques remarques que je crois utiîeS , afin de rectifier diverses opinions erronées qui paraissent établies en Europe sur le compte du peuple américain, je traiterai, dans le chapitre premier , du territoire , de la population , de l’agriculture , et de la navigation des États-Unis ; le second

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sera consacré au commerce extérieur et intérieur ; le troisième, aux manufactures ; le quatrième, aux finances ; le cinquième, au gouvernement et aux lois ; le sixième, à la littérature , aux sciences et aux arts ; le septième, à la religion , aux usages , aux habitudes et au caractère national ; et F ouvrage sera terminé par un aperçu de la situation de l’Europe, où je considérerai quelle influence peut avoir , sur les Etats-Unis , la politique des principales puissances de 1 ancien monde.

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Introduction

ET REMARQUES.

Les ressources des États-Unis, leur puissance actuelle , celle à venir, sont , en général „ des objets mal connus , mal appréciés chez les diverses nations de l’Europe. Un auteur distingué en Angleterre a été jusqu a dire que les Américains eux-mêmes n’avaient pas encore écrit leur propre histoire , et qu ils n’avaient que des notions confuses sui leur propre pays.

U était digne de celui qui s interesse au bonheur de ce peuple nouveau , d’essayer de le faire connaître. Rien n’est plus digne d examen que les progrès de cet état naissant , qui s’avance dans la carrière de la civilisation, avec une rapidité qui n’a jamais eu d’exemple.

Aucun pouvoir humain ne peut maintenant arrêter la marche d’une nation destinee a influer sur le monde , et peut-être à le dominer.

'* ( 12 )

Par sa situation géographique, elle esta l’abri, de tout voisin dangereux; son territoire est compact et fertile 9 riche de productions diverses , arrosé par un grand nombre de rivières , qui se croisent et se lient dans leurs cours , et qui, toutes, débouchant dans le même océan , présentent des moyens de transport faciles pour les produits territoriaux ou manufacturés.

Outre l’avantage d’une étendue de côtes de près de 2000 milles sur l’Atlantique , avec des ports , des rades et des baies sans nombre , les Etats-Unis ont vu s’élever, dans leur sein , un nouvel empire , comme une exhalaison de la terre. Je veux parler des pays à Fouest , bordés au nord par les lacs Érié , Huron et le lac Supérieur ; à l’ouest, par les montagnes ; au sud, par le golfe du Mexique ; et à l’est , par les monts Alieghani , renfermant i,5oo,ooo milles quarrés , avec un grand nombre de rivières favorables aux transports et à toutes les communications.

Tout cet immense territoire est habité par une population , libre comme l’air quelle respire , puissante de force et d’activité , dure au travail , brave , intelligente , d’une persévé-

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rance à toute épreuve , et qui renferme tous les élémens d’une rapide prospérité.

Plusieurs raisons s’opposent à ce que l’Europe connaisse bien cette puissante république , dont les institutions sociales et politiques n’ont point eu de modèle dans le monde entier. Les voyageurs sont toujours dans l’exagération , soit en bien , soit en mal.

Des hommes, que leur conduite ou des malheurs ont placés dans la dure nécessité d’abandonner leur propre pays , ou que les lois de leur patrie ont condamnés à l’exil , ont représenté l’Amérique comme le séjour de la bonne foi et du bonheur. Dans leurs descriptions , le sol est partout généreux ; l’air sain et embaumé ; un éternel printemps forme cet heureux climat ; son gouvernement , tel qu’il est écrit , est le modèle de toutes les perfections humaines ; les gouvernans y sont nécessairement la vertu , la sagesse et la force personnifiées; et le peuple , qui les choisit , est aussi intègre qu’incorruptible , aussi pur dans sa conduite que simple et délicat dans ses manières ; le vice n’a jamais pénétré dans cette heureuse contrée ; et le paradis y est rétabli , tel qu’il était avant la chute du premier homme.

( 1 4 )

D’antres , trompés sans doute dans les espé~ rances qu’ils avaient fondées , jugeant des choses qu’ils n’entendaient pas , guidés peut-être par des motifs d’envie , ont inconsidérément rapporté ce qu’ils voyaient à ce qui existe dans leur propre pays , oubliant les différences nécessaires qui doivent se trouver entre une nation constituée depuis des siècles, et un peuple naissant, incertain encore dans ses institutions politiques comme dans sa condition sociale ; et ils ont représenté l’Amérique comme un sol inhospitalier, désert, aride; son climat, comme désastreux. Ils n’y ont vu qu’un gouvernement faible , reposant sur la fraude et la violence ; et une population turbulente en politique , sauvage dans ses manières, le rebut , en un mot, des nations européennes.

M. de Crévecœur , auteur du Fermier américain et d’un Voyage en Pensylvanie et dans l’état de New-York , a exagéré considérablement les bonnes qualités des Américains, et les a présentés comme des modèles d’innocence et de perfection ; vantant , au-dessus de tout, leur sagesse, leur instruction et leurs connaissances. D’autres écrivains, au contraire, ont dégradé le caractère de ce peuple , en le chargeant d’atroces calomnies ; M. Parldnson , fermier anglais , et M. Ashe , soi - disant militaire , se sont particulièrement rendus coupables de ce genre d’injustice. Mais , de leur propre aveu , ces deux auteurs n’ont fréquenté que la basse classe de la société , les aubergistes , les bateliers , les charretiers : c’est une singulière prétention que de vouloir que cette espèce de gens ait, en Amérique, des vertus et des qualités qu’elle n’a point ailleurs.

D’autres voyageurs sont arrivés avec des lettres de recommandation pour quelques personnes établies aux États-Unis; ils ont été reçus dans l’intérieur des familles , en ont vu les détails , et , comme par-tout , y ont découvert des fautes et des erreurs- De retour en Europe, ils ont publié ce dont ils avaient ete les témoins; et sans égard pour la confiance qu’on leur avait montrée , ils ne se sont pas fait scrupule de divulguer de ces scènes intérieures , de ces incidens domestiques , dont le récit ne peut faire de tort qu’à ceux qui les rendent publics. Il est constant que la conduite privée de simples particuliers , vivant dans la retraite et l’isolement , ne peut être un sujet important à décrire , à propos des mœurs et des usages d’une nation chez laquelle on voyage. Il en est de cela comme de beaucoup d’autres choses : le ridicule frappe , la méchanceté s’en empare , et l’on a bientôt lieu de s’étonner de l’égarement où l’on s’est laissé entraîner.

Le poète Thomas Moore publia, dans sa jeunesse, un ouvrage en prose et en vers, où il traitait fort mal les habitans des États-Unis. Quelque temps après, néanmoins, il adressa une lettre à M. John E.Hall, éditeur du Portefeuille, à Philadelphie , dans laquelle il exprimait tout son regret de s’ètre livré à un écart semblable sur le caractère des Américains. Se laissant aller à l’exagération contraire, il déclare que ce pays est la véritable terre de la liberté , du bonheur et de la perfection.

Les observations de M. Brissot de War ville, membre de la faction des Girondins en France, sont de nature à ne pouvoir être passées sous silence. Il vante beaucoup , dans son livre , le caractère des Américains, et se qualifie du titre de quaker. Brissot a mené une vie très-peu régulière; il a écrit un nombre considérable d’ouvrages sur la politique , mais aucun d’un mérite très-distingué. Il était attaché à la police avant la révolution, et fut envoyé à Londres en

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cette qualité. La révolution le plaça sur un théâtre plus élevé ; et il eut l’entreprise d’un journal , objet d’une haute importance dans le temps des sociétés révolutionnaires. li a toujours été plutôt un désorganisateur qu’un véritable philosophe ;.car, dans un de ses ouvrages , qui est maintenant en manuscrit dans les mains de quelques quakers de ses amis , à Philadelphie, il dit formellement que le caractère du peuple américain ressemble au cours des rivières du pays ; et , afin d’expliquer cette étrange idée , il dit , par exemple : « Dans les » états du nord et de l’est , les rivières sont » violentes et irrégulières , et il en est ainsi du » caractère et des dispositions du peuple de » ces états. » (Observation étrange pour un peuple comme celui de la Nouvelle-Angleterre , qui, jusqu’ici , a été reconnu le plus sobre , le plus tranquille , le plus réglé et le plus persévérant dans ses goûts comme dans ses manières.) «Dans les états du centre, continue » Brissot, les rivières sont fortes et imposantes, » et c’est le portrait de ses habitans. Enfin, » dans les états du midi , les rivières sont tran- » quilles , presque dormantes , et coulant irré- * gulièrement selon les lieux où elles passent ;

» et , de même , le peuple y est triste , tran » quille , et changeant parfois. »

Jamais encore cette manière de peindre le caractère d’une nation n’avait été employée, si ce n’est dans un ouvrage écrit par un fou , nommé Gilbert. Son livre fut publié à Londres, en 1797. L’auteur cherche à établir la doctrine que tops les pays ont un esprit particulier et des principes qui leur sont propres , et qu’il existe une analogie entre les dispositions nationales et la nature des productions terrestres de ces pays. « Ainsi, dit-il, la force , » avec tous ses attributs , est l’apanage du peu- » pie anglais. Aussi voit-on le chêne , l’érable , » et autres arbres de cette nature y croître mer- » veilleusement ; » et ainsi de suite des autres pays. Mais nous ne suivrons pas un égarement d’imagination aussi étrange , car les conséquences nous en paraissent trop extravagantes , attendu que, des pays, il passe aux divisions du globe, et termine de forts longs argumens pai établir que, de même que l’Europe est parvenue à la perfection par ses rapports avec l’Afrique et l’Asie; de même aujourd’hui l’Amérique , prenant le meme ascendant, et oar les mêmes causes, arrive à cette grande

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influence sur l’Europe. « Enfin , dit-il, l’Amé- » rique a été dépeuplée par l’Europe , c’est à » son tour à la dépeupler. »

Un ouvrage qui mérite d’être cité , est celui de M. Beaujour , consul de France à Philadelphie : ses vues «sur le commerce, les manufactures, les finances et l’agriculture des États- Unis , sont susceptibles d’en donner une idée juste ; on y trouve beaucoup d’esprit , de connaissances et d’instruction.

M. Barbé de Marbois a parlé aussi du peuple des États-Unis avec un grand enthousiasme , dans le discours préliminaire de son rapport sur la conspiration d’Arnold.

Il existe encore beaucoup d’autres ouvrages sur l’Amérique , tels que ceux de M. Volney , de M. Schultz et de M. Melish. Mais , toutefois , qu’il soit bien entendu qu’en censurant , comme je l’ai fait, quelques-uns de ces ouvrages , je ne veux pas pour cela recommander à l’opinion celui que je publie : mon seul but est de prouver que le peuple des États- Uuis a été faussement représenté dans la plupart des rapports qu’on en a faits. Je n’ai que le désir de prouver qu’il est arrivé en cela ce qui arrive ordinairement. On se porte à l’exagération dans un sens ou dans un autre. L’Amérique n’est ni le jardin d’Eden , ni la vallée de Tophet ; les Américains ne sont ni des anges , ni des monstres, mais des hommes comme tous les autres soumis aux vicissitudes de la nature humaine, à ses imperfections , à ses passions , à ses vices , comme aussi capables d’en développer les perfections. J’ai voulu enfin donner un portrait vivant d’un peuple intelligent, actif , persévérant, qui aurait dû depuis long-temps être mieux connu des puissances de l’Europe, et qui finira par l’être un jour comme il le mérite.

ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE.

CHAPITRE Ie».

Territoire. — Agriculture. — Population. — Navigation des États-Unis.

Des détails minutieux sur l’agriculture , le commerce , les finances , la politique , la religion , les usages et les mœurs des Etats-Unis , ne sauraient entrer dans cet ouvrage, où j’ai prétendu seulement faire connaître les ressources et les moyens de puissance de cet état , tels que j’ai pu les juger après un examen approfondi. Si le lecteur voulait avoir, sur ces divers objets , des notions précises et étendues , il pourrait consulter le livre de M. Pitkin que j’ai déjà cité, ou celui de M. Tench Coxe qui présente le progrès actuel de l’état civil et religieux de ce pays , et qui traite de sa poput lation . de ses diverses cultures , de ses exportations ei. importations , de ses manufactures , du produit de ses pêches , et de toutes les améliorations qui y ont eu lieu. Le Manuel statistique des Etats-Unis de M. Blodjet , les Notes sur la Virginie de M. Jefferson , la Gazette de l’Ouest ou le Guide des Émigrans, et sur tout la Géographie universelle de V Amérique du docteur Morse, peuvent être lus avec fruit. On trouvera, dans ce. dernier ouvrage, tout ce qui a rapport aux États-Unis en général, et à chaque état en particulier.

Cette république possède des moyens puissans de grandeur et de prospérité , dans l’étendue d’un territoire favorable aux productions de tous lés genres , dans un grand nombre de rivières navigables, et dans des ports qui facilitent ses communications avec toutes les parties de l’ancien monde. Ces précieux avantages, mis à la disposition d’un peuple actif et intelligent , lui assurent, dans l’avenir , une prospérité et une force toujours croissantes. L’aspect de la nature en Amérique, suffit pour émouvoir l’âme de tout homme susceptible de nobles sensations. Il serait bien à plaindre , celui qui pourrait voir , sans en être ému, avec quelle profusion débouté l’être suprême a traité cette portion du globe! La bienfaisance de celui qui a tout créé, semble y avoir disposé les montagnes, les plaines, les fleuves et les forêts, de la manière la plus favorable au succès de l’industrie humaine.

Des philosophes à imagination prétendent que les grandes beautés de la nature pénètrent lame de ceux qui en sont les témoins habituels, et leur communiquent une magnanimité de pensées qu’on ne rencontre pas chez les autres hommes , et que c’est là une des causes du grand caractère des montagnards Ecossais et des habitans de la Suisse. Plusieurs individus sont assurément susceptibles de ces nobles impressions ; mais il convient pourtant d en réduire singulièrement le nombre. L’expéiience démontre que la généralité des hommes se montre peu sensible aux grands effets de la création. La plupart se trouvent dans la nécessité de se procurer chaque jour les moyens d’exister ; d’autres courent après la fortune ou après les jouissances quelle procure, et sont peu disposés à admirer les beautés calmes ou les agitations de la nature. Les

aisances et les commodités de la vie sont ce

a.

que les hommes recherchent en général ; et ils „e mettent un véritable prix qu’à ce qm peut Y contribuer. Ce serait une illusion que de vouloir faire dépendre le caractère moral et politique des Américains, des formes et des accidens du territoire qu’ils habitent.

Montesquieu et d’autres philosophes , sans aller aussi loin que Brissot de Warville et Gilbert, attribuent au climat, au sol et aux circonstances physiques d’un pays , une grande influence sur le caractère de ses habitans. Mais serait-il vrai de dire que les Romains d’aujourd’hui ressemblent aux Romains d’autrefois. Retrouve-t-on, en Italie, quelques traces, de la grandeur d’âme de Caton ou de Cincinnatus .

Avant le règne de l’empereur Charles-Qu.nt, l’Espagne était la plus libre des nations de l’Europe ; le pouvoir des rois y était sagement limité ; la représentation nationale y était composée de tous les ordres de l’état ; sa politique était entièrement indépendante de l’église romaine; les arts et les sciences y flonssaient ; toutes les puissances de l’Europe enfin éprouvaient son influence. Maintenant, esclave de l’autorité papale, victime de l’inquisition ou d’un pouvoir qui lui ressemble, dans igno-

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rance et la turpitude , elle est la proie de la plus honteuse servitude civile et religieuse. Cependant les plaines de la Castille et de l’Arragon sont restées ce qu’elles étaient il y a trois siècles ; les Pyrénées , la Sierra-Morena , les montagnes des Asturies, élèvent encore vers le ciel leurs têtes superbes , comme aux temps de l’héroïsme chevaleresque du peuple espagnol , comme dans les beaux jours de ses libertés civiles et religieuses. Le caractère des nations n’est donc pas seulement formé par des causes physiques; le gouvernement, la religion , les lois , l’éducation , exercent sur les hommes une bien plus puissante influence.

Les États-Unis sont situés entre le 25° 5o’ et 49° 17’ de latitude nord, et entre le io° de longitude est , et le 48° 20’ de longitude ouest de Washington. L’extrémité la plus au nord est entourée par une ligne qui part de l’ouest , au coin nord-ouest du lac des Bois; l’extrémité sud-est, l’extrémité de Rio del Norte; l’extrémité à l’est est l’île du grand Menan , sur la côte du Maine; et l’extrémité ouest est le cap Flattery , au nord de la rivière de Colombie , dans l’océan Pacifique. L’étendue, du nord au midi, est de 1700 milles, et de l’est à l’ouest de

(»6 )

27oo. La population est de plus de dix millions d’habitans, ce qui donne à peu près quatie individus par raille quarre.

La table suivante de la population des prmcipale. nations du monde, servira à établ.r la proportion de territoire et d’habitans , entre les États-Unis et les autres états.

Toutes les Russies.

L’Italie, l a France.

L’Autriche.

1 a Turquie.

Les Fes Britanniques.

L’Espagne.

La Prusse.

La Suède et la Norwège.

Le Danemarçk.

Les Pays-Bas.

La Suisse.

Le Portugal.

La Chine.

Total.

POPULATION.

Milles carrés.

5 3, 000,000

20,000,000 1

100,000

29,000,000

250,000

36,000,000

280,000 '

57,000,000

940,000

20,000,000

100,000

14,000,000

i5o,ooo

11,000,000

96,000 1

4,5oo,ooo

270,000 ;

2, 5oo,ooo

60,000

6,000,000

2, 2 00,. 000

16,000

2,300,000

28,000 !

200,000,000

1,200,000

10,000,000

2,500,000

476,500,000

9,687,000 1

On voit qu’après la Russie, la nation américaine a le territoire le plus étendu. La Chine doit être mise hors de tous les calculs ; sa religion, ses lois et ses mœurs, en font un peuple isolé, qui jamais probablement n’acquerra d’influence sur les autres nations du globe. La suprématie dans l’univers civilise sera un jour décidée entre les États-Unis et les piemières puissances de l’Europe. L’Angleterre possède, il est vrai, cent cinquante millions de sujets dans son vaste empire colonial; son territoire, considéré sous ce. rapport, est a peu près du cinquième de la surface de la terre ; mais quel qu'étendue que soit sa puissance , sa force principale est uniquement dans les ressources, 1 intelligence et le caractèie de sa population d’Europe. Que les causes intérieures de prospérité qui 1 ont portée à un si haut degré de gloire et de richesses , vinssent un moment à perdre de lent* intensité, on verrait s’écrouler rapidement ce colosse immense.

Pour donner une idée exacte de la croissance prodigieuse de la population des Etats- Unis , il suffira de faire remarquer qu en 1750, elle n’excédait pas 1 ,o5o,ooo âmes ; qu en 1790, elle était de 3,929,000 âmes; que dix

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ans plus tard (1800), elle était de 5,3o3,666 habitans , et que le dénombrement de 1 8 1 7 la porte à io,4o5,547-

Le progrès de la population dans les Etats- Unis n’est pas uniforme pour chacun de ces états, quoiqu’il soit vrai de dire qu’elle est croissante chez tous. L’état de New- York, par exemple , dont le territoire est de dix mille, plus étendu que celui de l’Angleterre et du pays de Galles- réunis, n’avait pas, en 1783 , à la fin de la révolution, une population égale à la moitié de celle du Massacbusset , de Maryland et de la Virginie ; et , au dénombrement de 1817, sa population a surpassé celle de tous les autres états réunis. En 1783 , la ville de New- York n’avait pas plus de 26,000 habitans; en 1 790, New-York en comptait 33, 000 ; en 1800, plus de 60,000 ; et dans le dénombrement de 1817, elle a été reconnue de 122,000, se quintuplant ainsi dans le court espace de trente-quatre années. Son port , formé par l’union du détroit d’Hudson avec celui de Sound, nommé la rivière de l’Est, présente une rade capable de contenir toutes les marines du monde. Son commerce surpasse celui de toutes les autres villes de l’A-

( 29 ;

Hiérique, et n’aura bientôt pour rival que celui de la ville de Londres. Il reçoit toutes les denrées qui se consomment dans le Rantan et le Connecticut , dans l’espace de 1 3o milles de côtes , et entre l’océan et les lacs , dans une étendue intérieure d’environ 4oo milles.

En 1816, les importations de l’étranger ont dépassé, dans ce port, la somme énorme de 5 6,000,000 de dollars.

Il y a cinquante ans, que le nom de Baltimore était inconnu ; et maintenant , c est une ville florissante en commerce, en richesses,

' en magnificence, dont la population s élève à plus de 60,000 âmes.

En 1770, il n’existait pas un habitant blanc dans le Kentucky; en 1790, on en comptait 73,677; en 1800, 221,000; et en 1817, environ 700,000.

En 1783, la ville de la Nouvelle-Orléans n’était habitée que par quelques misérables Espagnols, qui y faisaient un petit trafic de contrebande. On y compte aujourd’hui 4o,ooo habitans; et ses exportations, pendant la dernière guerre, ont surpassé celles de tous les États-Unis ensemble. Les bateaux à vapeur ont été inventés pour remonter le Mississipi ;

( 3<> )

et désormais, la concurrence, pour fournir tous les états de l’ouest de marchandises étrangères , existera entre la Nouvelle - Orléans , New-York, Montr ai et Philadelphie. Avant cette heureuse invention des bateaux à vapeur , l’approvisionnement de l’ouest présentait de grandes difficultés. Les marchandises étaient achetées à New- York et à Philadelphie ; on les transportait par terre à Pittsburgh, au confluent des rivières de Monongaliela et d’Alléghanv , et de là , par l’Ohio , aux divers établissemens formés sur ses bords.

Aujourd’hui , Montréal paraît avoir l’avantage , parce qu’il peut fournir les objets étrangers à meilleur compte ; et cette différence dans les prix a pour cause des moyens plus parfaits de transport, la navigation n’éprouvant aucun obstacle pour les vaisseaux , de cette ville jusqu’au lac Erié ; et il en doit etre ainsi jusqu’à ce qu’un canal ait été ouvert entre ce lac et le lac Hudson : ce qui devra nécessairement enlever le commerce de l’ouest à Montréal , pour le donner à New-York.

La population de la Nouvelle- Orléans s est considérablement augmentée par l’émigration des autres états de l’Amérique , et de presque tous les pays de l’Europe. Les exportations de la Louisiane excèdent déjà celles des états de la Nouvelle-Angleterre. Plus de quatre cents vaisseaux en partent ou y arrivent annuellement. Plus de cent, de différentes dimensions, sont partis, en .816, de Bayou-Saint-John, port du district de Mississipi , chargés des produits de la Floride, appartenant aux États-Unis. Les produits des états de l’ouest ont été apportes par des barges et des bateaux à la Nouvelle- Orléans. Le Mississipi fait, à lui seul , dix millions de livres de sucre, et à peu près vingt mille balles de coton.

Si ia population des États-Unis de 1 Amérique augmente encore pendant vingt - cinq années, dans des proportions égales à son accroissement pendant les vingt - cinq années qui viennent de s’écouler (et tout porte a croire qii’il en sera ainsi), quelle est la puissauce qui pourra nuire à leur prépondérance? Quelle nation de l’Europe sera en mesure de conserver des colonies? Or, il serait bien difficile de prouver que cet accroissement doit s’arrêter , quand on considère qu ii a lieu sur un territoire immense et fertile , dans un pays où chacun trouve 1 emploi de son

( 3» ).

industrie en toute liberté; que le prix de la main-d’œuvre y est double de celui de l’Angleterre, et quadruple de celui de la France, à cause des besoins multipliés et des demandes de tous les genres ; que les terres y sont en quantité et à bas prix ; que le gouvernement y est doux , et que les charges publiques y sont nulles ou légères.

Les convulsions récentes de l’Europe ont amené une grande quantité d’émigrés aux États-Unis ; mais l’accroissement de la population se doit moins à cette cause qu’on ne l’imagine en général. Le nombre des émigrans n’a jamais été, terme moyen , de plus de cinq mille, pendant les vingt-cinq dernières années ; et , pendant le même temps , plus de la moitié de ce nombre a quitte les États-Unis pour se rendre dans le haut-Canada , ou pour tenter la fortune dans d autres parties du monde. La preuve que cette augmentation de population est due à des causes qui sont propres à la situation intérieure du pays , c’est la proportion des naissances et des mortalités qui sont comme cent est a quarante-huit ; et même , dans les parties les plus saines , telles que la Nouvelle - Angleterre et

J les états du centre, comme cent est à quarantequatre. Le terme moyen de la mortalité est , aux États-Unis , d’un sur quarante ; dans les grandes cités de l’Europe, le terme moyen est d’un sur vingt-huit.

En général, le climat est plus sain aux États-Unis qu’en Europe. Les hommes y sont actifs , robustes , et capables de grandes fatiques ; les femmes y sont grandes et belles. Les deux sexes y ont le teint moins rude qu’en Angleterre , en Hollande , en Danemarck , en Suède, en Russie et dans le reste du nord de l’Europe. La vie , quoiqu’on en ait pu dire , est plus longue aux États-Unis que dans 1 ancien monde. On ne compte , en Europe , que trois individus par mille qui arrivent à quatrevingt-dix ans, tandis qu’aux États-Unis, la proportion est de cinq sur mille.

La population des États-Unis a doublé depuis vingt-cinq ans ; mais les états de la Nouvelle-Angleterre ne conservent pas cette proportion , parce qu’un grand nombre de leurs habitans vont s’établir annuellement dans les états de l’ouest : ce qui fait que ceux-ci augmentent dans une plus grande proportion que les états situés sur’ les bords de l’océan. Par exemple , le Kentucky a augmenté de 80 p. % dans dix ans , le Ténessé de 90 p. % , 1» Lou1’ siane de 160 p. % , l’Ohio de 180 p. "A, etc.

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