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Maison rustique des dames

Cora Millet-Robinet · 1850 · Scanned text

220,726 words · about 15 h 27 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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Author
Cora Millet-Robinet
Language
French
Published
1850
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220,726 words · about 15 h 27 min
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Contents (19)

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Tome Second. Paris

librairie agricole de la maison rustique,

rue Jacob, 26.

1' traduction cl de reproduction réservés.

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WELLCOME INSTITUTS LIBRARY

Col!.

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No.

MAISON RUSTIQUE

DES DAMES.

TROISIÈME PARTIE.

JARDINAGE ET FERME.

Introduction

Un 'manuel de jardinage contenant les connaissances les plus utiles pour la direction d un ménage champêtre doit trouver ici sa place, non qu’il manque de bons ouvrages sur cette matière; mais les notions indispensables à une maîtresse do maison de condition moyenne, vivant à la campagne, y sont mêlées d’un grand nombre d autres dont elle n’a aucun besoin ; il lui faudrait en faire le dépouillement, travail pénible pouvant entraîner beaucoup d’erreurs et qu’ello peut s’épargner en prenant pour guide notre livre.

Nous ne pouvions omettre l’entretien du parterre , en rejetant toutefois la culture des plantes qui exigent de grands frais et des ns muUiphes : un jardin sans fleurs n’est pas un jardin. Quelle

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U ‘ Uls ld l)laco qui appartient de drpit à la production dos fruits cl dos légumes , choisira près de la maison quelques plates-bandes qu’elle entretiendra constamment garnies I des plus belles fleurs de la saison , parmi les plantes communes et qu’on peut se procurer partout. Nous ferons remarquer d’ailleurs que l’introduction d’une multitude de belles plantes exotiques de pleine terre et la simplification de leurs procédés de culture ont singulièrement étendu le domaine des plantes communes. Pour cette partie du jardin , une femme peut être elle-même son propre jardinier ; si sa position lui permet de se faire seconder par un jardinier de profession, elle aura soin de surveiller exactement ses opérations, pour l’empêcher de tomber dans le péché de négligence; elle s’assurera que les semis et les plantations propres àjehaque mois sont faits en temps utile. Cette surveillance deviendra encore plus nécessaire si, n’ayant pas de jardinier , elle fait exécuter la besogne par des hommes de journée ou par des domestiques plus ou moins étrangers au jardinage.

Les fruits constituant la partie la plus précieuse des produits du jardin, nons conseillons aux dames d’étudier avec soin les pages que nous consacrons à la taille des arbres fruitiers, non pour pratiquer elles-mêmes cette opération , mais pour être à même d’apprécier la manière dont elle sera exécutée et pour se préserver du malheur de laisser estropier de bons arbres par des mains maladroites , comme il arrive bien souvent.

JARDIN.

SECTION I. — Choix cl préparation du sol. 1, — Choix de l'emplacement

Il arrive assez souvent que le terrain environnant l’habitation est impropre au jardinage. Les motifs qui déterminent remplacement

JARDINAGE ET FERME.

d’une habitation ne sont pas toujours fondés sur la nature et la qualité du sol; s’il est par trop rebelle à la culture jardinière , soit en raison de sa constitution, soit à cause du défaut d’eau ou de toute autre circonstance défavorable , on peut se borner à placer près de la maison, comme ornement, quelques plates-bandes de parterre , les plantes potagères dont on a le plus habituellement besoin et le petit nombre d’arbres fruitiers que le terrain peut admettre. Dans ce cas l’on choisit, pour établir un jardin potager et fruitier d’une étendue en rapport avec les besoins du ménage, un emplacement convenable , mais le moins éloigné possible de l’habitation. La nécessité d’enclore le jardin placé dans ces conditions entraîne toujours des frais; une clôture de haie, une palissade, souvent un simple fossé, suffisent pourtant pour mettre à l’abri des maraudeurs les produits du jardin , surtout lorsqu’il n’est point à proximité d’une ville; car, en pleine campagne, les fruits et les légumes n’excitent pas les mêmes tentations qu’ils font naître dans le voisinage des centres industriels.

2. — Amélioration du sol.

A. Labours et façons.

Il est rare que le terrain où l’on se propose d’établir un jardin soit naturellement assez riche pour recevoir cette destination s’il n’est considérablement amendé. Les labours profonds, surtout ceux qui précèdent 1 hiver, les fumures abondantes et les façons

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successives, renouvelées du printemps à l’hiver, finissent toujours par modifier essentiellement la qualité de la terre d’un jardin ; mais c’est l’affaire du temps. On dit aux environs de Paris « qu'il faut sept ans pour faire un bon marais. » On aime à récolter dès la première année des produits satisfaisants dans un jardin de nouvelle création ; il faut dans ce cas recourir aux amendements.

Les terres légères, convenablement défoncées et épierrées , sont les plus favorables aux cultures potagères et les plus faciles de toutes à améliorer par des fumures abondantes et fréquentes, composées d engrais très-consommés. Ces terres sont hâtives sans être arides. Les sols légers, lorsqu’ils sont sablonneux , conservent en été plus de fraîcheur que les autres; ils absorbent aussi plus promptement les propriétés fertilisantes des engrais.

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MAISON RUSTIQUE DES DAMES.

B. Amendements.

Les terres très-argileuses ont besoin, pour devenir de bonnes terres de jardin , d’être amendées, selon leur nature et leur degré de ténacité, avec le sable, la chaux et la marne. Elles doivent recevoir des labours très-profonds pendant les chaleurs de l’été et à l’entrée de l’hiver. L’effet des engrais se prolonge beaucoup plus dans les terres fortes que dans les terres légères; il faut aussi aux terres fortes des fumures moins abondantes el moins souvent renouvelées. Ces terres ne doivent être labourées que quand elles sont bien égouttées; tant qu’on les voit pénétrées d’une humidité surabondante, il ne faut pas y toucher. Elles se trouvent très-bien d’une récolte de sarrasin ou de quelque autre plante qu’on enfouit par un bon labour au moment où elle est en fleur et qu’on laisse pourrir en terre jusqu’au printemps de l’année suivante. Le colza, semé très-épais à la volée, enfoui à l’entrée de l’hiver, produit aussi un très-bon effet; il en serait de même du trèfle; mais dans les terres fortes il ne réussit que médiocrement.

Lorsqu’on défonce une terre forte où l’on veut établir un jardin , s’il s’y montre des pierres , il ne faut faire enlever que les plus grosses; les petites pierres divisent les terres fortes , condensent en été l’humidité sous leur surface inférieure et sont plutôt utiles que nuisibles. Les débris de végétaux de toute sorte , tels que les fanes de pommes de terre provenant de la grande culture, et lo terreau très-léger provenant des gazons mis en tas, contribuent aussi très-efficacement à l’amélioration d'une terre argileuse ; mais ils no sauraient dispenser do l’emploi du fumier. La chaux , à la dose d’un double décalitre par are , convient très-bien dans les mêmes terrains. On la répand en automne sous forme pulvérulente à la surface du sol; on l’enfouit par un labour à l’entrée de l’hiver; les effets de la chaux ne se manifestent pas immédiatement ; ils sont lents, mais durables; le sol en est amélioré pour quinze à vingt ans. Le sable, la marne et les terres calcaires peuvent aussi être utilisés comme amendements pour les terres fortes très-argileuses ; ils ne produisent quelque effet que lorsqu’on les emploie à la dose de cinq ou six mètres cubes par are. Dans la grande culture, il en résulterait des frais énormes , et ce genre d’amendement serait beaucoup trop dispendieux; mais uour l’amélioration d’un

JARDINAGE El FERME.

jardin qui n’est jamais d’une bien grande étendue , et dont les produits surpassent de beaucoup en valeur ceux de la grande culture, on rentre promptement dans ses avances. Après que les amendements ont été répandus sur le sol, on façonne en gros billons ou ados séparés par des espèces de rigoles. La terre reste en cet état tout l’hiver; la terre, amoncelée en grosses mottes , est divisée par les gelées et le dégel; un bon labour à plat, donné à la bêche au printemps, fait disparaître les billons et incorpore parfaitement avec le sol les substances employées pour l’amender.

C. Engrais.

Les terrains où le 'principe calcaire domine en grand excès sont les moins favorables de tous au jardinage ; les jardiniers les nomment brûlants, et en effet, pendant l’été, ils laissent évaporer l’eau si rapidement, qu’il faudrait avoir constamment l’arrosoir à la main. Comme ce genre de terrain exige pour produire une plus forte proportion d’engrais que tout autre, les légumes qu’il pourrait donner coûteraient beaucoup trop cher. Dans un jardin de quelque étendue , il y a toujours une quantité de débris dont beaucoup trop de jardiniers négligent de tirer parti ; telles sont les mauvaises herbes arrachées avant qu’elles portent graine , les fanes de toutes sortes de plantes , les balayures de la maison , les feuilles des arbres soigneusement ramassées à l’automne , et une foule de substances végétales qui se décomposent facilement. Quant aux mauvaises herbes , nous insistons sur la nécessité de ne les employer que quand elles sont exemptes de semences.

Toutes ces substances, mêlées d’un peu de fumier, de chaux, ou simplement de terre de jardin, selon les ressources de chaque localité , sont mises en tas dans un coin et se décomposent lentement. Au bout d’un an, elles forment un excellent engrais; c’est co qu’on nomme compost , terme anglais passé dans la langue du jardinage. Les composts, bien décomposés , forment une sorte de terre végétale légère , très-riche , très-propre à divers usages spéciaux, par exemple, pour garnir les semences qui ne doivent Point ctro enterrées, couvrir la surface des couches, et nourrir les plantes cultivées en pots. On s’en sert aussi comme d’une sorte de médicament pour les arbres dont la végétation languit , et l’on en répand une certaine quantité au fond des trous où l’on plante do jeunes arbres.

Les. substances végétales employées pour les composts, si elles ne reçoivent pas cette destination , se dessèchent à la surface du sol , et se dissipent en poussière sans aucune utilité. Les feuilles les plus convenables comme engrais sont celles des noyers , des mûriers , des érables , des sycomores , et de tous les arbres dont l’écorce n’est point propre à être employée dans la tannerie.

On peut aussi utiliser, pour couvrir les semis, le marc pressé do raisins et de pommes, qui produit un très-bon effet, comme engrais , sur les racines des arbres.

La colombine ou fiente des pigeons et des oiseaux de basse-cour est un des engrais les plus aelifs pour les cultures jardinières. Cet engrais se perd, les trois quarts du temps, par la négligence qu’on apporte à nettoyer le colombier et le poulailler. La grande énergie de la colombine exige beaucoup de prudence et de modération dans son emploi, qui peut surexciter certaines plantes et les brûler, comme disent les jardiniers. On l’emploie en poudre répandue à la surface du sol. Les terrains naturellement froids, humides et marécageux sont ceux où elle produit le plus d’effet. Une autre manière d’appliquer la colombine consiste à la délayer dans un peu d’eau qu’on répand au pied des plantes.

Les arbres à fruit végètent avec une grande vigueur lorsqu’on enterre près de leurs racines les animaux morts par maladie ou par accident, comme cela n’arrive que trop souvent dans les exploitations rurales; il faut les enfoncer assez profondément, non pas immédiatement au pied du tronc, mais à une certaine distance.

Les engrais de toute espèce ne doivent, être enterrés dans le jardin qu’à un état assez avancé de décomposition. C’est à la maîtresse de la maison à no rien négliger pour augmenter l’approvisionnement du jardin en engrais; car, sans fumier, pas de jardinage.

Les engrais chauds et très-actifs, tels que ceux de mouton et do cheval , ou des composts dans lesquels entrent des matières animales mêlées à des débris végétaux, conviennent particulièrement aux terrains froids où la végétation est lento à se développer, soit parce qu’ils sont à l’exposition du nord , soit parce que leur sous-sol retient l’humidité.

JARDINAGE ET FERME.

Dans des terrains chauds à l’exposition du midi , il faut au contraire employer de préférence des engrais moins énergiques , des fumiers passés presqu’à l’état de terreau , surtout ceux des bêtes à cornes , où la litière l’emporte en quantité sur les matières animales.

Les débris de constructions , surtout le plâtre accompagné de salpêtre, provenant des lieux habités, sont très-utiles à la végétation des arbres de tout âge; on les emploie avantageusement poulies plantations.

Les engrais liquides produisent un excellent effet appliqués à la culture des arbres fruitiers. Nous citerons, en terminant, ce qu’écrit, à ce sujet, dans la Revue horticole , M. Du Breuil, professeur d’arboriculture au Conservatoire des arts et métiers à Paris :

Un des moyens les plus énergiques de favoriser le développement des arbres fruitiers est incontestablement l’application des engrais liquides au moment où la végétation est la plus active et pendant les grandes chaleurs de l’été. C’est, en effet, pendant ce laps de temps que les plantes et les arbres ont le plus besoin de'trouver dans le sol une humidité abondante, tenant en dissolution les éléments nutritifs. Or, c’est aussi à cette époque que le sol est le plus desséché, par suite de l’évaporation, et que les racines n’y trouvent ni l’humidité ni les éléments nutritifs dont elles ont besoin. L’application des engrais liquides, faite dans ces circonstances, stimulo donc énergiquement la végétation des arbres.

Toutes les matières organiques, riches en azote, et se dissolvant facilement dans l’eau, peuvent être employées comme engrais liquide. Telles sont particulièrement les matières suivantes :

\° Le guano naturel. Y ajouter huit fois son volume d’eau. Il est malheureusement assez difficile de se procurer cet engrais bien pur. Il en existe cependant dans plusieurs maisons do commerce du Havre et de Nantes, que nous ne saurions indiquer ici.

2° Tourteaux de graines oléagineuses , colza, lin, arachide, sèzame, etc. Ces tourteaux sont réduits en poudre, puis ajoutés à six fois leur volume d’eau. On abandonne ce mélange à lui-même, et on 1 emploie lorsqu’il commence à fermenter.

3 ’ Matières fécales. Les réunir dans une citerne, y ajouter une suffisante quantité d’eau pour les rendre assez liquides, et les répandît loisqu elles commenceront à fermenter. Pour désinfecter cet

MAISON RUSTIQUE DES DAMES.

engrais, on pourra y ajouter 1 kilog. de couperose du commerce» réduite en poudre, par hectolitre de liquide.

4° Sang des abattoirs. Le laisser fermenter un peu et y ajouter \ kilog. de couperose par hectolitre pour le désinfecter.

5° Urines. Les employer fraîches en les étendant de quatre fois leur volume d’eau, ou les employer fermentées en y ajoutant 40 grammes de couperose par hectolitre pour les désinfecter.

6° Purin ou jus de fumier. Les employer sans préparation.

7° Mélange des matières précédentes. On peut encore former un engrais liquide d’une grande puissance en mélangeant tout ou partie des matières précédentes.

Il est bien entendu que l’action de ces engrais sera d’autant plus énergique qu’ils seront plus riches en azote.

On peut , à cet égard , les classer à peu près de la manière suivante : matières fécales, sang, guano, tourteaux, purin, urines.

Ajoutons encore que le résultat de ces engrais liquides, appliqués pendant la végétation, sera d’autant plus satisfaisant, que le sol où on les répandra sera plus perméable et plus exposé cà la sécheresse.

Quant au mode d’application de ces engrais, il sera bon de suivre les indications suivantes : les répandre dans la soirée après que le soleil ne frappe plus les surfaces qui doivent être arrosées, afin de donner le temps à ces liquides de s’imprégner dans le sol avant d’être vaporisés; — répandre ces engrais sur toute la surface du terrain qu’on suppose être occupée par les racines des arbres, et surtout vers le point où existent les extrémités radiculaires; — enlever, avant l’arrosage, 0m. 04 environ de la couche superficielle du sol, et la replacer aussitôt après l’application de l’engrais; — ou bien couvrir le sol, arrosé d’une couche de litière, d’environ 0m.05 d’épaisseur.

On évitera ainsi de voir la surface du sol se durcir sous l'influence de ces arrosements, et de perdre par l’évaporation une grande partie de ces éléments de fertilité. On pourra répéter ces arrosements trois ou quatre fois pendant l’été.

3. — Arrosctnents.

L’eau est la base du jardinage; rien ne doit être négligé do co qui peut favoriser les arrosements. Si le sol du jardin est en pente

JARDINAGE ET FERME.

et qu’il ne soit traversé par aucun courant d’eau vive , circonstance des plus favorables, mais toujours rare, on creusera, vers le bas de la pente, une fosse assez profonde pour servir de réservoir. Un pavage , recouvert d’une couche d’argile, et un enduit de la même substance sur les parois de la fosse , la rendront à peu de frais propre à retenir l’eau. Ce résultat n’est pas toujours obtenu du premier coup ; mais il ne faut point se décourager. En remplissant d’eau un réservoir qui fuit, on force , par le tassement même de la masse d’eau , l’argile à pénétrer dans les intervalles des pavés , et le réservoir finit par être imperméable. Au nombre des moyens de le remplir , on n’oubliera pas l’eau des toits , conduite par une gouttière. Grâce à cette précaution, souvent un seul orage, en été, remplit le réservoir et fournit à l’arrosement du jardin , sans aucune peine , pendant assez longtemps. L’évaporation rapide des eaux du réservoir , sous l’influence des rayons solaires , est un inconvénient sérieux qu’on peut éviter en partie en l’ombrageant , et en élevant sur son bord méridional un talus en terre gazonnée d’un à deux mètres de hauteur. Lorsque , par une cause quelconque , on se trouve privé de cette ressource, il faut se décider à creuser un puits.

Les divers moyens employés d’ordinaire pour extraire l’eau des puits sont incommodes et généralement dispendieux. Une pompe simple et solide, quand la profondeur à laquelle on rencontre l’eau permet de s’en servir, est toujours l’appareil le plus simple et le plus commode. J’ai vu à l’Exposition universelle un instrument de ce genre qui me paraît réunir toutes les qualités désirables ( fiq. \ ).

La pompe arabe , inventée par M. Ragoucy, de Paris , est un instrument des plus simples et des plus utiles. La coupe pourra faire facilement apprécier toutes ses qualités. Vous défoncez et sciez à quelques centimètres du fond un tonneau H. Vous adaptez à 1 autre fond un tube en bois ou en fer, plongeant dans un puits jusqu’à une profondeur de 7 à 8 mètres au-dessous de l’orifice de ce tube; dans le tonneau, vous adaptez un cylindre A en cuir terminé par deux fonds en bois. Le fond inférieur est garni d’une soupape A' ouvrant en dedans, le fond supérieur de deux soupapes B B s ouvrant en dehors.

La tige G adaptée au fond supérieur est mue par le bras de leviei Y qui s appuie sur le portant E; l’eau s’écoule en G.

Le premier mouvement de bascule imprimé au levier développe le cylindre A : le vide se produit, la soupape A' se lève et fait aussi

Fig. 1. Pompe dite arabe.

le vide dans le tuyau absorbant, l’eau monte dans le cylindre A. Le second mouvement comprime le cylindre , l’eau s’en échappe et remplit le tonneau H. Le même mouvement de bascule, quand le tonneau est plein, rejette l’eau dehors par le tube G. Cet instrument peut aller chercher l’eau jusqu’à une profondeur de 8 mètres. 11 coûte environ 40 à 45 fr.

A défaut do pompe, il faut recourir à la corde avec ses seaux et sa poulie. On connaît les trois jambes de fer employées pour assujettir la poulie. Les cordes d’écorce sont préférables aux cordes de chanvre ; à la vérité, elles durent moins, mais elles sont plus grosses et plus légères , ce qui rend leur usage bien moins fatigant. Uno chaîne de fer d’environ un mètre à chaque extrémité de la corde en conserve les bouts et prolongo sa duréo. Le prix

JARDINAGE ET FERME.

moyen des cordes d’écorce propres au service des puits est, à Paris, de 1o centimes le mètre. Dans les départements où l’on ne se sert point habituellement de ces cordes , on peut encore se les procurer à bien meilleur marché que celles de chanvre en les faisant venir de Paris. Les seaux destinés au service des puits ont ordinairement la forme d’un baril ; ils sont cerclés en fer; leur contenance excède d’environ un tiers celle des seaux ordinaires. On place près du puits une auge en pierre ou un tonneau, de telle sorte que le jardinier y puisse vider directement les seaux en leur faisant faire la bascule sur la margelle du puits.

La distribution de l’eau dans les grands jardins se fait très-commodément au moyen d’un système de tonneaux cerclés en fer , goudronnés en dedans et en dehors , pour prolonger leur durée , enterrés le long des plates-bandes et dépassant de 20 centimètres la surface du sol. Ces tonneaux communiquent entre eux , soit par des rigoles de bois ou de tuiles creuses , soit par des tuyaux de terre cuite ou de grès , soudés l’un à l’autre avec du bitume ou du mastic de fontainier et enterrés à un décimètre dans le sol. Ce dernier moyen est bien préférable aux deux autres et peu dispendieux , même aux environs de Paris, où ces tuyaux se fabriquent à bas prix. Si les conduits sont à découvert, on les retire pour les mettre à l’abri pendant la saison où les arrosages sont inutiles.

Le nombre des tonneaux et la distance à laquelle il convient de les enterrer ne peuvent être déterminés ; tout dépend de la nature du terrain.

La fig. 2 représente leur disposition et celle des tuyaux dans la

Fig. 2. Tonneaux d’arrosemcnl (coupe).

terre, pour ne pas gêner la culture, on a soin quo le passage des tuyaux se trouve toujours au-dessous d’un sentier.

\oila le système le plus usité et le moins coûteux ; nous ne de ■\on» pourtant pas dissimuler ses inconvénients, dont le plusgrav

MAISON RUSTIQUE DES DAMES.

consiste clans la nécessité de faire passer l’eau dans tous les tonneaux intermédiaires pour la faire arriver au plus éloigné ; il faut , en effet , que chaque tonneau se remplisse jusqu’au niveau de l’orifice du conduit qui le met en communication avec les suivants pour que ceux-ci puissent commencer à s’emplir. Si, par suite du tassement du sol fraîchement remué, ou par toute autre cause imprévue, un conduit vient à se briser ou à se détacher, les tonneaux, à partir do la rupture, ne peuvent plus être remplis. On peut, à la vérité, au moyen d’un bouchon de bois entouré de linge ou d’éoupo , fermer l’orifice du co<> duit; mais , outre qu’il est assez gênant de plonger lo bras dans l’eau jusqu’à l’aisselle pour aller

JARDINAGE ET FERME.

placer ces bouclions , on comprend combien ce procédé d’obturation est infidèle . Toutes ces considérations ont conduit M. Moreau , l’un de nos plus habiles maraîchers , à substituer à ce mode de remplissage des tonneaux un conduit continu qui règne le long de chaque rangée de tonneaux sans les traverser ; chaque tonneau séparément communique avec ce conduit au moyen d’un tuyau en grès en forme de T, auquel est soudé un ajustage en plomb avec sa cannelle de cuivre. L’eau puisée dans le puits' A, et versée dans le premier tonneau B, circule d’elle-même dans le conduit principal et permet de n’emplir , à volonté , que le nombre de tonneaux en rapport avec les besoins du service. La fig. 3 montre la disposition de tout ce système; les dimensions de la figure n’ayant pas permis d’indiquer les cannelles à chaque tonneau , nous avons représenté séparément le tonneau a avec sa cannelle b ainsi que la cavité

carrée qui permet de la manœuvrer; cette cavité se recouvre d’une planche mobile.

Ces appareils de tuyaux et de tonneaux servent aussi dans le cas où la proximité d’une rivière ou d’une pièce d’eau permet de se passer du puits. Il suffit alors de faire arriver l’eau dans le premier tonneau , par le moyen d’une pompe à main ( fîg . 4). Lorsque le puits n’est pas trop profond, on peut aussi utiliser la pompe, à volant plombé , qui donne un courant d’eau continu de 20 centimètres de tranche et fatigue moins le travailleur.

Les arrosages, en été, font plus d’effet le soir 'que le matin , parce que les plantes ont la nuit pour en profiter. Si l’on n’a pu arroser suffisamment le soir, il faut s’y remettre de très-grand matin; toutefois, aux environs de Paris, les- jardiniers , qui ne sauraient faire autrement, arrosent en plein soleil; mais ils arrosent toute la journée sans laisser à la terro le temps de se dessécher , travail qu’on ne peut exiger dans un jardin bourgeois. Il vaut mieux ne pas arroser du tout que de donner aux plantes trop peu d’eau ; les alternatives do sécheresse et d’humidité nuisent plus aux m

Fig. U. Pompe à main.

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MAISON RUSTIQUE DES DAMES.

plantes qu’une sécheresse continue. Les vrais jardiniers ne disent point arroser , mais mouiller. Pour bien mouiller , il faut tenir de ; chaque main un arrosoir de douze à quinze litres et en verser le contenu sur un espace de deux mètres carrés. Quand la surface seule du sol est humectée, l’eau s’évapore avant d’avoir porté aucun profit à la végétation. Les meilleurs arrosoirs sont en cuivre [fhj. 5); ils coûtent fort cher et ne sont pas très-lourds. Étant bien soignés, ils peuvent durer trente ans ; leur prix est d’environ 45 à 50 francs la paire. Les arrosoirs en fer-blanc peint ne coûtent ^que 45 à 16 francs la paire; ils sont beaucoup moins durables que ceux de cuivre ; ordinairement, les mieux soignés ne peuvent servir plus de j dix ans; leur légèreté permet de leur donner des dimensions plus ! grandes que celles des arrosoirs en cuivre. A Paris, on commence I à employer des arrosoirs en zinc , de même forme que ceux de ' cuivre; ils ne coûtent pas plus de 4 0 à 4 2 francs; ils seraient excellents s’ils n’avaient le défaut de se déformer au moindre choc. M. Leroy (d’Angers) donne à ses arrosoirs une forme nouvelle, aplatie sur les côtés. Ils sont bien préférables à ceux dont on se sert habituellement.

JARDINAGE ET FERME.

<1. — Assolement et instruments.

Un jardin bien cultivé doit produire, pour ainsi dire , sans interruption ; la terre du jardin ne doit pas plus se reposer que lo jardinier ; mais pour que la qualité des produits puisse se soutenir , il faut varier les récoltes ; le jardin doit être le plus parfait spécimen de fertilité résultant d’un assolement alterne.

Aucune fumure ne saurait rendre à la terre, épuisée par un genre de culture, sa fécondité à l’égard de la même plante; elle doit se reposer par d’autres cultures. Quelques plantes lassent promptement le sol, tandis que d’autres l’épuisent très-peu. Les pois, par exemple , ne peuvent être cultivés plus de deux ans de suite à ia même place; encore, à la seconde année, les produits ont-ils déjà diminué de qualité. Si l’on s’obstinait à vouloir obtenir du même sol une troisième récolte de pois, la plante languirait et ses produits seraient presque nuis; en outre , ils auraient contracté une légère amertume fort peu agréable au goût.

Au contraire, l’oignon , cultivé dans un sol sablonneux , tassé par un fort piétinement avant les semailles, peut prospérer plusieurs années de suite sur le même terrain ; c’est que cette plante végète plus par l’atmosphère que par la terre. Cette particularité se reconnaît dans le mode de végétation de beaucoup d’autres plantes; mais comme, dans tous les cas, la variété des cultures ne peut qu’être avantageuse , il faut adopter pour principe de placer chaque année, dans les divers compartiments du potager, des cultures différentes do celles qu’ils ont reçues l’année précédente; il en est même qui n’y doivent revenir qu’après plusieurs années. Le terme de deux ou trois ans convient en général pour le retour de toutes les plantes potagères; dans un jardin môme do peu d’étendue, le sol n’est pas toujours partout d’une nature homogène; les différentes veines de terre doivent être étudiées, afin de réserver pour chaque plante le sol qui lui convient le mieux.

Aucune partie du jardin ne doit rester en friche; un labour doit succéder a 1 enlèvement de chaque récolte et préparer la terre à en produire une seconde. La totalité du jardin doit recevoir au moins une fumure par an , peu de temps avant le semis; quelques plantes cependant préfèrent la fumure appliquée directement au moment des semis ou des repiquages. Le sol qui donne plusieurs récoltes dans le cours d’un clé doit en outre recevoir à sa surface une couchj de fumier ou de terreau.

Lorsqu’on n’a pas à sa disposition une grande provision d’erj; grais, on y peut suppléer, jusqu’à un certain point, par la perfed tion et la fréquence de façons données à la terre. Celle de ces fJ çons qni suit l’enlèvement des derniers produits du jardin exigi des soins particuliers. Si le sous-sol est sain et exempt d’humiditéj on peut labourer à plat , mais profondément et en grosses mottes! s’il retient l’eau et que le sol soit plus ou moins argileux, il faut comme on l’a dit, façonner le sol en gros billons, comme s’il s’a! gissait d’y incorporer les substances servant d’amendement, et I laisser en cet état jusqu’au printemps.

Toutefois, quand on donne au jardin sa façon d’hiver, quelque! portions sont toujours réservées pour certaines cultures, telles qui les épinards, les mâches, au pied d’un mur, à bonne exposition un peu de persil et quelques laitues d’hiver. Ces parties du jardii ne sont labourées à fond et fumées qu’au printemps, après l’enlèj vement des produits qui les ont occupées pendant l’hiver.

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