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De l'organicisme : précédé de réflexions sur l'incrédulité en matière de médecine et suivi de commentaires et d'aphorismes

Léon Rostan · 1864 · Scanned text

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Author
Léon Rostan
Language
French
Published
1864
Length
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Sections
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Text
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Rights
Public domain · PD-US by publication date

 

Contents (5)
  1. II II about 1 min
  2. Introduction about 25 min
  3. Préface about 3 h 55 min
  4. Conclusion about 55 min
  5. Table Des Matières about 2 min

Continue:

II II

II

— •

Med

L'ORGANICISME

OUVRAGES DU MÊME AUTEUR

Traité élémentaire «le diagnostic, «le pronostic, d’imlicat ions thérapeutiques, ou Cours «le médecine clinique. 3 vol. in-8”; deuxième édition, revue, corrigée et augmentée; 1830. ( Ouvrage épuisé.)

Cours élémentaire d'hygiène. Deuxième édition, revue, corrigée et augmeutée; 1828. 2 vol. in-8° 1'* fr.

Recherches s««r une inala«lie encore peu connue, <|«ii «» reçu le nom «1e ramollissement du cerveau. Deuxième édition; 1823. ln-8° 7 fr* pAR|s. _ IMP. COUPY ET C«, nUF. GARAXC1ÉRE, 5.

DE

L’ORGANICISME

PRÉCÉDÉ

DE RÉFLEXIONS SUR L'INCRÉDULITÉ

EN

MATIÈRE DE MÉDECINE

ET SUIVI

DE COMMENTAIRES ET D’APHORISMES

Par le Professeur ROSTAN

Docteur on Médecine de la Faculté de Paris,

Professeur de Médecine clinique à cette Faculté, Médecin honoraire des Hôpitaux, Membre de l'Académie Impériale de Médecine de Paris, de celle de Marseille, de la Société médicale de Lexington, de l’Acadéraie impériale de Wilna, de Saint-Pétersbourg, de Moscou, de l’Académie impériale et royale des Sciences et Arts de Vienne, de l’Académie royale des Sciences de Suède, de l’Académie royale do Messine, de la Société de Médecine de Liège, d’Athènes, do la Société impériale de Constantinople, etc.

E pur' si muove.

TROISIÈME ÉDITION

PARIS

P.

ASSELIN, GENDRE ET SUCCESSEUR DE RARE,

LIBRAIRE DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE,

Place cl e l’École - cl e - M édo o in e,

18 6 4

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Coll.

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I

Introduction

Le but de l’organicisme est de prouver qu’il n’existe pas, qu’il ne saurait exister de principe vital, de force vitale, de propriétés vitales indépendantes de la matière organisée, séparables de cette matière et pouvant exister sans elle, hors d’elle, surajoutés à elle et chargés d’accomplir les actes phénoménaux de la vie. Il a pour but de démontrer que tous les actes que, par hypothèse, par conception intuitive de l’esprit, on a attribués à des propriétés vitales (Bichat),à un principe vital (Barthez), à des forces vitales (Chaussier), ne sont dus qu’à des conditions organiques aidées de l’innervation; et qu’il est peu philosophique de les attribuer à des êtres indépendants de la matière organisée.

L’organicisme attribue à l’organisation, c’est-àdire à une certaine disposition moléculaire donnée à la matière par le Créateur, la puissance de se développer, de croître, de se reproduire, et dans celle succession, dans ces phases de développement, d’acquérir toutes les qualités qu’on a attribuées au principe vital, à la force vitale; dans les plantes, la forme, les couleurs des fleurs, leur parfum ; les fruits, leur maturation, leur saveur, leur odeur, etc.; la circulation de la sève, la respiration des feuilles, leur contractilité, dans les mimosa; dans les animaux, toutes leurs fonctions qui apparaissent au fur et à mesure que le corps croît et se développe et que les organes se perfectionnent.

Un grand nombre de médecins du plus grand mérite ont partagé ces opinions organicistes ; mais, selon nous, d’une manière incomplète, non suffisamment développées et exprimées. Boorhaave, Frédéric Hoffmann, Haller, van Swietten, etc., sont de ce nombre; dans les écrits de ces médecins illustres, soit que ces opinions ne fussent point complètement arrêtées, et qu’il restât encore dans leur esprit quelques doutes, quelques incertitudes, soit qu’ils aient craint de formuler clairement cette doctrine trop opposée aux idées reçues, on trouve encore de temps à autre des propositions qui paraissent contredire les principes que nous professons; de même que dans les auteurs vitalistes on est étonné de rencontrer des assertions lavoiables à l’organicisme, et en quelque sorte en opposition avec leurs doctrines. Rien ne nous serait plus facile que d’appuyer ces assertions par de nombreuses citations tirées des écrits de Stahl, de Barthez, Bordeu, Lordat, F. Bérard. Ainsi qu’on le verra plus loin, cela prouve seulement que ces médecins n’étaient pas très-sûrs de leur philosophie médicale, et n’osaient pas la soutenir sans réserve et d’une manière absolue.

L’organicisme s’appuie sur cette raison péremptoire que l’on ne voit la vie nulle autre part que là où il y a organisation. Si elle est ailleurs, qu’on la fasse voir, qu’on le prouve. Mais, a-t-on dit trop légèrement, il y a organisation sans la vie; donc, ce sont deux choses différentes, puisqu’elles peuvent se séparer. Mais non, mille fois non, c’est une seule et môme chose. L’organisme est altéré, dérangé, devenu impropre à exercer ses actes, mais il n’y a pas eu de séparation : c’est une seule et même chose dans deux modes différents.

Nous n’ignorons pas ce qu’on répond à cela, mais nous ferons voir l’inanité de celte réponse.

Le but du vitalisme est de démontrer que la vie est un être à part, séparable de la matière organisée, surajoutée à cette matière, chargée d’opérer les actes qui lui appartiennent en propre, qui n’ont rien de commun avec les actes physico-chimiques qui régissent la nature universelle.

Le vitalisme admet l’existence de propriétés, de forces dites vitales séparables de l’organisme, surajoulées à cet organisme et chargées d’accomplir des actes vitaux, c’est à-dire entièrement différents des phénomènes chimico-physiques ordinaires de la matière inorganique.

Pour appuyer leur opinion, les vitalistes disent que ce ne peut être que par une force spéciale, vitale, que les glandes salivaires font de la salive, le foie de la hile, du sucre, le rein de l’urine, les glandes spermatiques du sperme; que le poumon brûle dans la respiration les substances hétérogènes qui doivent être expulsées de l’économie, etc., car rien dans ce que produisent la physique et la chimie ordinaire, en dehors des êtres vivants, ne ressemble à la salive, à la bile, à l’urine, etc. Ce sont là des assertions spécieuses, mais qui ne sont, ainsi que nous le verrons, que le résultat de notre ignorance et de notre inattention.

Nous verrons que ces opinions sont inexactes, et que le plus grand nombre des phénomènes dits vitaux rentrent dans les phénomènes que les sciences physiques expliquent, et que ceux qui semblent se dérober à leur explication ne restent obscurs pour nous que parce que l’innervation intervient ou que le flambeau des sciences physico-chimiques ne les a pas encore éclairées. Le remarquable discours que M. Poggiale a prononcé a l’Académie de médecine, en juin 186'2, nous sera de la plus grande utilité pour soutenir celle opinion. Nous y puiserons les arguments les plus irréfutables. Si l’organicisme avait beaucoup de défenseurs aussi éclairés, son triomphe serait assuré, et les contestations cesseraient.

On a cherché, dans un but de conciliation trèslouable sans doute, à nier l’importance de la distinction de ces deux doctrines; mais nous ne pouvons consentir à les confondre, à les identifier, l’organicisme menant nécessairement au progrès, le vitalisme à la négation de tout progrès; nous pensons être compris.

Ce n’est pas encore le lieu de faire connaître par des citations les doctrines vitalistes. Nous donnerons plus loin des extraits des écrits où sont exposées ou soutenues ces opinions; mais pour mettre dès à présent le lecteur à môme de juger par lui-même de l’exactitude de nos assertions, nous indiquerons les ouvrages où ces doctrines sont enseignées. Nous citerons en premier lieu ceux de Stahl ; Barthez, forméà son école 1 ; M. Lordal 2, élève de Barthez; Frédéric Bérard5, etc. Nous pensons que

' Nouveaux éléments de la science de l'homme , par P. J. Barthez, 2“ édition, 4 806, tome I, p. 97 et suiv.

1 Exposition de la doctrine médicale de P. J. Barthez , par Jacques Lordat. Paris, 4 818, p. 117, 130, 131 et suiv.

3 Doctrine médicale de l'école de Montpellier, par M. Fr. Bérard. Montpellier, 1819, p. 90 et suiv.

ces indications suffiront pour faire connaître les opinions que nous combattons.

La suite de cet ouvrage apportera les développements nécessaires et les preuves de notre manière de voir, que nous prions bien le lecteur de ne pas condamner sans en avoir pris une exacte connaissance.

Un des arguments les plus forts que les vitalistes fassent valoir en faveur de leur opinion sur l’existence des propriétés vitales, c’est que l’organisme produit une multitude d’effets entièrement ‘différents de ceux qui résultent de l’action de la chimie et de la physique générales. Cet argument frappe au premier abord ; mais en réfléchissant un peu, qui ne voit que, s’il existe encore beaucoup de problèmes à résoudre dans les actes de l’organisme vivant, cela ne peut tenir qu’à ce que les merveilleuses recherches des savants n’ont encore pu tout approfondir? Mais un temps viendra, non pas où on fera des hommes de toutes pièces, comme a dit un mauvais plaisant; mais où, par les efforts du génie, les sciences physico- chimiques auront expliqué les effets de l’organisation jusqu’ici mystérieux et couverts encore de ténèbres.

« Évidemment les vitalistes oublient que chaque phénomène a sa cause, et qu’une force ne peut être étudiée que dans ses manifestations. Si nous permettons à notre imagination de créer des forces, les recherches deviennent inutiles, et il est impossible de reconnaître la vérité (Poggiale). « « Au lieu que si, reconnaissant notre imperfection, dit M. Liébig, nous avouons qu’avec nos ressources actuelles, nous n’avons pu résoudre telle question ou expliquer tel phénomène, le sujet reste alors à l’état de problème, et mille personnes viennent après nous y essayer leurs forces avec zèle et courage. 11 en résulte que plus tôt ou plus tard le problème est résolu. »

« Je me demande d’abord comment il se fait que des hommes d’un esprit élevé, d’un grand talent, puissent encore être vitalistes. Cela ne peut tenir qu’à une chose, c’est qu’ils ne connaissent ni les phénomènes physiques, ni les phénomènes chimiques, ni la langue qui les représente. Aussi dédaignent-ils les études physiologiques Ils adop-

tent les idées les plus singulières, et sont incapables de comprendre et d’appliquer les découvertes de la chimie et de physiologie. Cependant, comme il faut à l’homme une théorie quelconque, ils ont imaginé une force singulière, c’est la force vitale qui explique tout, qui prévoit tout, et leur permet de se reposer. Leur demandez-vous comment s’opère la digestion? C’est par la force vitale. Désirez-vous savoir comment s’accomplit la respiration, et quelle est la source de la chaleur animale? On vous répondra : C'est la force vitale. Comment les aliments amylacés se transforment en sucre? C’est par la force vitale. C’est toujours la force vitale. Ne leur en demandez pas davantage, ils sont en possession de la vérité. »

La force vitale est une conception de l’imagination, une invention commode pour expliquer des phénomènes que nous ne comprenons pas; comme les anciens médecins disaient qu’un phénomène était nerveux, lorsqu’ils ignoraient la cause qui le produisait : C’est nerveux, disaient-ils, et tout était dit. Combien de prétendus phénomènes nerveux, sur lesquels l’organicisme a soufflé, n’onl-ils pas disparu?

Mais si, au lieu de dire la vie, vous disiez l organisation, tout s’expliquerait de la manière la plus claire et la plus simple. Songez que le rein est doué d’une structure qui ne ressemble à celle d’aucun autre organe; que le foie est construit dune manière aussi différente des autres glandes, que la bile diffère des autres fluides sécrétés ; que le testicule ressemble bien peu a la parotide et au pancréas, et dites-moi si ces différences de structure ne rendent pas mieux compte des différences des pioduils, que l’admission des propriétés vitales surajoutées à la matière organisée?

Sont-ce des propriétés vitales qui font que le rosier produit une rose et non un œillet? L’organisation de l’arbuste n’est- elle pas seule cause de ce phénomène?

Est-il besoin de recourir à l’existence d’une propriété vitale pour comprendre qu’un pêcher doit produire une pêche?

Une vigne un raisin ?

Un poirier une poire? etc., et ainsi de tous les végétaux, de toutes les fleurs? Ne sulfit-il pas de la différence de leur organisation ? Qui a jamais songé à invoquer, pour expliquer 1 infinie variété de fleurs et de fruits, l’existence de propriétés vitales?

Nous ne faisons ici qu’énoncer ces vérités que nous approfondirons plus tard. Nous verrons aussi comme quoi l’admission des propriétés vitales, comme êtres existants par eux-mêmes, s oppose à tout progrès médical, et comme quoi, au contraire, la négation de ces propriétés conduit nécessairement à une thérapeutique rationnelle et aux progrès futurs de la médecine.

Les magnifiques découvertes qu’a laites 1 école de Paris depuis un demi-siècle, les immenses progrès que celte école a accomplis; le rang suprême qu’elle a conquis parmi toutes les écoles, sont dus aux principes dont nous exposons ici le résumé et qui ont fait depuis le commencement du siècle la base de ses travaux et de son enseignement. Ces principes sont ceux de l 'organicisme, que nous n’avons cessé de professer depuis 1818, année de notre premier cours public. Nous ne voulons pas dire que ces principes aient été explicitement adoptés, avoués et professés; non, nous n’avons pas cet amour-propre. Non. Nous voulons dire que les travaux produits depuis le commencement de ce siècle, l’ont été (à l’insu de leurs auteurs peut-être) d’après les lois de l’organicisme. Ces lois sont si claires, si simples, si intelligibles, que chacun se les assimile, pour ainsi dire, et se dirige d’après leur inspiration. L’illustre auteur de V Auscultation, homme orthodoxe s’il en fut jamais, se fût révolté à la qualification d’organiciste; eh bien! on ne trouve pas dans tout son livre une seule proposition de vitalisme. Il n’est pas une seule fois mention de forces vitales, de propriétés vitales, de principe vital. Son admirable ouvrage est entièrement expérimental et fondé sur l’application de l’oreille au diagnostic des maladies thoraciques, et quel plus magnifique monument élevé à la gloire de l'école de Paris! qu’on nous cite un semblable chef-d’œuvre enfanté par le système vitaliste ! Si nous voulions citer ici , non pas les litres de tous les ouvrages, mais seulement les noms de tous les écrivains, de tous les professeurs dont les travaux inspirés par l’organicisme, par la méthode expérimentale, ont illustré l’école de Paris, il nous faudrait incrire tous les grands auteurs, depuis Pinel, Corvisart, Laënnec, Dupuylren, Magendie, etc., jusqu’à nos illustres confrères MM. le professeur Bouillaud, CL Bernard, Longet, Andral , Gavarret, Béclard, Piorry, etc. (heureux, s’il n’avait dépassé le but!) L’histologie fait aussi partie de l’organicisme.

Tout ce qui a été produit de grand, de fort et de durable l’a été sous l’influence des principes de l’organicisme; hors de ces principes, nous ne trouvons rien, rien que la stérilité la plus absolue, la plus complète. C’est une chose remarquable que la nullité des travaux enfantés sous l’influence de ces impuissantes illusions. Cela devait être. 11 n’y a de fertile que la raison et de stérile que l’erreur. Il n’en peut être autrement : avec de fausses prémisses, peut- on avoir autre chose que de fausses conséquences? Nous nous flattions que l’impuissance des ontologistes, opposée à la fécondité des organicistes, ouvrirait les yeux de nos adversaires, que du moins ceux-ci, frappés des résultats si opposés des deux systèmes, hésiteraient à donner la préférence à celui qui ne produit rien sur celui qui

IG — a tout produit. Hélas! il n’en a rien été, et les critiques (il est vrai, sans prendre la peine de nous lire, ainsi que nous le disions déjà dans une précédente publication), n’ont pas craint d’attaquer des propositions citées par nous pour être combattues, et dont la réfutation existait un peu plus loin , pour se donner ainsi l’apparence d’une victoire facile. Je ne citerais pas ce fait, s’il n’avait entaché la critique de l’un de nos plus habiles, de nos plus savants antagonistes.

Les progrès que les travaux modernes ont accomplis ont déjà éclairé tant de points obscurs, ont fait rentrer sous les lois de la physique et de la chimie générales tant de sujets qui paraissaient s’y soustraire, qu’on est autorisé à dire que tous les mystères s’expliqueront un jour. L’urée obtenue artificiellement présente la même composition que l’urée fournie par l’urine ; M. Berthelot a pu recomposer par voie de synthèse les principes immédiats des graisses animales.

« 11 résulte des beaux travaux publiés depuis vingt-cinq ans par MM. Dumas, Liébig, Boussingault, Payen, Persoz, CL Bernard et tant d’autres, que les substances alimentaires de l’homme et des animaux se divisent en deux grandes classes : en aliments azotés et en aliments non azotés; que les premiers sont chargés de la nutrition de nos organes et que les autres sont brûlés dans l’économie, se transforment en eau et en acide carbonique et produisent ainsi la chaleur animale. (Idem.)

Les tissus organiques éprouvent eux- mômes dans l’économie des transformations continuelles et donnent naissance à tous les produits d’oxydation, tels que l’urée, l’acide urique, etc. Comment concevoir que ces transformations puissent s’opérer autrement que par des réactions chimiques?

« Dire, par exemple, que la digestion se fait sous l’influence du suc gastrique et de la force vitale, c’est ne donner aucune explication, fait observer avec raison M. Mialhe; mais si l’on fait voir, au contraire, qu’elle dépend des acides de l’estomac, des ferments salivaire et gastrique, et d’un certain degré de température; si l’on prouve que ce qui se passe dans la cavité organique de l’estomac peut également avoir lieu dans un vase inerte, que, par exemple, l’amidon se transforme en sucre dans les deux cas; si l’on tient compte de toutes les circonstances qui président aux phénomènes digestifs, on aura réellement démontré que l’acte de la digestion repose sur des réactions chimiques, et on aura fait un grand progrès, en écartant ce mot de force vitale, si vide de sens ! »

Nous pouvons ajouter à ces preuves, et à beaucoup d’autres que nous taisons, l’admirable théorie de la respiration par l’illustre fondateur de la chimie moderne.

« Lavoisier démontra le premier que dans l’acte de la respiration, l’oxygène de l’air se combine avec le carbone et l’hydrogène du sang, pour former de l’acide carbonique et de l’eau; il prouva aussi, dans des mémoires immortels, que la production de l’eau et de l’acide cabonique était la source de la chaleur animale. Cette grande vérité a été confirmée et développée depuis par les beaux travaux de Dulong, de MM. Despretz, Boussingault, Régnault et Reiset, malgré l’opposition de Bichat, de Brodie de Chossat. »

Les exemples que nous venons de citer suffisent pour démontrer la puissance des réactions chimiques dans les actes appelés vitaux. Et l’on peut dire avec Magendie : « Je ne puis concevoir comment on peut soutenir l’idée qu’entre les lois qui régissent les corps vivants et celles qui règlent les corps inertes, il existe une ligne de démarcation qu’il n’est pas permis de franchir. 11 est vrai qu’il .en est des raisons très-péremptoires. Ainsi les hommes les plus savants en médecine sont souvent étrangers aux notions les plus simples de physique et par cela même sont incapables de comprendre l’importance qu’on doit attacher a celte science. » Mais, nous dira-t-on, comment se fait-il que le corps humain opère ces transformations? N’est-ce pas au moyen de la force vitale? L’organisme aurait-il, sans cette force, le pouvoir d’opérer ces réactions? Il nous est facile de répondre à cette difficulté : Cette puissance d’agir réside dans l'organisation. A l’organisation seule, dans un certain état de composition, appartient la faculté d’opérer les changements nécessaires à sa conservation.

J’ai dit dans cet ouvrage ce que je crois être vrai, bon et utile. L’expérience de plus d’un demi-siècle a prouvé que j’avais raison. Des travaux innombrables ont enrichi la science, inspirés par l’organicisme. — C’est là un magnifique résultat et, j’oserai le dire, la preuve de la vérité de ces principes. Nous attendons les découvertes du vitalisme et du spiritualisme.

Mon plus vif désir est de n’offenser personne; or, comme les auteurs s’irritent naturellement des critiques que l’on adresse à leurs ouvrages, le plus sûr moyen de ne pas les offenser est incontestablement de ne pas attaquer leurs écrits. Pour atteindre ce but, nous avons cherché dans des auteurs anciens les doctrines remises en lumière par les écrivains modernes et que nous voulions combattre; mais pour éviter jusqu’à l’apparence de l’injustice, et repousser le reproche de faire peu de cas de ceux-ci, nous avons pensé qu’il convenait de les citer, lorsque ce qu’ils avaient écrit méritait d’être loué.

En effet, à quoi sert pour la science d’attaquer des personnes qui peuvent être très- estimables d’ailleurs, et de suivre l’exemple des Yadius et des Trissotin, en appelant ses adversaires du nom d’ignorants, de sols, de stupides, d’esprits infimes, de bélîtres, de pauvres tètes, etc. Cela donne-t-il quelque force aux arguments qu’on fait valoir? cela fait-il que l’on ait raison? Qu’est-ce que cela prouve? Certes, cela ne prouve pas que vous soyez des esprits supérieurs à d’autres yeux qu’aux vôtres. Les injures ne font tort qu’à ceux qui les disent.

Lorsque pour soutenir un système on a de bonnes raisons à donner, on n’a pas recours aux injures et aux grossièretés; on expose simplement et convenablement ses idées, et on laisse faire à la vérité et au temps. Les injures ne peuvent faire que l’erreur soit la vérité et celle-ci le mensonge. Cette manière d’attaquer ses adversaires nous ramène au bon temps de 1830, où toute personne qui n’était pas de l’avis d’une certaine coterie était traitée de Géronte, de perruque, de momie; où Voltaire était une ganache et Racine un polisson; ou bien encore de nous faire reculer jusqu’au moyen âge, où les disputes scientifiques étaient émaillées de si touchantes aménités.

Dire que des idées et des expressions sont vieilles et surannées, ce n’est pas dire qu’elles soient mauvaises, cela veut dire que l’esprit paresseux des générations se refuse à les examiner, à les approfondir de nouveau et à plusieurs reprises, et trouve plus facile de les nier et de les rejeter. Non. Ce qui est vrai ne vieillit jamais. La vérité a le privilège d’une éternelle jeunesse. Ce ne sont pas les systèmes vingt fois tombés qui peuvent le réclamer pour eux.

Quand il s’agit d’idées utiles qui ont produit depuis plus d’un demi-siècle tout ce qui s’est fait de bon, de grand, de beau, de glorieux, on est mal venu de s’opposer à leur triomphe, parce qu’elles heurtent les nôtres, de garder un injurieux silence sur leur auteur, ou de l’attaquer par de perfides insinuations; ce n’est pas seulement là un tort littéraire, c’est une faute, c’est une mauvaise action. Quand le système que vous soutenez n’a jamais rien produit de bien ni de bon, et a prouvé toujours, en tous lieux, dans tous les temps, et surabondamment son impuissance et sa stérilité, on joue le rôle ridicule de l’eunuque du sérail en s’opposant à l’admission du système contraire. Il serait plus beau, plus louable de chercher à s’éclairer, à s’instruire consciencieusement, que de déclarer une doctrine vicieuse, erronée, vieillie, tombée, etc., lorsque nous ne nous sommes pas donné la peine de l'étudier.

Pour qu’on ne dise pas que nous attribuons à nos adversaires des torts qu’ils n’ont pas, pour prouver ce que nous disons, nous avions choisi entre mille les passages des auteurs vitalistes où l’organicisme est en butte à des expressions peu flatteuses, et où l’auteur est traité avec assez d’irrévérence; et, bien que nous fussions dans un état de légitime défense, et, qu’attaqué, nous eussions le droit de repousser ces agressions, nous n’avons pas hésité à supprimer un grand nombre de ces citations pour ne pas blesser nos antagonistes. Cependant, comme on pourrait croire que nos plaintes sont exagérées et injustes, nous laissons subsister quelques citations qui doivent suffire pour notre but : ah uno disce omnes.

« Les anatomistes et même les psychologistes du xix‘' siècle ne voient dans les corps rien autre chose que la matière, et pour eux l 'âme et le principe vital ne sont que des rêveries absurdes. Le corps se meut parce que la matière organique a la propriété de se mouvoir d’elle-même : four certaines pauvres têtes même, le cerveau pense, et cela parce qu’il est organisé pour penser, comme le foie pour sécréler la bile, et le poumon pour respirer. C’est là surtout la doctrine actuelle de l’école médicale de Vienne, et de toutes les écoles qui, le microscope d’une main et le creuset de laulie, veulent sonder par celte méthode purement physique et expérimentale, les secrets les plus intimes de la nature... Comme si la nature des choses s’arrêtait à la structure, à l’instrumentation, à l’organisation.— Pauvres intelligences !.. . dans quel abîme sont-elles plongées! Mais où est donc la source d un semblable scepticisme, d’un matérialisme si excentrique... sinon dans un manque d’études sérieuses en logique (1)? »

Voyez avec quelle bonne foi on ajoute la négation de l’dme au nombre des négations des organicistes pour baser, par une logique irrésistible et bien étudiée, le reproche de matérialisme qu’on leur adresse! et avec quelle modestie et quel atticisme on traite de pauvres têtes celles qui ne peuvent s’élever au sublime niveau de ces génies. Injuriez, injuriez, mes bons amis, c’est de la bonne tradition. Mais, de bon compte, est-ce que vous vous croyez supérieurs à ceux, non, qui ne vous comprennent pas, si obscurs que vous soyez , mais qui nient et repoussent vos opinions absurdes?

La citation suivante n’est pas de nous, elle est empruntée à un fort bon article de Wnion médicale :

« Il est un reproche banal que nos adversaires ne cessent de répéter, c’est que la méthode expérimentale rétrécit l’esprit, abaisse l’intelligence, dégrade lame, éteint dans l’homme toute lumière supérieure, toute énergie virile, et conduit à un matérialisme abrutissant. Ce reproche a été repoussé avec trop de noblesse et de dignité par M. le docteur Tartivel pour que nous résistions au désir de citer ses dédaigneuses et éloquentes paroles.

« La philosophie expérimentale abaissant les intelligences et dégradant les âmes, et comment? et pourquoi? Cultiver son intelligence, est-ce l’abaisser? Observer les phénomènes de la nature, en étudier les rapports, en déduire les lois, est-ce dégrader son âme? Chercher la vérité, sincèrement la vérité et pour elle-même, par la méthode qui a créé toutes les sciences, éternel honneur de l’esprit humain, dont nous admirons tous les jours les applications fécondes et merveilleuses dans toutes les directions de l’activité humaine, est-ce s’engager dans la voie qui conduit à la perdition intellectuelle et morale? Le progrès des sciences d’observations doit-il avoir pour dernier terme l’enfantement d’une société de crétins et de scélérats?.... 11 faudrait en finir avec ces accusations banales et fausses, par lesquelles certains partisans du dogme spiritualiste cherchent h jeter du discrédit sur les doctrines et les adeptes de l’école expérimentale. Non, celte philosophie ne conduit ni à rabaissement intellectuel, ni à la dégradation morale, et il est vraiment triste de voir que, malgré les vivants démentis donnés tous les jours à celle calomnie, elle renaisse sans cesse, hydre aux mille têtes, pour souiller de son venin les plus belles intelligences et les plus nobles âmes. » Mais ne sait-on pas depuis des siècles que celte manière de discuter est le partage, le patrimoine de certaine secte dont les armes sont l’hypocrisie et l’injure?

« La doctrine organicienne, dit encore M. Tartivel, est un édifice bâti sur le roc, dont le temps affermit de plus en plus les assises profondes; les vents du spiritualisme et de l’ontologie auront beau souffler sur lui, ils ne l’ébranleront pas. L’organicisme est accusé de n’avoir ni principes, ni philosophie, de n’être pas une science ; il lui suffit pour se défendre de montrer ses œuvres, comme à Sophocle accusé de démence, il suffit de lire devant ses juges, pour tout plaidoyer, sa tragédie d ’OEdipe à Colonc. »

Oui, nous avons dit la vie et les prétendues forces vitales sont le résultat de l’organisation. L’organisation est la cause de tous les phénomènes dits vitaux que nous observons; celui qui a créé l’organisation lui a donné en même temps la faculté d’exercer une multitude d’actes qu’on a à tort attribués à des forces spéciales variées, suivant les effets produits.

Qu’on nous pardonne de citer encore quelques passages des écrits de nos antagonistes pour faire juger leur manière de raisonner. Qu’on n’oublie pas que nous sommes dans le cas de légitime défense. Gela nous paraît curieux dans le siècle où nous vivons; siècle de bon sens, nous dit-on :

« L’affirmation première de Y organicisme est celle-ci : La vie ne peut être séparée de l'organisation, ni les forces isolées de la matière, ni les fonctions observées en dehors des organes. On ne peut les voir, les toucher, les saisir matériellement par quelque côté que ce soit. Rien de plus vrai; si l’on pouvait physiquement voir et toucher la vie et les forces, celles-ci ne seraient plus ni forcés, ni causes de mouvements . Oh! la cause etles forces s’atteignent par le sens intellectuel; elles ne sont pas du domaine sensible; les phénomènes, les effets réalisés parla cause tombent seuls dans ce domaine, et s’y présentent à nos perceptions externes. Il est donc certain, nous ne voyons ni ne touchons la vie et les forces, isolées de l'organisation el de la matière. De ce fait, voici la conclusion de l’organicisme : La vie et les forces que nous ne pouvons voir el toucher n 'existent pas comme cause, comme existence réelle; elles existent seulement comme résultat de l’organisation et de la matière ! — Mais, sans aucun doute. »

« Quelles conséquences étranges, et que va devenir le milieu scientifique où elles se produisent? Quoi! il n’y a de réel que ce que l’on louche? la cause n’est qu’un vain mot, parce que nulle part on ne louche une cause? Par cela qu’un fait est inséparable dans sa manifestation d’un autre fait qu’on ne l’isole pas, il s’ensuit qu’il découle du fait, auquel il est nécessairement associé? Voyez où conduisent ces façons inattendues de raisonner : Une cause, une activité n’existent pas sans se produire en effet, sans se développer en phénomènes; donc la cause et l’activité n’existent pas et résultent de l’effet et du phénomène ! Une cause n’existe pas sans s’appliquer, sans se réaliser dans un composé qui la manifeste en action : donc la force n’existe pas et résulte du composé! Une unité, le principe, l’idée d’unité n’existe pas sans se réaliser pour nous en une quantité quelconque, laquelle est toujours une multiplicité, un nombre si minime qu’il soit; donc l’unité n’existe pas et résulte de la pluralilé! Enfin, pour résumer toutes ces équations, l’infini n’existe pas sans se réaliser dans le fini, sans se développer infiniment en quantités déterminées; donc l’infini, c’est-à-dire l’existence, principe, source active et féconde de toutes les existences, l’infini n’existe pas et résulte du fini! » OUF! et voilà pourquoi votre fille est muette, 718 pages de ce style! N’est-il pas vraiment heureux d’être combattu par un pareil chef-d’œuvre d’analyse et de logique?

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