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Origine et transformations de l'homme et des autres êtres : 1. pte. indiquant la transformation des êtres organisés, la formation des espèces, les conditions qui produisent les types, l'instinct et les facultés intellectuelles, la base des sciences naturelles, historiques, politiques, etc

P. Trémaux · 1865 · Scanned text · Free in the US

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P. Trémaux
Language
French
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1865
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Introduction

souvent on désigne les parties analogues par les mêmes noms.

Aux questions que nous faisons dès que nous commençons à réfléchir, on fait des réponses mystiques que contredit bientôt tout l’ensemble des faits d’expérience physique et autres qui nous frappent de toutes parts. Que peut-il résulter de ces invraisemblances ? Rien de bon ; car la morale comme la science ne peut trouver une bonne base que dans la raison.

Notre pensée revient malgré nous sur ces premières croyances; la raison n’est pas satisfaite, et le doute naît. Au contraire, si la raison est satisfaite, la confiance succède. La science a donc non-seulement ses droits, mais elle doit être la véritable base de la morale ; cela est d’autant plus nécessaire que l’homme a progressé, progresse et progressera.

Pour ma part, j’ai souvent cherché, même avant l’adolescence, une explication rationnelle des phénomènes qui nous entou-

INTRODUCTION.

relit ; c'est assez dire que ce qu’on nous enseigne n’est guère satisfaisant.

Nos souvenirs historiques sont si peu de chose* en comparaison de la prodigieuse longueur des époques qu’accuse la géologie, que nous n’avons réellement qu’une méthode à suivre pour nous éclairer : remonter des effets présents aux âges passés, en suivant les indications paléontologioues.

En me trouvant en Égypte, au pied de ces monuments que la plus haute civilisation a couverts d’hiérogl yphes, il me sembla qu’ils appartenaient à l’histoire moderne, en comparaison des seuls phénomènes récents qui encadrent ces monuments. En effet, les couches de limon du Nil qui enterrent leur base, comparées à celles qui sont au-dessous, montrent qu’avant leur fondation il s’était déjà écoulé des périodes considérablement plus longues depuis que le Nil a commencé à déposer son limon. Les couches de grès horizontales et taillées

4 INTRODUCTION.

en falaises qui bordent ce fleuve font voir que ses érosions, probablement plus puissantes jadis, à moins qu'il n'y ait eu soulèvement progressif, ont antérieurement creusé cette vallée. Les érosions, en se portant tantôt à droite, tantôt à gauche, ont atteint jusqu'à trente kilomètres de largeur sur cinquante ou soixante mètres de profondeur.

En franchissant ces plateaux, on trouve principalement sur le Mokatam de vastes forêts pétrifiées dont les innombrables troncs brisés, souvent à peine disjoints, semblent étaler à nos regards rêveurs la richesse végétative qui a couvert ce pays à une époque géologique antérieure aux effets que nous venons de signaler. Dès lors, combien cette antiquité monumentale se rabaisse devant cette simple comparaison géologique, qui pourtant n'appartient qu'à une époque relativement récente ! , L'antiquité égyptienne perdit infiniment de son attrait pour moi; par cette seule

INTRODUCTION.

comparaison et mes idées remontant plus haut, c’est l’homme primitif qui avait animé la terre avant d’avoir atteint cette vieille civilisation, cependant déjà si avancée, qui devint l’objet de mes préoccupations.

Pourtant ces hiéroglyphes avaient encore leur utilité ; car ils nous confirmaient d’autres traditions qui accusent un mouvement des peuples s’avançant de ce pays vers la Nigritie.

Qu’étaient devenus ces peuples de l’Orient répandus en Afrique? Ma route était tracée, je me dirigeais précisément vers le Soudan ; mais comment les reconnaître? La chose me semblait si difficile, que parfois j’écartais ces idées comme offrant des difficultés insolubles. Pourtant un grand ensemble de phénomènes vint frapper mon attention et me ramener plus fortement à ces préoccupations d’origine qui avaient si souvent éveillé ma pensée.

Je vis que plusieurs circonstances ten-

INTRODUCTION.

daient à accuser la transformation des peuples qui s’étaient avancés de POrient, vers le centre de P Afrique. J’en fis l’objet d’un chapitre spécial dans mes relations de voyage; mais comment en fournir la preuve avec des données hiéroglyphiques et des traditions qui laissaient trop de vague dans leurs indications.il me fallait des faits indubitables, positifs, il fallait rechercher la cause même de ces transformations pour les rendre palpables et certaines. Ce fut en vain que je la cherchai.

Néanmoins, assez longtemps après mon retour, on me conseilla de communiquer mes remarques à l’Académie des sciences à titre de simples observations de voyage ; je m’y décidai. Durant ma première lecture , j’entendis certaines exclamations d’étonnement. Puis en tête de l’extrait qui en fut donné dans les comptes rendus, M. Flourens mit une sorte d’apostille insolite, peu encourageante.

Cette espèce de doute n’était pas agréa-

INTRODUCTION.

ble, j’étais moi-meme convaincu par mes propres observations; mais quelle était la cause de la transformation des hommes ? Il me fallait démontrer l’effet par la cause pour convaincre les autres.

Pendant les quelques jours qui suivirent, je fis de nouveau une multitude de recherches. Peu avant le jour où je devais continuer ma lecture commencée à l’Académie, mon attention fut ramenée plus vivement sur le grand fait du parallélisme de la perfection du sol et de celle des êtres. Si ces deux grands faits sont la conséquence l’un de l’autre, comme cela paraît si naturel, les différents terrains à notre époque doivent aussi avoir une influence directe sur l’état actuel des êtres. Démontrer ce fait, c’était établir la loi cherchée. Mais les choses ne sont pas aussi simples qu’elles le paraissent. Les effets du sol se compliquent d’autres effets qui dissimulent son action. D’abord le soulèvement des terrains, ainsi que les formations de cou-

INTRODUCTION.

elles géologiques ne correspondent pas ou ne correspondent que très-imparfaitement à l’apparition des espèces. Ensuite , depuis que l’on décrit les races d’hommes, on n’a cessé de les distinguer en trois grandes familles par rapport à la couleur : les blancs, les jaunes, les noirs, et l’on ajoute même quelquefois les rouges. On prend ainsi le caractère le moins important, une nuance de l’épiderme, pour grouper les hommes; et si l’on cherche à appliquer la loi dont nous venons de parler, on trouve que chacune de ces grandes catégories réside sur toute espèce de sol.

Il en est de même pour une autre influence secondaire. Les espèces sont en général confinées sur chacune des grandes divisions continentales; l’homme seul les occupe toutes et comme il vit des autres espèces végétales et animales propres à chaque région, il en résulte aussi pour lui une influence qu’il fallait encore dégager de celle du sol.

INTRODUCTION.

Pour les animaux, il fallait également dégager l’action du sol des conditions de vie, qui, pour chaque espèce, ne tiennent souvent qu’à l’existence ou à la non-existence de telle plante qui la nourrit. Pour les végétaux, liés au sol par leurs racines, on conçoit qu’ils en dépendent directement; mais les conditions climatériques, plus puissantes sur eux que sur les animaux et les barrières naturelles circonscrivent leur habitat. La grande loi si simple, en apparence, était donc en réalité fort compliquée et fort dissimulée.

Une fois ces premiers points éclaircis, la part des influences secondaires dégagée, le problème se simplifiait.

N’étaient-ce pas ces conditions de sol si variées, si compliquées, qui embrouillaient l’écheveau ethnologique d’une manière si bizarre? Une suite de comparaisons géologiques et ethnologiques succédèrent immédiatement, elles se confirmaient! Je continuai ces recherches, toujours même

INTRODUCTION.

confirmation. J’étais sur la voie de la vérité, le charme était rompu ! Les faits se présentaient si bien, que dès le surlendemain, je donnai devant l’Académie les preuves de la transformation par la coïncidence des types et de la nature géologique du sol.

C’était, un grand point, un très-grand point; mais il restait encore une sorte de barrière. Pourquoi les êtres sont-ils distingués en espèces? Pourquoi le fil des transformations est-il ainsi rompu, tranché de temps à autre pour chaque catégorie d’êtres, et cela, d’une manière si nette qu’on regarde ces distinctions comme étant d’ordre primordial. Ici nouvelles recherches; pourtant elles 11e furent pas longues. A l’objection qui m’en fut faite, je répondis presque comme si jamais chose n’avait été mieux connue, mieux expliquée. Cette fois c’était sans grande difficulté que je venais de reconnaître et dévoiler « un grand mystère » : « Le secret delà Jormation des espèces. »

INTRODUCTION.

Ce sujet que j’avais à peine effleuré dans un cinquième mémoire, fit l’objet de la sixième communication que je fis à l’Académie. Mais il restait encore incomplet et je repris en conséquence ce travail avec plus d’ensemble pour en faire le sujet de ce volume et dégager les principes si nets qui en résultent, des idées antérieures qui se contredisent mutuellement.

La loi de coïncidence du sol et des types, que nous allons d’abord exposer, est simple comme toutes les grandes lois de la nature. Si elle n’a pu être connue plus tôt, c’est qu’en outre des causes que nous venons de signaler, elle varie à l’infini dans ses applications et qu’elle combine ses effets avec d’autres lois, particulièrement celle de la formation des espèces. Il était donc important de découvrir ces lois en même temps pour comprendre le mécanisme de l’ensemble.

Depuis les temps les plus anciens, on avait reconnu l’influence du sol sur les

INTRODUCTION.

êtres animés comme sur les végétaux. À notre époque, un grand nombre d’auteurs en ont parlé ; on a même cherché par l’analyse du sol quelle pouvait en être la cause; nous examinerons plus loin ces quelques travaux.

En accordant au sol une certaine influence sur les êtres, on ne faisait que répéter avec divers développements les observations d’Hérodote. Mais tous 11e voyaient dans ce résultat qu’une simple cause modificatrice. Pourtant Hérodote lui-même ne faisait que renouveler ce qu’avaient dit implicitement les législateurs hébreux en formulant ces paroles : Dieu forma V homme du limon de la terre! ... Tout est contenu dans ces. quelques mots.

Lorsqu’on ajoute que Dieu est un esprit, qu’il n’a ni couleur, ni figure et qu’il ne peut tomber sous nos sens; c’est assez dire que l’œuvre divine ne saurait être comparée à celle de l’homme ni avoir une marche analogue.

INTRODUCTION.

Quelques savants tels que Aristote, Épicure, Lucrèce, de Maillet, Lamark, les Geoffroy Saint-Hilaire et Darwin ont pressenti la marche qu’avait dû suivre la création. Mais n’ayant pas découvert la cause du perfectionnement des êtres, ni celle de la formation des espèces, ils ne pouvaient démontrer leurs idées qui sont restées à l’état d’hypothèses.

Si quelques hommes de génie affirmaient ce principe, cent voix contre une le niaient ou formulaient des objections. Pa*rmi ces opposants, le plus grand nombre était sans valeur, ou n’était mû que par de fausses préoccupations théologiques. Pourtant il en était d’autres qui faisaient de sérieuses objections. Si les êtres se transforment graduellement, disaient-ils, pourquoi les espèces sont-elles distinctes? Pourquoi la paléontologie ne nous montre-t-elle pas entre ces espèces, d’innombrables formes de transitions? Pourquoi 11e voyons-nous pas de nos jours s’opérer de ces change-

INTRODUCTION.

ments? Pourquoi tant d’êtres dégénèrentils au lieu de prospérer? etc., etc.

La cause de la transformation, du perfectionnement et du groupement en espèces n’était pas seule à trouver; il fallait encore éclaircir le pourquoi de toutes ces difficultés.

Outre ces objections sérieuses, il en était d’autres, qui s’appliquaient avec raison aux suppositions aventurées par lesquelles on cherchait à expliquer cette transformation. Tel est le rôle attribué par M. Darwin aux effets combinés de ce qu’il nomme Y élection et la concurrence vitale ; contre lesquelles M. Flourens a protesté avec raison, bien que l’œuvre de M. Darwin soit intéressante à plus d’un titre.

Aujourd’hui plusieurs écoles sont en présence ; l’une voit avant tout le progrès continu dans les êtres; l’autre lui oppose la dégénérescence dans un grand nombre de cas; une troisième ne voit que la fixité et veut par conséquent autant de centres de

INTRODUCTION.

création qu’il y a de types suffisamment caractérisés. Ces idées se partagent le monde, et c’est le désaccord qui règne en maître dans la science.

Nous verrons plus loin que chacune de ces écoles, prenant la partie pour le tout, a fondé sa théorie ou ses hypothèses sur quelques-uns des aspects, ou l’une seulement des faces de la question. De là le désaccord le plus absolu.

D’après letat actuel de la science, voici ce qu’il s’agissait d’éclaircir. M. de Quatrefages, qui a apporté un grand esprit de conciliation entre les différentes écoles et accordé une sérieuse part d’influence à l’action des milieux, pose le problème en ces termes : a Dans tous les êtres vivants, « l’espèce est soumise à une double action, « d’où résultent deux ordres de faits accu- « saut, les uns une tendance manifeste à « la stabilité, les autres une tendance non « moins évidente à la variation. A quelles « causes faut-il faire remonter cette dou-

INTRODUCTION.

« ble action? C’est là une question que se

« sont posée de tout temps les plus sérieux

« penseurs, les plus grands physiologistes

« depuis Aristote et Hippocrate jusqu’à

« Burdack et à Muller. »

En quoi consiste donc cette mystérieuse loi qui produit tour à tour la fixité, la variation, le progrès, la dégénérescence?

Le voici :

PREMIÈRE PARTIE

I

ÉNONCÉ DE LA GRANDE LOI

DU PERFECTIONNEMENT DES ÊTRES.

LA PERFECTION DES ÊTRES EST OU DEVIENT PRO- PORTIONNELLE AU DEGRÉ D?ÉLABORATION DU

sol sur lequel ils vivent! Ety le sol est en général d'autant plus élaboré , quil appartient a une formation géologique plus récente.

Grande loi, si simple qu'il n'est pas un cultivateur qui ne considère comme une naïveté de dire : Tel sol, tel produit.

Grande loi, si puissante, si vaste dans ses effets, qu'elle régit le monde, qu’elle va éclairer l’histoire, la politique, les sciences naturelles, nous conduire à l’origine des êtres et nous affirmer leur développement proportionnel à celui des couches du sol, etc., etc.

Grande loi qui, en nous dévoilant un passé infime, nous révèle un avenir sublime !

II Remarques Préliminaires

Mais il ne suffit pas d'énoncer, il faut prouver.

Pour cela, nous allons passer en revue le globe et montrer que partout la perfection des êtres est proportionnée à celle du sol sur lequel ils vivent. Ensuite nous suivrons les peuples émigrants pour montrer qu’ils se sont transformés selon cette même loi.

Disons d'abord que quelques autres causes agissent d'une manière accessoire, telles que les différences de température qui ont une certaine action sur les plantes, moins sur les animaux à sang chaud et très-peu sur l’homme qui sait en outre se préserver de ses excès. On sait d'ailleurs que la chaleur et l'humidité sont deux éléments indispensables à la manifestation de la vie, et que dans les causes accessoires il ne peut être question que des excès en plus ou en moins de ces éléments.

Remarquons aussi que deux causes sont en présence; l'action du sol qui diversifie selon sa nature, et le croisement qui unifie , ainsi que nous l'expliquerons titre vm.

D'après les exemples que nous avons sous les yeux, la transformation des êtres d'un ordre supérieur demande un assez grand nombre de siècles ; elle s’opère plus promptement pour ceux d’un ordre infé-

REMARQUES PRÉLIMINAIRES. 21

rieur. Le croisement, au contraire, unifie les êtres qui y sont so.umis en très-peu de temps, puisque le premier croisement seul donne un type intermédiaire entre les progéniteurs. Si quelques individus se croisent avec un nombreux groupe appartenant à une autre race, il suffit d’un petit nombre de générations, pour qu’ils se fondent ou s’unifient avec ce groupe.

Partant de là, nous voyons que les races produites par des natures de sol de faible étendue, ou fortement entrecoupées comme en France, en Italie, en Grèce, sont plus exposées aux croisements que celles produites par de grandes surfaces d’un imême sol. En outre les échanges des produits alimentaires se font d’une manière assez sensible entre des pays voisins. Les contrées limitrophes n’offriront donc que des différences de types peu prononcées; c’està-dire mitigées par les croisements et les mélanges de produits. Les secondes offriront au contraire des types plus conformes à celui que comporte la nature du sol. Nous voyons ainsi pourquoi les habitants des terrains primitifs de T Auvergne, de la Bretagne, du Morvan, entourés par de meilleurs terrains, ne sauraient avoir le même type que ceux qui habitent les immenses surfaces de terrains primitifs de la Laponie, de la Nigritie, etc.

Remarquons aussi que la déformation des traits et le changement de teint, ne dépendent pas des mêmes causes ; puisque F on voit des peuplades très-noires ayant de beaux traits et de l’intelligence, tandis qu’on en voit d’autres dont les traits déformés sont alliés à un teint clair.

Dans chacune des nuances qui se partagent le globe, les teints les plus foncés se trouvent vers l’équateur ; ce qui nous montre l’action indubitable du soleil. Cette action se manifeste aussi sur le règne végétal ; les plantes qui croissent blanches dans l’obscurité se colorent à la lumière. Une autre cause du teint nègre paraît due à

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l'alternative de la chaleur et de l’humidité qui résulte des pluies tropicales ou du voisinage des eaux. Toutefois ces causes ne sont pas les seules qui soient enjeu, puisque différentes nuances se manifestent selon les pays: jaune dans l’extreme Orient, rouge dans une grande partie de l’Amérique, noire en Afrique, blanche en Europe.

Mais la coloration, chez l’homme, comme chez beaucoup d’animaux, n’est que le petit coté de la question; chez l’homme le teint est le résultat d’une très-faible modification de la peau. Celle-ci se compose de trois couches : le derme , qui est le vrai cuir; un réseau muqueux cellulaire ; et l’épiderme qui recouvre le tout. Ces trois couches sont entièrement semblables dans toutes les races, à la seule exception du pigmentum ou liquide contenu dans les cellules microscopiques de la couche muqueuse et qui se colore diversement selon les pays. Cette différence d’aspect du nègre au blanc tient donc à bien peu de chose et n’a aucune influence sur la constitution et les facultés.

Le grand côté de la question est celui qui touche aux types physiques si divers qui régissent les facultés de rhomme. C’est celui qui va nous occuper. A ce sujet nous avons encore une distinction à faire : l’homme se nourrit de différentes espèces végétales et animales particulières à chacune des grandes divisions continentales. De là paraît résulter un ensemble de physionomies. propre à chacune de ces divisions et même une certaine corrélation de forme, mais elle n’empêche nullement l’action du sol de se dessiner nettement sous cette influence particulière.

Le type de l’homme correspond d’une manière très-remarquable à celui de la formation géologique ou mieux encore à la qualité du sol sur lequel il est établi. Que l’homme vive sur les terrains primitifs des régions équatoriales de la Nigritie ou des régions glaciales de la Laponie ou bien

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encore dans les régions primitives des pays plus tempérés, des Nilghéries, des régions , montagneuses du Brésil ou des Andes; la déformation des types est toujours des plus prononcées. L’homme non-seulement porte en lui-même son foyer de chaleur, mais son intelligence lui permet en outre de se garantir dans une certaine mesure des excès de température. La plupart des animaux portent également en eux leur foyer de chaleur; mais ils restent néanmoins plus fortement soumis à l’influence du climat et leur habitat est plus restreint. Certaines espèces ne vivent que dans les climats pour lesquels elles sont conformées. Quant aux plantes, sous le rapport de la température, elles dépendent beaucoup plus du climat, n’ayant pas en elles un foyer sensible de chaleur. Dans ce cas, l’influence du climat, comme celle des besoins ou conditions de vie, combine plus fortement son action avec celle du terrain.

On voit par ces remarques que c’est sur l’homme que l’influence du sol doit s’accuser de la manière la plus indépendante. C’est donc sur lui que nous allons faire porter plus particulièrement nos remarques.

III Coïncidence Universelle

DES TYPES AVEC LA NATURE DU SOL.

Si nous prenons d’abord ce qu’on appelle la race indo-européenne , répandue en Europe et dans une partie de l’Asie , nous voyons qu’elle u offre le même type qu’autant qu’elle demeure sur un même sol, mais que ses types sont au contraire très-dissemblables, lorsque le sol diffère beaucoup lui-même.

Ainsi cette race est belle dans le sud et l’ouest de l’Europe, dans la Géorgie, la Circassie, la Perse, où le sol, richement entrecoupé, laisse prédominer les terrains les plus récents. Dans l’Inde, quand le terrain le comporte, on trouve d’assez beaux peuples; mais dans sa péninsule, qui présente de grandes étendues de sol primitif, le peuple change très-nettement. C’est ainsi que dans les Nilghéries, région primitive, soumise à une saison pluvieuse, on trouve des peuples ayant la peau noire et la laideur du singe dont on leur a donné le nom. Et, ce qu’il y a de très-remarquable , c’est que dans la même péninsule , sous la même latitude , près de Bombay, on voit un des types les plus beaux, les plus nobles du monde. Aussi le sol appartient-il à des terrains récents, lesquels se relient à des terrains volcaniques qui ne doivent pas être confondus avec les terrains anciens , témoin entre autres Pile de la Réunion qui contient un peuple noir, mais d’un beau type. Cette noble race de l’Inde ne doit pas être attribuée à une migration récente; car, en comparant le type des basses castes avec celui des bas-reliefs des temples d’Éléphanta, dont nous possédons les documents photographiés , on voit que ces types se ressemblent et ont toujours appartenu à la même région. Cette contrée, étant en quelque sorte protégée par l’incapacité des peuples qui l’entourent, nous montre une fois de plus que la civilisation se développe d’abord sur les points où les peuples trouvent en même temps fertilité et sécurité.

La chaîne de l’Himalaya se compose en grande partie de granit, gneis, gypse et pics volcaniques; elle renferme de belles et fertiles vallées, où ses glaciers entretiennent l’humidité et une végétation parfois des plus vigoureuses ; aussi ses populations sont-elles très-variées. Mais les documents sont insuffisants pour préciser en même temps la nature du sol et les types correspondants.

Déjà dans l'antiquité, les Perses et les Mèdes étaient réputés par leur beauté. Aujourd’hui, malgré les changements survenus, les mêmes types appartiennent toujours aux mêmes contrées. Chacun connaît la belle physionomie des Persans; les Orientaux, en peuplant leurs sérails de Géorgiennes et de Circassiennes , nous disent assez que les deux versants du Caucase n’ont pas dégénéré de leur antique réputation. Ces contrées renferment en effet un heureux mélaùge de terrain. Mais pour peu qu’on s’en éloigne, chez les montagnards Kourdes, où dominent les terrains anciens, on trouve de grandes bouches aux lèvres épaisses, de petits yeux et une expression sauvage qui contraste avec la noblesse de leurs voisins. Les Alains qui sortaient d’une région comprise entre le Caucase, le Tanaïs (Don) et la mer Caspienne, sont décrits par Ammien Marcellin comme une race analogue aux Germains; cette contrée offre effectivement un terrain

COÏNCIDENCE DES TYPES ET DU SOL.

récent, comme celui de la Germanie. Aujourd'hui les Abkazes ont le type propre au pays ; mais les Kalmouks, venus dans ces régions depuis moins d'un siècle, ne l'ont pas encore.

Le type germain comprend les Scandinaves du Danemark, les Pays-Bas, le Nord de la Belgique situés sur un même sol. Il se montre aussi en Alsace, en Franche- Comté et même en Bresse où l’on voit de petites zones dun terrain analogue. Pourtant il ne comprend pas le centre et le sud de l'Allemagne; c'est qu'en effet le terrain y est différent.

Les Bohèmes et les Serbes offrent le type slave le plus caractérisé. Dans l’un et l'autre de ces pays dominent les terrains anciens. Les Serbes d'ailleurs sortent d’un terrain de même formation , situé entre le Donetz et le Dniéper. Les autres Slaves, dit-on, sont plus ou moins mêlés de races diverses ; mais si nous consultons le sol, nous voyons qu'ils sont simplement dans d’autres conditions géologiques.

La Hongrie forme au centre de ces régions un pays composé de terrains récents ; aussi hommes et animaux y sont-ils supérieurs, et un proverbe de ce pays dit : « Hors de la Hongrie, on ne vit pas, ou si Ton vit, ce n’est pas ainsi. » La ceinture de terrains plus anciens qui circonscrit ce pays, explique suffisamment le dicton.

La carte géologique de l’Europe nous montre que la plus grande surface de terrain primitif correspond à la Laponie et à la Scandinavie. Les Lapons sont aussi le peuple le plus inférieur. En revenant vers le sud, les peuples qui entourent le golfe de Bothnie, de même que les Norvégiens, jouissent d’une multitude de rivages, de lacs, de mers, de bois, contenant de nombreuses zones de sol favorable, propre à modifier la nature généralement ancienne du pays. Il est à remarquer, en outre, que les Suédois n’habitent ce pays que depuis une époque moins reculée et que ce sont eux qui ont re- , foulé dansle nord les Lapons, anciens possesseurs d’une grande partie de ces contrées. Il est donc possible de les considérer comme n’étant pas encore complètement transformés. D’ailleurs les modifications qu’ils ont subies sont d’autant plus évidentes que les fractions de ces peuples qui ont demeuré dans les provinces danoises qui jouissent du même sol que l’Allemagne du nord, bien que non limitrophes ont aussi acquis un type allemand très-prononcé qu’on ne retrouve pas sur les autres natures de sol.

La Russie possède en grandes surfaces divers terrains assez anciens tels que ceux de l’âge palézoïque à l’ouest, les terrains carbonifères et triassiques au centre et jurassiques dans sa partie nord. Ces terrains étant d’un âge ancien, ses populations sont aussi médiocrementpartagées. Et, ce qu’il y a de remarquable; c’est que les peuples slaves qui ont dépassé le bassin du Niémen pour pénétrer en Russie, sont déjà en grande partie transformés, ce qui fait dire à leurs anciens compatriotes du sud-ouest, qu’ils sont abrutis par le gouvernement des czars.

Si nous nous reportons aux contrées qui sont dans de meilleures conditions géologiques, nous y remarquons en général tout l’Occident et le sud de l’Europe et plus particulièrement la France, l’Italie, la Grèce, une partie dè l’Allemagne, le sud-est de l’Angleterre et la partie orientale de l’Espagne. C’est en effet là que dominent et la civilisation et les facultés intellectuelles. C’est aussi dans ces régions, que tour à tour, selon les circonstances qui ont favorisé tel ou tel État, on a vu, tantôt l’un, tantôt l’autre de ces États, tenir la tête de la civilisation.

Tout ceci nous montre que les types ne correspondent pas à ceux des régions indoeuropéennes dont on les fait sortir, mais

COÏNCIDENCE DES TYPES ET DU SOL.

bien à la nature du sol sur lequel ils vivent depuis un temps suffisant pour amener leurs transformations.

Dans l’extrême Orient, les documents géologiques sont rares. Pourtant nous savons par notre dernière expédition, que les environs de Pékin offrent des terrains récents; l’un des membres de cette expédition paraît même avoir considérablement exagéré la promptitude de formation actuelle des alluvions. Des terrains d’une grande fertilité s’étendent fort loin au sud de cette capitale. C’est dans ces régions que l’on trouve le plus beau type mongol, les Chinois y sont intelligents et ils ont la peau claire. Nous connaissons des terrains primitifs, près du lac Baïkal et dans les régions élevées d’où sort l’Iéniseï. C’est là aussi que nous voyons les types les plus caractérisés, les plus déformés.

L’Australie nous offre des circonstances dignes de remarque. Depuis longtemps, les plus anciens voyageurs qui touchèrent ace pays, décrivirent ses populations comme les plus disgraciées de la nature. Ce pays étant isolé au milieu de l’Océan, fortement séparé des autres continents, on considérait sa population comme ne devant appartenir qu’à une même race disgraciée. Si quelques étrangers y avaient été jetés par accident, ils avaient dû se fondre avec la grande masse de cette population. Aussi, quel ne fut pas l’étonnement général, quand de récents voyageurs déclarèrent avoir rencontré dans ce pays des populations assez belles et intelligentes. Les premiers récits de cette nature ne furent pas crus; cela ne devait, ne pouvait être. De nouvelles descriptions vinrent pourtant les confirmer; il fallut bien se rendre à l’évidence ; alors on ne vit rien de mieux que de taxer d’exagération les premiers récits; on 11e voulait pas sortir de ce qu’on appelait la race australienne. Si les premiers voyageurs avaient exagéré la laideur de son type, il fallait revenir à une plus juste apprédation. Parce que ce continent est isolé au milieu des mers, on ne pouvait pas supposer plusieurs races de populations.

Aujourd’hui le voile tombe, différents voyageurs ont aussi recueilli des documents géologiques. En comparant ces données avec les divers types de populations; on voit que les premiers explorateurs touchèrent principalement au périmètre de ce continent qui est en grande partie formé de montagnes primitives et qui renferme des peuples très-arriérés. Les colonies qui s’y établirent, les voyageurs qui ont récemment traversé ce continent, reconnurent de meilleurs terrains, des plaines plus récentes et par conséquent trouvèrent des populations moins arriérées, plus intelligentes.

En effet, lorsque l’on considère que ce pays est grand comme les deux tiers de l’Europe; on comprend facilement qu’il y a place pour diverses natures de sol et assez de distance entre les populations, pour que le croisement ne tende que faiblement à les unifier.

Les différents rapports des voyageurs se trouvent ainsi expliqués et conciliés.

A propos de la race papoue, les documents géologiques sont presque muets; seulement nous voyons ces régions composées d’îles ou de continents étroits et montueux, qui ne représentent, on peut le dire, que les sommets des régions immergées. Gomme les sommets élevés appartiennent en général aux terrains les plus anciens, cela peut, à défaut de mieux, donner la raison de la laideur des types papous, que les explorateurs nous représentent surtout comme des peuples retirés dans les montagnes. Il est bien entendu que cette observation générale 11e préjudicie en rien pour celles de ces îles qui contiennent de bons sols ou des terrains volcaniques; et nous savons qu’il en existe à Java, àCélèbes, à Florès, etc.

Chacun sait que l’Afrique septentrionale contient d’assez beaux peuples, faiblement brunis. Si nous examinons la formation géologique de cette zone africaine, nous voyons en effet qu’elle est avantageusement composée. L’Égypte offre des terrains récents dans des conditions toutes particulières. Ce pays présente d’un bout à l’autre un même sol d’alluvion, encadré de déserts soumis partout aux mêmes phénomènes, aux mêmes alternatives d’inondation et de sécheresse et donnant les mêmes récoltes. Ce même milieu doit nécessairement produire un même type, si ce type est réellement le produit du milieu. En effet, Hippocrate comme les modernes observateurs a constaté la grande unité du type en Égypte. Tripoli est moins bien partagée, moins généralement fertile; mais elle offre pourtant d’assez grandes surfaces de bon sol. La régence de Tunis est en partie parsemée de montagnes plus ou moins anciennes ; mais elle offre des bassins d’une grande fertilité, qui furent jadis, ko ORIGINE ET TRANSFORMATIONS DES ÊTRES.

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