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L'éducation physique en Suède

capitaine-commandant Lefebure · 1908 · Scanned text · Free in the US

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Author
capitaine-commandant Lefebure
Language
French
Published
1908
Length
65,538 words · about 4 h 35 min
Sections
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Contents (8)

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Nouvelle édition, ornée (le 140 gravures

On.

Major LEFEBURE

CHAPITRE PREMIER Les origines

de la gymnastique pédagogique suédoise.

Le créateur de la méthode de gymnastique scientifique moderne est le suédois Per Henrik Ling, né en 1776 et mort en 1839. Impressionné, pendant le cours de ses études universitaires, de l’influence débilitante exercée sur la santé et la vigueur de l'étudiant par les nécessités sans cesse grandissantes de l’instruction moderne ; convaincu de l’infériorité et de l’empirisme vague des procédés d’éducation physique employés pour assurer le développement de la’ jeunesse de son pays, il résolut de se consacrer à la recherche de méthodes basées sur l'analyse des mouvements et les sciences naturelles.

Ling se rendit à l'étranger, afin d’y étudier les exercices

physiques en usage, et se fixa d’abord à Copenhague. Son

retour en Suède date de l’année 1805, époque à laquelle il fut

nommé professeur de gymnastique et d'escrime à l’Université de Lund; plus tard à l’Ecole militaire de Stockholm. C'est là qu’il se consacra entièrement à la recherche des principes qui régissent les mouvements du corps, en prenant pour base de ses recherches, la physiologie et l’anatomie humaines. Le fruit de ces travaux fut la création de la méthode de gymnastique pédagogique suédoise qni porte son nom ; elle est aujourd’hui universellement adoptée au point de vue scientifique.

l’institut central de gymnastique

Dans le musée national de Stockholm, le buste de Ling se trouve dans la grande coupole d’honneur, à côté de ceux des Linné, Ericsson et Berzélius, bienfaiteurs de l’humanité.

Les débuts de Ling, comme ceux de tout homme de génie, furent difficiles : rebuté par les ministres qui estimaient « qu'il y avait déjà assez de saltimbanques sans devoir en prendre à la charge de l’Etat », ce n’est que grâce à l’intervention personnelle du Roi qu’il obtint, en 1813, les subsides nécessaires à la création d’un Institut de gymnastique. Telle est l’origine du célèbre Institut central et royal de gymnastique de Stockholm .

Il importe de constater qu’en Suède, la gymnastique est entrée d’emblée à l’Université, dont elle constitue une Faculté. Le caractère de généralité des principes de la méthode de Ling explique les incessants progrès dont elle n’a cessé d’être l’objet, et sa diffusion sans cesse grandissante.

L’Institut central et royal de gymnastique de Stockholm.

Situé au centre de la ville de Stockholm, lTnstitut central et royal de gymnastique, fondé par Ling, est la pépinière des professeurs de gymnastique et d’escrime de l’armée, de la marine, de toutes les écoles moyennes et supérieures du Royaume.

Personnel.

Cette Université de l’éducation physique avait pour inspecteur S. A. R. le Kronprins Gustave de Suède. Un conseil supérieur, dont les membres sont nommés par le Roi, se compose d’un général, d’un pédagogue et d’un médecin. La mission de ce conseil consiste surtout à veiller au maintien élevé du niveau général des études et au contrôle de la haute adminisl'institut central de gymnastique tration de cet établissement. Dans chacune des trois grandes subdivisions de l’Institut central, un premier professeur dirige spécialement l’enseignement théorique et pratique, respectivement de la gymnastique pédagogique, militaire et médicale ; ils sont aidés par des professeurs ou des instructeurs en nombre variable. C'est parmi les premiers professeurs que le Roi nomme le directeur de l’établissement pour une période quinquennale renouvelable. Outre ce personnel de haute valeur scientifique, plusieurs médecins y professent des cours d’anatomie, de physiologie et d’analyse des mouvements.

L'enseignement se donne aux jeunes gens pendant une, deux ou trois années, leur assurant une instruction correspondant respectivement au diplôme d'instructeur, de professeur de gymnastique, et enfin de gymnaste médical.

Les jeunes filles font deux années d’études seulement, et les brevets correspondent à ceux délivrés aux jeunes gens, dont les études sont plus longues par suite de l’enseignement de la gymnastique d’application militaire.

Les conditions d’admission des candidats-élèves sont les suivantes : des aptitudes physiques déterminées, avoir de 20 à 30 ans d'âge et le diplôme de baccalauréat ou de licencié ès-lettres. La durée annuelle des cours est d’environ huit mois, et le nombre moyen des élèves qui les fréquentent varie de 25 à 30 en première année et d’une quinzaine en seconde année. Nous n’aborderons pas l’étude de la gymnastique médicale, celle-ci fait l’objet d'un enseignement spécial auquel sont admis les docteurs en médecine et les professeurs de gymnastique. C’est de la gymnastique rigoureusement dosée en quelque sorte, et dont la seule existence constitue une démonstration éclatante delà justesse des principes scientifiques sur lesquels est étayée la gymnastique de Ling.

6 l’institut central de gymnastique

Locaux.

L Institut de gymnastique possède trois vastes salles de gymnastique, plus une salle destinée spécialement à la gymnastique médicale. Parfaitement ventilés et éclairés, ces locaux sont toujours planchéiés, et leur propreté est rigoureuse. Après 1 exécution des leçons, des nattes en vieux cordages humides, analogues à celles qu’utilisent les marins, sont traînées sur le

Fig. 2.

sol, afin d’enlever toute trace de poussière Le caractère essentiel de ces salles, c’est que tous les appareils de gymnastique peuvent être rangés soit le long des murailles, soit sous le sol ; disposition très intéressante permettant l’exécution des exercices d’ensemble et d’ordre, les marches et la course sur toute la surface du plancher, lorsque les appareils sont rangés.

Ce sont les gymnastes eux-mêmes qui dressent ou remettent en place les agrès, suivant les besoins de la leçon de gymnastique. La figure 2 montre la préparation des appareils de suspension par les élèves d'une école moyenne de Stockholm.

l’institut central de gymnastique

Un vestiaire, communiquant avec une salle de douche, est attenant à chaque salle ; il renferme des casiers où se rangent les souliers et les effets des gymnastes. Un système de chauffage à la vapeur aide à sécher, après la leçon, les vêtements de gymnastique. Rien n’est donc négligé, au point de vue de l’hygiène, pour éviter que les exercices corporels ne deviennent plutôt nuisibles qu’utiles à la santé et par conséquent à la vigueur du corps. Les bâtiments comportent encore des logements pour le directeur et les premiers professeurs, ainsi que des salles destinées aux leçons théoriques ; puis une bibliothèque remarquable concernant l’histoire de la gymnastique, et une collection très complète d’ouvrages relatifs aux sciences qui s’y rattachent. C’est dans une vaste cour centrale que se trouve l’amphithéâtre, comportant plusieurs tables de dissection pour le cours d’anatomie pratique ; ainsi qu’un spacieux portique pour la gymnastique en plein air.

Enseignement.

Les programmes des cours comportent notamment l’enseignement de la gymnastique pédagogique, militaire et esthétique ; de l’anatomie et de la physiologie. Pendant la deuxième année d’étude, les élèves suivent un cours d’analyse raisonnée des mouvements et de leurs effets sur le corps humain ; ils étudient et appliquent la partie de la gymnastique médicale se rapportant spécialement aux déformations de la jeunesse scolaire.

Le caractère pratique et intuitif de l’enseignement se manifeste toujours très nettement; le professeur ne dicte jamais son cours, qui mérite plutôt l’appellation de conférence. Un ouvrage recommandé ou un précis sert de base aux leçons du maître, qui prévient toujours ses élèves des matières qui feront l'objet des études de la séance suivante. Il en résulte que les élèves assistent à la leçon possédant déjà une idée d'ensemble du sujet qui sera développé, ce qui leur permet de suivre avec fruit les commentaires du maître, qui explique ou complète par des exemples, la lecture attentive préalable que l’élève a dû faire. Le professeur s’en assure parfois, en adressant dans le cours de ses explications une question simple à l'un ou l’autre de ses auditeurs, dont l’attention est ainsi toujours tenue en éveil. Lors des interrogations qui se font en commun, et afiD d'éviter la récitation phonographique de la matière, l’on exige toujours qu’elle soit exposée sous forme de démonstration sur pièces; méthode qui, mieux que l’instruction livresque, forme avec certitude des hommes habitués à penser, à analyser, à juger, et qui ignorent le triste talent de prononcer de mémoire des mots dont ils ignorent la portée ou l'application; nous entendons affirmer que cette méthode rationnelle forme des hommes instruits et pratiques.

Principes fondamentaux de la gymnastique pédagogique.

La gymnastique doit être un moyen, elle n’est pas un but. Les Suédois expriment cet aphorisme en proclamant que l’on doit faire de la gymnastique pour bien vivre, et non pas vivre pour faire de la gymnastique. L’exercice physique doit contribuer à fortifier la santé, à augmenter la vigueur et la vitalité générale du corps, en assurant son développement normal, complet et harmonieux, dans une attitude favorable au fonctionnement intense et régulier de ses organes.

Les leçons de gymnastique doivent être complètes et progressives; c’est-à-dire composées d’un ensemble d’exercices s’adressant toujours intégralement au corps tout entier, sans négliger aucune de ses parties, et en raison de leur fonction et de leur importance physiologique ; c’est-à-dire en tenant compte de l’action des differents exercices sur la respiration, la circulation, les centres nerveux, la digestion, et, en règle généiale, sui tous les organes essentiels.

La gymnastique rationnelle de Ling est composée de mouvements précis, les plus simples et les plus complets, permettant d’assurer le développement normal du corps humain. Elle est basée sur la combinaison méthodique et raisonnée : i° De positions fondamentales ;

2° De positions dérivées de ces attitudes ;

3° De mouvements exécutés dans ces positions.

Les positions fondamentales ont pour but d’immobiliser un ou plusieurs grands segments du corps, afin de permettre aux groupes musculaires que l’on veut faire mouvoir, d’entrer en action avec un point d’appui déterminé et fixe, situé dans un plan parfaitement défini et judicieusement orienté.

Les positions fondamentales, au nombre de cinq, sont prises respectivement sur les principaux segments du corps, savoir : i° Sur les pieds, dans la position droite ;

2° Sur les genoux, dans la position à genoux;

3° Sur le siège, dans la position assise ;

4° Sur le dos, dans la position couchée ;

5° En suspension, les mains en appui au-dessus de la tête. Toutes les autres attitudes adoptées, sont des positions dérivées des cinq positions fondamentales.

Enfin, la science du mouvement , en gymnastique éducative, consiste à déterminer et à apprécier l’action mécano-physiologique des mouvements exécutés en partant des différentes positions fondamentales ou dérivées.

La gymnastique suédoise décompose nécessairement tous les mouvements en trois phases distinctes : i° La position initiale ou de départ;

2° L’exécution proprement dite du mouvement ;

3° La position finale.

En résumé, il faut que l’attitude prescrite pour l’exécution d’un mouvement soit prise très correctement avant de commencer celui-ci, que cette attitude initiale soit maintenue pendant toute l’exécution du mouvement, et conservée encore après son achèvement. Les positions de départ ayant pour but de localiser et d’intensifier un mouvement, en fixant une partie du corps pour en faire travailler une autre plus activement ou plus complètement ; l’attitude dans laquelle est exécuté le mouvement a donc une influence essentielle sur la valeur de l’exercice, et l’éducateur doit en connaître les effets. L'on concevra, dès lors, la constante sollicitude de l’instructeur

Fig. B.

suédois à corriger et à redresser sans cesse les attitudes incorrectes ou vicieuses.

Les gymnastes à droite de la figure 3, sont dans la position de départ — ou initiale — de mains aux épaules, employée notamment pour l’exécution des extensions des bras. Voyons-en la valeur physiologique : les bras fléchis et abaissés sont placés latéralement, les épaules sont portées en arrière et vers le bas ; les omoplates sont bien fixées au thorax, tandis que leurs bords spinaux tendent h se rapprocher par la contraction des dorsaux supérieurs; enfin la cage thoracique est soulevée et libre.

Cette attitude contribue a équilibrer judicieusement les groupes musculaires qui sollicitent les épaules vers l’arrière ;

I I

elle se prend sans difficulté dès que cet équilibre, si important pour la fonction respiratoire, est réalisé.

Nous n’insisterons pas sur la supériorité de cette position, comparée à celle qui consiste à placer les poings fermés devant la poitrine ou les épaules. Nous pourrions multiplier ici ces exemples; mais nous préférons les citer successivement à l’appui de nos démonstrations.

Plan des leçons de gymnastique.

Nous savons déjà que la leçon de gymnastique doit être complète, c’est-à-dire qu’elle doit se composer d’un ensemble de mouvements s’adressant intégralement au corps entier. Mais le raisonnement scientifique, confirmé par l'expérience, a démontré que l’ordre dans lequel les exercices sont groupés et se succèdent dans une même leçon n’est pas indifférent, si l’on veut obtenir un effet salutaire maximum. C'est pourquoi Ling a divisé d’abord en quatre catégories les exercices composant les leçons ; classement dont le but est de permettre au professeur de régler l’intensité progressive de l’effort musculaire, aussi bien que celle de la respiration et de la circulation sanguine. Ce premier grand classement de la méthode repose donc sur une base exclusivement physiologique que voici :

i° Les exercices préparatoires ;

2° Les exercices fondamentaux ;

3° Les exercices dérivatifs ;

4° Les exercices respiratoires.

i° Les exercices préparatoires ont pour but de captiver l’attention des élèves, de dégourdir, d’assouplir le tronc et les membres, d’activer progressivement la respiration et la circulation sanguine avant de commencer les exercices fondamentaux de la leçon proprement dite, principalement lorsque ces derniers deviennent énergiques ou difficiles. C’est une véritable

I 2 leçon réduite et atténuée, par laquelle débute la séance de gymnastique. Elle se compose essentiellement d'exercices d’ordre, de correction et de mouvements simples des membres, de la tête et du tronc, exécutés sans l’aide d’engins.

2° Les mouvements fondamentaux se composent de l’ensemble de tous les exercices dont Ling a reconnu l’utilité pour arriver au développement complet du corps. Il a divisé ces mouvements en groupes, suivant leur influence spéciale sur l’organisme ou encore suivant la partie du corps à laquelle ils s’adressent particulièrement. Dans chacun de ces groupes, il a sérié méthodiquement les exercices depuis les plus simples et les plus faibles, jusqu’aux plus complexes et les plus énergiques.

Enfin, il a déterminé l’ordre dans lequel il convenait, en principe, de faire succéder dans la leçon les exercices de chaque groupe, en se conformant pour cela aux principes et aux influences qui ont déjà servi à déterminer le premier grand classement.

Voici l’énumération de ces mouvements fondamentaux dans l'ordre normal, mais non invariable, où ils se succèdent dans la leçon :

i° Les exercices des jambes ;

2° Les exercices d’extension dorsale ;

3° Les exercices de suspension ;

4° Les exercices d’équilibre ;

5° Les exercices des muscles dorsaux ;

6° Les exercices des muscles abdominaux ;

7° Les exercices des muscles latéraux ;

8° Les exercices de saut ;

9° Les exercices de respiration.

Il est bien entendu que ces différents groupes ne sont pas nettement délimités, ni exclusifs ; un mouvement quelconque nécessite toujours, pour assurer son exécution régulière et précise, l’intervention de groupes musculaires nombreux et variés, dont le rôle même doit consister, bien souvent, à fixer, à immobiliser certaines parties du corps pendant que l3 d’autres travaillent. Le classement indique donc l’influence dominante ou la plus efficace des exercices, et, d’une façon générale, l’ordre dans lequel ils se succèdent habituellement.

3° Les exercices dérivatifs sont destinés à être intercalés, au besoin, entre les exercices de deux groupes successifs, afin de calmer le système nerveux et de rétablir la circulation normale du sang ou la respiration, modifiées profondément par un travail précédent. Prenons des exemples :

a) Les exercices énergiques des jambes décongestionnent le cerveau; ils constituent donc un bon mouvement dérivatif pour l'écolier au début de la leçon.

b ) Au contraire, les mouvements lents des jambes, combinés surtout avec des inspirations profondes et rythmées, calment et régularisent le cours du sang.

c) Les grands vaisseaux du centre de l’organisme sont décongestionnés par la combinaison des mouvements des bras et des jambes, qui amènent le sang vers la périphérie, etc.

Les exercices pour les jambes ne forment pas toujours un groupe distinct dans la leçon proprement dite, ils y remplissent généralement le rôle d’exercices préliminaires et dérivatifs. Dans ce dernier cas, ils sont utilement intercalés entre les exercices de deux groupes consécutifs, ou encore entre les mouvements d’un même groupe, quand les exercices sont très énergiques.

Le lecteur comprendra la nécessité des exercices dérivatifs d’ensemble dans la leçon de gymnastique suédoise, quand il se sera rendu compte de l’intensité et de l'énergie de beaucoup de mouvements spéciaux ; surtout si l’on y joint cette autre circonstance très importante, que les gymnastes s’exercent toujours simultanément, même aux appareils, contrairement à ce que permettent les nôtres, dont la construction oblige à n’exercer chaque élève que isolément et pendant une fraction vraiment dérisoire du temps consacré à la leçon.

4° Les exercices respiratoires se composent essentiellement d’élévations ou d’écartements des bras, accompagnés de

H PRINCIPES DE I.A GYMNASTIQUE

profondes inspirations, suivies d’expirations rapides et complètes pendant 1 abaissement ou le rapprochement des bras. Ils peuvent être combinés avec des mouvements lents des jambes et parfois de la flexion légère de la tête en arrière avec extension du tionc. Ils ont, à la fin de la leçon, un rôle analogue à celui qu'ont les exercices préliminaires au début de celle-ci ; mais leur action, essentiellement calmante, contribue puissamment à l’éducation des muscles inspirateurs et au développement de la capacité respiratoire ou vitale. Il importe d ajouter que, pour atteindre à ce but essentiel, la respiration doit être conduite judicieusement pendant tous les exercices gymnastiques. C’est d’ailleurs pendant que les muscles sont en travail qu’il importe d’oxvgéner le sang et d’en éliminer par la respiration, les déchets résultant des combustions organiques, sous peine d’aboutir à l’empoisonnement de l’organisme, au surmenage et à des troubles cardiaques ; c’est-à-dire à la négation de l’éducation physique.

De la progression.

Le professeur doit tenir compte de la faiblesse du corps et de son développement incomplet pendant la croissance; il doit donc faire choix, au début, d’exercices simples et faciles, adopter une progression lente mais rationnelle, sans nuire à la variété des exercices, jusqu’à ce que le développement du corps, et tout particulièrement celui du S3rstème nerveux, soient suffisants. L’expérience nécessaire à une application judicieusement progressive de la méthode, d’après le développement corporel des élèves, nécessite des connaissances théoriques et pratiques étendues. Les conséquences d’une progression trop rapide pendant la période de formation des organes, peuvent devenir aussi fâcheuses que l’inaction ou l’application d’exercices défectueux. D’autre part, l’influence salutaire d’exercices judicieusement progressifs ne sera pas toujours immédiate-

*5 ment apparente, particulièrement lorsqu’ils sont appliqués à de très jeunes enfants ; mais elle ne tardera pas à se manifester, surtout si l'on cherche, non pas à développer anticipativement le système musculaire, — ce qui bien souvent arrête la croissance et nuit au développement normal des organes vitaux, — mais bien plutôt si l’on s’efforce d'obtenir d’abord ces résultats essentiels : le développement normal de la poitrine et le redressement de la colonne vertébrale.

Afin d’assurer à ses leçons une progression méthodique, le professeur doit élaborer un schéma ou plan, destiné à servir momentanément de base à ses leçons, et pour l’élaboration duquel il se règle sur l’âge, le degré d’assouplissement, de vigueur, d’endurance ou d’habilité de ses élèves. Il règle l’ordre dans lequel il convient de faire succéder dans les leçons, les exercices des différents groupes fondamentaux. Dans les schémas ultérieurs, les exercices de certains groupes sont, au besoin, scindés en deux parties lorsqu’ils deviennent très énergiques ; enfin le plan détermine quels exercices il convient de faire suivre de mouvements dérivatifs. Chacun des schémas ainsi établi, sert habituellement de base à l’élaboration des leçons pour une période de quatre ou cinq semaines environ.

Afin de fixer les idées, voici un schéma de leçon normale de gymnastique pédagogique suédoise, établi pour des élèves déjà exercés :

i° Exercices d’ordre et préparatoires ;

3"

4°

5°

6°

7°

8°

9°

10° d’extension dorsale; de suspension (ire série) ; d’équilibre ;

de marche et de course ; des muscles dorsaux ; des muscles abdominaux ; des muscles latéraux ; de suspension (2me série) ; dérivatifs lents des jambes ;

1 6

1 1° Exercices de saut ;

12° » finals lents des jambes et de respiration.

Le graphique ci-dessous, dont les ordonnées représentent le degré d’activité sanguine et respiratoire, et dont les abscisses indiquent la durée d’exécution des exercices, facilitera la compréhension de ce schéma d’une leçon normale d’une durée de quarante minutes.

Le professeur peut aussi intervertir dans la leçon, la succession normale des groupes de mouvements, sans modifier le graphique ; mais à la condition de n’intervertir entre eux que des exercices ayant sur l’organisme une influence analogue.

Cette interversion est justifiée, si les élèves qui participent à la leçon sont trop nombreux pour s'exercer simultanément aux mêmes appareils, ou tout moins poui s } exeicei par moitié.

Citons notamment comme pouvant être intervertis . i les exercices d’extension dorsale et les exeicices de suspension , 2° les exercices s’adressant aux muscles abdominaux et ceux de la partie supérieure du dos ; 30 les exercices des muscles abdominaux et le groupe des exercices s’adressant aux muscles latéraux.

I 7

Les schémas constituent donc une première base pour l’établissement des leçons de gymnastique de la méthode de Ling.

Viennent ensuite les séries de leçons hebdomadaires établies d’après ces différents schémas, et pour l’élaboration desquelles le professeur se base sur les progrès réalisés par les élèves pendant les leçons de la semaine écoulée, afin d’intensifier méthodiquement les exercices, en y introduisant successivement quelques-uns des éléments de progression suivants :

i° Une position initiale plus difficile pour l’exécution du même mouvement ;

2° Introduction de maintiens et de mouvements nouveaux ;

3° Exigence plus grande concernant l’amplitude, l’énergie, la correction, la vitesse, la durée, la répétition du même mouvement ;

4° Augmentation de la durée du maintien des attitudes, ou contractions statiques ;

5° Combinaison de mouvements s’adressant à differentes parties du corps ;

6" Mouvements asymétriques.

Au bout de quelques semaines de travail, l’établissement d’un nouveau schéma s’impose, et la progression se poursuit ainsi méthodiquement.

En principe, le professeur n’introduit des mouvements nouveaux, ne modifie la difficulté des exercices et surtout ne les combine entre eux, que lorsque ses élèves sont rompus à l’exécution des mouvements simples, et il devra revenir à ces derniers, aussi longtemps que l’exécution n’en est pas irréprochable. La progression raisonnée et méthodique est ainsi vraiment la base et la pierre de touche de la méthode suédoise. Quelque lente et minutieuse qu'elle soit, elle ne doit pas paraître puérile aux éducateurs de notre jeunesse. Tout cavalier expérimenté sait que, en négligeant d’appliquer les mêmes principes au dressage du cheval, par exemple, loin de développer, d’équilibrer ou d’assouplir sa monture, il l’use prématurément ; il sait que s’il ne suit pas une progression analogue, s’il confond l’exercice avec l’effort, l’énergie avec la brusquerie et la saccade ; ou encore, s’il commence ou termine le manège de dressage par des exercices violents ou des allures vives, loin d’améliorer sa monture, il la détruit.

Ayons au moins pour nos enfants les ménagements que nous avons pour des animaux de rapport ou de luxe ! La gymnastique ne doit pas violer les lois les plus élémentaires de la physiologie, si elle veut être utile au développement, à l’assouplissement du corps, au fonctionnement normal, régulier et intense de l’organisme humain.

La base scientifique de la méthode de Ling permet donc de toujours établir une rigoureuse progression, sans laquelle les meilleurs exercices peuvent perdre de leur effet utile, ou même causer des accidents.

Les agrès et appareils de la gymnastique.

L’engin, dans la gymnastique suédoise, sert d’appui, d’aide pour l’exécution d’exercices dont l’utilité a préalablement été scientifiquement déterminée ; en d’autres termes, de même que la gymnastique doit être un moyen et non pas un but, l’appareil doit être fait pour l'homme, et non pas l’homme pour l'appareil , auquel il doit chercher à adapter son corps, c’est-àdire bien souvent le déformer.

C'est malheureusement cette conception dernière qui a prévalu dans tous les systèmes de gjmmastique où les agrès ont été imaginés d’abord, et de telle sorte qu’il soit possible d’y effectuer un très grand nombre d’exercices variés et souvent anormaux, difficiles ou extraordinaires; mais sans valeur générale physiologique déterminée, ni précise. Ces exercices sont adaptés à la construction des appareils spéciaux qui en facilitent l’exécution, au lieu de l’être à celle du corps humain. Leur tendance de sacrifier le développement normal des organes vitaux à l’hypertrophie de certains groupes musculaires, rend leur usage spécialement néfaste pendant la croissance du corps.

Dans la méthode suédoise au contraire, Ling a recherché d’abord les exercices les plus propres à assurer le développement rationnel et normal du corps humain, et c’est alors seulement qu’il a déterminé les appareils qui faciliteraient le mieux leur exécution dans une progression méthodique. Telle est la genèse des appareils suédois, que nous ne devons par conséquent pas espérer connaître, comme tant d’autres, par les exercices des acrobates de nos cirques.

Les engins de Ling sont destinés à faciliter l’exécution d’un exercice utile, à en assurer l’exécution correcte et effective — particulièrement pour les débutants, — en offrant au gymnaste un soutien ou un appui fixe ; ils sont construits de façon à ce que le point d’appui s’offre toujours, et très aisément, à hauteur convenable, suivant la taille de l’élève ; enfin, le souci d’éviter d’inutiles accidents entre aussi pour une part importante dans les principes de leur construction. Comme nous le montrerons par la suite, la construction et la disposition des engins suédois facilitent leur utilisation simultanément au moins par la moitié, ou même par la totalité des élèves. Les appareils sont placés en longues files, répartition qui permet au professeur de mieux apercevoir les imperfections dans les exercices (fig. 13). Les engins emploj^és en gymnastique pédagogique suédoise figurent aux planches 1, 2, 3 et 4 de notre Méthode de gymnastique éducative. La compréhension de leur mode d’emploi sera facilitée par les explications qui, dans le deuxième chapitre de ce volume, accompagneront les documents photographiques que nous avons rapportés de la Suède. Nous nous bornerons ici à mettre sous les yeux du lecteur, les photographies de quelques salles de gymnastique types.

Nous voici d'abord dans une école privée de jeunes filles établie à Stockholm. La figure 4 nous montre la salle lorsque tous les appareils sont rangés le long des murs ou dans des

Fig. 4.

Fig. 5.

trappes sous le sol ; tandis que la figure 5 nous représente cette même salle, lorsque les appareils sont disposés pour en faire usage.

2 I

La figure 6 offre une vue d’ensemble de la salle de gymnastique d’une école moyenne de Stockholm « Norra Latin Làroverket » ; véritable temple de l’éducation physique, dont les vastes proportions permettront au lecteur de se faire une idée assez exacte de l’importance que l’on attache à la gymnastique scolaire en Suède.

Enfin, la figure 7 représente la salle de gymnastique de la caserne de la Garde royale à cheval à Stockholm.

Les bommes, habituellement abaissées sous le sol, sont dressées à gauche de la figure.

Le plan de cette salle, que nous devons à son auteur, le major de la réserve Silow, est reproduit à la planche 1 de notre méthode.

Le parallèle entre les figures 6 et 7, montre suffisamment que l’autorité militaire 11'attache pas moins d’importance

SH à l’influence bienfaisante et utile de la gymnastique, pour le développement et l’assouplissement du soldat, que les pédagogues suédois n’en montrent pour la jeunesse des écoles; bien que, cependant, ce soit surtout pendant la croissance du corps que la pratique régulière d’une gymnastique rationnelle contribue à donner à l’être humain ce capital incomparable pour la vie : vigueur, santé et beauté.

Rappelons que dans

■y les salles suédoises, les 6 ,

£ engins sont ranges le

long des murs, ou enfermés dans des trappes sous le plancher, lorsqu’on ne s’en sert point; cette disposition très avantageuse, laisse la surface entière de la salle disponible pour l’exécution des exercices d’ordre et d’ensemble, les marches et la course.

Dans nos gymnases, au contraire, les engins encombrent la salle, et le sol est malheureusement encore recouvert parfois d’un matelas élastique, rendu nécessaire par le caractère acrobatique de beaucoup d’exercices, et mnmuiHuiff

STiuuui.'mr

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iÿllIHKWI» atlMUaiUMI'V dont les poussières sont mauvaises au point de vue de l’hygiène.

Après ce que nous avons dit concernant l’origine et la raison d’être des engins de Ling, l’on concevra que l’appareil puisse être remplacé par l’appui ou le soutien qu’offre un camarade ; particularité qui permet d’exécuter assez complètement, sur une pelouse par exemple, une leçon de gymnastique normale. Toutefois l’appui vivant n’ayant pas la

Fig. 8.

stabilité de l’appareil fixe, n’est guère à conseiller pour les débutants.

La vignette 8 montre que, dès lors, la moitié des gymnastes travaille, pendant que l’autre moitié, qui lui sert d’appui, conserve néanmoins toujours une belle attitude ; c’est là une règle absolue. En gymnastique éducative, on ne saurait assez le répéter, un mouvement ne peut être admis que parce qu’il a une raison d’être physiologique, et non pas seulement parce qu’il est possible de l’exécuter. Cette affirmation, méditée par quiconque possède des éléments de physiologie et d’anatomie, doit l’amener à condamner certains procédés que nous

2 4 appliquons encore parfois à l’éducation de la jeunesse scolaire ; procédés qui entravent la croissance normale de l'enfant, ou hypertrophient une partie du corps au détriment d’une autre plus importante.

Les indications de la science guident l'agriculture, les élevages, et même le dressage du cheval; mais la gymnastique, cette importante partie de l’éducation physique de nos enfants, bien qu’elle ait fait chez nous l’objet de louables efforts, est encore livrée à l’incertitude et aux errements de l’empirisme.

Vouloir lutter encore pour le maintien de nos méthodes actuelles, équivaudrait à renier la chimie et l’astronomie, sciences précises, pour conserver l’alchimie et l’astrologie, connaissances vagues et mal définies, bien que résultant cependant de l’expérience de plusieurs siècles de recherches et de persévérants efforts de savants consciencieux et convaincus. L’opposition au progrès est liée au progrès même; elle permet à celui-ci, lorsque la critique est judicieuse, de s’affirmer par une rapide diffusion. Il ne faut donc pas s’en alarmer outre mesure.

Il est important de mettre en lumière une anomalie dans les exercices que certains agrès de nos gymnases imposent au corps humain, celle de ne permettre presque exclusivement que des exercices de suspension ou d’appui sans l’aide des jambes, celles-ci le plus souvent restant rigides et inactives. Or, c’est pendant la jeunesse, à l’époque de la croissance principalement, qu’est néfaste une gymnastique violente, dans laquelle les bras contractés sont chargés d’accomplir sans cesse un rôle que la nature a dévolu aux jambes. Le squelette, non encore complètement développé, ni durci, se plie, se façonne, s’adapte à ces appareils, à cause surtout de l’équilibre musculaire irrationnel qu’ils provoquent.

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