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RECHERCHES
SUR
Introduction
On a dit précédemment que la publication de l’?nde Française répondait à un besoin chaque jour plus vivement senti, celui de connaître les mœurs, les traditions et les cérémonies religieuses de chacune des races qui ont vécu pendant tant de siècles dans cette vaste étendue de pays, à laquelle les Européens ont imposé une fictive unité, en rassemblant sous une seule dénomination des contrées séparées plus encore par la différence des mœurs que par la distance des lieux. La rédaction de l’ouvrage a été constamment dirigée par la pensée d’exclure toutes ces généralités vagues et tant de fois répétées qui ne nous ont encore rien appris de satisfaisant sur l’Inde, et de n’admettre que des notions sur l’exactitude desquelles leur spécialité même ne püût laisser aucun doute. Il ne suffisait cependant pas d’être seulement exact ; il était encore nécessaire d’être complet; or l'ouvrage laissait à désirer des descriptions détaillées des cérémonies de la vie publique et des occupations de la vie privée des Tamouls; ce devait être le sujet d’un travail supplémentaire, espèce de note générale s'étendant à toutes les parties de l’ouvrage, et destinée à éclaircir les diflicultés que pouvait faire naître la rédaction trop concise des notices particulières : pour un semblable travail, les nombreuses descriptions des parties méridionales de l'Inde, publiées par les Anglais, pouvaient fournir des documents utiles, quoiqu'ils n’eussent pas le caractère d’une spécialité bien précise. Mais s’il existait un ouvrage comprenant l’ensemble des sujets sur lesquels on attendait de nouveaux éclaireissements, composé par une personne qui avait long-temps et minutieusement observé, dans l’intention de faire connaître d’une manière exacte des détails trop souvent négligés ; si un tel ouvrage existait, l’/nde Francaise devait s’en enrichir, et ne pas attendre d’autre part un complément, qui lui était pour ainsi dire dès long-temps préparé. Cet ouvrage a été trouvé; c’est celui dont nous publions des extraits étendus dans le présent appendix ; l'observation directe des faits y a réuni plus de notions utiles que n’eût pu en rassembler un long et consciencieux travail de compilation. Cet ouvrage inédit porte le titre de Religion des Malabars ; il est anonyme, et aucune circonstance particulière de la rédaction ne peut nous aider à découvrir le nom de l’auteur ; nous avons seulement la certitude qu’il appartenait à la mission française de la côte de Coromandel , et nous pouvons conjecturer qu'il écrivait son livre dans la première moitié du dernier siècle, au moment où était encore vivement soutenue la polémique suscitée entre les Jésuites et d’autres ordres religieux, sur la part de concessions qu'il convenait de faire, dans les missions de l’fnde et de
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A4 la Chine, à l’influence qu'avaient conservée sur les usages de la vie civile des nouveaux convertis, les réminiscences et les habitudes de leur vie religieuse antérieure.
Cette longue discussion créa une littérature tout entière ; l'attaque et la défense furent entretenues pendant plus de trente ans avec un zèle qui n’était pas toujours exempt de scandale. La question fut plusieurs fois portée au tribunal du Souverain pontife, des décisions furent rendues, de solemnelles légations furent envoyées en Orient pour en assurer l'exécution , et cependant les causes du différend subsistaient toujours, la vivacité de la discussion n’avait pas même été atténuée. L'intérêt qu’elle avait d’abord excité en Europe avait contribué à la prolonger; dès que l'attention publique se fut détournée de ces querelles religieuses, pour se porter sur d’autres sujets, la discussion s’apaisa peu à peu; quelques années encore et lon ne s’en souvint plus. Si les limites de cette courte introduction ne m’obligeaient de supprimer tout développement , j’examinerais, avec toute la gravité qu’elle comporte, une question d’un haut intérêt, qui se dissimulait à peine sous la question religieuse; savoir, celle de la conversion des naturels à la civilisation européenne; la question se représenta plus tard, lorsque les Anglais eurent étendu leur domination sur l'Inde presque entière, mais alors dégagée de toutes les controverses religieuses qui l'avaient d'abord compliquée : les Jésuites et les Anglais décidèrent la question dans le même sens ; seulement, placés dans des positions différentes, ils firent des concessions plus ou moins larges aux préjugés des Indiens, et mirent plus ou moins d’habileté à suivre l'application de leurs raisons politiques, à préparer l’accomplissement de leurs desseins.
Les Anglais, en prenant possession de l’Inde , s’empressèrent de maintenir toutes les institutions de la société indienne ; ils n’abolirent pas une seule loi civile , ils ne dérangérent pas un seul intérêt privé, et, sur toutes choses, ils respectèrent les croyances religieuses ; ils encouragèrent même les études de la littérature et de la religion nationales, soit par la publication des textes, soit par leur propre exemple : le gouvernement de la Compagnie s'était placé assez haut pour n’intervenir comme pouvoir dans aucune discussion d'intérêts civils ou religieux; il avait reconnu les institutions indiennes ; les Indiens reconnurent la domination britannique , et ajoutèrent ainsi une sanction morale au droit de la conquête. Les Anglais firent preuve de prudence ; les Jésuites montrèrent une grande habileté; ils mirent autant de soin à se mêler à la vie privée des Indiens, que les Anglais en mirent dans la suite à ne pas y intervenir ; le pouvoir leur manquait pour commander; l'esprit de conciliation leur servit à se faire tolérer ; ils n'étaient pas en position d’approuver et de concéder ; ils furent assez discrets pour ne manifester leur approbation que par ladoption de ce qui convenait aux Indiens; ils ne voulurent pas détruire lautorité religieuse des brahmanes ; ils aimèrent mieux la partager ; ils n’essayèrent pas d'effacer les préjugés que les naturels entretenaient contre les Européens; ils s’offensèrent de ce nom comme d’une insulte ; ils attirèrent les Indiens à la religion chrétienne, ou du moins à ce qu'ils avouaient de cette religion , tantôt en dissimulant les dogmes chrétiens sous des formes qu'un brahmane seul pouvait trouver orthodoxes, tantôt en prétant une intention chrétienne aux cérémonies les plus significatives du culte brahmanique, en sorte qu'on put douter si les Indiens avaient converti les Jésuites, ou si les Jésuites avaient converti les Indiens.
Ce qui ne fut plus long-temps douteux, c’est que cet ordre religieux s'était acquis sur lesprit des tribus littorales de l'extrémité méridionale de l'Inde, un pouvoir moral que n'avait encore pu obtenir aucun des gouvernements militaires établis par les Européens dans ces contrées, c’est qu'il s'était assuré sur l’obéissance que prêtait à ces gouvernements une partie de la population indigène, une influence dont il ne faisait pas toujours un légitime usage, c’est que déjà il prétendait au partage de l'autorité souveraine. Un tel succès avait suivi tant d'efforts habilement dirigés. Dans quelques provinces le nombre des fidèles de la nouvelle secte était presque égal à celui des sectateurs de Vichnou et de Shiva; les Jésuites étaient les brahmanes de cette nouvelle secte. Il est aujourd’hui bien reconnu, et l'opinion de M. l'abbé Dubois est décisive sur ce point, qu'il n’y avait pour les Jésuites d'autre parti à prendre que de faire des conversions douteuses ou de n'en pas faire du tout ; or, il était peut-être plus sage de préparer les Indiens à la religion et aux mœurs des Européens en gagnant leur confiance, que de faire l’épreuve de leurs répugnances en essayant de faire subir à leurs mœurs des altérations dont ils ne comprenaient pas l'utilité. Ainsi les Jésuites et les Anglais arrivèrent par des considérations différentes au même résultat, le maintien des usages civils et religieux des Indiens.
Les autres ordres religieux qui partageaient avec les Jésuites les travaux de la mission, mais qui n’obtenaient pas les faciles succès de leurs confrères, dénoncèrent au souverain pontife les actes peu orthodoxes de la nouvelle église; de là surgit la querelle religieuse: au sujet de cette querelle fut certainement composé l'ouvrage dont on publie ici des extraits. Le dessein de l'auteur est évidemment de rapprocher dans un continuel parallèle les cérémonies du culte indien primitif de celles du culte indien modifié par les Jésuites; pour suivre l’exécution de ce plan, il donne d’abord une description étendue et minutieusement exacte de chacune des principales cérémonies religieuses des Tamouls, le récit de toutes les légendes qui se rapportent à l’institution de cette cérémonie, puis ensuite les témoignages prouvant que cette cérémonie, dans ses parties les plus significatives, est autorisée ou du moins tolérée par les Jésuites, les excuses alléguées ou même les raisons produites pour la légitimation de cet acte religieux, ou bien encore les faussés interprétations de cet acte substituées à celles qu’en donnent les brahmanes. Le religieux auquel nous devons cet ouvrage, n’était certainement pas un homme d’une érudition fort remarquable; il est douteux qu’il eût acquis par une grande lecture de textes les connaissances spéciales dont il fait preuve dans son traité; il les avait sans doute recueillies de la conversation des poédjäri et des brahmanes, ou il les avait obtenues de ses propres observations. Ce défaut d’érudition est précisément ce qui constitue le mérite particulier de ouvrage: les textes nous sont depuis quelques années plus accessibles qu’ils ne pouvaient l’être alors à un religieux, que ses premières études n’avaient sans doute pas préparé aux travaux de pure érudition ; mais lorsqu'en Europe nous lisons un des textes sacrés des Indiens, nous ne sommes assurés de connaître que l’état ancien des croyances religieuses ; nous possédons l'autorité canonique ; nous ignorons d’ailleurs si la pratique du culte s’y conforme également dans toutes les parties de l'Inde; nous sommes incertains sur les modifications que des circonstances et des traditions locales peuvent apporter au précepte général. Cest là ce que nous devons attendre de l’observation directe des faits; c’est là ce qu’un voyageur doué d’une certaine justesse d'esprit peut rechercher aussi bien et souvent mieux qu’un savant préoccupé de l’étude des théories. Il serait à désirer que l’on possédât, sur les usages religieux des diverses provinces de l’Inde, des séries d’observations aussi précises que le sont généralement celles qu’a faites sur ces usages, dans le Carnatic, l’auteur de la Religion des Malabars (x); cet ouvrage porte le caractère d’une sévère exactitude.
Un doute s’est d’abord présenté à l'esprit de l'éditeur : devait-il n’admettre dans ses extraits que les passages concernant les cérémonies purement mdiennes , et supprimer les détails relatifs au mélange de ces cérémonies avec celles du culte chrétien , ou bien devait-il faire un choix entre tous ces détails, et publier ceux qui pouvaient exciter quelque intérêt ? IL s’est décidé à suivre ce dernier parti, en considérant que le partage serait souvent fort difficile, sinon impossible à faire, et que d’ailleurs le titre général de l’7nde Française admet des détails spéciaux sur les rites des Tamouls chrétiens. On à supprimé tous les passages de controverse théologique et des chapitres entiers absolument dépourvus d'intérêt ; une table de louvrage , placée à la suite des extraits, permettra d'apprécier l'étendue et la valeur des parties supprimées. La rédaction de l’ouvrage est d’une incorrection remar-
(1) L'auteur, en intitulant ainsi son traité, a commis une erreur d’ailleurs si souvent répétée par les Européens, qu’elle re ‘ 2. LA À 7e . , PPS a presque cessé d’en être une. Le nom de Malabar n'appartient proprement qu’à la côte de la péninsule indienne opposée à k . . 2 Pr » ni Û celle qui est vulgairement connue sous la dénomination de Coromandel, et qui est habitée par les tribus de race tamoule.
ral Fm quable , bien que le manuscrit sur lequel on a copié ces extraits, paraisse avoir été préparé pour l'impression (1); on a cru ne pas manquer de fidélité en corrigeant le style, sans en altérer d’ailleurs les formes et le caractère. Les mots tamouls sont aussi fort inexactement transcrits dans le manuscrit original, l'orthographe en a été rétablie dans le texte même, et on a cité en note les lecons fautives du manuscrit.
J'ai placé à la suite de ces fragments, et en forme de notes, des extraits d’un autre ouvrage inédit sur les croyances religieuses des Tamouls. Cet ouvrage est intitulé : Relation des erreurs qui se trouvent dans la religion des Malabars gentils de la côte de Coromandel; il peut être réuni au premier dans une étude commune. Moins étendu et moins spécial que la Religion des Malabars, répare néanmoins quelques omissions de ce traité, et sert à le compléter; mais ce qu’il offre de plus curieux, c’est la naïveté avec laquelle l’auteur ( appartenant sans aucun doute à l’ordre des Jésuites ) fait aux PP. de la mission du Madouré un mérite et une gloire de ces complaisantes transactions avec les croyances indiennes, que le missionnaire de la mission française leur reproche si vivement. Le Jésuite prend soin d'expliquer toutes les pieuses embûches que leur zèle dresse à la crédulité des gentils ; il approuve, il loue si franchement , qu'on peut le considérer comme disposé à tolérer des cérémonies même plus étranges que celles qu'a décrites l’auteur de la Religion des Malabars.
IL existe à la Bibliothèque Royale trois copies de l'ouvrage que je viens d'indiquer ; elles ont été successivement revues et corrigées. La dernière , et la plus correcte, n’est pas complète ; la première est remarquable par les fautes grossières qui la rendent presque inintelligible ; on s’apercoit-que le R. P., en étudiant le tamoul et le telinga, avait désappris sa langue maternelle, et avait même oublié l’ordre dans lequel les idées doivent s’y présenter. Bien que les deux copies corrigées soient moins fautives et moins prolixes, le style en est encore embarrassé par de nombreuses répétitions ; je n’ai donc conservé de l'ouvrage que les faits et l’ordre dans lequel ils sont exposés : j’ai entièrement renouvelé le style.
L'auteur a divisé son traité en sept chapitres intitulés : [| Erreurs des Malabars au sujet de la divinité ; IL Erreurs des Malabars au sujet du paradis et de l'enfer ; IIT Erreurs des Malabars au sujet de l’âme ; IV Erreurs des Malabars au sujet du monde; V Erreurs des Malabars au sujet de l’homme; VI Gouvernement, coutumes, rites nuptiaux et funéraires des Malabars; VII Opinion que les Malabars ont des Européens ou Piranguis.
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(1) Ce manuscrit est déposé dans une bibliothèque publique de Paris ; il existe une autre copie de l’ouvrage à la Bibliox À : : : ? ? : 4 5 : thèque Royale; mais elle est si fautive qu’on n’en a fait usage que dans un petit nombre de passages. IL y a aussi dans le premier manuscrit des phrases évidemment altérées par des méprises de copiste.
RELIGION DES MALABARS.
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Chapitre I
Les PP. Jésuites brahmanes sannyäsi (1) croient rendre gloire à Dieu , en défendant aux fidèles et aux nouveaux missionnaires de s'appeler du nom de Kiristouven (2), c’est-à-dire Chrétiens ; ils leur ont donné celui de Sarouvechourenoudaiya vedakärer, par lequel ils veulent que l’on entende des hommes suivant la loi du vrai Dieu. Mais ce nom composé est certainement bien loin de l’idée que nous devons avoir de cette loi ; il signifie littéralement des hommes qui suivent la loi du Seigneur de toutes choses , et par ce Seigneur de toutes choses, les gentils entendent le dieu Shiva, à qui seul s'applique le nom propre d’/chouren (3). Les gentils, qui connaissent trés-bien la valeur de ces mots, ne croiront-ils pas que les chrétiens suivent la loi de leur dieu Shiva ? et ils peuvent être d’autant plus confirmés dans ce préjugé , qu’ils voient les chrétiens pratiquer la plus grande partie des cérémonies instituées par Shiva (4). Ne diront-ils pas qu’ils ont encore sur les chrétiens l’avantage de reconnaître un Dieu supérieur à Shiva, tandis que les chrétiens n’ont foi qu’en Shiva ou en quelque homme qui lui ressemble ? Ils ne croiront pas que ce soit un si grand bonheur de quitter leur croyance pour embrasser le christianisme...
CHAPITRE Ii
Quand on sollicite les Malabars de recevoir le baptème, on les engage sous promesse de leur donner de l’argent ou de leur procurer de l’emploi auprès du gouvernement et du commerce. Le mal est que, les circonstances venant à changer , et les PP. ne pouvant pas toujours accomplir ces promesses, les pauvres chrétiens se dégoûtent de la religion, pratiquent les superstitions des gentils, et le plus souvent abandonnent entièrement la foi chrétienne pour retourner à leur première croyance. On en compterait plusieurs à Pondichéry qui se sont convertis et ont apostasié par ces motifs... L’apostasie de presque tous les chrétiens du royaume de Tanjaour, dans la dernière perséculion, est une triste preuve qu'il y a peu de conviction dans les Malabars chrétiens. 11 n’y eut que quelques familles qui se retirèrent sur les terres de la Compagnie.
Chapitre IV
La coutume, parmi les Malabars, est que chacun porte le nom d’un dieu gentil; ceux d’entre eux qui se font chrétiens, ne laissent pas de se faire donner ces noms d’origine payenne. Les PP. Jésuites et les autres Malabars chrétiens ne les appellent pas autrement. Les PP. Jésuites croient que cet abus peut être toléré, parce qu’il y a des adultes qui ne veulent pas tout d’abord paraitre chrétiens ; or, si on les appelait du nom qu’ils ont reçu à leur baptème , ils seraient reconnus et exposés à de fâcheux traitements, chassés de leur famille, déshérités, considérés comme infâmes. Lors même qu’ils sont publiquement reconnus comme chrétiens, ils se font appeler de leur nom gentil. Plusieurs des chrétiens de Pondichéry s'appellent 7'rouvenkatam (5) (c’est un des noms du dieu Vichnou) , Koumäräpen (un des noms du dieu Choupiramaniyen (6); Chouriyäpen (un des noms du dieu Soüriyen ou le soleil); Ærounächalam (7) (un des noms de Shiva) ; Y’elajanden (8) (un autre nom de Shiva); c’est aussi celui du catéchiste des PP. Jésuites de Pondichéry, etc. Tous les Malabars chrétiens signent de leurs noms gentils les contrats qu’ils font et les lettres qu'ils ÉCrIPeNt
(1) Voyez, dans la suite de ces extraits, le chapitre intitulé : Des Jésuites brahmatchäris et brahmanes.
(2) Irrégulièrement écrit chréstouver dans l'original.
(3) L'auteur donne cette analyse un peu confuse du mot Sarouvechourenoudaïya : « Ichouren fait au génitif échourenoudarya, » et en changeant l’? en e, esourenoudaïya; Von joint ce mot à sarouva, venant du datif sarouvadou, et faisant au nominatif sarouvam » (tout); puis enfin retranchant le dernier a de sarouva, on a sarouvechourenoudaïya. » IL ÿ à d’ailleurs en même temps justesse et confusion dans les observations de l’auteur sur le sens de ce mot : il a en effet confondu sarva (tout) et sharva (nom de Shiva), deux mots entre lesquels il n’existe d’autre rapport qu’une ressemblance de sons. Mais il était impossible au missionnaire de reconnaître cette différence dans la transcription tamoule sarouva, qui convient également aux deux mots, la langue tamoule ne possédant qu’un seul caractère pour représenter les trois sifflantes sanskrites. Son observation n’en subsiste pas moins; car Les Jésuites commettaient la même erreur que lui, et n’avaient raison qu’à leur insu. E. J.
(4) On verra dans la suite de ces extraits des détails sur ce point.
(5) Irrégulièrement écrit Dérouvangandam dans l'original : tirou signifie saint ; Venkata est le nom tamoul de Vichnou. E. J.
(6) Irrégulièrement écrit Chouppramanyar; Soubrahmanya en sanskrit. Koumära est un des noms de Kartikeya. Le mot apen qui termine le nom de Koumäräpen et plusieurs autres, signifie père, et se joint, comme titre honorifique , aux noms des individus de certaines castes et à ceux de la plupart des divinités. E. J.
(7) Arounätchala est proprement le nom d’une montagne où Shiva est adoré. E. J.
(8) La première partie de ce mot signifie /anc. E. J.
Les PP. Jésuites n’imposent jamais aux baptisés les noms des saints de l'église, tels que nous les donnons; ils les traduisent en d’autres noms; ainsi le nom de Paul en celui de Chinnäpen (Htce qui veut dire petit maitre ; le nom de Louis en celui de Nänapiragächam (2), qui signifie bonne lumière , par allusion au mot latin lux, et ainsi des autres. Les PP. Jésuites donnent pour motif de cette irrégularité qu’il n’y a pas de termes pour exprimer les noms de Paul, de Louis, etc. , et que d’ailleurs ces noms de Chinnäpen et de Nänapiragächam désignent invariablement saint Paul et saint Louis. Puis, disent-ils, les noms de Chinnäpen et de N'änapiragächam ont le mérite particulier de ne pas laisser soupçonner aux gentils que l’on impose aux chrétiens malabars des noms étrangers. Toutes vaines excuses. On peut très-bien exprimer le nom de Paul par Pavoulou, celui de Pierre par Pedoulou, celui de Louis par Lopichou, et ainsi des autres.
Les Jésuites du Madouré et des autres missions malabares de l’intérieur des terres ne donnent plus, depuis long-tems , tous ces noms travestis. Ils conservent au catéchumène son premier nom, celui de lidole; ainsi, lorsqu'ils baptisent un adulte s’appelant Vichnou, ils lui laissent ce nom, sans lui en imposer d’autre. Quant aux enfans, les parens leur donnent tous les noms gentils qu’ils veulent, sans que les PP. Jésuites s’en mettent en peine. Est-ce donc là le christianisme que les Jésuites , dans leurs lettres imprimées, osent comparer à celui de la primitive église ?..….
La difficulté que font les Malabars de souffrir qu’une personne qui n’est pas de leur caste souffle sur eux, n’est pas une raison suffisante pour omettre une cérémonie du baptême. Quant au signe de la croix et à l'imposition de la main , les PP. Jésuites font ces cérémonies à une si grande distance de la personne baptisée (surtout si c’est un paria), qu’elles ne paraissent point exprimer l’intention dans laquelle elles ont été instituées...….
Quoique les Malabars chrétiens aient beaucoup de respect pour les PP. Jésuites de Pondichéry, ils ne laissent pas de les regarder comme des parias (3). Les PP., qui ne l’ignorent pas, ont la complaisance de s'abstenir de mettre eux-mêmes le sel dans la bouche de la personne qu’ils baptisent ; c’est le parrain ou la marraine qui se charge de ce soin... Les PP. Jésuites n’observent point du tout la cérémonie de l’onction avec la salive dans le baptême qu’ils confèrent aux Malabars : ils ne veulent ni paraître se souiller en touchant les oreilles et les narines des parias, ni souiller les Malabars de haute caste en oignant avec de la salive leurs oreilles et leurs narines ; car ils craignent qu’on ne dise que les Malabars baptisés sont devenus infâmes , oints de la salive d’une personne qui n’est pas de leur caste. Il y a pourtant un décret de la sacrée congrégation , approuvé par Alexandre VII, qui défend d’omettre ces cérémonies sous de tels prétextes...….
Il faut que les Malabars sachent que nous ne faisons point cette cérémonie par mépris de leurs personnes , et qu’ils ne sont pas plus dégradés de leur caste en devenant chrétiens, qu’un Malabar de la secte de Vichnou ne devient brahmane , parce que des brahmanes appartiennent à la secte de ce dieu. Les honneurs des familles ne se changent pas de la sorte; celui qui est noble , demeure toujours noble , et celui qui est de basse condition , demeure toujours tel, nonobstant le baptème. Cette cérémonie chrétienne ne peut être que très-honorable aux hommes de tous rangs. Nous voyons d’ailleurs des Malabars gentils pratiquer des cérémonies beaucoup plus extraordinaires ; s’ils les pratiquaient en toute autre circonstance et à une autre intention, ils passeraient pour infâmes et perdraient leur caste; mais sanctifiées par leurs dieux qui les ont instituées d’une manière spéciale , ils regardent ces cérémonies comme pieuses et honorables. Ainsi, lorsqu'un brahmane se fait recevoir docteur , les brahmanes font ouvrir le ventre d’un mouton, lui font arracher le foie, et après l’avoir rôti devant le feu du sacrifice yégiram (4), en mangent tous un morceau : la loi défend cependant aux brahmanes de tuer aucun animal, et il leur est aussi défendu de manger d’aucune chose qui ait eu vie , sous peine de péché, d’infamie et de perte de caste. Lorsqu'une certaine confrérie de Vichnou tient ses assemblées de nuit, et qu'après avoir bu de l’arac, puis éteint toutes les lumières, les brahmanes, les Malabars et leurs propres femmes, tous ensemble, sans se connaître , se mêlent et commettent d’infâmes actions (5), on ne dit pas que ces gens soient devenus infâmes, ni qu'ils aient perdu leur caste, ni même qu'ils aient commis aucun péché. N'est-ce pas
(1) Chinnäâpen a le sens de paroulus (Paulus) pater ou dominus. E. J.
(2) Incorrectement écrit dans l'original Nianapragacham. En sanskrit, Djnânaprakäsha , lumière de la science. Les Jésuites qui avaient inventé ces déguisements de mots , n’étaient pas assurément de très-habiles étymologistes. E. J.
(3) Voyez la suite de ces extraits.
(4) Incorrectement écrit dans l'original jekiam. En sanskrit yégya ou yadjña, sacrifice : ce mot paraît avoir dans l’Inde méridionale le sens particulier de sacrifice pour lequel se réunissent douze brahmanes. Un autre chapitre de l'ouvrage présente Les détails de la cérémonie à laquelle l’auteur fait allusion. E. J.
(5) Gette singulière cérémonie est décrite avec plus de détails dans une autre partie de l'ouvrage. E. J.
encore une chose fort dégoûtante que de boire de l'urine et de manger de la fiente de vache? et cependant les gentils croient être sanctifiés par cette pratique de piété.
Chapitre V
Les PP. Jésuites se servent de pailles pour faire les onctions du baptême, et aussitôt les onctions faites , ils brûlent ces pailles ; ce n’est pas sans motifs, car s'ils faisaient les onctions avec le pouce, ils toucheraient immédiatement le baptisé ; si c’était un paria , ils paraïtraient s’être souillés : s’ils faisaient ces onctions avec la petite cuillère , les saintes huiles paraîtraient aussi souillées, et ne pourraient plus être appliquées aux autres Malabars. C’est pour éviter ces inconvénients, que les PP. font les onctions avec des pailles.…..
Chapitre VII
Lorsqu'un paria est malade, les PP. Jésuites de Pondichéry, pour éviter de paraïître se souiller en entrant dans la maison d’un paria , se le font apporter en dehors du seuil de la porte , quelque infirme qu’il puisse être, et là lui administrent l’extrème-onction , après l’avoir confessé. Quant aux PP. Jésuites du royaume de Madouré et des autres missions malabares, ils n’entrent jamais dans l'habitation des parias, de peur de contracter une souillure : ils font apporter le malade hors de l'habitation , sous un arbre ou sous une espèce de tente que l’on fait de branches d’arbres et de feuillages , et là , après lavoir confessé, ils lui donnent l’extrême-onction. Mais lorsque le malade est trop faible pour qu’on puisse le transporter jusqu’à ce lieu , sans l’exposer à mourir en chemin , le P. se contente d'envoyer un catéchiste pour consoler le malade.
Les PP. Jésuites donnent pour motifs de cette conduite que, s’ils entraient dans les maisons ou même dans les habitations des parias, les autres Malabars et les brahmanes ne les regarderaient plus eux-mêmes que comme des parias immondes; ils ne pourraient plus avoir aucun commerce avec les hautes castes ; en sorte , disent les PP. Jésuites, qu’il vaut mieux laisser mourir les parias sans sacrements, que de manquer de complaisance pour les préjugés des Malabars.
Chapitre VIII
La chasteté est une vertu si recommandable , qu’elle est estimée même des gentils; ceux d’entre leurs pénitents qui font profession de garder la chasteté, sont beaucoup plus révérés que les autres. Il y à dans la caste des brahmanes quelques brahmanes Lacharis (1) qui ne se marient jamais, et vivent, dit-on, très-chastement. D’autres de la même caste, après avoir été mariés, renoncent pour le reste de leurs jours aux plaisirs de l’union conjugale (2). Mais Dieu sait en quoi ces pénitents font consister leur chasteté. Ils se disent chastes , et ils font en particulier des actions qu’on n’oserait NnoOMMEr.......
Les mariages ne sont pas libres entre les Malabars; chacun doit se marier dans sa caste ou tribu , de manière que les héritages ne se confondent point ; il leur est expressément défendu de contracter mariage avec les nations étrangères , qu’ils regardent comme immondes et maudites. Ils sont sur tous ces points d’une telle rigueur , que si un Malabar ne trouvait point dans la ville où il demeure une fille de sa caste, pour la donner en mariage à son fils, il parcourrait toutes les terres malabares, ou le laisserait même sans femme , plutôt que de se mésallier. Si la fantaisie venait à cet enfant de se marier dans une autre caste, il serait aussitôt déshérité, chassé de la maison de son père, et dès lors aucune personne de son ancienne caste ne voudrait plus manger avec lui.
Chapitre IX
Le mariage n’est pas une charge pour les Malabars ; les femmes ne sont pas moins laborieuses que les hommes; tandis que ceux-ci sont occupés de la culture des champs ou de quelque autre ouvrage, les femmes préparent le repas et le servent à leurs maris, sans que la noblesse de leur extraction puisse les dispenser de ce devoir... Les femmes malabares ne mangent jamais avec leurs maris; elles se tiennent debout pendant le repas, afin d’être toujours prêtes à leur donner ce qui leur est nécessaire. Cet ordre est observé en toutes choses : ce sont les femmes qui rendent les derniers devoirs à leurs maris...
(1) Voyez dans la suite de ces extraits les chapitres intitulés : Vanaprasthas et Ordre des S'annyästs.
(2) Je conserve l'orthographe du manuscrit , parce que la forme régulière de ce mot ne m'est pas BUS 4 se peut que ce soit la modification tamoule d’un mot sanskrit /adjdjätchârf, qui n’existe cependant dans aucun dictionnaire , et que je n’ai encore rencontré dans aucun texte : les Tamouls peuvent avoir fait subir au mot ladjdjä , pudeur, honte, une altération dont on trouve des traces dans plusieurs autres mots dissyllabiques, et qui consiste à supprimer la voyelle désmente de la forme sanskrite, en allongeant celle de la première syllabe ; on aurait ainsi chchäri, prononcé lâtchäri. E. J.
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