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Histoire de Russie. Traduite d'après le Professeur Solowieff par la Princesse Souvoroff

S. M. Solovʹev · 1879 · Scanned text

178,616 words · about 12 h 30 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
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About this book

Author
S. M. Solovʹev
Language
French
Published
1879
Length
178,616 words · about 12 h 30 min
Sections
41 reader sections
Text
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Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (41)
  1. Front matter about 5 min
  2. Chapitre II Rurik Et Ses about 2 min
  3. Chapitre III Les about 3 min
  4. Chapitre IV Luttes Intestines Entre Les Fils De Swiatoslaw Et about 4 min
  5. Chapitre V Luttes Intestines Entre Les Fils De Wladimir Et Regne De about 3 min
  6. Chapitre VI about 6 min
  7. Chapitre VII about 5 min
  8. Chapitre VIII about 6 min
  9. Chapitre IX Depuis La Prise De Kiew Par Les Troupes about 6 min
  10. Chapitre X Le about 4 min
  11. Chapitre XI about 2 min
  12. Chapitre XII L'invasion Des Tartares about 4 min
  13. Chapitre XIII La Situation about 15 min
  14. Chapitre XIV Depuis L'invasion De Baty, Jusqu'a La Mort D'alexan- Dre Newsky about 4 min
  15. Chapitre XV Les about 2 min
  16. Chapitre XVI Le Sort De La Russie Sud-ouest Apres L'invasion Des Tartares about 5 min
  17. Chapitre XVII Les Luttes Entre Les Fils D'alexandre Newsky about 2 min
  18. Chapitre XVIII La Lutte Entre Moscou Et Twer Jusqu'a La Mort De about 3 min
  19. Chapitre XIX Jean about 6 min
  20. Chapitre XX about 5 min
  21. Chapitre XXI Dmitry-donskoy, Fils De Jean about 13 min
  22. Chapitre XXII Wassily, Fils De Dmitry about 6 min
  23. Chapitre XXIII Wassily L'obscur, Fils De Wassily Prince De Moscou about 13 min
  24. Chapitre XXIV La Situation about 29 min
  25. Chapitre XXV Le about 30 min
  26. Chapitre XXVI Le about 13 min
  27. Chapitre XXVII Le about 47 min
  28. Chapitre XXVIII Le about 12 min
  29. Chapitre XXIX Le about 16 min
  30. Chapitre XXX Le about 6 min
  31. Chapitre XXXI Le about 23 min
  32. Chapitre XXXII about 27 min
  33. Chapitre XXXIII Le about 35 min
  34. Chapitre XXXIV La Situation De La Russie Occidentale about 15 min
  35. Chapitre XXXV Le about 53 min
  36. Chapitre XXXVI Le about 6 min
  37. Chapitre XXXVII about 17 min
  38. Chapitre Xxxviii Le Pouvoir Double about 22 min
  39. Chapitre XXXIX Le about 43 min
  40. Chapitre XL about 33 min
  41. Chapitre XLI Le about 3 h 21 min

Continue:

Front matter

HISTOIRE DE RUSSIE F. AUP.r-AU. — IMPRIMERIE DE LAGNY HISTOIRE DE RUSSIE Traduite d'après le Professeur SOLOWIEFF PAR LA PRINCESSE SOUVOROFF PARIS E. DENTU, ÉDITEUR LIBRAIRE DE LA SOCIETE DES GENS DE LETTRES PALAIS-ROYAL, 15-17-19, 8ALEÍUE D'ORLEANS PRÉFACE L'œuvre historique du professeur Solowieff est classique en Russie. Les documents qui la consti tuent appartiennent au Trésor des Archives impériales où cet écrivain a eu la permission de puiser à son aise; mais il ne faut rechercher, dans ses Études, sur notre histoire, ni la forme, ni la décla mation, ni le parti pris. La méthode du professeur Solowieff est simple, rigoureuse; et, pour la traduire avec sincérité, nous avons dû le suivre pas à pas, dans le mot à mot, sans phrases et en respectant sa manière primitive. L'étude de nos origines et de nos glorieuses tra ditions est à Tordre du jour chez toutes les nations policées de ce continent dont nous faisons partie.

Tous les peuples ont besoin de se connaître, non-seulement par leurs relations présentes mais encore par leurs antiques annales et leurs évolutions succes sives. Et comme ce goût, ce besoin de savoir se sont particulièrement éveillés en France et en Europe, nous avons cru répondre aux désirs de la jeunesse mi litaire et civile de notre temps, qui demande une histoire impartiale de la Russie, pour les bibliothèques universitaires ou privées, en traduisant F oeuvre de de Solowieff. Nous croyons aussi avoir rendu un filial hommage à notre chère patrie en vulgarisant ses traditions dans la langue de l' univers littéraire. Princesse Souvoroff. HISTOIRE DE RUSSIE CHAPITRE PREMIER ÉTAT DE LA RUSSIE JUSQU'A LA MOITIE DU IXe SIECLE APRÈS J.-C. En examinant la carte de la Russie, nous apercevons, depuis l'extrémité sud-orientale des monts Ourals, une longue succession de plaines dont retendue constitue, en quelque sorte, le seuil ouvert de TEurope sur TAsie.

Ces plaines, vers Test, ont été habitées, jusqu'à nos jours, par des peuples nomades et grossiers. Réunis en bandes, ils n'étaient plus que des brigands vivant de meurtres et de rapines. II serait difficile aujourd'hui, à leurs descendants, de continuer les exploits des ancêtres : la civilisation et la sévère autorité du gouvernement ont transformé ces régions, que cultivent maintenant des laboureurs paisibles. Mais dans les temps anciens, cette immense étendue, que nous appelons la Russie d'Europe, n'avait pas de gouvernement fixe, ce qui permettait à toutes les peuplades errantes de se transporter, à volonté, de Torient à Toccident; d'occuper la Russie du Sud et, par le gros sissement des migrations, de s'étendre sur Touest de TEurope, où leur passage était marqué par la dévasta tion. L'antiquité grecque et romaine connaissait ces hordes : elle les désignait sous le nom de Scythes et de Sarmates ; d'où la désignation géographique ancienne de la Russie : Scythie et Sarmatie.

Chapitre II Rurik Et Ses

FRÈRES. — PREMIERS PRINCES RUSSES. Pendant que les Slaves du Sud payaient des impôts aux Kozares, ceux du Nord ne pouvaient se défendre contre les incursions et les exactions des Northmans venus de la Suède, de la Norvège et du Danemark. On les appelait Wariagues et «Russes ». Ces Wariagues ayant conquis les Slaves du Nord, qui occupaient les circonscriptions actuelles des gouvernements de Novgorod et de Pskow, subjuguèrent égale ment leurs voisins les Finnois. Quelque temps après, cependant, les Slaves et les Fin nois s'allièrent et chassèrent les Wariagues ; mais ils continuèrent ensuite leurs mutuelles disputes. Force leur fut d'en appeler àl'envahisseur lui-même et de de mander aux Wariagues un chef et des lois : «Notre terre est belle et grande, leur disent-ils, mais Tordre nous manque, venez nous gouverner ! » A cet appel suprême, répondirent, en Tan 862, trois Wariagues : les frères Rurik, Siméon et Trouvor, qui se présentèrent accompagnés de tous leurs parents.

Rurik occupa Novgorod et gouverna les Slaves des bords d'Ilmène; Siméon s'installa chez les Finnes au Beloozero ; Trouvor alla chez les Slaves du gouverne ment actuel de Pskow à Isborsk. Siméon et Trouvor moururent bientôt et Rurik resta seul au pouvoir. Les domaines furent appelés « Russes » d'où la Russie pour leur ensemble. Rurik mourut en 879 laissant un fils unique Igor, qui était trop jeune pour régner. Ce fut un parent de Rurik, Olègue qui le remplaça. C'est à l'arrivée de Rurik que s'inaugure donc This toire de la Russie, car à dater de ce moment commence, pour la nation nouvelle, Texistence sérieuse que lui as sure un gouvernement régulier. L'exemple des Slaves du Nord et des Finnois forma contagion; les diverses peuplades du Sud se joignirent peu à peu au noyau du Nord et Thumiliation des tributs payés aux étrangers cessa pour tout ce qui s'appellait le peuple russe.

L'ère de brigandage allait finir à son tour. Les princes profitèrent de Tordre relatif qu'ils avaient établi, et ils entreprirent des campagnes en Grèce et à Constantinople. II en résulta des relations amicales et commerciales entre les Russes et les populations civili sées de T Archipel. Les Russes fréquentèrent souvent la route de Constantinople, ils apprirent à connaître la religion orthodoxe, que plusieurs s'empressèrent d'embras ser. C'est ainsi que la religion chrétienne apparut d'abord au sud de la Russie, dans les États avoisinant la Grèce, et se répandit ensuite dans les autres parties du territoire. Donc, sous le règne des premiers princes russes trois faits principaux se dégagent : la conquête des peuples slaves et leur réunion en un seul groupe ; la lutte contre les tribus nomades asiatiques et leur refoulement ; les guerres et les relations avec la Grèce dont la conséquence fut la propagation du christianisme en Russie.

Chapitre III Les

RÈGNES DÉLÈGUE, d'iGOR, FILS DE RURIK, D'OLGA ET DE SWIATOSLAW, FILS D'iGOR.' Le successeur de Rurik, Olègue, passait dans les lé gendes pour un homme doué d'une grande intelligence. Ayant réuni des troupes composées de Finnes, qui étaient sous son pouvoir et, de plus, ayant engagé les Wariagues à le suivre, Olègue alla de Novgorod au Sud afin d'établir des impôts sur les peuplades slaves des bords du Dnieper, duBougue, du Dniester, jusques enfin sur les populations qui vivaient au nord des Kar pathes. Dans le cours de son expédition, Olègue trouva la petite ville de Kiew sous la domination de deux frères, As kolr et Did, qui étaient venus avec Rurik, et qui avaient directement occupé cette ville , Olègue les tua et s'installa lui-même à Kiew qui lui plaisait beaucoup. En 907, le même prince réunissant de nouveau toutes les forces dont il pouvait disposer, se rendit en bateau par le Dnieper à la mer jusqu'à Constantinople.

Olègue imposa des tributs aux Grecs, et signa un traité de com merce en faveur des Russes qui habiteraient la capitale de Tancien empire d'Orient. Peu après Olègue mourut. (année 912). Igor, fils de Rurik, lui succéda; il se fit remarquer par ses insuccès dans ses campagnes contre les Grecs, ainsi que par sa mort tragique : les Slaves habitant à Touest de Kiew Tassassinèrent en 945 parce qu'il voulait faire payer des impôts doubles. Sous le règne d'Igor on comptait déjà quelques chrétiens à Kiew. Ils se firent même construire une église, celle de Saint-Élie ; aussi ne s'étonna-t-on point de voir la veuve d'Igor, qui était devenue régente (son fils Swia toslaw étant encore enfant), aller à Constantinople et embrasser le christianisme en 957. Olga', de même que son défunt époux, passait pour être très-intelligente.

Elle faisait souvent le tour de ses États et elle savait instituer de nouveaux règlements pour la répartition et le recou vrement de nouveaux impôts. Swiatoslaw, fils d'Olègue et d'Olga, prit à son tour le gouvernement et se fit remarquer par sa vaillance. Ayant assemblé une armée composée d'hommes aussi déterminés que lui, Swiatoslaw entra dans la voie des conquêtes, choisissant d'ailleurs les terres fertiles et les tribus riches. En s' éloignant de ses États, il devait forcé ment les négliger. Mais cela n'arrêta point son ardeur. II soumit les Wiatitchi, peuple slave jusqu'alors, mais in dépendant; il dompta les Kozares et prit la Belaia-Weja, sur le Don, leur capitale. En 967, Swiatoslaw se rendit à Tappel de Tempereur grecNikiphor, qui lui envoya de Targent, et alla com battre les Bulgares du Danube dont il conquit le pays.

Mais, par contre, au sud de Kiew faisait irruption la très puissante tribu des Petchenègues qui faillit s'emparer de la capitale des premiers Russes. Olga s'y trouvait avec ses petits-fils, les enfants de Swiatoslaw. Ce dernier ayant appris ce qui se passaitaux portes de Kiew accourut à la hâte et conjura le danger ; mais il ne voulut plus rester en Russie alléguant à sa mère que la Bulgarie danubienne était supérieure à son pays pour ses richesses et son commerce. Olga réussit pourtant à le retenir auprès d'elle jusqu'à sa mort qui ne tarda point à arriver. Cette princesse n'étant plus, Swiatoslaw partagea son pays entre ses trois fils, encore mineurs, car il voulait retourner en Bulgarie. II donna Kiew à son fils Jaropolk ; la contrée des Drevlianes à Olègue et Novgorod à Wla dimir. A son retour en Bulgarie, Swiatoslaw fut mal accueilli par les indigènes, et, d'un autre côté, Tempereur d'O rient, Jean Zimisky, se porta à la rencontre de Swiatoslaw qu'il contraignit de signer la paix et d'abandonner la Bulgarie. En retournant dans ses anciens États, Swia toslaw fut assassiné par les Petchenègues en 972.

Chapitre IV Luttes Intestines Entre Les Fils De Swiatoslaw Et

RÈGNE DE WLADIMIR, FILS DE SWIATOSLAW. Jusqu'ici nous n'avons vu qu'un seul prince régnant ; avec trois maîtres, Jaropolk, Olègue et Wladimir, les luttes intestines vont recommencer. Jaropolk combattit contre Olègue et ce dernier fut tué. On annexa à Kiew le pays des Drewlianes. En apprenant cetteaffreuse nouvelle, Wladinùr, fils de Swiatoslaw, prince de Novgorod, pris de frayeur, se réfugia de l'autre côté de la mer, chez les Wariagues. Il fut donc facile à Jaropolk de réunir Novgorod à ses États. Mais Wladimir revint à la tête des Wariagues, occupa de nouveau Nov gorod et Polozk et marcha contre Jaropolk. Wladimir, encore très-jeune, n'agissait que sous Tin fluence de son oncle maternel Dobrinia; Jaropolk avait pour conseiller principal Bloude, qui passa du côté de Wladimir et proposa la conciliation entre les deux frères ; mais Jaropolk fut tué sur Tordre de Wladimir.

Le pouvoir resta ainsi entre les mains d'un seul prince. Wladimir, habitant toujours le nord, ne connaissait pas le christianisme. Ayant occupé Kiew, à la mort de sonfrère, il se présenta comme partisan très-zélé de Tido lâtrie, et il ordonna d'exposer sur les collines des idoles qui furent adorées par le peuple. Un jour même on on voulut immoler un homme à ces faux dieux ; on tira au sort et ce fut un petit garçon chrétien, le fils d'un Wariague, qui se trouva désigné; mais son père ne voulut pas le livrer. Aussi périrent-ils tous les deux, victimes de la fureur fanatique de la foule. Suivant en tous points les règles et les coutumes de la religion idolâtre, Wladimir eût plusieurs femmes à la fois. Mais peu à peu sa première ardeur s'apaisa, et il songea à changer de croyances. On venait de toutes parts lui proposer un nouveau culte, car la Russie se trouvait entourée de différentes peuplades qui avaient chacune une religion différente.

Les Kozares venaientlui proposer le culte d'Israël ; les habitants de la Bulgarie le pous saient au mahométisme ; des chrétiens se proposèrent aussi. WTladimir ayant envoyé une députation de boyards pour étudier les religions des divers peuples finit par pencher du côté du christianisme. Les boyards disaient : « Nous ne pouvons oublier les magnificences dont nous « avons été les témoins à Constantinople ; nous sommes « comme des hommes qui, ayant goûté au sucre, ne « peuvent plus toucher à des mets pétris d'amertume ; « aussi nous est-il impossible de rester ici désormais. » D'autres disaient à Wladimir : « Si la religion grecque « n'était pas la meilleure, ta grand'mère Olga, qui était « si intelligente, ne l'aurait pas adoptée. » Wladimir entreprit alors une guerre contre les Grecs ; il assiégea, en Crimée, la ville de Korsoune ou Cherso nèse, et ne put tout d'abord arriver à la prendre.

Alors le prince fit le serment de se faire chrétien si la ville se rendait. La ville capitula, et Wladimir envoya auprès de Wassily et Constantin, empereurs d'Orient, une députa tion pour demander leur propre sœur Anna en mariage. II ajoutait que, si on ne voulait point accéder à sa de mande, il prendrait Constantinople comme il s'était em paré de Chersonèse. Les empereurs grecs répondirent qu'ils ne donneraient jamais leur sœur à un idolâtre; alors Wladimir leur manda qu'il était prêt à devenir chrétien. Et, de fait, lorsque Anna arriva en Crimée, Wladimir adopta avec plusieurs boyards la religion grecque. Dès que ce prince revint à Kiew, accompagné de prêtres orthodoxes, il fit baptiser tous ses fils et ordonna de renverser les idoles. Les prêtres circulèrent dans la ville, prêchant le christianisme.

Après quoi Wladimir fit an noncer que tous les habitants de Kiew, qui n'avaient pas encore reçu le baptême, eussent à se faire baptiser dans Teau du fleuve sous peine de châtiments réservés aux rebelles. Lorsque tous les habitants de Kiew furent bapti sés, le clergé se transporta vers le nord, jusqu'à Novgorod et Rostow, pour continuer la propagande chrétienne. Mais là leur mission ne fut pas aussi facile que dans le sud où Ton avait déjà quelques notions de la foi nouvelle. L'idolâtrie persista pendant assez longtemps à Rostow et dans les contrées avoisinantes habitées par des Finnois. Parmi les peuplades slaves, ce furent les Wiatitchi, des contrées les plus éloignées de la route principale du Dnieper, qui embrassèrent les derniers le christianisme. Wladimir participa lui-même à cette œuvre de prosély tisme, à Touest, dans le pays de Woline, et se montra partout avec le clergé.

Dès que la religion fut acceptée à Kiew, on commença à enlever les enfants à leurs parents pour les confier aux prêtres qui les aidaient, en les ins truisant, à se fortifier dans la doctrine du Christ. Outre la guerre de Korsoune, Wladimir en entreprit d'autres ; il soumit les Slaves, qui profitaient de leur éloi gnement du Dnieper pour ne plus payer les impôts. Le même prince a fait aussi quelques guerres avec des peuples étrangers, les Jatwagues et les Bulgares ; mais les plus remarquables ce furent ses opérations de résistance contre les Petchenègues, qui venaient souvent dévaster le pays, tuer ou enlever des hommes. Ces guerres contre les Petchenègues intéressaient beaucoup le peuple et laissèrent un souvenir inefíaçable qui embellit de légendes les pages de notre primitive histoire, car, en nous reportant en arrière, nous voyons que, avant la constitution d'un gouvernement régulier, la Russie était sans cesse la proie des barbares des steppes, en tout semblables aux Petchenègues.

Pour barrer à ces hordes le chemin de la R,ussie, Wla dimir fit construire des villes sur les lignes frontières et il les peupla de ses sujets les plus résolus et les plus fidèles. Cela nous montre que, dès cette époque, on com prenait futilité d'agglomérer sur un point faible les éléments de résistance déjà éprouvés et de créer ainsi un corps de peuple uni par la nécessité de la défense. Wladimir mourut le 15 juillet 1015. L'Église le consi déra comme un saint et le peuple se souvint de lui comme d'un empereur très-bon et très-généreux.

Chapitre V Luttes Intestines Entre Les Fils De Wladimir Et Regne De

JAROSLAW WLADIMIROWITCH. Wladimir laissa douze fils. Aussitôt après sa mort noûs voyons recommencer les luttes de famille comme sous les enfants de Swiatoslaw et telles qu'elles se pro duisaient dans d'autres Etats slaves, chez les Polonais et les Tchèques. Partout les princes aînés veulent régner seuls en supprimant leurs frères cadets. Dès le début, Swiatopolk, le fils aîné de Wladimir tua ses deux frères, Boris, prince de Rostow et Glèbe, prince de Mourome, qui lui paraissaient tous les deux plus à craindre que les autres princes, car ils étaient les fils fa voris de Wladimir. Après la mort de ce dernier le peuple demanda à Boris de venir régner à Kiew, mais ce prince refusa déclarant qu'il ne voulait pas attenter au pouvoir de son frère aîné. Swiatopolk tua ensuite son troisième frère Swiatoslaw, prince de Drewliave et commença à méditer la perte de tous ses autres frères afin de rester le potentat unique.

Mais Jaroslaw, prince de Novgorod, le devança en Tatta quánt à la tête des Wariagues et des habitants de Nov gorod. II lui infligea -un échec complet près de Lu betch. Swiatopolk se réfugia alors auprès de son beau-père, Boleslaw roi de Pologne qui prit sa défense et vainquit Jaroslaw sur les bords du Bougue. Jaroslaw se réfugia à Novgorod et voulut fuir encore plus loin, chez les Wa riagues ; mais les habitants de Novgorod ne le laissèrent point partir et lui fournirent d'autres troupes avec les quelles il marcha contre Swiatopolk. Ce dernier venait de rompre avec Boleslaw qui retourna en Pologne. Le meurtrier se mit alors à la tête des Pet chenègues et marcha contre son frère. Une bataille san glante eut lieu devant Alta, à la même place où avait été tué Boris. Swiatopolk fut battu et dut prendre la fuite.

II disparut complètement. Le peuple garda de lui un mauvais souvenir et le sur nomma le Caïn russe. On Tappela aussi le « maudit», tandis qu'on donna à ses frères Boris et Glèbe, tués par lui, une place parmi les saints et qu'ils furent vénérés comme des modèles d'amour fraternel. Après la bataille d'Alta, Jaroslaw s'installa à Kiew; maislà, encore, il ne put longtemps profiter du repos. Son frère Mstislaw qui régnait à Tmoutarakane ayant réuni une armée composée de peuplades du Caucase, les Jasses et les Kassogues vintl'attaquer et le vainquit, à Listwène. Jaroslaw fut de nouveau forcé de fuir à Novgorod ; mais Mstislaw n'avait pas Tintention d'enlever Kiew à son frère aîné; il ne voulait que Tagrandissement de son État de Tmoutarakane ; aussi les deux frères partagèrent entre eux les contrées au sud du Dnieper : Jaroslaw eut celles de Touest et, par conséquent, resta à Kiew ; Mstislaw prit celles de Test et fit de Tchernigow sa résidence.

Mais il mourut bientôt après, sans laisser d'enfants et Jaroslaw prit le royaume de Mstislaw et il garda ainsi en son pouvoir tous les pays russes, excepté la principauté de Po lozk que Wladimir le Saint donna à son fils Isiaslaw et où régnait alors le fils de ce dernier, Briatchislaw. Celui-ci voulut également march er contre son oncle Jaroslaw mais il se calma lorsque ce dernier lui donna deux villes : Witebsk et Ouswiate. Outre ces luttes intestines, il y eut, sous le règne de Jaroslaw d'autres guerres, d'abord avec les Finnois qui peuplaient les contrées riveraines de la Dwina du Nord. Jaroslaw fit bâtir une ville au bord du lac de Tchoudo qu'il appela de son petit nom chrétien (Joury) Jouriew. C'est la ville actuellement connue sous le nom de Derpt. Ensuite, Jaroslaw combattit les Polonais et s'empara du pays de Horwate (la Galicie d'aujourd'hui) qui avait été enlevée à Swiatopolk par Boleslaw, roi de Pologne.

Enfin les Grecs ayant eu des malentendus avec des marchands russes dont ils avaient tué l'un d'eux, Jaros law leur déclara la guerre qui fut conduite par son fils aîné Wladimir, lequel, trois ans après, conclut la paix. A leur tour, les Petchenègues ayant attaqué Kiew en 1036 subirent un grand échec et cessèrent d'attaquer la Russie. Jaroslaw mourut en 1054. 11 fut classé parmi les princes les plus instruits et qui contribuèrent à propager le christianisme. Pendant son règne il fit venir beau coup de livres qu'il lisait même pendant la nuit. II sut réunir un grand nombre d'écrivains qui traduisirent les auteurs grecs en langue slave. II fit construire des églises, appela des prêtres qu'il entretenait à ses propres frais et enfin fit exécuter à Novgorod ce qui avait réussi à Kiew, sous le règne de Wladimir, c'est-à-dire Tenlève ment des enfants à leurs parents pour les confier aux en seignements du clergé. On attribue à Jaroslaw le premier livre de lois russes qui parut sous le nom de Vérité Russe.

Chapitre VI

ÉVÉNEMENTS SOUS LE REGNE DE JAROSLAW-WLADIMIROWITCH. Jaroslaw, en mourant, laissa cinq fils qui recommencèrent les querelles intestines comme celles des fils de Swiatoslaw et ceux de Wladimir ; mais ces luttes ne se terminèrent plus par le succès d'un seul ou par la mort des autres frères expirant sans héritiers. Les fils de Ja roslaw laissèrent beaucoup d'enfants qui continuèrent les disputes de leurs pères et qu'ils léguèrent à leurs propres descendants. Le nombre des membres de la fa mille s'étant accru, les conflits et les intrigues reprirent avec plus de force et durèrent plus longtemps. Ces discordes continuelles et les trêves passagères qui surve naient quelquefois entre les princes nous ont fourni Toccasion d'étudier pourquoi ces enfants luttaient et d'observer les rapports existant ou qui devaient exister entre eux.

Nous saurons ainsi pourquoi ces guerres de famille recommençaient dès qu'un prince en mourant laissait plusieurs fils. En examinant bien nous voyons qu'il n'y avait point de loi pour régler la conduite des frères cadets envers leur aîné. La loi commune aux autres sujets ne s'imposait nullement aux princes. Elle disait seulement que les cadets devaient respecter leur aîné comme un père et que le frère aîné devait aimer ses frères comme ses en fants ; mais tout cela était bien vague. Dès que les princes croyaient s'apercevoir que leur frère aîné ne leur témoignait pas Taffection qu'il leur devait et qu'il montrait plus d'intérêt pour ses propres enfants, alors ils se croyaient tout à fait en droit de se liguer contre le prince régnant, et ils avaient, certes, tous les moyens de le faire. Chacun d'eux possédait une prin cipauté qu'il gouvernait indépendamment de la princi pauté dominante; leurs États étaient, en outre, entourés de tribus nomades, toujours prêtes à se ranger, au pre mier appel sous le drapeau des princes ennemis et à profiter de cette occasion pour dévaster le pays.

Tous les princes gouvernaient leurs États sans les di viser. L'aîné régissait TÉtat principal qui était Kiew; les autres gouvernaient les États secondaires en les parta geant selon leur âge; ni le prince aîné, ni ses frères, n'exerçaient perpétuellement leur autorité sur le même pays et ne pouvaient le léguer à leurs enfants. Quand le prince aîné mourait à Kiew, ce n'était pas son fils aîné qui montait sur le trône vacant, c'était son frère aîné, ou son cousin ou son neveu ; en général le plus âgé de la famille, tandis que les autres princes s'élevaient par gra dation, occupant l'un après l'autre la principauté la plus importante. Ces mutations ne se faisaient jamais sans que les luttes ne recommençassent de plus belle. Ordinairement, on exigeait que chaque prince occupât le domaine où avait régné son père de sorte que si un prince mou rait sans avoir atteint le trône de Kiew et le droit d'aî nesse, son fils ne pouvait jamais devenir prince de Kiew, et il devait pour toujours gouverner un État secon daire.

Parmi les cinq fils de Jaroslaw, son fils aîné seule ment régnait à Kiew et à Novgorod ; Swiatoslaw, son second fils gouvernait Tchernigow, Tmoutarakane et les contrées riveraines de TOka, c'est-à-dire le pays de Wia titchi, de Riazan et de Mourome; Wsewolod, son troi sième fils régnait à Péreïaslawle du Sud, sur les territoires du Volga et sur Rostow, Sousdal et Beloozero ; Wiatcheslaw son quatrième fils eut pour sa part Smolensk. Igor, le cinquième frère gouvernait Wladimir- Wolinsky. Polozk était sous la main des descendants d'Isiaslaw, fils aîné de Wladimir. Mais il restait encore Rostislaw, petit-fils de Jaroslaw, fils aîné de Wladimir, qui, ayant perdu son père de bonne heure, fut élevé par son grand-père. D'après la loi, comme nous Tavons déjà dit, c'était toujours le plus âgé qui avait droit à la succession du trône principal ; par conséquent, Toncle passait avant le neveu.

Aussi Rostislaw ne reçut pas le trône de Kiew; et, comme les principautés n'étaient pas héréditaires, Ros tislaw ne reçut même pas Novgorod où avait régné son père, du temps de Jaroslaw, et il dût se contenter de ce que voudraient bien lui donner ses oncles. Lorsque l'un de ces derniers, Jaroslaw-Jaroslawitch, prince de Smolensk mourut, sa place fut prise par le cadet de ses frères, Igor, bien que Wiatcheslaw laissât des enfants ; et Wladimir- Wolinsky, qui avait été gou vernée par Igor, fut donnée à Rostislaw-Wladimiro witch. Celui-ci ne se contenta point de ce seul pays : il as sembla des troupes et guerroya vers Test où il s'empara de Tmoutarakane. De là, il entreprit d'autres campagnes contre les peuples voisins, mais il finit empoisonné par les Grecs. Rostislaw laissa deux fils: Woladaret Wassiliko.

Pendant tous ces événements, il vint de Test une nou velle peuplade barbare, — les Polowtzi, — qui, ayant vaincu les Petchenègues, recommencèrent, comme eux, leurs attaques contre la Russie. Le prince aîné Isiaslaw, accompagné de ses frères, alla combattre les Polowtzi, mais ayant subi un échec, il se réfugia à Kiew. Les habitants de cette ville, mécontents de la défaite, demandèrent au prince de leur four nir des armes et des chevaux pour marcher de nouveau contre les Polowtzi ; mais le prince leur ayant refusé, ils le chassèrent. Isiaslaw demanda Taide de Boleslaw le Téméraire, roi de Pologne, avec le secours duquel il réoccupa Kiew; mais il n'y resta pas longtemps. Il se querella avec son frère Swiatoslaw, prince de Tchernigow qui, de commun accord avec son troisième frère Wsewolod, le chassa de nouveau de Kiew et s'y installa lui-même.

A son tour, Wsewolod, quittant Péreïaslawle, prit le trône de Tchernigow. Swiatoslaw ne régna pas longtemps à Kiew ; dès qu'il fut mort, Isiaslaw, avec le secours de la Pologne, réoccupa son ancienne capitale. En ce moment, il ne restait plus que deux fils de Ja roslaw, Isiaslaw et Wsewolod; les trois autres, Swiatos law, Wiatcheslaw et Igor étaient morts en laissant des enfants auxquels leurs oncles ne voulaient pas donner de principauté. Deux de ces jeunes princes, Olègue Swia toslawitch et Boris Wiatchislawitch, allèrent à Tmouta rakane, en revinrent à la tête de nombreux Polowtzi et chassèrent leur oncle Wsewolod de Tchernigow. Le prince aîné Isiaslaw prit le parti de son frère contre ses neveux qu'il attaqua près de Tchernigow, devant Néja tina-Niva. Les neveux furent vaincus. Mais si Boris Wiat chislawitch resta mort sur la place, le prince aîné Isias law payait aussi de sa vie la victoire qu'il venait de rem porter.

Cela se passait en 1077. A sa mort, le prince aîné fut remplacé par son frère cadet Wsewolod qui, venant occuper Kiew, donna sa principauté de Tchernigow à son fils Wladimir Mono mach. Le fils aîné dTsiaslaw, Swiatopolk, régnait à Nov gorod, qu'il quitta pour aller à Tourow, se rapprochant ainsi de Kiew, où il devait régner après la mort de son oncle Wsewolod. Le second fils d'Isiaslaw reçut en partage la principauté Wladimir- Wolinsky, où avaient régné Igor Jaros lawitch et ensuite Rostislaw Wladimirowitch. Le fils d'Igor, David, et les fils de Rostislaw, Rurik, Wolodar et Wassilko, voulurent aussi s'installer sur la Woline, ce qui troubla la tranquillité du règne de Wsewolod, vieillard faible et infirme. Mais Wsewolod avait un fils, le fameux Wladimir Mo nomach, ce prince qui s'est distingué de tous ses prédé cesseurs et dont le peuple a gardé un si excellent souvenir.

II était très-religieux, il assistait tous les jours de grand matin à la messe et ne pouvait prier sans s'atten drir jusqu'aux larmes. Son humeur hospitalière, sa gé nérosité envers son armée, son clergé et les pauvres étaient les traits saillants de son caractère. Quoiqu'il fut très-large, Tordre était rigoureusement observé dans ses affaires intérieures. Wladimir avait un excellent cœur et se montrait toujours naturel, affable dans ses rapports avec chacun, et il détestait surtout la pompe et la mise en scène. Extrêmement courageux, il combattit souvent contre les Polowtzi, défendant vaillamment le pays qui lui était confié. Mais la guerre ne Toccupait pas exclusivement. Tous les jours, après la messe, il convoquait ses troupes et ses dignitaires pour discuter avec eux des affaires de TEtat.

II rendait ensuite la justice à ses sujets et ses arrêts étaient toujours inspirés par Téquité. Lorsque les autres princes recommençaient leurs dissensions, Wladimir Monomach s'entremettait, essayant toujours de les con cilier et de mettre fin aux querelles.

Chapitre VII

ÉVÉNEMENTS ,SUR LE REGNE DES PETITS-FILS DE JAROSLAW Ier WLADIMIROWITCH. Après la mort de Wsewolod, en 1093, les habitants de Kiew voulurent que Wladimir Monomach allât régner chez eux; mais ce prince refusa disant qu'il ne voulait pas transgresser la loi qui donnait à Taîné de la famille le droit d'héritage. «Si je venais m'installer à Kiew, ajoutait-il, j'aurais une guerre avec Swiatopolk Isiaaslawith dont le père avait régné à Kiew avant le mien. » Swiatopolk vint donc prendre possession de Kiew et Monomach resta à Tchernigow. Le prince de Kiew ne ressemblait en rienà Monomach. Ni brave, ni spirituel, il était cupide et orgueilleux. Au commencement de son règne, malgré les conseils de Monomach et des vieux boyards expérimentés dans les affaires de l'État, sans se préoccuper, d'ailleurs, des conséquences, il entreprit une guerre contre les Polowtzi où il subit deux échecs successifs.

Ce malheur qui frappa la Russie enhardit Olègue Swi toslawitch qui se cachait toujours à Tmoutarakane. Ce dernier ayant gagné les Polowtzi attaqua subitement Tchernigow que Monomach dut lui céder en se conten tant lui-même de Péreïaslawle. Mais la guerre ne s'arrêta point là ; Olègue, irrité de son long exil, ainsi que de Tinjustice de ses oncles était méfiant envers ses cousins et ne voulait pas combattre avec eux contre les Polowtzi ; ces déchirements allèrent si loin que, Olègue chassé de Tchernigow, par ses cousins Swiatopolk et Monomach, poussa jusque dans le pays de Mourome et de Rostow pour y combattre contre les fils de Mono mach. Ayant subi une défaite au nord, Olègue consentit enfin à venir assister à une assemblée des princes à Lubetch. Les princes disaient: « Pourquoi entraînons nous au péril le pays russe en soulevant des discordes qui n'en finissent pas?

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