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1839 COMPIÈGNE — IMPRIMERIE HENRY LEFEBVltE 31, RUE S0LFER1N0, AVEC UNE CARTE DE L'EMPIRE EN CHROMOLITHOGRAPHIE DES TABLEAUX STATISTIQUES, DES GRAPHIQUES ET DES CARTES OUVRAGE PUBLIE PAR LES SOIINS DU SYNDICAT DU COMITÉ FRANCO-BRÉSILIEN POUR I/EXPOSITION UNIVERSELLE DE TARIS Avec la Collaboration de nombreux Écrivains du Brésil SOUS L\. DIRECTION DE M. F.-J. DE SANTA-ANNA NERY PARIS LIBRAIRIE CHARLES DELAGRAVE 15, RUE SOUFFLOT, 15 1889 Tous droits rcscr\c L'EMPIRE DU BRÉSIL A L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889 Le projet de l'Exposition Brésilienne à Paris en 1889 a été, dès son début, encouragé par S. M. FEmpereur du Brésil et appuyé par l'opinion publique au Brésil. L'idée première de la participation du Brésil à l'Exposition Universelle de 1889, dans les conditions où elle a lieu, revient à M. Amédéc Prince.
A son instigation, MM. Eduardo da Silva Prado et F. J. de Santa Anna Nery firent appel aux Brésiliens résidant à Paris, et M. E. Lourdelet, Président de la Chambre syndicale des négociants-commissionnaires et E. Pector, président de la Chambre syndicale des négociants-exportateurs, aux Français en relations d'affaires avec le Brésil. De la réunion de ces bonnes volontés et de ces amis sincères du Brésil et de la France, naquit le Comité Franco-Brésilien, constitué à Paris le 14 mars 1888. Ce Comité s'adressa aussitôt par dépêche à Rio-de-Janeiro, au Président du Conseil des ministres, M. Joào Alfredo Correa de Oliveira, pour lui demander son appui, en même temps que M. le vicomte de Cavalcanti, avant de partir pour le Brésil, se rendait à Cannes et demandait à FEmpereur, au nom du Comité, son haut patronage en faveur de l'Exposition Brésilienne.
Une réponse favorable du Président du Conseil ne se fit pas attendre, et Sa Majesté daigna approuver et encourager les efforts du Comité. M. le vicomte de Cavalcanti revint à Paris porteur d'une lettre, adressée par Sa Majesté à M. Berger, Directeur général de l'Ex ploitation. Dans cette lettre autographe, l'Empereur faisait part à M. Berger de son désir de voir accorder un bon emplacement à l'Exposition Brésilienne. EXPOSITION UNIVERSELLE DE PARIS 1889. Jusqu'à ce moment, les Brésiliens et les Français qui portaient un vif intérêt à la participation du Brésil à l'Exposition de 1889, n'étaient pas certains de voir se réaliser leurs désirs. En effet, au mois de septembre 1885, M. Antonio da Silva Prado, ministre des Travaux publics au Brésil, avait déclaré au Sénat que le Gouvernement se ferait représenter officiellement.
Introduction
LE BRÉSIL, ACTUEL Par M. F.-J. DE SANTA-ANNA NERY Les Expositions Universelles, que l'on a tant critiquées, ont du moins l'avantage incontestable de permettre aux diffé rents Etats qui y prennent part d'établir une sorte de bilan officiel pour la plupart des branches de leur production. Quelque riche ou quelque pauvre que l'on soit, il est toujours utile de connaître exactement le point de prospérité ou de décadence où l'on se trouve. Pour cela, il suffit aux individus de mettre en ligne de compte leur actif et leur passif. II n'en va pas tout à fait ainsi quand il s'agit des peuples. Afin d'apprécier avec quelque précision leur état économique, il faut qu'ils le compa rent à celui de leurs voisins, car, dans la lutte internationale du commerce et de l'industrie, tout n'est qu'affaire de relation et de relations.
Les peuples ne sont plus, comme autrefois, des individua lités totalement indépendantes les unes des autres. Ils tendent de plus en plus à composer un grand corps, un organisme gigantesque, animé d'une vie pour ainsi dire isomorphe, sujet à certaines commotions périodiques qui rébranlent, mais, en même temps, participant, dans une large mesure, aux bienfaits 1889. X de la production universelle. II y a communication des parties au tout, et réaction du tout sur les parties, de sorte que l'étroite solidarité économique de presque toutes les nations des deux mondes constitue à la fois la raison de leur faiblesse et la garantie de leur puissance. Nous saisissons donc avec empressement l'occasion qui nous est offerte de récapituler brièvement tout ce que le Brésil a fait d'utile et de grand depuis quelques années, et nous ne craignons pas de mettre en parallèle ses progrès avec ceux que les autres nations du nouveau continent ont accomplis.
II y a vingt-deux ans que l'on n'a vu le Brésil à Paris. Xous voulons dire le Brésil tout entier, dans la variété et la mul tiplicité de ses produits. L'exhibition de ses cafés, qu'il a faite au Palais de l'industrie en janvier 1883, bien que réussie en tout point et portant sur la culture la plus répandue de l'em pire, n'était qu'une Exposition partielle et ne pouvait donner qu'une faible idée de la situation générale du pays. En 1867, nous avons tenu avec un certain éclat notre place d'exposants. En 1878, pour certaines raisons d'économie inté rieure, nous avons cru devoir nous abstenir. Cette année, si nous ne nous présentons pas officiellement à Paris, du moins y figurons-nous en nombre et d'une manière satisfaisante. C'est déjà beaucoup que la première nation latine du nou veau monde ait pu prendre son rang aux grandes assises ouvertes en ce moment.
Si elle a renoncé à un grand luxe d'éta lages et à une grande profusion de décors dans son installation du Champ de Mars, c'est qu'elle préfère Yêtre au paraître, c'est qu'elle se contente de montrer modestement et sans trompe-l'œil le chemin qu'elle a parcouru depuis l'Exposition Universelle de 1867. Le Brésil est venu à Paris, non pas pour en imposer aux yeux, mais pour faire constater à la vieille Europe qu'il n'est pas indigne, par ses progrès réalisés, d'entrer plus largement encore dans le concert économique des grands États. Le Brésil
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XI est venu à Paris, non pas pour rechercher la vaine satisfaction de récompenses honorifiques, mais pour nouer plus solidement les liens qui rattachent à l'Europe, pour ouvrir de nouveaux débouchés à ses matières premières, et surtout pour donner confiance à tous ceux qui seraient prêts à le choisir pour leur nouvelle patrie, à y porter leur travail ou à y faire fructifier leurs capitaux. Pour être Américains du Sud, nous n'en sommes pas moins Américains, c'est-à-dire pratiques. Mais par une coquetterie de nation libérale et latine le Bré sil n'a pas voulu se présenter à Paris, au moment du centenaire de la Révolution française, sans lui apporter une preuve évidente de son respect véritable pour les Droits de l'Homme et de ses progrès dans la liberté, comme il l'avait déjà fait en 1867. En effet, en 1867, le Brésil entrait à Paris en annonçant qu'il ouvrait le grand fleuve de l'Amazone aux pavillons de toutes les nations amies.
En 1889, il y vient en montrant son drapeau vert et or d'où a disparu la tache noire de l'esclavage. II y apporte une Bastille détruite, et l'affranchissement de plus d'un million d'hommes. II y apporte une Révolution faite d'hier, et qui, elle, n'a fait verser que des larmes de reconnaissance. En 1867, le Brésil, jeune encore, n'ayant pas même un demi-siècle de vie autonome, ne donnait que des espérances : il se présentait comme un État qui compte sur l'avenir pour réaliser les longs espoirs et les vastes pensées. Ces espérances, les réaliserait-il jamais? Ces promesses, les tiendrai t-il un jour ? Son avenir, de quoi serait-il fait? — II vient aujourd'hui apporter sa réponse. En effet, depuis cette époque, si rapprochée de nous, cependant, il a conquis sa virilité; il a accompli tout ce qu'on atten dait de lui ; et ce n'est pas sans une certaine fierté qu'il peut exposer le fruit de ses efforts.
Le gros public ignorait alors presque entièrement le Brésil, ou, du moins, il considérait comme une quantité des plus 1889. XII négligeables cet empire presque aussi vaste à lui seul que l'Europe continentale. II circulait même encore à notre endroit de vieilles histoires qui nous réléguaient au rang de certains insulaires fort peu avancés en civilisation. Malgré de savants travaux publiés sur quelques-unes de nos régions et sur différentes productions de nos contrées, nous demeurions aussi inconnus que méconnus". Les livres. des voyageurs, qui nous avaient visités, restaient enfouis dans les bibliothèques, ou n'étaient consultés que par un petit nombre de curieux. On faisait un succès à certain pamphlétaire qui avait saisi et exhibé nos ridicules avec autant d'ingratitude que d'esprit. On nous confondait dédaigneusement avec les colonies.
On ne connaissait guère du Brésil que le Brésilien d'opérette, la fièvre jaune et les serpents à sonnettes. Quant à son histoire, quant aux merveilleuses ressources qu'il renferme, on s'en préoccupait assez peu. L'Amérique du Nord était tout et se recommandait à tous les esprits. Quiconque aurait parlé d'émigrer au Brésil, eût été pris pour un original ou pour un chimérique découvreur de nouveaux mondes. Les choses ont bien changé depuis. Nous avons été vulga risés. On s'est occupé de nous. Le Brésil a conquis Fattention. II a beaucoup fait parler de lui dans les journaux, dans les ouvrages de toute sorte. II a même créé des sociétés d'études. Grâce à toute cette publicité, grâce aussi aux Brésiliens qui traversent la mer tous les ans pour venir en Europe, on sait qui nous sommes, ce que nous valons et ce que nous voulons.
On sait que nous n'habitons pas aux antipodes, mais à quelques jours de l'Europe, et qu'on peut nous venir voir sans qu'il en coûte beaucoup et de la manière la plus confortable du monde. Nous commençons, enfin, à être un peu plus connus que tel petit pays des Balkans dont la presse européenne décrit avec complaisance les révolutions tapageuses. Ce progrès nous honore, car il est en grande partie notre œuvre. C'est le Brésil qui a révélé le Brésil au monde. C'est
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. XIII lui (*ui s'est fait connaître en s'aflirmant partout, II ne doit guère sa nouvelle réputation qu'à lui-même. Des régions, dont on parlait à peine il y a vingt ans, ont grandi et ont pris leur place au soleil de la civilisation. Dans le nord, l'Amazonie a surgi belle, séduisante, riche. Dans le sud, San-Paulo a montré ce que peut le sang latin infusé dans les veines d'un peuple du nouveau -monde. De tous côtés, nos provinces, animées d'une belle et noble émulation, ont déve loppé leurs ressources et se sont produites dans les luttes économiques qui fortifient. En 1867, nous l'avons dit, le grand fleuve de l'Amazone était rendu libre et ouvert aux pavillons des nations amies. A cette époque, les deux provinces baignées par cet Océan d'eau douce, par cette mer intérieure, produisaient à peine 3 millions de kilogr. de caoutchouc.
En ce moment, elles en fournissent près de 16 millions de kilogs. En vingt-un ans la production a été plus que quintuplée. Leurs revenus provin ciaux ont suivi la même progression : de un million de francs, ils se sont élevés à 15 millions. Leur population a certainement doublé. La province de Para a une exportation de 188 francs par tête et par an; celle de l'Amazone en a une de 174 francs; tandis que la République Argentine n'a que 108 francs, et les États-Unis de l'Amérique du Nord à peine 76 francs 60. Qui connaissait, seulement de nom, la province de San- Paulo, il y a un quart ce siècle ? Elle était perdue dans les infiniment petits. Ses revenus généraux et provinciaux atteignaient à peine 5 millions: c'est le budget d'une petite ville de France. Elle ne recevait pas d'immigrants. Son réseau de chemins de fer sortait à peine des projets.
San-Paulo n'existait pas pour FEurope. Hé bien I ce coin de terre, situé dans le Brésil méridional, fait aujourd'hui l'étonnement des économistes et leur prépare de nouvelles surprises. San-Paulo fournit maintenant des revenus qui s'élèvent à la somme respectable de 32 millions de francs, et a presque accaparé l'immigration qui 1889. XIV se dirige vers le Brésil. Ses grandes cultures de café, son climat et son sol admirables, son initiative à la fois hardie et pondérée lui ont attiré, l'année dernière, plus de cent mille immigrants d'Europe. C'est la prospéritée assurée, car ce qui manque le plus au Brésil, ce n'est pas la terre, ce sont les bras. — La province de San-Paulo peut être avantageusement com parée à n'importe quel département français pour sa richesse, ses exploitations rurales et son administration locale.
Les voies de transport y ont atteint un grand développement relatif, et son réseau ferré, d'une étendue de près de 2.500 kilomètres, a été construit, à l'exception d'une seule ligne, au moyen de capitaux nationaux. D'autres provinces que l'on connaissait à peine d'après les cartes et dont on ignorait généralement les ressources — Ceará, Pernambuco, Bahia, Espirito-Santo, Minas-Geraes, Paraná. Rio-Grande-du-Sud, etc., — déploient une activité et une puis sance de travail qui n'ont pas été infécondes. Elles sont dans le mouvement qui emporte le Brésil, par de nouvelles voies, vers un but supérieur. Leur crédit s'affirme, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, et il s'emploie à un usage reproductif, c'est-à dire au perfectionnement de leur outillage industriel. Rien n'est laissé au hasard. Le génie de l'homme se prend à tous les moyens de production et de circulation des richesses.
Ce sont des banques que l'on crée au profit des agriculteurs ; ce sont des crédits que l'on vote pour attirer et fixer l'immigration européenne. Ici se construisent des fabriques et des usines des tinées à transformer sur place les matières premières innombrables qu'on envoyait autrefois en Europe et qui nous en reve naient pour être vendues dans le pays à des prix fort élevés. Là, l'industrie locale nous rend de moins en moins tributaires de l'Europe pour les objets manufacturés dont nous avons besoin. Ailleurs, on défriche le sol et l'on essaie de nouvelles cultures plus rémunératrices ou mieux, appropriées aux nécessités locales : on perfectionne ce qui est et l'on crée ce qui
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. XV manquait. Partout règne et se déploie l' effort humain sur une terre vierge et féconde. On dirait que le géant de l'Amérique du Sud, assoupi pen dant si longtemps, se réveille enfin, animé du désir de tout refaire à nouveau :jam novus nascilur ordo. Nous nous sommes aperçus que nous détenions un trésor, et c'est à qui l'arrachera aux entrailles de notre terre. Nos provinces accomplissent cette double évolution : de l'état commercial, elles passent à l'état agricole et industriel simultanément. Et, lorsque nous aurons de la sorte élargi notre agriculture et développé notre industrie, notre commerce, qui, jusqu'ici, ne reposait que sur des bases incomplètes, aura trouvé ses véritables assises et acquerra une puissance considérable. Si, maintenant, nous jetons un regard sur l'ensemble du pays, nous sommes bien plus encore frappés de ses merveilleux progrès, réalisés en moins d'un quart de siècle.
En 1867, la population du Brésil n'atteignait pas dix millions d'habitants. Un sixième environ de cette population était com posé d'esclaves. — Le Brésil compte aujourd'hui quatorze millions d'habitants au moins, et plus un seul esclave! Le mot même d'esclavage a disparu de notre pays, a été rayé de nos lois. II n'y a plus que des citoyens libres soumis aux mêmes devoirs et jouissant des mèmes droits. Et, puisqu'il fut un temps où l'on donnaitune valeur vénale à desêtres créés, comme nous, à l'imagede Dieu, il faut dire ici que la libération de ce million et demi d'hommes a coûté au Brésil trois milliards au bas mot sans atteindre sa prospérité. Nous n'avons reculé devant aucun sacrifice pour nous affranchir de cet héritage douloureux de l'Europe, et nous avons arraché de nos épaules cette tunique de Nessus, sans que le sang coulât, comme aux États-Unis.
Nous l'avons dépouillée au milieu des acclamations d'un peuple qui fêtait son entrée définitive dans la civilisation, et aux applaudissements du monde entier, qui semblait nous être reconnaissant de tant d'audace. 1889. XVI Cet acte de justice tardive ne saurait avoir pour le Brésil des conséquences fâcheuses, comme nous essayons de le prouver dans l'un des chapitres de ce livre. Cette transformation dans la main-d'œuvre ne compromettra aucun des intérêts vitaux de l'empire. Le travail libre, en remplaçant le travail servile, pro duira de meilleurs fruits. II attirera vers nous le travailleur européen. En effet, Fimmigration a suivi une marche ascen dante à mesure que l'esclavage décroissait. En 1867, il ne venait que 10.000 immigrants chez nous. — En 1888, les deux seuls ports de Rio-de-Janeiro et de Santos en ont reçu 132.000.
Cette année-ci, le Brésil entier compte sur un arrivage de plus de 150.000, et ce chiffre ira sans cesse en croissant. Ces hôtes laborieux ne se contentent pas de nous apporter le secours de leurs bras et de leur expérience ; ils s'initient assez promptement à nos mœurs, et, séduits par l'esprit libéral de nos lois, ils demandent assez souvent à entrer dans la grande communion nationale. Nous recrutons des citoyens dévoués, là ou nous n'espérions trouver que des colons laborieux. C'est un double profit pour la patrie brésilienne. De 1822, date de la proclamation de notre indépendance, jus qu'à 1867, soit en quarante-cinq ans à peine, 4.000 d'entre les immigrants ont demandé des lettres de naturalisation. — De 1867 à niai 1888, soit en vingt ans, 6.395 d'entre eux sont devenus Brésiliens. — De 1867 à 1883, la moyenne des natura lisations était de 88,8 par an.
Elle est actuellement de 870 par an. II semble que, par une juste récompense, nous recevions chaque jour le prix de notre généreuse action. Si nous continuons à comparer l'état présent du Brésil avec sa situation établie au moment de l'Exposition universelle de 1867, nous constatons dans tous les ordres de l'activité natio nate un progrès immense. Ainsi, les recettes afférentes à FÉtat, aux provinces et aux municipalités étaient de 233 millions de francs en 1867. — Elles Introduction. XVII s'élèvent à Fheure actuelle à plus de 570 millions, et offrent une plus-value de près de deux fois et demie. Toutes les branches de l'administration ont contribué à ces heureux résultats. Les douanes, qui produisaient 200 millions en 1867, fournissent aujourd'hui près de 300 millions de francs. Les postes ont vu leur recette monter de 2 millions et demi à 5 millions.
Les télégraphes, qui donnaient à peine 73.000 francs, rendent aujourd'hui 6 millions. En 1867, nous n'avions que 683 kilomètres de voies ferrées. — Nous en avons maintenant près de 10 mille. Alors, le Brésil était isolé du monde. — Aujourd'hui, des fils terrestres et des câbles sous-marins le relient aux deux Amériques, à l'Europe, au monde, II peut correspondre avec F Univers. Le téléphone a pénétré jusque dans l'Amazonie, et les tramways sillonnent les rues de toutes nos grandes villes. Notre commerce et nos rapports de toute nature ont béné ficié de tous ces progrès, de tous ces instruments de communi cation rapide. Le commerce extérieur du Brésil était estimé, en 1867, à 900 millions. II dépasse 1 milliard un quart. Le développement de la navigation au long cours a été parallèle à cet essor commercial.
En 1867, le nombre des navires au long cours et de grand cabotage, entrés et sortis, était de 12.500, jaugeant ensemble moins de 4 millions de tonneaux. — En 1887, ce mouvement maritime est représenté par 15.000 navires, jaugeant ensemble 10 millions de tonneaux, c'est-à-dire le triple. Un autre grand agent commercial, la Banque de crédit et d'escompte, s'est développé avec des capitaux considérables. 9. XVIII En 1867, on comptait six banques à Rio-de-Janeiro et onze dans les provinces. — Aujourd'hui, les deux seules places de Rio et de San-Paulo en ont autant que tout le Brésil d'alors. Et partout on constate le même progrès, incessant, sérieux, profond, dans les arts, les lettres, les sciences, comme dans Fagriculture, l'industrie et le commerce, -- dans la politique même et dans l'administration, comme dans Féconomie sociale et dans les connaissances humaines.
Le Brésil est en travail, et l'œuvre se poursuit sans bruit, sans réclame. II fuit les exagérations intéressées et se garde des annonces mensongères. II compte sur le temps et sur la sagesse des hommes pour être apprécié comme il le mérite. C'est à peine s'il nous a été permis d'enregistrer ici quelques généralités sur ses progrès récents, et dresser l'inventaire de ce qui a été fait dans ces dernières années. C'est à l'œuvre seu lement que l'on doit connaître l'ouvrier. Nous espérons, cependant, que de tout ce qu'on va lire il résultera la conviction pour tous que le Brésil a beaucoup travaillé depuis vingt-cinq ans, qu'il s'est élevé peu à peu, sans secousses violentes et aussi sans orgueilleux transports de triomphe, et qu'il peut aspirer à de hautes destinées. Ces destinées, il les atteindra sûrement s'il persiste dans la même voie.
Nous avons fait beaucoup déjà; il nous reste encore plus à faire. II nous est impossible de nous arrêter sans compromettre tout ce qui a été tenté jusqu'ici. En avant donc ! Et pour le progrès f Débarrassé de la plaie séculaire qui le rongeait, le Brésil s'avance d'un pas ferme et décidé à la conquête de toutes les nouveautés. Sans doute il porte encore au flanc les traces de la vieille cicatrice noire ; mais, en disant à l'Europe qui lui avait légué cette infirmité peut-être nécessaire : Vide lotus! il peut
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. XIX lui montrer du même coup les remèdes qui Font guéri : la liberté dans l'ordre, le travail dans la paix. S'il ne lui est pas encore permis de monter au Capitolc pour rendre grâces aux dieux des grandes choses accomplies, il peut, du moins, tout en se montrant modeste quand il se considère, se dire fier quand il se compare CHAPITRE PREMIER SOTIOXS CÉSÉRALES Situation, limites, superficie 7 — Le Brésil est situé entre o°10' nord et 33°4o' sud, et, abstraction faite des îles de Fer nando-de-Noronha et de la Trindade, entre 8°19'á(j" est et 30no8'2G" ouest, de Hio-de-Janeiro. Ses points extrêmes sont : au Nord, la chaîne de montagnes ou serra de Roruima, aux sources du Cotingo, affluent du Tacutú, par o°10' nord et 17°3o' ouest de Rio-de-Janeiro; au Sud, la barre du Chuy, par 33°451 sud et 10°2F27'' ouest; à l'Est, la pointe de Pedra, près d'Olinda, par 8°0'57" sud et 8°19'10" est; à l'Ouest, les sources du Javary, par 6°59'29" sud et 30"58'20" ouest de Rio-de- Janeiro.
Ses limites sont : au sud-est, à Test et au nord-est, l'Océan Atlantique ; au nord, les Guyanes française, néerlandaise et anglaise, et le Venezuela ; au nord-ouest, à l'ouest et au sud ouest, la Colombie, l'Équateur, le Pérou, la Bolivie, le Paraguay et la République Argentine ; au sud, la République orientale de l'Uruguay. II a donc sur ses frontières tous les États et colo nies de l'Amérique du Sud, excepté le Chili. Ses limites avec la république de l'Uruguay ont été définies par les traités du 1*2 octobre 1851 (art. 3) et du 13 niai ÍHoi (art. 1er). Avec la République Argentine, elles ont été stipulées par un 1. Nous nous souuues borné à résumer ici les notions données par MM. J. Capistrano d'Abreu et A. do Valle-Cabral dans leur beau travail sur la géographie de Wappaeus, qu'ils ont refondue dans la partie se rappor tant au Brésil. 18S9. 2 traité en date du 14 décembre 1857 (art. 1er).
Mais ce traité n'a pas été ratifié par la République, qui réclame comme limites les rios Chapccó et Chopim. Les deux États sont en négociations pour régler ces limites à l'amiable. Avec le Paraguay, les limites ont été marquées définitive ment parle traité du 9 janvier 1872 (art. 1er). Avec la Bolivie, les limites ont été tracées par le traité du 27 mars 1867 (art. 2). Avec le Pérou, les limites ont été tracées en conformité avec le traité du 23 octobre 1851 (art. 7). Avec les États-Unis de Colombie, il n'y a pas de traité de limites, celui du 25 juin 1853, proposé par le Brésil, n'ayant pas été accepté par l'autre partie. Avec le Venezuela, les limites ont été fixées par un traité en date du o mai 1859 (art. 2;. Avec la Guyane française, l'article 107 du Congrès de Vienne (1815) et la Convention de Paris du 28 août 1817 ont établi la limite à l'Oyapock entre -4° et 5° nord; l'Oyapock, jusqu'à sa source, et, après, la chaîne de Tumucumaque sont les frontières marquées sur la carte du Brésil de 1883.
La France pro pose comme limite le canal de Carapaporis, qui sépare File de Maracá des terres adjacentes au Cap Nord, depuis la branche septentrionale de FAraguary, si celui-ci n'a pas d'obstacles, et, dans le cas où il serait obstrué, le premier cours d'eau en allant vers le nord, lequel se jette, sous le nom de Manaye ou Carapa poris, dans le canal de ce nom, par 1°45' nord. En 1841, le terri toire contesté, connu sous le nom de Mapa ou Amapá, a été neu tralisé, et en 1862 les deux pays échangèrent des déclarations positives à ce sujet dans l'arrangement conclu entre eux pour le jugement des criminels et signé à Paris le 28 juin 1862. Avec la Guyane néerlandaise, il n'y a pas de traité non plus; le Brésil place ses limites de ce côté sur la serra de Tumucu maque. Avec la Guyane anglaise, pas de traité non plus.
Le Brésil fait passer ses frontières par les serras d'Essary, Acarahy et Tumucumaque. Un échange dénotes (28 janvier et 29 août 1842) a neutralisé le territoire limitrophe appelé Pirára. A cause des litiges qui existent au sujet de ces frontières, la superficie du Brésil ne peut pas être calculée d'une manière très exacte. On Févalue à 8.337.218 kilomètres carrés. Sa plus grande étendue, d'après M. le professeur L.-J. Martins- Penha, est de 4.280 kilomètres du nord au sud, entre la barre du Chuy et les sources du Cotingo ; et de 4.353 kilomètres de l'est à l'ouest, entre la pointe de Pedra et les sources du Javary. Côtes, Caps et Baies. — La configuration horizontale du Brésil présente la forme d'un triangle, dont le centre est ouvert au commerce extérieur au moyen de quelques grands fleuves à peine.
Cependant, sa position géographique est privilégiée : deux tiers de ses frontières sont formés par des côtes maritimes, et celles-ci, quoique peu découpées, offrent, cependant, un grand nombre de ports, qui seront signalés plus loin, au chapitre II. Du Cap d'Orange, sur la rive droite de l'Oyapock, jusqu'au Cap du Nord, considéré comme la frontière nord-est de l'em bouchure de l'Amazone, la côte suit, pendant 190 milles, la di rection moyenne sud-sud-est. Du Cap du Nord jusqu'à la pointe Tijoca s'étend, sur 180 milles, l'énorme embouchure de l'Amazone parsemée d'îles. •De la pointe Tijoca au Cap Gurupy, la côte se dirige, entre est et sud, presque sans découpures. On y trouve, cependant, la baie de Pria-Unga, où débouche le Gurupy, et celle de Caité, où se déverse le cours de ce nom. Du Cap Gurupy jusqu'au Morne Itacolumi, extrémité nord ouest de la baie de San-Marcos, la côte décrit une courbe vers le sud-est, et on y remarque : l'anse de Tury-Assú, où débouche le cours d'eau de ce nom, et les baies de Cabellos-da-Velha et de Cumá.
A l'est du Morne Itacolumi s'ouvre la grande baie de San-Mar cos, qui baigne File de Maragnon et où débouche le rio Mearim. Entre la côte orientale de File de Maragnon et le continent s'ouvre la baie de San-José, plus petite et beaucoup moins sûre que celle de San-Marcos ; le rio Itapicurú y débouche. La baie de San-José est fermée à l'est par File de Santa-Anna, séparée du continent par un canal étroit, mais navigable. A par tir de cette île, la côte se dirige vers est-sud-est, pendant 100 milles, jusqu'à la barre de la Tutoya, la plus occidentale des six. bouches du Parnahyba. Elle est basse, stérile, et offre faspect de draps étendus, d'où son nom de Lengóes (draps de lit). A peu près au milieu débouche le rio Preguiças, assez profond à son embouchure. 1889. 4 Entre la barre de la Tutoya et celle d'Iguarassú, la côte est basse et inondée pendant la saison des pluies.
A l'est de l'embouchure du Parnahyba, la côte s'étend dans la direction moyenne de sud-est jusqu'à la pointe du Touro, sans offrir aucune embouchure de cours d'eau remarquable. Le rio Touro s'y déverse. A partir de la pointe du Touro, la côte poursuit vers sud-sud est, pendant 23 milles, jusqu'au Cap San-Roque. Entre celui-ci el Olinda, on trouve deux ports remarquables : Natal, à l'embouchure de Rio-Grande-du-Nord, et Parahyba, à l'embouchure du cours d'eau du même nom. Un banc de sable situé à 3 milles au dessous de la ville ferme Faccès du port de Natal aux grands navires. Dans cette partie de la côte, de même que plus loin, vers le sud, jusqu'à Bahia, s'étend un banc étroit de corail, qui commence à se faire voir depuis Céará ; tantôt, il se rapproche du littoral, tantôt il s'en éloigne de 300 à 400 mètres et même davantage en certains endroits.
Sur quelques points le récif a une solution de continuité et permet aux grands navires l'entrée dans la plupart des ports et des cours d'eau de cette partie du littoral. 'Sur d'autres points, le récif forme les ports eux-mêmes, comme à Pernambuco et à Rio-Grande-du-Nord. A partir d'Olinda, la côte suit vers le sud-ouest pendant 2 milles et demi jusqu'à la forteresse du Bruni, située à l'entrée du port de Pernambuco, le plus septentrional des beaux mouil lages de la côte orientale du Brésil. Grâce aux travaux exécutés récemment à Pernambuco, l'entrée de ce port est accessible même aux grands navires. De Pernambuco jusqu'à la baie de la Toussain (Todos-os-San tos), la côte décrit quelques courbes et ne présente que deux élévations : le cap de Santo-Agostinho et celui de Santo-Antonio. Sur toute cette étendue le récif dont nous avons parlé se trouve très rapproché de la côte, mais il livre de nombreux passages aux ports, anses et embouchures du littoral.
On n'y trouve qu'un seul port quelque peu spacieux, celui de Maceió, dans la baie de ce nom. Le rio San-Francisco, l'un des plus grands du Brésil, débouche dans ces parages. On y trouve aussi le rio Cotindiba, le Vasa-Barris ou Sergipe, le Real, et les lagunes du Nord, de Man guába (reliée à la précédente par un canal étroit) et du Giquiá. Entre le cap de Santo-Antonio et File d'Itaparica, on trouve la belle baie de Todos-os-Santos, qui a de 3 à 4 milles de large à son entrée et où débouchent plusieurs fleuves. Entre Bahia (la baie) et Rio-de-Janeiro, la côte se divise en trois régions bien distinctes. La première s'étend entre 15° et 17° sud, dans la latitude des rochers d'Itacolumi.
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The end
You’ve reached the end of Le Brésil en 1889, avec une carte de l'Empire en chromolithographie, des tableaux statistiques, des graphiques et des cartes. Ouvrage publié par les soins du Syndicat du Comité franco-brésilien pour l'Exposition universelle de Paris ... sous la direction de M. F.-J. de Santa-Anna Nery.
