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TtTQ A f DFC MJ Lj O ï\. J_J r Jj O r. i LES (IRANDES ASCENSIONS P\R E. LEVASSEUR MEMBRE DE T. 1NSTITITT I \ I - I • . l'AHIS SC LA COLLABORATION DE MEMBRES DES CLUBS ALPINS \ n PARIS 3RAIRÍE C H . DELAGRAVE L 3 , hui • ■■ SOCIÉTÉ ANONYME D 'iMP IïIM ERIE DE V 1 LLE F lì ANC11E-D E-RO UERG DE Jules Bardoux, Directeur. PAK E. LEVASSEUR M EH BEE DE L' INSTITUT HEMBRE DO C. A. F. SF.CTIOX DE PI 11 ] -• AVEC LA COLLABORATION DE MEMBRES DES CLUBS ALPINS ■*«-,fcS» PARIS LIBRAIRIE G II. DELAGRAVE 15, n U F. SOUFFLOT, PRÉFACE J'ai toujours aimé la montagne. Je pourrais dédier ce livre aux Alpes-, en souvenir des vives el saines émotions qu'elles nions fait ressentir jadis, au temps où je gravissais leurs sentiers et où je poussais quel ques-unes de mes courses jusque dans les solitudes de leurs glaciers, et par reconnaissance pan r le charme qu'elles me procurent encore au jourd'hui lorsque je contemple du fond iles vallées leurs hen usés grandioses. .Tarais commencé ce travail, il y a plusieurs -années.
Je me pro posais alors de fixer dans mon esprit et pour mon usage personnel les divisions du Système alpestre et de préparer le chapitre d un ouvrage sur r Europe que je n'aurai peut-être jamais !<• loisir d'achever. Je fui développé ensuite, et je le publie dans l espérance qu'il contribuera à mieux faire connaître les Alpes de écu. r qui les étudient et à les faire mieux aimer de reu.r qui les visitent. En consacrant au. r éludes géographiques une partie des efforts de nui vie. je me suis applique sur/nui à montrer t enchaînement logique des phénomènes qui elere reriluhleinent la géographie nu rang de science, et à f aire donner droit de cité dans /'enseignement à la géogra phie économique, qui est le dernier anneau d'une chaîne île notions par tant de la structure du sol et aboutissant à la civilisation.
Mais la géographie physique en est le premier anneau, et j'ai toujours pensé qu'elle constituait Télément essentiel de cette science. J'ai voulu, par la publication de ce livre, donner un témoignage de F intérêt que je lui porte; aucun sujet ne convenait mieux à mon dessein que les Alpes. PRÉFACE VI Le livre est divisé en deux parties. La première est une description générale du système alpestre1. Dans toute contrée, la géographie a des aspects divers; l écrivain et le professeur peuvent les rassembler dans un tableau synthétique ou les présenter les uns après les autres dans un ordre propre à rendre sensibles les rapports qui les unissent. La première méthode est plus pittoresque, la seconde est plus didactique. Préoccupé avant tout d'instruire, j'ai préféré la dernière. Afin d'atteindre plus sûrement le but, j'ai voulu être court et je me suis borné à montrer seulement les traits les plus saillants.
Chapitre II
l'altitlue Dans l'intérieur des dernières limites que nous venons d'indiquer se dresse le massif, plus facile à reconnaître lorsqu'on le voit qu'à définir avec précision : car partout, que son pied soit à 600 mètres ou à moins de 100 mètres au-dessus du niveau de la mer, il s'élève cn gradins rapides et ferme l'horizon du spectateur par une ligne imposante de hautes crêtes. Des Alpes Liguriennes jusqu'au Wienerwald, près de l'extrémité des Alpes Orientales, la crête principale ne descend pas au-dessous de 1,350 mètres, et beaucoup de crêtes latérales ont une élévation non moins grande; de sorte que la partie culminante du système est une masse de terres soulevées à une hauteur de plus de 1,000 mètres, dont on peut évaluer la superficie à près de 80,000 kilomètres carrés, c'est à-dire à près de deux fois la superficie de la Suisse.
Les grandes vallées pénètrent profondément dans cette énorme masse de rocs. Elles la divi sent en un grand nombre de presqu'îles, comme les fiords divisent la qui y comprenait les collines de la Suisse, portait cette superficie à 330,000 kilomètres carrés; Klœden donne seulement 175,000 kilomètres carrés et compte, en outre, [■5,700 kilomètres carrés pour les régions de collines subjacentes. côte de Norvège, et en détachent un nombre presque aussi grand d'iles ou d'îlots, c'est-à-dire de petits massifs isolés dont l'altitude est supérieure à 1 ,000 mètres : les Alpes du Rergamasque sont une des plus importantes parmi ces presqu'îles montagneuses qui se détachent du groupe principal. C'est au centre, dans les Alpes Rhétiques, que cette masse a le plus de largeur et de compacité. Elle en a moins dans les Alpes Orientales que dans les Alpes Centrales et Occidentales; à l'est des chemins de fer qui conduisent de Linz à Saint-Michael, de Saint- Michacl à Villach et de Villach à Udine, on ne trouve plus de telles hauteurs que par îlots disséminés.
La masse est dominée elle-même par les hautes crêtes et par les grands sommets dont l'altitude dépasse 3,000 mètres et qui sont par excellence la région sauvage des rocs et des neiges. Les neiges perpé tuelles s'arrêtent en général à cette hauteur dans les Alpes Méridionales ; elles descendent plus bas, jusqu'à 2,700 et 2,600 mètres, dans les Alpes Septentrionales et se prolongent mème par les glaciers bien au-dessous de ce niveau1. Les mousses et les lichens, qui sont la végétation ordit. L'altitude à laquelle commencent les neiges perpétuelles n'est pas évaluée de la même manière par les auteurs qui ont traité la question. Saussure donnait 2,532 mètres ; Léopold de Buch 2,700 mètres. Voici quelques évaluations plus récentes qu'a repro duites M. Umlauft dans son livre Die Alpen. Auteurs. Régions alpestres.
Niveau des neiges perpétuelles. Schlagintweit. Versant septentrional 2,600 à 2,700 Alpes Centrales 2,730 à 2.800 Massif du Mont-Blanc 2,860 à 3,100 Sonklar Alpes Occidentales 2,660 Suisse occidentale, Savoie et Piémont. 2,860 Suisse orientale et Tirol ( versant nord . . . 2,820 occidental / versant sud 2 910 Berghaus Hohe Tauern 2^920 Alpes Centrales et Occidentales 2,700 Alpes du Tirol 2,820 Tschudi Alpes Bernoises 2 -qq Alpes des Grisons 2,800 à 3,020 Mont-Rose... j versant nord. . . 2,860 ( versant sud 3,08G Savoie 2,860 Tirol méridional 2,005 L'ALTITL'DE 7 naire de cette zone, disparaissent en général au delà de 3,400 mètres; on en trouve cependant au-dessus de 4,000 mètres; M. A. Lorria a mème vu des renoncules en fleur au sommet de la Wellenkuppe (près de Zermatt) à une altitude d'environ 3,890 mètres.
Les hauteurs déplus de 3,000 mètres existent seulement dans quelques sommets isolés de la principale ligne de partage des eaux qui s'étend entre le col de Tende et le mont Genèvre; elles forment un massif compact dans le Pelvoux; elles s'allongent en forme de croix dans les Alpes Graies, avec les deux branches du Grand-Paradis et de la Vanoise ; elles atteignent leur plus grande altitude dans le Mont-Blanc-. Elles couvrent une surface plus étendue qu'ailleurs dans les Alpes Pennines ■ au nord des Pennines elles ont aussi une vaste étendue dans les Alpes Bernoises. A l'est du Saint- Gothard, elles deviennent plus rares ; on les voit cependant dansYAi/u/a, le Bernina, YOrtler et YAdamello, dans les Alpes des Grisons, Y Œtzthal, lc massif du Stubay, dans les Hohe Tauern et même dans les Alpes Cadoriques et les Alpes du Trentin.
Mais dans cette moitié orientale des Alpes (à l'est du Saint-Gothard), le Bernina seul dépasse 4,000 mètres, tandis qu'à l'occident les principaux sommets des Bernoises, des Pennines, An Mont-Blanc, la plus haute cime du Grand-Paradis et du massif du Pelvoux atteignent cette altitude. Très peu de sommets dépassent 4,500 mètres ; dans le Mont-Blanc il n'y a que le Dôme (4,810 m.): car les deux sommets qui le flanquent, le Dôme du Goûter et le Mont-Maudit, n'ont que 4,331 et 4,171 mètres. Dans le massif du Mont-Rose, la Dufourspitze en a 1,638 et, près d'elle, le Signalkuppe 4,561, le Nordend 4,612, la Zumsteinspitze \,'-\~'\, lc Lyskamm 4,535; le Cervin en a peut-être 4,505; dans les rameaux situés au nord du Mont-Rose, le Wiesshorn a 1,512 mètres, et le Dôme des Mischabel 1,554.
Chapitre III La Structure
GÉOLOGIQUE Les Alpes sont composées, dans leur partie centrale, d'une masse de terrains plutoniens. Que cette masse se soit tout entière soulevée par une longue suite de révolutions qui ont crevé et rejeté sur ses bords les terrains sédimentaires, ou qu'au contraire elle n'ait fait, depuis sa formation, ainsi que le pensent plusieurs géologues, que s'affaisser et se contracter, il est certain qu'une énorme quantité de terrains primaires (ou primitifs, disent aussi les géologues), tels que granit ou granitoïdes, protogyne (roche granulitique dans laquelle le mica est cn partie remplacé par la chlorite) et schistes cristallins, forme le noyau central du système, que ces terrains occupent près de la moitié de la superficie totale et qu'en général les plus hautes crêtes leur appartiennent. Les schistes cristallins, talcschistes, schistes amphiboliques, gneiss et micaschistes y dominent; ils forment, depuis le Grand- Paradis jus qu'au Semmering, un ensemble pour ainsi dire compact.
(Voir fig. 1.) Les terrains primaires des Alpes Occidentales contiennent peu de granits proprement dits émergeant en masse compacte et attestant avec évidence une origine éruptive ; ce sont, suivant l'expression de M. Lory, plutôt des gneiss granitoïdes, comme la protogyne, qui sont plus ou moins feuilletés, qui présentent une disposition stratiforme et sont disposés en couches parallèles aux véritables schistes cristallins. Tous les géologues ne sont pas d'ailleurs d'accord au sujet de la pro togyne, une des principales roches de ces terrains primaires. L'examen au microscope a permis de constater que, dans les roches ainsi dénom mées, le talc, qui a été donné comme la caractéristique de la pro togyne, ne se rencontre qu'en petite quantité. MM. Fouqué et Lory pensent qu'il y a là deux roches confondues sous la mème dénomma- LA STRUCTURE GÉOLOGIQUE 9 tion : d'une part, une granulite, c'est-à-dire une roche éruptive dans laquelle le quartz est individualisé en quelque sorte, ayant ses formes propres, au lieu d'être, comme pour le granit, la pâte qui lie les cristaux; d'autre part, des gneiss granulitiques, c'est-à-dire des roches stratifiées dans lesquelles cette granulite s'est injectée de manière à confondre presque ces stratifications avec la roche compacte.
C'est ce qui explique calcaJ™ -d*"» j/'WLUffU*, Fig. I . — Alpes granitiques et Alpes calcaires. (Communiqué par la Grande Encyclnp pourquoi les géologues qui se sont occupés les premiers de cette ques tion ont distingué la protogyne compacte et la protogyne stratifiée. Cette roche domine dans trois des plus puissants massifs des Alpes : h Pelvoux, le Mont-Blanc et les Bernoises. La limite méridionale des formations primaires est à peu près marquée par le mont Levanna, par Biella, Lugano, la crête des Alpes du Bergamasque, Meran, le Hœllensteinthal (qui débouche sur le seuil de Toblach), une partie de la crête des Carniques (d'après la carte géolo gique italienne), Villach et la Drave ; la limite orientale l'est par le chcmin de fer de Cilli à Marburg, Frohnleiten (sur le chemin de Graz à Bruck), Hartberg, le cours supérieur de la Leitha; la limite septentrionale, par le col de Wegscheid, le Tauern de Rottenmann, l'Enns supérieur, la crête principale (avec une portion du versant septentrional] des Alpes de Salzburg, région dans laquelle des roches métamorphiques occupent une place importante à côté des anciens schistes cristallins, ITnn, le chemin de fer de l'Arlberg, une partie de la crête des Alpes des Grisons, la Haute-Engadine, l' Adula, le Tœdi, le Titlis, le ver sant septentrional des Alpes Rémoises occidentales jusque par delà la Jungfrau.
Les Alpes Pennines, dans lesquelles les roches métamorphiques se rencontrent aussi à côté des schistes anciens, appartiennent en partie au massif primaire. II existe de ce côté une longue bande de terrains primaires bordant la plaine italienne que M. Lory nomme la zone du Mont-Rose. Au sud-ouest, par delà le Grand-Paradis, les formations primaires se continuent par la serpentine et les gneiss antiques qui, jusqu'au col de Tende, composent les Alpes Piémontaises et qu'un autre petit massif de schistes cristallins prolonge jusqu'au col de Cadibone. Ce grand massif est flanqué d'autres massifs plus petits, tels que celui des Grandes Alpes de Provence au nord de la Tinée, celui du Rrévent, dumont Joli, des Rousses et de Belledonne, orienté comme le Graisivau dan, celui des Alpes Cadoriques au nord de Primiero, ceux de la Leitha.
Les granitoïdes, surtout la protogyne, sont la pâte dont ont été principalement formés le Mont-Blanc et le massif du Pelvoux; on en retrouve des masses considérables dans les Alpes Rhétiques, dans FAdamello, dans les Alpes Algaviennes, dans les Alpes Cadoriques et sur le front oriental du système alpestre. Le grand noyau central est lui-même pénétré sur plusieurs points par des masses de terrains plus récents, basiques et autres, qui ont été plus ou moins transformés et modifiés dans leur cristallisation et qui forment des groupes très importants dans les Alpes Rhétiques et les Alpes Nori ques. Les terrains primaires de la zone septentrionale, dont fait partie le Mont-Blanc, sont demeurés en couches horizontales jusqu'à l'époquc LA STRUCTURE GÉOLOGIQUE il du terrain carbonifère ; puis ils ont été disloqués, redressés en couches presque verticales sur certains points et rompus par de larges failles.
Ceux de la zone du Mont-Rose ont conservé leur horizontalité jusqu'à l'époque du trias ; ils ont été ensuite fortement plissés ; leurs dislocations ne sont pas moins bizarres que celles de l'autre zone. Dans la Vallouise, la gorge d'Alefroide présente une couche de calcaire argileux du lias, épaisse d'environ 200 mètres, qui repose sur une masse de protogyne à feldspath rose et qui , un peu plus loin , par un renver sement singulier, est recouverte de protogyne verdâtre. L'ensemble de ces terrains primaires ou cristallins est désigné sous le nom général d'Alpes granitiques et appartient presque tout entier aux Grandes Alpes. Les Alpes granitiques sont flanquées et enveloppées par les Alpes calcaires. Sous ce nom général, on désigne l'ensemble des terrains sédimentaires dont les couches ont été relevées, inclinées, déchirées, quelquefois bouleversées par les soulèvements du noyau central.
Celui-ci se compose de masses cristallines qui ne présentent pas partout de traces de stratification, quoique dans les terrains métamorphiques cette disposition soit d'ordinaire très apparente. Les Alpes calcaires, au contraire, sont presque partout nettement stratifiées, sauf les cas où le métamorphisme les a transformées. A l'ouest, dans les Alpes Occidentales, on trouve la série des terrains sédimentaires, depuis le carbonifère, avec ses grès et ses dépôts d'antliracite ; on y trouve surtout le trias, avec ses amas de gypse, qui a formé la plus grande partie des Alpes Cottiennes, une partie de la Provence, et qui s'allonge en bandes jusque dans les Alpes Pennines ; on trouve le jurassique, avec le lias et avec ses calcaires noirs, argileux et feuilletés, qui domine dans les Alpes du Dauphine; le crétacé, qui a formé, entre autres régions, le Vercors; et le ter tiaire, qui couvre un vaste territoire en Provence.
Le métamorphisme sur certains points a fait disparaître les fossiles, confondu les strates et engendré des cristaux normalement élrangers à la roche : c'est ainsi que dans les calcaires jurassiques du Daupbiné M. Lory a trouvé de l'orthose et de l'albite, et que dans les cipolins, plus anciens, on a reconnu un ensemble de minéraux cristallins qui se développent dans ces conditions. Nulle part peut-être, comme le fait remarquer M. Lory, la séparation des Alpes granitiques et des Alpes calcaires n'est plus tranchée que dans le Graisivaudan : d'un côté de l'Isère, la chaîne primitive de Relledonne, étayée à sa base par des collines de lias, et, de l'autre, le massif calcaire de la Grande Chartreuse, avec ses premiers gradins composés de terrain jurassique et ses arêtes les plus saillantes composées de crétacé qu'on ne voit nulle part dans les Grandes Alpes granitiques.
Aussi les formes des montagnes qui bordent la vallée sont-elles très différentes; le contraste est frappant. Dans cette région, les calcaires des Alpes se confondent presque avec ceux du Jura; M. Lory place la séparation à la faille de Voreppe. Dans le terrain tertiaire, le nummulitique, le flysch, composé surtout de schistes argileux et de grès, et la mollasse occupent une large place; près d'Embrun, ces terrains forment des massifs mon tagneux d'une hauteur de 300 mètres. Du côté du bassin du Pô et de l'Adriatiquc, les Alpes Occidentales n'ont, pour ainsi dire, pas de contreforts sédimentaires ; le pied des roches cristallines est empâté dans la plaine quaternaire ou flanqué, au débouché des deux Doire, par les moraines d'anciens glaciers. A partir du lac Majeur, ces moraines prennent plus de développement et forment, devant les grands lacs du bassin du Pô, un long réseau de collines mamelonnées ; en outre, derrière ces collines se trouvent des contreforts du noyau central, crétacés, jurassiques, triasiques ou carbonifères, qui se dressent jusqu'à une altitude de 3,000 mètres dans les Alpes du Rergamasque.
A l'est de l'Adige, le trias domine dans les Alpes Carniques, et le crétacé vers l'extrémité orientale des Alpes Juliennes. Les Alpes Cadoriques, entre l'Adige et la Piave, présentent des masses considérables de dolomie, roche saccharoïde, blanche ou grisâtre, composée de carbonate de chaux et de carbonate de magnésie; elle a fait donner à cette partie du système le nom de massif Dolomitique. C'est une région d'ailleurs très complexe au point de vue géologique; des tufs et des basaltes, semés à sa partie méridionale, indiquent l'action LA STRUCTURE GÉOLOGIQUE 13 des volcans sur sa formation et s'étendent, parles collines du Vicentin, jusqu'au milieu de la plaine du Pô. Au sud du fleuve, les monts Euganéens sont aussi d'origine volcanique, mais d'une constitution toute différente. Au nord des Alpes Centrales, les roches sédimentaires, formées prin cipalement de jurassique, occupent la moite du Valais, depuis la Jung frau et la Gemmi ; orientées du nord-ouest au sud-est, elles sont la con tinuation des formations analogues de la Savoie et du Dauphine et elles atteignent dans les Rémoises 3,268 mètres au Wildhorn.
Au jurassique se mêlent le crétacé et le tertiaire. Plus au nord, les dernières rangées de montagnes, entre le lac Léman et le lac de Constance, sont de terrain tertiaire miocène. Les montagnes de la plus grande partie du Rhin supérieur sont de terrain jurassique, lequel se prolonge jusqu'au centre de la masse granitique dans les Alpes Bhétiques et forme les Alpes de Bavière, de Salzburg et d'Autriche ; ce sont les contreforts septentrionaux du noyau central, lesquels se composent de trias, un peu de crétacé et, à leur extrémité septentrionale , de tertiaire ; ils sont disposés en bandes longitudinales, parallèlement à la crête des Alpes Noriques. Le Wienerwald appartient presque entièrement au tertiaire. A l'est, l'enveloppe du noyau central est formée à peu près partout de tertiaire miocène, moucheté çà et là de déjections volcaniques.
Les grandes failles, comme celles du flysch et du trias qui s'étendent au nord des Alpes depuis le Bhin jusqu'à Vienne, sont dirigées la plupart de l'ouest à l'est. Les limites des formations géologiques, surtout clans la partie septentrionale, ont la même direction. Les géologues ont longtemps professé que la formation des Alpes était due soit à des soulèvements de la croûte terrestre, soit à des con tractions résultant de son refroidissement. Beaucoup sont d'accord aujourd'hui pour dire qu'entre la formation de la Méditerranée et le dernier et principal soulèvement des Alpes il existe une intime relation. Plusieurs supposent que le bassin de cette mer intérieure s'est creusé par un affaissement du sol, que cet affaissement a exercé sur les terres voisines du rivage (et dans ce temps toute la plaine du Pô était un golfe méditérranéen) une pression énorme qui a plissé les terrains et les a soulevés en formant une série d'ondulations perpendiculaires à la poussée et, par conséquent, parallèles au rivage.
Ces ondulations auraient donné naissance aux crêtes et aux longues vallées qui les séparent, et les versants des crêtes se seraient élevés brusquement en pentes rapides du côté où s'exerçait cette poussée, c'est-à-dire du côté de l'est dans le Piémont, et du côté du sud dans la Lombardie et la Vénétie, tandis que les versants opposés se seraient allongés en pentes plus douces. Dans les Alpes Centrales, et surtout dans les Alpes Orientales, les grands plissements sont orientés de l'ouest à l'est. Le plus ancien de ces plissements, qui est aussi le plus septentrional, aurait laissé au nord de sa muraille une mer intérieure qui, d'après certains auteurs, aurait subsisté pendant une longue période ; dans l'intérieur du massif alpestre, entre les rides successives, il serait resté des golfes ou des lacs marins : de là les dépôts que l'on rencontre au milieu des roches de soulèvement.
Soulèvement, affaissement ou plissement par pression latérale, la nature a procédé d'abord par une action mécanique pour créer cette gigantesque aspérité de la croûte terrestre qu'on nomme les Alpes. C'est ainsi qu'elle a formé la plupart des chaînes de montagnes, travaillant d'abord, si l'on peut employer cette comparaison, au « repoussé », comme fait un chaudronnier, et livrant la matière brute, que les eaux devaient ensuite, par un long et patient travail, limer et polir. Ce sont, en effet, les eaux qui ont achevé l'œuvre commencée par les soulèvements. Suivant l'opinion de certains géologues, elles ont la plus grande part dans le modelé actuel des Alpes. Par la pluie et la gelée, elles ont peu à peu désagrégé les sommets, découpé les crêtes, étendu de longs glacis d'éboulis au pied des grands escarpements.
Les eaux ont eu en général dans les Alpes une action opposée à celle des plissements ; ceux-ci ont fait le relief; celles-là l'ont atténué en démolissant les crêtes et en comblant les creux. En outre, par les glaciers, elles ont approfondi sur certains points et régularisé les vallées; par les torrents, elles ont dénudé et raviné les flancs des montagnes et macadamisé les bas-fonds. LA DIRECTION GÉNÉRALE DES CRÊTES ET DES DÉPRESSIONS 15 Dans les régions subjacentes qui entourent le massif alpestre, Faction des eaux a été peut-être plus considérable encore que dans le massif mème ; des contrées entières ont été formées de terrains de transport que les grands courants ont ensuite sculptés et striés en y dessinant des vallées disposées parallèlement ou en éventail.
Chapitre IV La Ihrection
GÉNÉRALE DES CHÉTES ET DES DÉPRESSIONS L'ensemble du système comprend donc deux parties distinctes : 1° Le noyau central de roches primaires, qu'on peut désigner sous le nom de Grandes Alpes ou d'Alpes intérieures, et qui renferme les plus hautes chaînes ; 2° Le cadre de roches sédimentaires qui les entoure et qu'on peut désigner sous le nom d'Alpes extérieures ou de chaînes latérales. On les distingue aussi par les noms de zone alpine et de zone subal pine, comme par ceux d'Alpes granitiques et d'Alpes calcaires. On désigne aussi sous le nom d'Alpes antérieures, Voralpen en allemand, Prealpien italien, les zones de collines qui, comme le Wienerwald, for ment les ramifications extrêmes des Alpes calcaires. Nous avons dit que les masses du noyau central se sont soulevées, affaissées, plissées à plusieurs reprises et de manières diverses.
Elles ont dû par suite se contracter et se fendre, se dresser en crêtes et se creuser en vallées; les crêtes 'Iles-mêmes, en se disloquant, se sont accidentées de pics et de cols. Les terrains sédimentaires, à leur tour, se sont en partie cristallisés par suite des pressions énormes qu'ils ont subies et des émanations qui les ont traversés pendant et après les dislocations; ils se sont partout plissés en longues ondulations sous Faction des pressions latérales, et ils ont formé aussi des crêtes , des sommets, des cols, des vallées, présentant ici des plans inclinés, là des murailles abruptes, suivant la manière dont ces pressions s'opéraient et la nature des couches qui les subissaient. Quoiqu'on doive beaucoup aux nombreux et savants travaux des géologues français, suisses, autrichiens et italiens pour la connaissance des Alpes, on n'a pas encore achevé l'étude complète de la géologie alpestre ; les descriptions et les cartes diffèrent parfois les unes des autres relativement à la répartition des terrains et surtout à leur origine.
Toutefois l'observation a mis hors de doute les gi^andes directions des soulèvements ou des déchirements. La première est la direction ouest-sud -ouest et est-nord-est, telle que les vallées supérieures du Rhône et du Bhin l'indiquent. La seconde est la direction sud-sud-ouest et nord-nord-est, telle que la marque la vallée du Graisivaudan ; cette dernière est caractéristique surtout des Alpes Occidentales. La troisième, dite soulèvement du Viso, est indiquée par la crête des Alpes Maritimes et orientée du nord-ouest au sud-est. La direction ouest-est se trouve dans plusieurs chaînes et dans de grandes vallées des Alpes Orientales. 11 en existe beaucoup d'autres encore ; dans les Alpes du Tirol et les Alpes Cadoriques, il y a des chaînes et des vallées orientées du sud-sud ouest au nord-nord-est, d'autres de l'ouest à l'est, d'autres du sud au nord, d'autres de Fouest-sud-ouest à Fest-nord-est, d'autres du sud-ouest au nord-est.
Les lignes de hauteurs et de dépression prennent ainsi des allures très diverses quand on étudie le détail. Mais, quand on considère l'ensemble, les grandes lignes seules dominent, et on voit qu'elles correspondent au plissement général qui accompagne le soulèvement. Ces lignes sont très accusées dans les Alpes Centrales et Orientales, où elles s'allongent de Fouest-sud-ouest à l'est-nord-cst. Toutefois leur croisement avec des plis et des fractures de moindre importance orientés du nord au sud ou dans des directions divergentes coupe et divise le système alpestre en un grand nombre de massifs, principaux ou secondaires. Les vallées communiquent ainsi les unes avec les autres par des gorges ou des cols qui facilitent les communications. L'examen d'une carte hydrographique des LA DIRECTION GÉNÉRALE DES CRÊTES ET DES DÉPRESSIONS 17 Alpes rend cette disposition très sensible.
En effet, la plupart des torrents suivent dans leur cours des lignes brisées, abandonnant brusquement, presque à angle droit, la gorge qu'ils suivaient, chaque fois qu'ils ren contrent une gorge transversale située à un niveau inférieur; cependant, un peu plus loin, il arrive souvent qu'un autre torrent naît et suit la direction qu'avait suivie d'abord le premier et accuse ainsi la conti nuité de la fracture. Les grandes dépressions du plissement général sont peut-être le trait le plus caractéristique du système alpestre : elles sont devenues les vallées des principaux cours d'eau. Ces fractures se présentent quelquefois comme des cluses serrées entre des parois hautes et abruptes, les gorges du Trient par exemple ; plus souvent sous forme de vallées à fond plat bordées de versants montagneux.
Dans leur partie supérieure, la pente du sol est très rapide ; elle s'adoucit peu à peu dans la partie inférieure. C'est ainsi que la pente du Rhin est de 10 mètres par 100 mètres pour les r> premiers kilomètres de son cours, par une altitude de 2, 'i-70 à 1 ,870 mètres, de 5 environ pour les 16 kilomètres suivants et qu'à partir de Haldenstein, à (\H kilomètres de la source, elle n'est plus guère que de 2 décimètres. La dépression la plus importante est celle qui s'étend de Martigny sur le Rhône à Kufstein sur l'inn, sur une longueur de 150 kilomètres, par le Valais, la Furka et FOberalp, la vallée du Bhin jusqu'à Coire, la vallée du Paznaun (séparée de la précédente par le massif de la Sil vretta) et la vallée de l'inn depuis Landeck. Dans la mème direction sont la coupure de la Valteline, qui se continue à l'ouest par le col de San .forio, le val de Yigezzo, le val Vedro pour aboutir au Simplon, et à l'est par le col d'Aprica et le val di Sole; celle du Pusterthal et de la vallée de la Drave, qui fait presque suite à la précédente, celle de la vallée du Gail, celle du col de Gerlos, du Pinzgau ou vallée de la Sal zach, du col de Wagrein, de la vallée fie ÏEnns et de la Salza, continuée par le col d'Annaberg jusqu'à Sanct-Pœlten, celle de la Mur, de la Mûrz, du Semmering et de la Schivarzait, celle de la Simme, des hies de Thun et de Brienz, du Brûnig, du lac des Quatre Cantons en Suisse, celle qui partant de Wœrgl, sur l'inn, suit la Salzach jusqu'à Salzburg, puis le Ranimer See et la Traun.
Dans les Alpes Occidentales, dont F orientation générale est différente, les grandes coupures ont aussi une autre direction, La principale est orientée du nord-nord-est au sud-sud-ouest : c'est celle du Graisivaudan, qui commence à la vallée de Chamonix, fait un crochet avec l'Arve, se continue par le col de Mégève, YArly et Ylsère jusqu'au Graisivaudan, puis se prolonge d'une manière moins caractérisée avec la direction nord-sud par le Drac, le col de la Croix-Haute, le Buech et la Durance. Le chemin de fer d'Annemasse à Chambéry et la route de Chambéry à Voiron, la ligne passant parle Petit-Saint-Bernard, la Haute-T arentaise , le col des Encombres et le col du Galibier, la haute vallée de la Durance; celles du Guil, de YUbaye ont la même direction. Les Alpes Occidentales sont coupées, d'autre part, par des dépressions transversales, orientées du sud-est au nord-ouest, dans la direction du soulèvement du Viso, comme l'est le Bas-Valais, de Martigny au lac Léman.
Les principales sont : la vallée de l'Arve, aboutissant aux cols du Bonhomme et de la Seigne et se continuant par le val d'Aoste: la Tarentaise inférieure, continuée elle-même, d'une part, par la trouée du lac d'Annecy et, d'autre part, par le col de la Vanoise et le mont Cenis ; la Maurienne, aboutissant aussi au col dit du Mont-Cenis et au val de Suse et continuée au nord par la route du Chàtelard ou par la trouée de Chambéry; la route du Lautaret, de Briançon à Grenoble, continuée d'une part par l'Isère, d'autre part par le mont Genèvre ou par le col d'Izouard, le col Agnel et la Varoche ; le col de Larche, continué en Italie par la vallée de la Stura, en France par le col de Vars jusqu'à Mont-Dauphin. Les routes de France en Italie et les principaux chemins de mulets, qui sont fréquentés aujourd'hui par les montagnards ou qui deviendraient importants en temps de guerre pour la défense de la France, suivent ces directions transversales. LE CLIMAT 19
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