Introduction
L'esquisse d'une histoire des civilisations primitives que nous livrons à la publicité est le résumé d'une série d'analyses et de vérifications opérées sur la totalité des documents disséminés que ['érudition moderne a recueillis comme épaves des annales des anciens peuples. A Thistoire des Égyptiens, des Assyriens de Ninive et de Babylone, des Perses, des Mèdes, des Iraniens ou Mèdes primitifs, des Juifs, des Phéniciens, nous rattachons, après l'avoir vérifiée définitivement, la chronologie des premiers temps de la Grèce. Nous y rattachons aussi, comme spécimen d'un travail qui ne peut être aujourd'hui qu'ébauché, les principales dates et les plus remarquables événements de Thistoire des Indous. Notre travail, nous le déclarons dès ces premières lignes, brise l'étroite prison dans laquelle Thistoire classique entasse les lambeaux encore subsistants des récits des premiers âges.
Nous adoptons comme vraies et nous réussissons à remettre à leur véritable place une foule de traditions que peu de personnes con naissent, et qui ne paraissaient absurdes et incohérentes que parce qu'elles étaient confusément agglomérées. Nous énonçons comme réelles, authentiques, le plus souvent très-précises, quelquefois mathématiquement vérisiables, des dates dont Tancienneté donne le coup le plus rude à des préjugés sucés avec le lait. Tous les peuples de TEurope moderne n'ont-ils pas été élevés dans la ferme croyance que Thumanité est très-jeune? Eh bien !
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2 les peuples anciens, leurs plus illustres philosophes en tète, la croyaient très-vieille '. Nous n'hésitons pas à adopter Topinion iles anciens, parce que nous la trouvons appuyée sur des preuves encore nombreuses, faibles restes de celles qu'ils possédaient; parce que ces preuves, provenant des sources les plus diverses, concordent admirablement lorsqu'on les rapproche bien ; parce que quelques-unes des dates, directement conclues des données chronologiques originales, se révèlent, par certains indices évidents, comme des époques astronomiques; parce qu'enfin des calculs divers, nombreux, dont quelques-uns sont susceptibles d'une parfaite précision, s'accordent tous à accumuler sur ces époques des phénomènes célestes tellement caractéristiques, qu'il ne peut être permis d'attribuer ce concours au hasard.
Pour déterminer nettement, à Tavance, le champ de la discussion, annonçons tout d'abord que nous sommes en mesure de démontrer la précision, tant chronologique qu'astronomique : De Tépoque de Tan 146,11 avant Jésus-Christ, origine de la période égyptienne dite de Ma; De Tépoque d'une réforme du calendrier égyptien à la fin de la septième dynastie, en Tan 4286 ; De Tépoque d'une réforme du calendrier à Babylone vers i'an 2783; De Tépoque d'une réforme du calendrier Iranien par le roi Djemschid, vers Tan 7000 suivant la chronologie, précisément en Tan 7048 par les cycles et vérifications astronomiques; De Tépoque ou commencement de la période dite Satya Youg en l'an 13901, chez les Indous; Du commencement du Tetra Youg, en Tan 9101 , chez les mêmes peuples. Diverses autres époques 'sont encore vérifiables par l'aslro noniie, niais avec moins de précision ; par exemple : Tère des 1 En parlant ainsi de l'humanité, nous emplojons des expressions qui ne sont susceptibles que d'une justesse relative.
L'humanité est bien vieille, si, pour mesurer le temps qu'elle a vécu, on prend pour unité la vie moyenne d'un homme. Elle peut être très-jeune relativement à la longueur de sa propre \ie. Nous ignorons quelle durée Dieu lui a assignée, mais il nous semble qu'elle se débat encore dans les langes de son enfance.
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3 Manouantaras dans l'Inde, correspondant à Tan 19337; Tère de Thoth en Égypte, correspondant à Tan 17932; etc. etc. Toutes ces ères ont entre elles une solidarité plus ou moins intime, mais indéniable et caractéristique: elles procèdent Tune de l'autre par une filiation qui devient évidente dès qu'on Ta en trevue. Ainsi se révèle, chez les anciens peuples, Texistenee de rapports, d'influences réciproques dont Thistoire avait perdu le souvenir. Annoncer que nos recherches conduisent à de tels résultats. c'est, nous le savons bien, les signaler au dédain, peut-être même à la colère de ceux qui en entendront parler. Toute idée nouvelle et vraie détruit, en naissant, d'anciennes opinions qui ne dispa raissent jamais sans une résistance plus ou moins vive, plus ou moins opiniâtre. La raison toutefois finit par triompher des obsta cles qui lui ont été opposés.
Profondément convaincu que notre travail rétablit dans leurs anciens droits des vérités très-importantes, longtemps obscurcies par un fatal malentendu, nous le présentons avec confiance au petit nombre de lecteurs disposés à Texaminer sans parti pris à l'avance. Or il est, avant toute discussion, nécessaire de remonter à la source du dissentiment qui existe entre Técole moderne et les écoles anciennes sur ['antiquité des races humaines. Le christianisme, continuation et développement de la reli gion juive, rangea, dès les premiers moments de son existence, les livres sacrés des Hébreux dans le canon des écritures régu latrices des dogmes nouveaux. Ainsi tenus de respecter, comme une inspiration de Dieu, les principes de foi et de morale énoncés comme tels dans la Bible, les chrétiens s'accoutumèrent insensiblement à entourer du même respect les parties de ce livre qui sont étrangères aux questions religieuses; bientôt les écritures, dont le témoignage n'était d'abord invoqué que dans les controverses théologiques, furenl malheureusement prises pour guides de sciences purement humaines.
Aussi devinrent -elles promptement le phare des premiers historiens de Técole chrétienne, de saint Clément d'Alexandrie, de Jules Africain, d'Eusèbe et autres.
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4 Cette auréole d'infaillibilité dont on entoura les données chronologiques des livres hébreux a continué, de siècle en siècle, à briller d'un éclat trompeur, et c'est elle qui, aujourd'hui encore, égare tant de recherches sur Tantiquité. En vain des observations critiques, acceptées par tous les savants, ont-elles signalé des contradictions essentielles entre les divers textes historiques de la Bible, contradictions que nous rappellerons plus loin; une habitude pétrifiée par dix-huit siècles de durée continue à faire prévaloir obstinément Topinion que la chronologie juive est le meilleur critérium de Thistoire. On n'ose plus dire qu'il est infaillible, on soutient du moins qu'il est le plus sûr. Remarquons encore que non-seulement la Bible a engagé 1 éru dition dans une fausse voie, mais qu'elle a, de plus, fermé l'aceès des voies anciennes en créant des tendances â Tanéantissement des livres que nous regrettons.
Placés, par un déplorable préjugé, à un faux point de vue, les premiers chrétiens rejetaient avec mépris toutes les histoires pro fanes qui heurtaient les traditions juives; ils adoptèrent, tout au plus, les parties que certaines mutilations pouvaient réduire aux proportions exiguës du cadre chronologique hébreu. Les Grecs et les Romains du paganisme, dans leur injuste dédain pour la civilisation des peuples qu'ils appelaient barbares, n'avaient guère jeté sur les traditions de ceux-ci que quelques regards distraits, niais du moins impartiaux. Devenus chrétiens, ils passèrent, sur ces documents, de Tindiiïérencc à la défiance, de la défiance à l 'hostilité. Les histoires originales de l'Égypte, de la Chaldée, de la Phénicie et d'autres pays, rongées par les vers, quelquefois livrées aux flammes par des zélateurs fougueux, disparurent peu à peu des bibliothèques.
Les ravages des barbares, Germains et Slaves, semant partout Tignorance, complétèrent bientôt en Occi dent T œuvre de destruction. Les mahométans, sous Tinfluence des mêmes préjugés qui égaraient les chrétiens, étendirent vers l'Ûrient ces déprédations, et nous devons, tout particulièrement, leur reprocher la perte des antiques traditions du magisme et du sabéisme. Ainsi que nous Tavons déjà rappelé, tous les trésors des vieilles
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civilisations ne sont cependant pas perdus. Par exemple, on re trouve encore dispersés dans quelques ehronographies des lam beaux de l'hisloire égyptienne de Manethon, dont ['historien juif Josèphe nous a aussi conservé des fragments. 11 y a peu d'aimées, à de rares exceptions près, les savants dédaignaient ces restes d'un important ouvrage, par celte seule raison qu'ils deviennent incompréhensibles dès qu'on veut essayer de les redresser parallèlement à Thistoire des Hébreux. Aujourd'hui, une réaction s'opère peu à peu contre ce mode de critique. Les admirables travaux de Champollion, en restituant ['intelligence plus ou moins parfaite des inscriptions qui couvrent les débris de monuments dont le sol de l'Égypte est pavé, ont provoqué des discussions qui rallient enfin la majorité des savants à cette idée, que Thistoire d'Égypte ne peut trouver place dans les étroites limites que la Bible pose pour Thistoire de l'humanité. .Mais, tout en regrettant amèrement la perte de l'ouvrage de Manethon, rédigé, on le sent désormais, à l'aide de documents authentiques, les savants continuent de déclarer que les fragments subsistants de cet ouvrage sont trop mutilés et trop informes pour qu'on puisse les coordonner.
Deux ou trois seulement ont essayé, abstraction faite de tout préjugé, d'utiliser les données qu'on y trouve: malheureusement ils semblent n'avoir pas aperçu celles qui en garantissent la reconstruction. Ils ont choisi, un peu au hasard, un peu sous la pression d'idées préconçues, parmi des chiffres qui sont quelquefois discordants par la faute des copistes. Leurs con clusions sont plausibles, nous verrons mème qu'elles appro chent beaucoup de la vérité; mais elles manquent de preuves décisives. Ces preuves, nous sommes en mesure de les donner: elles garantissent la reconstruction complète de l'ensemble et des principaux détails de Thistoire d'Egypte, et nos recherches ont reconstitué aussi presque entièrement les chronologies des autres peuples. La discussion de tous les documents que nous avons rassemblés et examines forme la partie analytique de notre travail, partie dont nous ajournons la publication complète, parce qu'elle est trop volumineuse. Nous ne pouvons cependant
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6 commencer la partie synthétique sans présenter un résumé, aussi succinct qu'il nous sera possible, de nos travaux dialyse. Ils ont été commencés il y a quinze ans, à une époque où nous étions bien loin de penser que les premières vérités que nous apercevions nous conduiraient, pas à pas, à de nombreuses vérités nouvelles. Notre moisson est abondante; nous n'en pré voyions d'abord pas la richesse et nous Tavons faite épi à épi. Pour suivre un enchaînement logique, nous n'avons à peu près qu'à raconter sommairement, sans presque rien changer à leur ordre, les observations successives que nous avons faites. Ce récit, il nous est malheureusement impossible de le dépouiller des formes sévères et peu gracieuses que revêtent inévitablement toutes les discussions de chiffres. Nous aurions bien désiré leur donner ici moins de développement ; mais ceux qui les parcourront sentiront bientôt que les réduire plus que nous ne Tavons fait, ce serait leur ôter presque toute leur force.
Nous avons cherché à en dire assez pour mettre les savants laborieux à même de vérifier Texactitude de nos citations et de nos calculs; mais d'autre part nous avons craint, en détaillant trop nos preuves, de rebuter complètement ceux de nos lecteurs qui, curieux de les examiner toutes ou en partie, n'ont que peu île temps à consacrer à un tel examen. Démontrer que les chronologies des peuples anciens, examinées et adoptées en dehors des préjugés classiques, concordent tout naturellement pour donner une série logique de faits, pour fournir le canevas d'une histoire qui embrasse plus de vingt mille ans, voilà le but de la partie synthétisée de notre œuvre. Elle ne rebutera, nous Tespérons, aucun lecteur sérieux. Mettre, dès aujourd'hui, ceux à qui il conviendra d'en prendre la peine à mème de constater que telle ou telle de ces chrono logies, prise isolément, s'appuie sur une série de documents sérieux, et que les plis importantes sont rigoureusement exactes, c'est le moins que nous puissions faire, en ce moment, pour la partie analytique. Plus tard, nous pourrons donner la reproduction complète des nombreux textes que nous avons utilisés tels qu'ils sont.
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7 .Nous reproduirons en même temps, en les corrigeant, en les expliquant ou en les abandonnant, ceux beaucoup plus rares qui sont ou semblent être en désaccord avec les autres. C'est, nous le répétons, un travail que nous avons fait, mais qu'il nous est aujourd'hui impossible de mettre en ordre et de publier. Nous ajournons aussi la publication de nombreux tableaux synop tiques qui signalent, au premier coup d'oeil, les concordances ou discordances des divers documents. Nous les avons dressés pour assurer nos pas dans le labyrinthe que nous parcourions, mais leur impression serait trop coûteuse pour qu'il nous soit permis de songer à Tentreprendre maintenant. Quant aux calculs qui établissent nos vérifications astronomiques, nous attendrons pour les publier que T Académie des sciences, qui les a reçus à examen, se soit prononcée surla valeur des procédés que nous avons employés pour reconstruire Eclat du ciel à des dates si vieilles.
Ils ont déjà acquis Tadhésion de calculateurs habiles et expérimentés. Commençons nos analyses par Texamen de la chronologie égyptienne. C'est la première que nous ayons reconstruite; c'est aussi celle qui s'appuie sur un plus grand nombre de chiffres authentiques , celle dont l'astronomie garantit avec plus de puissance la véracité. ANTIQUITÉ DFaS RACES HUMAINES CHAPITRE PREMIER CHRONOLOGIE DFaS EGYPTIENS Les prêtres égyptiens, en possession d'une foule d'inscriptions, de tableaux historiques sculptés, de manuscrits et. de légendes, riches de documents de toute espèce sur Thistoire de leur pays, mais n'aimant la science que pour eux, n'avaient probablement jamais dressé un corps d'annales continues pour Tinstruction du peuple, lorsque Ptolémée Philadelphe, fondateur de la biblio thèque d'jUexandrie, ordonna au prêtre Manethon de rédiger un résumé des fastes deTEgypte.
Cet ouvrage, écrit en troisvolumes, est aujourd'hui perdu; mais le Syncelle, chronograplie byzantin, nous en a conservé une espèce de table des matières qui avait d'abord été copiée par Jules Africain; de plus, une seconde copie de la mème table faite par Eusèbe. Dans sa dissertation contre Appion, le Juif .losèphe avait, avant eux, intercalé des fragments textuels de Manethon; en outre il en avait analysé d'autres mor ceaux. Dans la partie de la chronique d'Eusèbe, traduite du grec en latin par saint Jérôme, on retrouve la dernière section des fragments que le Syncelle en citait. Enfin, dans une traduction faite en arménien de la même chronique, traduction d'après laquelle, il y a peu d'années, on a reproduit en latin tout l'ouvrage, on trouve, en forme de prolégomènes, d'autres fragments de Manethon, relatifs aux origines mêmes de Thistoire d'Égypte.
Tous ces lambeaux suffisent pour rétablir Tensemble et les principaux détails de Téchelle chronologique de Manethon. Un premier examen convaincra tout lecteur attentif que les fragments conservés par Josèphe sont les moins altérés; qu'après ceux-là, les fragments transmis par Africain offrent le moins de chiffres discordants; on voit enfin que les extraits sont d'autant plus falsifiés qu'ils appartiennent à des copies plus récentes. Voilà ce qui apparaît à quiconque examine, sans avoir d'avance aucun parti pris; voilà ce qu'il était, à priori, facile de prévoir, par qui connaît la faiblesse de la raison humaine. Toutes les altérations du texte de Manethon s'expliquent bien naturellement par les efforts qu'Africain, ensuite Eusèbe, ensuite leurs imitateurs, ont tentés pour faire concorder, avec le système chronologique de la Bible, toutes les parties de Thistoire égyptienne ayant des points de contact avec Thistoire juive.
Le premier falsificateur a été le plus timide. Suivant Africain, les onze premières dynasties décrites par Ma nethon, à partir du roi Ménès, embrassaient une durée de 2350 ans 70 jours. Les durées successives assignées à chaque règne et à chaque dynastie cadrent parfaitement avec le total énoncé, ou, du moins, il suffit de faire une rectification, une seule. Pour la 7e dynastie, dont les règnes partiels ne sont pas donnés, Africain compte 70 rois qui auraient régné 70 jours. En outrant la bizarrerie de cet énoncé, nous nous permettrons de lire : 70 rois qui ont régné 70 ans moins 70 jours. Moyennant quoi, l'addition de toutes les dynasties reproduit bien le total : 2350 ans moins 70 jours. On aurait tort de rejeter, de prime abord, notre lecture comme absurde; nous la démontrerons logique et très-signtficative.
La copie du tome premier par Eusèbe offre des détails bien plus altérés; en tout il a été, plus qu'Africain, copiste négligent et infidèle. Toutefois, les masses restent assez bien conservées, et no tamment le total ne présente qu'une très-faible différence. II est de 2300 ans. Concluons donc : la durée du tome premier est de 2350 ans moins 70 jours. Le total du tome deuxième de Manethon est énoncé par Africain : 2121 ans. Eusèbe, dans les citations du Syncelle, donne 1121 ans; mais l'Eusèbe traduit de l'arménicn donne, lui aussi, 2121. Les 1121 de l'Eusèbe byzantin sont une foute de copie évidente et très-simple. Quant aux détails, ils sont plus en désordre que ceux du tome premier ; il est toutefois facile de rétablir très-plausiblement leur accord parfait, tant entre eux qu'avec le total, qui est bien réellement 2121 ans.
Pour le tome troisième, qui lui, tout entier, marche parallè lement à Thistoire juive, Africain et Eusèbe ont tellement dé naturé les détails, chacun d'eux pour les ajuster au système qu'il adoptait pour trancher les discordances de la chronologie juive, qu'il devient impossible de reconnaître les chiffres vrais au milieu des chiffres altérés. L'addition des durées partielles énoncées par Africain donne un total de 863 ou de 867 ans. Les durées par tielles d'Eusèbe donnent un total de 837 ans. On n'aurait donc aucune donnée satisfaisante pour relier les temps correspondants aux deux premiers tomes, avec Tépoque bien connue où se ter mine le troisième, si Africain n'avait eu la ronne foi d'avouer que le total énoncé par Manethon pour le troisième volume de son ouvrage est de 1050 ans. Or ce chiffre de 1050 est garanti pur de toute altération, de la part des copistes d'Africain, par cette circonstance qu'on le retrouve énoncé comme chiffre donné par Manethon dans un passage du Syncelle (page 256 de l'édition de Goart).
Le tome troisième de Manethon contenait donc 1050 ans. Ce dernier volume s'arrête à la conquête de l'Égypte par Alexandre, à la date non contestée, avant Jésus-Christ 332. Ajoutons 1050, nous aurons, pour la date du commencement du tome troisième, qui est aussi celle du commencement de la vingtième dynastie, 1382. Ajoutons 2121 ; le commencement du tome deuxième et le com mencement de la douzième dynastie tombent à la date 3503. Ajoutons 2350 (en négligeant les 70 jours énoncés en moins), le commencement de la première dynastie et Tavénement du roi Ménès tombent à la date 5853. Voilà trois dates traduites en notre langue, d'après trois chiffres directement donnés par Manethon, et qui paraîtraient purs de toute altération de la part des copistes, quand rien même les chiffres DE DÉTAIL NE VIENDRAIENT PAS LES CONTRÔLER.
Us limitent une portion de Thistoire d'Égypte, dont une série presque continue de monuments encore subsistants attestent la réalité et la très-longue durée. On n'a certainement aucune raison sérieuse de douter du témoignage de Manethon, qui avait à sa disposition bien plus de documents de tout genre que nous n'en possédons et qui savait, personne n'osera le nier aujourd'hui. les interpréter beaucoup mieux que nous, modernes, ne saurons jamais le faire. Partons maintenant de ces points fixes pour déterminer les dates intermédiaires dont nous aurons bientôt besoin. De la date 5853 retranchons successivement les durées énoncées pour chacune des six premières dynasties, savoir : 253, 302, 214, 277, 248, 203, ou plus commodément le total de ces dynasties, qui est aussi, lui, directement énoncé : 1497 ans.
Nous aurons, pour le commencement de la septième dynastie, la date avant Jésus-Christ, 4356. Cette dynastie, comme nous savons déjà dit, est énoncée 70 rois pendant 70 jours : et nous répétons que nous nous per mettons de corriger cette énonciation en disant : 70 rois pendant 70 ans moins 70 jours. Nous devons ici négliger de tenir compte des jours, et nous disons que la septième dynastie a fini et que la huitième a commencé à la date 4286. Pour vérification, retranchons successivement de cette der nière date les durées assignées aux 8e, 9e, 10e, 11e dynasties, c'est-à-dire 146, 409, 185 et 43 ans, et nous retombons sur la date déjà lixée ci-dessus pour la fin de la onzième et le commen cement de la douzième dynastie, c'est-à-dire, sur Tan 3503. Où donc avait-on puisé cette idée, généralement admise, que les fragments de Manethon sont discordants, surtout pour les temps anciens?
Notons, en passant, que les six premières dynasties sont détaillées, roi par roi; que les successions et les durées des règnes sont très-conformes aux lois de la nature et cadrent bien avec les totaux. De la septième à la onzième dynastie inclusivement, on énonce simplement le nombre total des rois et la durée pour chaque groupe. La septième a 70 rois; la huitième, 27; la neuvième, 19; la onzième, 16 rois. Ces nombres, comparés aux durées, donnent des règnes trop courts, si on les suppose successifs. Divers indices nous permettaient déjà de croire que, pendant cette période , le pouvoir était divisé entre des souverains collatéraux, lorsque nous remarquâmes, dans les discussions des égyptologues, que les monuments tranchent nettement les doutes en ce qui concerne la onzième dynastie. Une phrase qui, dans les fragments d'Africain, et dans ceux d'Eusèbe aussi, clôt l'analyse du tome deuxième de Manethon achève la démonstration : « La onzième dynastie, discnt-ils, se compose de 16 rois « Diospolites qui ont régné 43 ans.
Après quoi, Aménemès régna seul » pendant 16 ans. » Les rois qui ont précédé ces 16 ans régnaient donc collatéralement. 11 est probable que c'est à cette époque qu'il faut reporter la tradition, mal comprise par les auteurs grecs, d'une ancienne division de l'Égypte en douze souve rainetés. Ces douze fractions du pays paraissent d'ailleurs avoir toujours eu des intérêts solidaires; mais, comme nous n'avons aucune donnée certaine pour définir nettement ce mode de gouvernement, nous nous permettrons de créer pour le désigner un mot particulier : nous l'appellerons synarchie. C'est, sans doute, à la difsieulté de ranger en une série chronologique des règnes parallèles qu'il faut attribuer Tomission par Africain et Eusèbe des noms des Synarques. Les 16 ans de monarchie attribués à Aménemès ne sont pas totalisés dans le calcul du tome premier de aManethon ; ils doivent donc former le premier règne du tome second.
Ce tome commence, nous Tavons vu, en Tan 3503 avant Jésus- Christ. Retranchons d'abord de cette date les 16 ans d'Amenemès, puis la durée totale des huit monarques ses successeurs, tous nommés avec le temps de leur règne, durée qui est énoncée 160 ans et qui résulte aussi de l'addition des 8 règnes, nous aurons Tan 3327 pour commencement de la treizième dynastie, et celle-ci paraît, ainsi que les suivantes, composée de nouveau de rois Synarques. En examinant attentivement les fragments d'Eusèbe et ceux d'Africain, on voit qu'Eusèbe, pour une raison qui va bientôt devenir évidente, a réuni en une seule les treizième et qua torzième dynasties, en donnant au total 453 ans ; que la treizième a eu pour sa part 245 ans, et la quatorzième 184 ans. Retranchons de la date 3327 ci-dessus fixée les 453 ans, nous trouverons pour la fin de la quatorzième dynastie Tan 2874.
De la même date 3327, retranchons successivement 245 et 184, nous trouverons, pour cette même fin de la quatorzième dy nastie, 2898. Les deux opérations diffèrent de 24 ans clans le résultat. Cette discordance peut recevoir une explication très-plausible. car nous voici arrivés à une époque où l'Égypte fut dévastée et assujettie par des étrangers que Manethon nomme tantôt Hycsos, tantôt Rois pasteurs, tantôt Phéniciens, et qu'il croit de race arabe. Le récit qu'il fait de leur invasion donne à entendre qu'ils se livrèrent à des déprédations pendant un certain temps, qu'il n'exprime pas, et qu'il nous est permis d'évaluer provisoirement à 24 ans ; après quoi, ils se choisirent un roi nommé Salatis. Nous allons voir Africain donner la série des Hycsos, Eusèbe donnant la série des Souverains indigènes réfugiés dans un coin de l'Égypte.
II est naturel de penser qu'Africain prend Thistoire des Hycsos à leur entrée en Égypte, et qu'Eusèbe nc termine, lui, la qua torzième dynastie que 24 ans plus tard, lorsque le dernier roi de cette dynastie, nommé Timaiis, perdit le trône et probablement la vie sous les coups de THycsos Salatis, qui parvint ainsi au trône. Cette supposition devient plus plausible quand on remarque qu'Africain donne 284 ans à la première dynastie des rois étrangers, tandis que les fragments conservés par le Juif Josèphe en donnent une liste qui n'embrasse que 260 ans. Voilà, en sens contraire, notre discordance de 24 ans qui se trouve ainsi com pensée. En effet, partons de la date 2898 que nous avons donnée, d'après Africain, à Tinvasion, et retranchons Tune après l'autre les durées qu'il donne aux trois dynasties successives d'Hycsos, savoir : 284, 518, 150 ans, nous trouverons la date 1945 pour Texpulsion de ces dominateurs et le commencement de la dix-huitième dynastie.
D'autre part, suivons parallèlement la série des rois indigènes donnée par Eusèbe, partons de Tan 2874, trouvé, d'après lui et d'après Josèphe, pour la mort de Timaûs et le commencement du règne de T étranger Salatis, retranchons les durées assignées aux dynasties indigènes suivantes, à savoir : 484, 250, 190, nous arri vons à la date 1950, qui ne diffère que de 5 ans de celle fournie par Topération précédente. II est vrai que, suivant Eusèbe, nous aurions encore, avant d'arriver à la dix-huitième dynastie, à tenir compte d'une dynastie de rois Hycsos: mais la liste qu'il en donne est celle quWfricain et Josèphe s'accordent à placer à la suite immédiate de Tinvasion. Le texte de Josèphe est d'ailleurs narratif, très-clair et très-précis. Eusèbe évidemment fait ici une intercalation maladroite, et c'est pour réserver un numéro d'ordre à cette dynastie transposée qu'il en a, plus haut, effacé un, en confondant en un seul groupe la treizième et la quatorzième dynastie.
Quant au motif qui a pu le poussera cette adultération des textes de Manethon, il est fort évident; Eusèbe a cédé au désir d'amener cette série d'Hycsos à IV|ini|ueoùson système chronologique plaçait le patriarche hébreu Joseph; nous ignorons d'ailleurs quelle raison il avait pour tenir tant à ce synchronisme, qu'il exprime en termes très-formels. Quant à la petite différence de 5 ans, entre nos deux derniers coinputs, elle est presque insignifiante, et il est, au surplus, très facile de la faire disparaître complètement en admettant une supposition Ioule naturelle. Le premier refuge de Indépendance égyptienne fut la ville deXoïs, dans le Delta. Or, à la quinzième dynastie, composée de .Synarques Xoïtes, on voit succéder la seizième, composée de souverains Diospolites. L'indépendance succombant, dans le Délia, sous les efforts prolongés des étran gers, aurait, après cinq ans d'un assujettissement complet, relevé son drapeau à Diospolis (Thèbes), dans la haute Égypte.
Moyen nant cette intercalation de 5 ans entre les Xoïtes et les Diospo lites, nous retombons définitivement sur la date 1945 pourTexpul sion des Hycsos et le commencement de la dix-huitième dynastie. Nous y arrivons exactement par deux routes différentes, à l'aide de deux petites suppositions très-naturelles et très-plausibles, Tune tranchant une discordance de 24 ans, l'autre une discordance de 5 ans. Le désir de concentrer leurs forces pour repousser T étranger dégoûta, sans doute, les Égyptiens de la synarchie, car la dix septième dynastie se compose de 5 monarques qui firent, pendant 150 ans, Manethon nous Tapprend, une rude guerre à leurs oppres seurs. Le cinquième monarque, Toutmosis, réussit enfin, en la quatrième année de son règne, à les chasser d'Égypte ; et, après après leur expulsion, il régna glorieusement sur toute l'Égypte pendant 25 ans.
Ces 25 ans sont seuls comptés dans la dix-huitième dynastie, les 4 premières années du règne appartiennent à la dix-septième. Cette circonstance suffirait, à elle seule, pour démontrer que le mot dynastie n'a pas, chez Manethon, le sens qu'on y attache généralement. II signifie évidemment, groupe de rois, ou plutôt période. Nous aurions pu tirer la mème conclusion de ce qui est dit ei-dessus du règne d'Amenemès, qui, comme roi Synarque, appartient à la onzième dynastie, et, comme monarque, à la douzième. Nous allons aussi voir, plus loin, la dix-neuvième dynastie commencer par le íìls du dernier roi de la dix-huitième, et non pas par un prince de race nouvelle. Désormais nous substituerons donc quelquefois, dans tout ce qui nous reste à dire de l'Égypte, le mot groupe ou le mot période au mot dynastie.
II convient, dans un travail de critique, d'écarter les termes ambigus. Les détails du dix-huitième groupe ont été un peu altérés, tant par Eusèbe que par Africain. Nous prenons ici, pour la première fois, ce dernier en flagrant délit d'adultération volontaire d'un texte. II y a été conduit par le besoin de faire tomber le commencement de la dix-huitième dynastie à Tépoque que son système chronologique assigne à Moïse. 11 adoptait ainsi Topinion erronée formulée par Thistorien juif Josèphe, qui identifie les ancêtres de sa nation avec les Hycsos et s'efforce de prouver que Texpulsion de ceux-ci représente l'Exode de ceux-là. Cette opinion est formellement contraire aux textes précis de Manethon, cités par Josèphe lui-même, textes qui, au reste, nous donnent une liste des rois de la dix-huitième dynastie, laquelle ne peut exciter aucun soupçon raisonnable.
Nous Tadoptonscomplétement jusqu'à Tavéne ment d'Aménophis, dernier roi du groupe, avènement qui se trouve ainsi fixé à Tan Ì63Ì, puisque les règnes entre Toutmosis indu- M sivement et .\menophis exclusivement donnent un total de 31 4 ans. Aménophis aurait régné 19 ans, suivant Josèphe ; nous pensons ijue ce chiffre s'applique seulement à la première partie du règne de ce prince, qui, à la suite de guerres avec les impurs, fut forcé de chercher pendant 13 ans un refuge en Éthiopie. Son départ serait donc placé à la date 161 2, son retour à la date 1 599. Admettons qu'il ait ensuite régné 8 ans, la totalité du règne, toutes les péripéties comprises, aurait été] 40 ans, comme le dit Eusèbe, et il se serait terminé en Tan 1591. Nous dirons plus tard ce que c'était que ces impurs qui chassèrent.
Aménophis. Le dix-neuvième groupe commençant en Tan 1591 et ayant duré 209 ans, on voit que sa fin, qui est aussi celle du tome second de Manethon, retombe sur Tan 1382, date que nous avions obtenue par les grands totaux. Répétons ici que les détails du tome troisième de Manethon sont évidemment altérés, non pas tous probablement, mais au moins quelques-uns dont Tinexaclitude actuelle nous interdit tout con trôle sérieux. Les chiffres d'Africain sont probablement encore ici les meilleurs ; du moins on peut dire que les durées qu'il donne aux 25e, 26e, 27e, 28e, 29e, 30e et 31e dynasties fournissent, sans difficulté, de bons synchronismes avec les données de Thistoire des peuples voisins. En ce moment, nous devons répéter seulement que le total 1050 du tome troisième de Manethon ne peut soulever aucun doute sérieux.
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The end
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