Read here

Voyages et aventures dans l'Afrique équatoriale ... Édition Française, revue et augmentée

Paul Belloni Du Chaillu · 1863 · Scanned text

207,610 words · about 14 h 32 min to read

Period artwork: Interior of the Bodleian Library, 1845
About this edition

Scanned text — may contain errors · original scans are not available here · view the original source

Licence: PDM · British Library Digitised Books dataset db14 (doi 10.21250/db14) marks the OCR texts CC Public Domain Mark 1.0 (c. 1510-c. 1900 publications); text+metadata JSONL release doi 10.23636/r7w6-zy15 is CC0 1.0. Public Domain Mark is a status label, not a new copyright licence. · Digitised by the British Library (with Microsoft). Text: British Library Digitised Books, CC Public Domain Mark 1.0.

Text from British Library, read from page scans by OCR and set out for reading on screen; no words of the book are rewritten or summarized. How RedLectern is built

About this book

Author
Paul Belloni Du Chaillu
Language
French
Published
1863
Length
207,610 words · about 14 h 32 min
Sections
28 reader sections
Text
Scanned text, read from page scans by OCR; may contain errors
Rights
Public Domain Mark 1.0

 

Contents (28)
  1. Front matter about 1 min
  2. Preface about 11 min
  3. Chapitre I about 9 min
  4. Chapitre II about 30 min
  5. Chapitre IV about 41 min
  6. Chapitre V about 1 h 8 min
  7. Chapitre VI about 17 min
  8. Chapitre VII about 26 min
  9. Chapitre VIII about 30 min
  10. Chapitre IX about 27 min
  11. Chapitre X about 28 min
  12. Chapitre XI about 33 min
  13. Chapitre XII about 19 min
  14. Chapitre XIII about 47 min
  15. Chapitre XIV about 11 min
  16. Chapitre XV about 55 min
  17. Chapitre XVI about 52 min
  18. Chapitre XVII about 25 min
  19. Chapitre XVIII about 43 min
  20. Chapitre XIX about 12 min
  21. Chapitre XX about 19 min
  22. Chapitre XXI about 22 min
  23. Chapitre XXII about 38 min
  24. Chapitre XXIII about 31 min
  25. Chapitre XXIV about 14 min
  26. Chapitre XXV about 29 min
  27. Chapitre XXVI about 1 h 7 min
  28. Chapitre XXVIII about 1 h 6 min

Continue:

Front matter

VOYAGES ET AVENTURES DANS L'AFRIQUE ÉQUATORIALE MOEURS ET COUTUMES DES HABITANTS; CHASSES AU GORILLE, AU CROCODILE, AU LÉOPARD, A L'ÉLÉPHANT, A L'HIPPOPOTAME, ETC., ETC. PAR PAUL DU CHAILLU B1EUBRB CORRESPONDANT DE LA SOCIÉTÉ GÉOGRAPHIQUE DE NEW-YORK DE LA SOCIÉTÉ D'HISTOIRE NATURELLE DE BOSTON, ET DE LA SOCIÉTÉ ETH N O O R A P H I Q U E AMÉRICAINE A TIC ILLUSTRATIONS ET CARTE ÉDITION FRANÇAISE REVUE ET AUGMENTÉE PARIS MICHEL LÉVY FRÈRES, LIRRA1RES ÉDITEURS B 0 E VIVIEN NE, 2 BIS, ET BOULEVAliD DES ITALIENS, 15 A LA LIBRAIRIE NOUVELLE VOYAGES ET AVENTURES III N S L'AFPJQUE ÉQUATORIALE LE GORILLE. VOYAGES ET AVENTURES DANS LAFRIQUE ÉQUATORIALE Mlïl'IlS ET COUTUMES DES HABITANTS; CHASSES AU GORILLE, AU CROCODILE, AU LÉOPARD, a l'éléphant, a l'hippopotame, ETC., ETC. r a n PAUL DU CHAILLU ' U B M B R ■ roRRESPONDANT DR LA SOCIÉTÉ OÉO0BAPHIQUR DR N K W -YORK, DK LA SOC1RTK NATURELLE DR BOBTOIf , FT D R LA SOCIÉTÉ E T H N O G K A P H I Q V R AMÉRICAINE ILLUSTRATIONS ET CARTE ÉDITION FRANÇAISE REVUE ET AUGMENTÉE PARIS MICHEL LÉVT FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEUBS HUE VIVIENNE, 2 BIS, ET BOULEVAliD DES ITALIENS, 15 A LA LIBRAIRIE NOUVELLE 1863 Tous droits réservés.

Preface

L'Afrique équatoriale, cette singulière contrée, dont j'ai eu la bonne fortune d'explorer le premier l'intérieur, et dont les habitants, les animaux étranges et tes productions végétales feront le sujet des pages suivantes, est surtout remarquable par sa faune qui pré sente, à beaucoup d'égards, un caractère extraordinaire et même tout exceptionnel. C'est sur cette bande de terre, comparativement étroite, qui s'étend de chaque côté de l'Équateur, que se trouve cette monstrueuse et féroce espèce de singe, le gorille. Là aussi, et là seu lement, habite cet autre singe si curieux, le troglodytes calvus, qui se construit un abri et que les indigènes appellent nshiégo-mbouvé, aussi bien que le kooloo-kamba, espèce inconnue jusqu'à ce jour, non moins remarquable que le troglodytes calvus, et enfin le nshiégo ou chimpanzé.

Au nord, au sud et à l'est de cette région, le lion règne dans les forêts et le désert; il n'y a que sur cette zone qu'on ne le rencontre pas. -> On peut voir par là quel champ de richesses spéciales un tel pays ouvre au zèle ardent d'un naturaliste. Le gibier n'y est pas aussi abondant que dans les vastes plaines du sud de l'Afrique ; on y tue beaucoup moins; mais si le garde-manger est plus mal garni, l'ex plorateur, tout affamé qu'il est, n'en a pas moins ses jours de bonheur, lorsque la découverte de quelque animal encore inconnu vient le récompenser de ses fatigues, de ses dangers et de ses souffrances. a PRÉFACE. II Non-seulement la faune de cette région embrasse une quantité plus qu'ordinaire d'espèces exclusivement indigènes, mais plusieurs même des animaux qui lui sont communs avec le nord et le sud me paraissent être des variétés spéciales.

Ainsi, je suis porté à croire que l'éléphant de ce pays est une variété distincte, sous beaucoup de rapports, de sa famille du sud de l'Afrique. Sans aucun doute, la configuration de cette contrée est la première cause de cette condition exceptionnelle. Au lieu des vastes plaines découvertes, arides ou pauvrement arrosées de l'Afrique du nord, de l'est ou du sud, ['explorateur trouve là un pays marécageux et mon tagneux, et recouvert de forêts si épaisses qu'on pourrait le représenter comme ne formant tout entier qu'une même jungle impénétrable, à travers laquelle l'homme est obligé de se frayer une route à coups de hache. Ces forêts, qui reposent probablement depuis des siècles dans leurs sombres solitudes, ne semblent pas favorables à l'accroissement rapide des animaux, dont elles sont principalement la retraite.

On ne les y trouve pas réellement en troupeaux; et enfin, les habitants de cette région n'ont pu encore atteindre à ce premier degré de l'échelle de la civilisation, qui consiste dans la possession des bêtes de somme ; car on ne voit là ni chevaux, ni chameaux, ni ânes, ni bétail : l'homme, ou pour mieux dire la femme, y est la véritable bête de somme. La distribution des eaux dans cette contrée me semble éminemment favorable au succès des entreprises commerciales. Avant que je les eusse explorées, on croyait que les fleuves le Nazareth, le Mexias et le Fer nand-Vaz étaient trois cours d'eau différents; mais le lecteur pourra voir, en consultant la carte qui accompagne ce livre, que chacun d'eux est relié aux deux autres. Le Mexias et le Nazareth ne sont que des branches de l'Ogobay qui, de son côté, verse une partie de ses eaux dans le Fernand-Vaz, en empruntant le cours du Npoulounay.

Ainsi, ces trois fleuves ne sont en réalité que des bouches de l'Ogo bay, et forment avec les basses terres qui les séparent (véritables dépôts alluviens) un réseau très-étendu et très-compliqué de criques, PRÉFACE. III de marécages et de forêts épaisses, que je nie propose d'appeler le Delta de l'Ogobay. Ce Delta est borné au nord par le Nazareth, qui se jette dans la mer au O'H' de latitude Sud et au 9°o' de longitude Est1, et au sud par le Fernand-Vaz, qui s'y déverse au 1°17' de latitude Sud et au 5°58' de longitude Fst. L'embouchure du Mexias est entre les deux autres, au 0"56' de latitude Sud et au S'hb' de longitude Est. Si je ne rends pas compte, dans le récit qui va suivre, de mes explorations k travers ce labyrinthe, c'est qu'elles n'ont présenté aucun incident de nature à intéresser le lecteur.

Je les ai renouvelées plu sieurs fois ; c'étaient des expéditions fort ennuyeuses, dont le seul résultat a été de me convaincre que ce vaste espace n'est nulle part habité par riiomme; que dans la saison des pluies, quand les fleuves et leurs affluents se gonflent, toute la contrée est submergée, et que le sol y est recouvert d'immenses forêts de palmiers, sans qu'on y rencontre le moindre palétuvier, arbre si abondant d'ordinaire dans les terrains de ce genre. La terre et l'eau ne sont occupées que par des bêtes féroces, des reptiles venimeux et d'insupportables essaims de moustiques. Le Fernand-Vaz, le fleuve que je connais le mieux, et l'une des clefs de cette contrée, est d'un accès Irès-diíììcile, à cause des bancs de sable mouvants qui en encombrent l'entrée; el pourtant il n'a jamais moins de quinze à vingl pieds d'eau de prof leur, on toul temps.

Ce fleuve, aussi bien que le Mexias, verse dans l'Océan, pendant la saison pluvieuse, des torrents d'eau douce en immense quantité. L'abondance en est telle, et le courant en est si rapide, que bien que les embouchures aient à peine un demi-mille de large, le volume d'eau qui s'en échappe pendant les pluies se fraye une voie à part à travers l'Océan, jusqu'à une distance d'an moins quatre à cinq milles, avant de se mêler à l'eau salée. J'ai même vu des époques où la I . Méridien do Greenwich. PRÉFACE IV marée n'avait aucune action sur cette puissante colonne d'eau qui refoulait les efforts de la mer. Au-dessus de Monway, sur un parcours d'une trentaine de milles, le Fernand-Vaz, qui prend là le nom de Rembo, mot usité parmi les naturels de cette partie de l'Afrique pour désigner le courant principal d'un fleuve, coule à travers un pays si plat, que pendant la saison pluvieuse ses rives sont inondées dans une étendue de plusieurs milles, et qu'en certains endroits on découvre à peine un pied de terre sèche.

Quand on remonte le fleuve, le terrain s'élève, et les eaux supérieures du Rembo et de l'Ovenga, encaissées entre des bords escarpés, traversent une contrée tout à fait montagneuse. Mais ces montagnes mêmes, si magnifiques, sont entrecoupées de plaines et de larges vallées, qui sont submergées pendant la saison pluvieuse. Au retour de la saison sèche, ces inondations laissent une grande quan tité de matières en décomposition ou déjà putréfiées qui, tout en fécondant le sol, donnent aussi naissance à des fièvres. Mais les fièvres, dans l'intérieur du pays, sont moins fréquentes et moins dangereuses que celles qui proviennent, sur le rivage, du mélange de l'eau salée et de l'eau douce, et lorsque ce pays aura été conquis à la civilisation, ce sera sur les montagnes que l'homme blanc devra chercher un refuge sanitaire.

Laissons le Fernand-Vaz qui, bien qu'alimenté en partie par l'Ogobay, est un cours d'eau indépendant, prenant sa source dans les montagnes Ashankolo, et passons à l'Ogobay même, qui est probablement un des plus grands fleuves de l'Afrique équatoriale occiden tale. L'Ogobay est formé par la jonction de deux cours d'eau très importants de l'intérieur : le Rembo-Ngouyai et le Rembo-Okanda. J'ai exploré le premier en partie ; quant au Rembo-Okanda, je ne le connais que par les récits des indigènes ; ils assurent qu'il est bien plus large que le Ngouyai, et que sa navigation est obstruée en beau coup d'endroits par de vastes quartiers de rochers ; des blocs sem blables, dispersés sur ses hautes rives et sur les plateaux de l'intérieur donnent au paysage un caractère saisissant tout particulier.

Les rives r ré k a ci-:. V de l'Ogobay, aussi loin que j'ai pu les visiter, sont sur beaucoup de points sujettes à une inondation périodique. Le Rembo-Ngouyai, coulant, sur une grande largeur, à travers un pays montagneux et admirablement boisé, est le plus magnifique cours d'eau que j'aie vu en Afrique. 11 reçoit une grande quan tité de petits affluents. Sa navigation est malheureusement inter rompue par la grande cataracte Eugénie, ou Samba -Nagoshi; mais il serait très-facile aux steamers de remonter jusque-là. Quant à la portion du fleuve qui est au-dessus de la cataracte, elle est navigable pour la plupart des bâtiments pendant la majeure partie de l'année, et elle traverse un pays d'une magnificence sans égale sous les tropiques, riche en bois précieux de toute sorte, et très-propre à l' agriculture.

Je ne pouvais m'empêcher, en contemplant ses ondes. de soupirer ardemment après le jour qui les verrait animées par le mouvement des bateaux à vapeur et sillonnées par leurs roues, entre des rives bordées de comptoirs et d'établissements de missionnaires. L'ébène, le bois rouge et le caoutchouc, l'huile de palmier, la cire et l'ivoire sont les produits naturels de cette contrée , aussi loin que mes ressources bornées m'ont permis de la parcourir. Mais tous les végétaux des tropiques peuvent se développer dans ce sol vierge. II ne faut que la main habile et la tête intelligente de l'homme blanc pour faire de tout ce vaste espace un grand pays de production. Mon peu de connaissances en géologie, joint à ['impossibilité de transporter des échantillons d'un grand poids, m'a empêché d'observer avec fruit la structure souterraine de cette région.

Tout ce que je puis dire, c'est que le schiste micacé, le talc et le quartz se trouvent en grande quantité dans les montagnes, mêlés à des masses de grès de diverses espèces, tandis que chez les Ashiras c'est le grès rouge qui semble dominer. Le fer y est très-abondant. L'or, dont le minerai est très-riche, affleure le sol en beaucoup d'endroits. Je n'y ai pas rencontré de cuivre, quoique les nègres de Loando en apportent de l'intérieur sur le littoral, où les Européens l'achèteut. PRÉFACE. VI Les montagnes que j'ai explorées lors de mon dernier voyage, et dont le prolongement est tracé sur la carte jusqu'au point extrême où je me suis arrêté, me semblent n'être qu'une partie d'une grande chaîne qui doit traverser à peu près tout le continent, sans s'écarter de plus de deux degrés de la ligne de l'Équateur.

Non-seulement toutes les apparences s accordent pour rendre cette supposition vraisem blable, mais encore tous les rapports des indigènes et de leurs esclaves tendent à en démontrer l'exactitude. Les Apingis ont des esclaves qui ont été amenés d'une contrée située à l'est, à une vingtaine de journées de marche, et qui assurent tous, sans varier entre eux, que la chaîne de montagnes qu'ils ont actuellement sous les yeux se continue jusque dans leur pays, et même bien au delà, tant que leurs connaissances peuvent s'étendre. C'est pourquoi, basant mon jugement sur mes propres observations, aussi bien que sur des informations consciencieusement prises au sein des peuplades reculées de l'intérieur, je pense qu'il y a tout lieu de croire qu'une immense chaîne de montagnes partage en deux le continent africain, en suivant à peu près la ligne de l'Équateur, et qu'elle part à l'ouest des crêtes qui s'étendent le long de la côte au nord et au sud, pour aboutir à l'est aux pays situés au sud des mon tagnes de l' Abyssinie, ou peut-être même pour s'arrêter brusquement au nord du lac Tanganyika, découvert par le célèbre capitaine Burton, qui se trouve de nouveau sur la côte d'Afrique, et qui ajoutera sans doute de nouvelles découvertes à celles que la science géographique lui doit déjà.

Peut-être lui sera-t-il un jour permis de vérifier notre supposition. Du versant septentrional de cette chaîne de montagnes descendent probablement la plupart des cours d'eau qui alimentent le Niger, le lac Tchad et en partie le Nil , tandis que les sources qui s'échappent du versant méridional vont sans doute, les unes se réunir au Rembo- Okanda. au Rembo-Ngouyai et au Congo, les autres se déverser dans le Zambesi et dans le grand bassin ou suite de lacs de F Afrique orientale et centrale; ce qui tend à fortifier la théorie établie avec PRÉFACE. VII tant de sagacité par l' éminent géographe sir Roderick Murchison, en 1852 , et confirmée depuis par le célèbre voyageur David Livingstone '. Je propose de donner à cette chaîne de montagnes, dans toute la partie que j'ai visitée et reconnue, le nom indigène de Nkoomoo- Nabouali , en mémoire du pic magnifique que j'ai découvert et qui forme la pointe occidentale de la chaîne.

Je suppose que ce sont les forêts inaccessibles de ces montagnes et leurs féroces habitants qui ont arrêté le cours victorieux des conquêtes mahométanes vers le sud. Aussi n'ont-elles jamais pu pénétrer au sud de l'Equateur. Sur huit années que j'ai passées à visiter cette partie de l'Afrique, ce volume ne contient que les souvenirs des quatre dernières, 1850, 57, 58 et 59. qui seules ont été consacrées à des explorations suivies dans l'intérieur. L'exposé des résultats de mes quatre années de voyage offrira peut-être quelque intérêt au lecteur. J'ai fait à pied, et sans être accompagné d'aucun autre homme blanc, environ 2,700 lieues. J'ai tué, empaillé et rapporté plus de 2,000 oiseaux, dont plus de 60 espèces toutes nouvelles, et j'ai abattu plus do 1,000 quadrupèdes, dont j'ai empaillé et rapporté 200, avec plus de 80 squelettes.

Parmi ces quadrupèdes, il n'y en a pas moins de 20 d'espèces jusqu'alors inconnues à la science. Parmi les difficultés les plus sérieuses que j'aie éprouvées, je dois signaler principalement le transport de mes collections au rivage. Le livre que je présente respectueusement au public a été écrit d'après les notes de mon journal. Je me suis appliqué surtoul à donner au lecteur une idée exacte d'un pays qui présente encore un sol vierge pour les missionnaires et les commerçants, ces deux pionniers de la civilisation, et qui offre un champ fertile à leurs doubles travaux. Je dois ajouter ici que je n'ai fait aucune observation scientifique Voir le journal de the lloijal geographical Society, vol. XXII, 1832, l're sidenl Adresses' et Livingstone' s missionary Travels, |>. 5011. PRÉFACE. VIII de géographie, car j'étais dépourvu de tout instrument de précision, sauf le compas et la boussole.

Et quand bien même j'aurais eu à ma disposition les instruments nécessaires aux déterminations astrono miques, il m' eût été impossible d'en faire usage pendant mes marches continuelles à travers des forêts épaisses, où le soleil ne pénètre pas. La carte qui accompagne ce livre a été revue et rectifiée en partie, d'après les travaux du savant géographe de Gotha, M. Aug. Petei mann, que je prie de recevoir nies remercîments pour l'intérêt qu'il a pris à mes voyages. J'espère trouver auprès du public la même indulgence que j'ai eu le bonheur de rencontrer chez les membres les plus éminents des Sociétés de géographie de Paris, de Londres et de New-York, et de leurs honorables présidents. Qu'il me soit permis cle remercier particulièrement M. Jomard, le doyen de nos géographes, dont l'accueil paternel a été pour moi une belle récompense de mes efforts, ainsi que MM.

Malte-Brun et Vivien de Saint-Martin, dont les conseils si éclairés m'ont puissam ment servi à rendre cette édition aussi digne que possible d'être offerte au public. VOYAGES ET AVENTURES DANS L'AFRIQUE ÉQUATORIALE

Chapitre I

But de mes explorations. — Facilités personnelles. — Nature du pays à explorer. — Le Gabon. — Les Mpongwés. — Leur jalousie contre les voyageurs. — Spécialité de leur commerce. — Les missionnaires. — Baraka. Au mois d'octobre 1855 je quittai les États-Unis et je m'em barquai pour la côte occidentale de l'Afrique. Mon intention était de consacrer quelques années à ['exploration de la région comprise entre le deuxième degré de latitude nord et le deuxième degré sud. sur tout l'espace qui s'étend de la côte à la chaîne de montagnes qu'on appelle la Sierra del Crystal , et même au delà, aussi loin qu'il me serait possible de pénétrer. Le littoral de cette région est parsemé de villages habités par les nègres, et sur quelques points on a établi des factoreries pour assurer le cours régulier du commerce.

Dans ces derniers temps, l'action des blancs, comme leurs connaissances, ne s'étendait guère au delà de quelques milles de la côte et l'intérieur du pays était toujours terra incognita. Plusieurs des tribus indigènes passaient pour être cannibales; mais en général on ne savait rien de ces peuples. malgré les terribles récits qui circulaient sur leurs sombres su perstitions et leur indomptable férocité. Quant à leurs productions, on ne pouvait s'en faire qu'une idée grossière, d'après les rares expéditions d'ivoire , d'ébène, de bois rouge et de caoutchouc que les riverains des fleuves transmettaient à la côte. Mais sur l'histoire naturelle, l'objet le plus intéressant pour moi, les données abon daient, et j'étais certain d'avance de trouver là un champ digne de tous les efforts d'un explorateur et d'un naturaliste.

Cette contrée inexplorée est le domaine du farouche, de l'in domptable gorille, de ce singe si extraordinaire qui, par sa conformation physique et par certaines habitudes, se rapproche le plus de l'homme; sa férocité, que rien ne peut vaincre, a fait de lui la terreur des chasseurs indigènes les plus braves; animal si peu connu d'ailleurs jusqu'à ce jour des naturalistes et du monde civilisé, que son nom ne figure même pas dans beaucoup de livres d'histoire naturelle. On devait trouver aussi dans l'épaisseur de ces forêts, si les indigènes disaient vrai, un autre singe qui y construit des nids ou abris, le nshiégo mbouvé, celui qui sur l'échelle animale est placé le plus près du gorille, et encore d'autres variétés de singes; l'hippopotame et les lamentins se rencontrent dans les rivières ; et l'on découvre au fond des bois et sur les montagnes de nombreuses espèces d'oiseaux et de bêtes, dont quelques-unes nous sont tout à fait inconnues.

Remonter le cours des fleuves, explorer les montagnes, étudier l'homme primitif, me mettre au fait des superstitions, des coutumes et du genre de vie des tribus noires qui n'ont point encore été visitées, chasser le gorille, observer ses allures, découvrir ses repaires, approfondir la nature de tous ces grands singes dont il est le type le plus terrible et dont la ressemblance avec l'homme nous frappe d'étonnement et presque d'horreur, reconnaître enfin la faune de cette zone, et rapporter des collections capables de contribuer à élargir le domaine de la science, tels étaient les principaux objets de mon voyage sur la côte d'Afrique. Un autre but que j'avais encore en vue, c'était de m' assurer si, dans l'intérieur du pays, au milieu de ces chaînes de montagnes dont les fleuves tirent leur source, il ne se trouverait pas quelque contrée fertile et peuplée, et LE GABON. 3 en même temps salubre, où les missionnaires, qui maintenant souffrent et meurent le long des côtes, auraient chance d'accomplir leur tâche en sûreté, et où l'on pourrait aussi établir des places de com merce, dont les blancs et les indigènes recueilleraient un égal avantage.

Un séjour de quelques années sur la côte, où mon père avait eu autrefois une factorerie, m'avait initié de bonne heure à la langue, aux mœurs et aux usages particuliers des habitants du littoral, expérience dont je comptais tirer parti dans mes reconnaissances à l'in térieur. Ce séjour m'avait également suffi pour aguerrir ma constitution contre les ardeurs dévorantes du soleil d'Afrique, ou du moins pour me familiariser avec les meilleurs moyens connus pour com battre les terribles fièvres de la côte. Le fleuve du Gabon, qui prend sa source dans les montagnes de la Sierra del Crystal , verse ses eaux paisibles dans l'Arlantique, à quelques milles au nord de l'équateur. Ce n'est pas, comme on le voit, un cours d'eau d'une grande importance. La large baie que forme son embouchure est le plus beau port de la côte occidentale; sur la rive droite, les Français ont formé un établissement et con struit un fort, en l'année 1842.

C'est sous la protection de ce fort que mon père, pendant plusieurs années, s'adonna au commerce avec les indigènes; c'est là aussi que j'acquis mes premières notions sur l'Afrique et que je nouai mes précieuses relations avec les tribus du Gabon. Quand je reparus après une absence de quelques années, mon arrivée fut saluée par les cris de joie des nègres, nies anciennes con naissances, qui croyaient que j'étais revenu pour commercer avec eux. Les nègres de la côte occidentale sont les trafiquants les plus ardents et les plus rusés que j'aie jamais rencontrés; ils étaient ravis à l'idée de faire des affaires, et probablcmenl un peu de fraude, avec un ancien ami. Aussi leur désappointement fut-il grand quand je fus obligé de leur déclarer que je n'élais pas venu avec une pacotille, mais bien avec le dessein formé d'evplorer le pays dont ils m' avaient raconté tant d'histoires merveilleuses, et d'aller à la chasse des oiseaux et des animaux sauvages.

Ils crurent d'abord que je me moquais d'eux; mais lorsqu'on vit débarquer du bâtiment qui m'avait amené, au lieu d'articles de commerce, tout l'attirail de la vie de chasseur dans les déserts de l'Afrique, il fallut bien ajouter foi à ma résolution. Alors, leur étonnement et leur inquiétude ne connurent plus de bornes. Les uns pensaient que j'avais perdu le sens et plaignaient mon père , qu'ils avaient tous connu , d'être affligé d'un pareil propre à rien. Les autres me supposaient une arrière-pensée et s'alarmaient à l'idée que j'allais essayer, à la dérobée, de leur enlever le commerce de l'intérieur. Ces Mpongwés1 ou tribus de la côte, étaient maîtres en effet, comme je l'expliquerai plus loin, de tout le commerce avec le pays situé en arrière du fleuve du Gabon, et au moindre soupçon d'une atteinte portée à ce riche monopole une vive terreur s'éveillait dans leurs esprits mercantiles.

Ils m'entourèrent, chacun avec son thème fait, sur les horreurs et les dangers d'un voyage dans les « con trées supérieures. » Je serais, m'assuraient - ils , mangé par les cannibales, noyé dans les torrents, dévoré par les léopards et les crocodiles, écrasé par les éléphants, submergé par les hippopo tames, ou attiré dans un guet-apens et mis en pièces par le gorille. Mais quand je fus parvenu à leur faire entendre que je n'en vou lais pas à leur commerce et que mes plans de voyage et de chasse n'affecteraient en rien leurs intérêts, tous, hormis un petit nombre d'anciens amis dévoués, m'abandonnèrent à ma destinée. Comme je me proposais de séjourner quelque temps dans le pays du Gabon pour m'acclimater tout à fait, j'allai me fixer chez des amis d'ancienne date, les missionnaires américains, dont rétablis sement est à Baraka, à huit milles de l'embouchure du fleuve.

Là je trouvai le meilleur accueil dans le logis hospitalier du révérend Wil liam Walker et je pus jouir encore des charmes de la vie civilisée avant de les laisser pour longtemps derrière moi. Les missionnaires catholiques et protestants se partagent renseignement religieux dans le pays du Gabon. Les premiers sont 1. Les Français les appellent Gabonnais. MISSION DE BARAKA. 5 secondés par des sœurs dont la charité continue l'œuvre de prosé lytisme commencée par la prédication des Pères. Baraka est la station principale de I'Ameuican Board des mis sions étrangères sur le fleuve du Gabon; c'est même la seule mission que la société ait encore sur la côte occidentale. Elle fut établie en 1842 par le révérend J. L. Wilson. Baraka est un mot mpongwé dérivé de baracon, comptoir ou parc d'esclaves.

N'est-il pas étrange que le lieu même du haut duquel l'Evangile est maintenant prêché à ces Africains encore plon gés dans les ténèbres, le lieu où leurs enfants sont élevés dans la connaissance et la pratique des devoirs du christianisme et de la civilisation, ait été autrefois, et il n'y a pas de cela bien longtemps, l'emplacement d'un marché d'esclaves, où le cruel trafic de la traite s'exerçait avec tant d'ardeur et de succès? Baraka est situé sur le sommet d'une belle colline, à quelques cents mètres de la côte, à huit milles à peu près au-dessus de l'em bouchure du fleuve. Des villages d'indigènes entourent la base de la colline et sont disséminés le long de la rive, offrant ainsi un accès facile aux missionnaires qui les visitent en tous temps, et qui vont plusieurs fois par semaine prêcher l'Evangile aux naturels.

Le terrain réservé à la mission est spacieux et entouré d'une belle rangée de tilleuls odorants; les bâtiments sont faits pour la plupart avec une espèce de bambou, le meilleur des matériaux de construction de cette partie de la côte. Ils consistent en deux maisons habitées par les missionnaires et leurs familles, une église dont la façade est ombragée de beaux arbres , un magasin , une école, un corps de logis contenant la bibliothèque de la mission, des maisons où sont logés les enfants attachés à rétablissement, enfin les cuisines — sous les tropiques les cuisines doivent toujours être séparées des habitations — et les communs, parmi lesquels les basses-cours , etc. Derrière les bâtiments s'étend un beau verger contenant diverses espèces d'arbres fruitiers, tous plantés par les missionnaires, tels que le cocotier, le mango et bien d'autres encore qui entremêlent leur feuillage en ombrageant les bâtiments.

Dans rétablissement des missionnaires, la journée commence par des prières, traduites pour les enfants en langue mpongwée. Après la prière, les filles et les garçons nettoient les dortoirs et les classes, et préparent tout pour le travail du jour. Ces soins ont lieu sous la haute direction des dames de la mission. Vient ensuite le déjeuner, où les enfants, rangés autour des tables proprement servies, apprennent à manger à la façon des pays civilisés. Un peu avant neuf heures, la cloche appelle à l'école les enfants qui demeurent dans les villages, et tout de suite on se met au tra vail de renseignement; la séance s'ouvre par des prières, accompagnées d'hymnes chantés dans la langue natale. Les missionnaires et leurs femmes sont aidés dans leurs leçons par de jeunes noirs assez avancés pour se charger des classes inférieures.

On enseigne les premiers principes aux enfants dans leur langue naturelle, et quand ils sont parvenus à surmonter les difficultés de Y A, B, C, on leur apprend à lire les saintes Écritures en mpongwé. Plusieurs élèves se font remarquer par une instruction assez avancée : ils pos sèdent de bonnes notions d'histoire et de géographie, savent lire l'anglais et même l'écrire. En général, ils prêtent beaucoup d'attention à renseignement religieux, et c'est en leur lisant, en leur expliquant, en leur inculquant les préceptes de la Bible qu'on s'ef force d'établir solidement dans leurs esprits les principes essentiels de la religion du Christ. C'est seulement sur la génération qui s'élève que les travaux des missionnaires peuvent avoir quelque influence sérieuse. Plus âgés, les indigènes sont inintelligents, paresseux et méfiants, ils tiennent à leurs ignobles superstitions, et se laissent difficilement persuader.

S'ils viennent à l'église, ce n'est trop souvent que par curiosité, ou pour plaire au prédicateur, ou parce qu'ils s'imaginent retirer de là quelque avantage personnel, par exemple, un peu de tabac. Les enfants, au contraire, ont en général l'esprit lucide, docile, aisé à façonner, et c'est sur eux que repose le seul espoir du christianisme en Afrique. Deux ou trois fois par semaine, dans l'après-midi, les filles sont réunies dans un ouvroir, où les dames de la mission leur appren nent les ouvrages à l'aiguille ; on les habitue à faire elles-mêmes leurs vêtements et ceux de leurs frères. COIFFURE DES MPONGWÉES. 7 Le dimanche est le grand jour de la semaine; la cloche sonne et appelle tout le monde dans la modeste église de bambou. Les enfants et les employés de la mission s'y rendent parés de leurs plus beaux habits.

Les païens même du village se conforment à l'usage et se font voir à l'église, vêtus de ce qu'ils ont de mieux et peut être de tout ce qu'ils ont. Là, le prédicateur leur parle de la sagesse et de la bonté de Dieu, et tous, païens et chrétiens, s'unissent pour chanter les louanges de son saint nom. L'auditoire est généralement attentif; mais le succès de la mission ne va guère plus loin. Et com ment en serait-il autrement? Porter la lumière dans de si épaisses ténèbres, écarter la superstition, l'ignorance, la paresse et l'immo ralité, dans lesquelles croupissent ces malheureux idolâtres , c'est l' affaire d'un grand nombre d'années. Quelquefois sans doute le cou rage manque aux pauvres missionnaires, lorsqu'ils envisagent le mince résultat de leurs laborieux efforts; mais ils font de leur mieux, et remettent sagement le reste à la grâce du Seigneur, sachant bien qu'il travaille à son heure, et qu'il opère souvent de bien grandes choses avec de bien petits moyens. Femme mpongwée. Manière de sc coiffer.

The opening of the book is shown; the full text loads in the reader.

Loading the full text…