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OUVRAGES DU MEME AUTEUR: gallo-ro Saint-Jacq l s ' Prit Saint-Í de Bailleul-sur-1 . * toriques de No miel, i Château-Thierry, près de CI on archéologique à us Becket : ses historii dans le TBe.. :, i88ó. aine de Milíy, 1888-1897. Les Bissipot du Beauvaisis, 18 S. Lucien et les autres Saints du h i beaux volumes gr. in IU0YAI8 k lî NiDVAISIS DANS LES TEMPS MODERNES ÊPÔGCK DE LOUIS Kl k DE CHARLES LE TÉMÉRAIRE (1461-1483) ge de Beauvais. — Jeanne-Hachette PAR M. RENET - fcCADÉMlOCE Mi. L'OISK triatn. BEAUV IMPRIMERIE PROFESSIONNELLE 4, RUE MCOLAS-GOmN, 4 BEAUVAIS ET LE BEAUVAISIS DANS LES TEMPS MODEBNES BEA11VAIS k LE BK4DVAIS1S DANS LES TEMPS MODERNES ÉPOQUE DE LOUIS XI & DE CHARLES LE TÉMÉRAIRE (1461-1483) Siège de Beauvais. — Jeanne-Hachette PAR M. RENET ANCIEN SECRÉTAIRE PERPÉTUEL DE LA SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE DE L'OISE Nosce patriam. r=& BEAUTAIS IMPRIMERIE PROFESSIONNELLE 4, RUE NIGOLAS-GODIN, 4 Une ère nouvelle s'ouyrait pour la France et pour le Beauvaisis.
La guerre de Cent ans était terminée. Les Anglais avaient été expulsés de la Normandie (1450) et de la Guyenne (1453). Ils n'occupaient plu?, sur le continent, que la ville de Calais. Gerberoy avait définitivement été j/epris (1449) sur nos ennemis sécu laires, et leurs espérance? ensevelies, à jamais, dans le mystérieux « Puits des Anglais », que les archéo logues du pays n'ont pas encore exploré, ni même peut être découvert. Le Beauvaisis allait-il enfin respirer, et réparer en paix les désastres qu'il avait soufferts ? Pour préserver désormais la France du iléau des Ecorcheurs, Charles VII avait créé des armées perma nentes, des compagnies d'ordonnance, dans lesquelles entraient les hommes d'armes et les hommes de trait. II avait aussi obligé les villes d'entretenir, à leurs frais, pour le service du Roi, un nombre d'archers propor tionné à la population.
C'étaient des éléments d'un ordre de choses nouveau et salutaire. Mais la France, et le Beauvaisis en particulier, allaient encore souffrir de la lutte engagée entre la. royauté et la féodalité. Sous le règne si malheureux de Charles VI, les grands vassaux s'étaient rendus indépendants. Ils dominaient la Couronne, se disputaient la direction des affaires, et faisaient alliance avec l' étranger. Charles VII-, quoique bien servi par la Providence et par de généreux défenseurs, était trop faible pour réduire les grands feudataires à la condition de sujets. L'un deux, le duc de Bourgogne, traitait d'égal à égal avec le Roi de France, dans ìa convention d'Arras (1435), et se faisait dispenser même de l'obligation de rendre foi et hommage à son suzerain. La royauté était abaissée. Cette lutte entre la monarchie et la féodalité allait être menée par deux princes également ambitieux et ennemis acharnés ; l'un, plus fourbe, le fils et successeur de Charles VII (1461); l'autre, plus violent, le fils et bientôt le successeur de Philippe le Bon (1467).
Chapitre II Ligue Du Bien Public
(1465) Les vassaux et les officiers du Roi, humiliés, disgraciés, mécontents, révoltés des caprices, des vexa tions, des injustices de Louis XI, organisèrent une formidable levée de boucliers, de concert avec le frère du Roi, le duc de Berry. Les conjurés ne parlaient que de « pourvoir au soulagement du povre peuple, qui tant avoit porté, que plus n'en pooit ». Ils ne se proposaient que « l'honneur, la félicité, le bien du royaume », absolument comme tous les partis de nos jours (j. d. c). C'était, disait-on, la « Ligue du Bien public ». Dans une assemblée, tenue à Notre-Dame de Paris, à Tinsu du soupçonneux monarque, « il y avoit plus de cinq cens, que princes, que chevaliers, que dames et damoiselles, et escuyers, qui estoient tous acertenés de cette alliance », et avaient donné leurs scellés (o ; bs). 1° Vassaux. — Charles de Berry s'était échappé des mains de son frère, et s'était réfugié auprès du duc de Bretagne.
II se croyait le chef de la coalitione t lançait des manifestes, des appels aux armes (l. d. f). En réalité, son nom servait de drapeau ; mais le chef effectif, quoique caché, était Jean II, duc de Bourbon et comte de Clermont, dont les possessions formaient un petit Etat dans l'Etat. k Je vous prie, lui écrivit le Roi, que, sur tout le plai sir et le service, que jamais me volez, que incontinent ces lettres veues, montiés à cheval et vous en venez vers moy, et ne me vueilliez faillir ».
Le duc de Bourbon se garda bien de donner dans le piège, et s'excusa en donnant par écrit les renseignements, que le Roi aurait pu désirer, et en lui faisant les remontrances, que les princes voulaient lui adresser. « Pour vous advertir et faire sçavoir tout à plein, mon très redoubté et souverain seigneur, les motifs, causes et raisons, tant de Tallée incognue de mondict seigneur de Berry, et aultres choses, comme je crois, divulguées ; par longs temps ont esté considérées et pesées, et généralement par tous les seigneurs, princes de vostre sang et lignage..., les façons qui ont esté trouvées, tant au faict de la justice, police et gouvernement de vostre royaulme, que aulx grandes extré mités ct excessives charges du povre peuple ; lequel oultre, nous princes et seigneurs dessusdicts, chascun en son droict soy, avons veu et cognu plaindre, dou loir et souffrir, et soustenir charges, vexations et molestes importables, et par sus toute ordre et façon deue et accoustuméc. « Dont plusieurs fois, despuis vostre avènement à la couronne; par plusieurs d'entre nous et nos subjects, tant en général que en particulier, vous ont esté faictes des remontrances, et à ceulx qu'il vous a pieu élever et approcher entre vous, ayant le maniement et con duicte desdictes choses ; lesquelles remonstrances, requestes et complainctes estoient, ont esté et sont dignes d'estre ouyes, et que provision y feust donnée, pour le bien, Futilité et conservation de la chose publique de vostre royaulme, et aussy pour Testât des dicts seigneurs et princes de vostre sang ; auxquelles choses, jusques à présent, n'a esté vostre plaisir aulcu nement entendre, donner oreille, ny provision, ordre, ny police raisonnable... « Pourquò»mon très redoubtó seigneur, lesdicts princes et seigneurs touts ensemble, d'une voix com mune et consentement, de pitié et compassion du povre peuple à eulx subject, la clameur et oppression duquel, en touts les estats, est parvenue à leurs oreilles; après ce que ont veu et cogneu que, par remonstrances particulières ne requestes, que on vous ait sur cc faictes, n'avez voulu donner ordre, remède ou provision con venable, ont conclud, délibéré et par seing et scellés authentiques, tels qu'il appartient en tel cas, eulx trou ver et mettre ensemble, pour vous remonstrer et donner à cognoistre par une voix, telle que Dieu, raison. et équité leur enseigne, les choses dessus dictes, pour y donner doresnavant bonne ordre et provision, aultre qu'il n'y a eu despuis que la couronne de France est en vos mains » (j. d. c).
Cette réponse énergique de Jean de Bourbon était, à la fois, une justification de la Ligue des princes, et une sommation faite au Roi. Que n'avait-il écouté les remon trances respectueuses de Jean Juvenel ! (pi. h. 32). Le duc de Beaujeu s'était retiré, avec Charles de Berry, à la Cour de Bretagne. C'était le refuge des disgraciés ou mécontents du Royaume. On y voyait le Comte de Dunois, Tanneguy du Cliastel, le maréchal de Loheac, Pierre Doriole et « partis des ordonnances du roy, bien cinq cents hommes d'armes » (o; cm). On y vit arriver aussi le comte de Dammartin. II s'était échappé de la Bastille, en mars 1465, avec Taide de quelques hommes résolus. Le plus audacieux, sinon le plus dévoué de ces hommes de cœur, se nommait « Jehan de Harmes, natif de Beauvoys, disait-on, qui estoit bon, hardi homme d'armes, autant que nul de ce temps se peust trouver » i Au nombre des coalisés figurait Jean de Calabre, fils du roi René; l'un des hommes de guerre les plus estimés de son temps.
Tour à tour vainqueur et vaincu, il avait du quitter le royaume de Naples, et il saisissait Toccasion de la « Ligue du Bien public », pour se venger de Louis XI ; du refus de secours et des informations secrètes fournies par le Roi de France, au rival du prince angevin, Alphonse d'Aragon. Le plus intrigant des vassaux conjurés était Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, de Ligni et de Conversan, châtelain de Lille, seigneur d'Enghien, d'Oisy, de Ham, Bohaim, Beauvoir, Bourbourg etc. Puissant de terres et de seigneuries, il aspirait à se créer un petit Etat indépendant et semblait se mettre en dehors des autres mortels. Homme de grand air, « digne par sa mine, disait Chastellain, de porter couronne et sceptre », il menait, avec un grand luxe d'habits, un faste royal et plus que royal, sous Louis XI.
Orgueilleux outre bord envers ses supérieurs, il était disposé à jouer un des premiers rôles, dans toutes les intrigues et tous les complots , qui pouvaient le grandir. En juin 1464, le comte de Saint-Pol festoyait le Roi, « moult richement et à grans frais, tant en cacher, voiler que aultrement ». La même année le Roi faisait ajourner le comte de Saint-Pol « à comparaître parde vant luy, où qu'il fust, le xve jour de novembre, et avec luy le seigneur de Genly » II était accusé d'avoir fait alliance avec le duc de Bretagne, par Tintermédiaire du seigneur de Genlis, Louis de Luxembourg fit serment et hommage au Roi, mais ne s'engageait pas moins dans la conjuration des vassaux. Requis de jurer de « ne jamais converser avec le comte de Charolais », il aurait répondu à Louis XI, « qu'il avait faict serment audict comte de le servir, lequel serment il ne pooit rompre » (j. d. c).
Le comte de Charolais était assurément le plus redoutable des ennemis de Louis XI. En quittant le 9 novembre 1464, les ambassadeurs envoyés, avec le chancelier de Morvillers, pour exciter Philippe le Bon contre son fils, Charles, dit plus tard le Téméraire, les chargea de ce message, pour Louis XI ; « Recomman dez-moi très humblement à la bonne grâce du Roy, et luy dites, qu'il m'a bien faict la teste par le chancelier. Mais avant qu'il soit ung an, il s'en repentira » (cm). Le lendemain (10 décembre), le comte de Charolais « un genou en terre, sur un coussin de velours », déclarait à son redouté père et seigneur, « que le duc de Bretagne et luy avoient prins alliance ensemble, et s'estoient faicts frères d'armes. Mais en rien n'enten doient cette alliance au préjudice du roy, ni de son royaume; mais pour le servir et soustenir, si besoin estoit ».
Le 24 mars suivant, le comte de Charolais faisait avec le duc de Bretagne, « alliance de confédération et de paction, envers et contre tous, sans excepter ne réserver mondit seigneurie roy ». Et dans ce traité se trouvaient compris « mon très redouté seigneur Je duc de Berry, et nos très chers et bien amez cousins, les ducs de Calabreet de Bourbon» (l. d. f). Les mensonges et les fourberies ne coûtaient pas plus au Charolais qu'à Louis XI. Et quand le bon duc (Philippe) apprit que son fils « estoit alié avecques tant de gens de bien, il fut content qu'il s'acquitast et qu'il tint promesse aux autres princes, et qu'il sist son armée, en ses pais, telle qu'il la pourroit avoir » (o ; i). « Va, aurait dit le père à son fils, maintiens bien ton honneur, et s'il te faut cent mille hommes de plus, pour te tirer de peine, je veux moy-mesme te les conduire » (br). 11° Armements. — ATassemblée des princes, tenue à Tours, en décembre 1464, le roi René répondait au Roi de France : « Je vous dis, de par tous nos seigneurs qui sont ici, que nous vous servirons envers et contre tous, comme il vous plaira de Tordonner et comman der » (dc).
Dans les premiers mois de 1465, tous les grands vasseaux armaient contre le Roi de France. Le Roi écrivait au duc de Bourbon, immédiatement après la fuite du duc de Berry : « Vous prie que faictes mettre cent lances de votre pays sus. Et quand vos gens seront prests, je vous feray payer ». Le duc de Bourbon, comte de Clermont, assemblait ses vassaux du Bourbonnais et de T Auvergne ; mais c'était contre le Roi, son suzerain et son beau-frère. DansleNord, aucommandementduduc deBourgoin gne et du comte et de Charrollois, « s'estoient mis sus : Loys, comte de Sainct-Pol, le comte de Bryène,le comte de Maries, le seigneur de Roussy, ses enfants, Jacques de Saint-Pol, frère dudict comte, Adolphe de Clefves, seigneur de Ravenstein, nepveu du duc, les hastards de Bourgoingne, Anthoine et Baulduin, et presque tous les chevalliers et nobles hommes des pays d'Ar tois, Boullenois, Haynault, Flandres, Hollande, Zélande, Brabant, et autres pays, touts en armes et noblement accompagniés ».
Si Louis XI ne connaissait pas toutes les menées des vassaux coalisés, il semblait pressentir des hostilités de leur part Le 21 décembre 1464, il écrivait, de Tours, aux élus de Beauvais, Clermont, Senlis, Com piègne et Amiens, de procéder à une Revue des francs archers , placés sous le commandement de Martin Petit, écuyer. Cette revue eut lieu à Beauvais, le 31 janvier 1465. II y avait en tout 211 francs archers (b. d. h). Le Roi lançait d'ailleurs, le 16 mai, sous forme de lettres patentes, un manifeste adressé à ses fidèles sujets. « Comme aulcuns, meus de mauuais espoir et damp nable propos, non ayants regard à Dieu, honneur et conscience, à la loyaulté qu'il nous doilvent, et à quoy par serment ou aultrement sont tenus envers nous et à la couronne de France; ayent faict, conspiré, machiné et pourchassié plusieurs choses préjudiciables à nous, à nos subjets et à la chose publique, eulx efforçants par ce et aultrement troubler et empescher le bon estât du royaulme, qui estait si paisible et tranquille, que mar chandise courrait franchement partout, chascun vivoit paisiblement en sa maison, feuissent gents d'église, nobles, bourgeois, marchands, laboureurs; toutes sortes de gens estrangers ou du royaulme, pooient entrer et issir par toutes les parties de nostre royaulme, avecq leurs denrées et marchandises et argent, et toutes aultres choses quelconques, sans dangier, destourbier ou empeschement ».
Louis XI se posait en défenseur du peuple, et pro tecteur du commerce. 11 accusait ensuite les grands vassaux d'avoir séduit « son frère de Berry josne d'aage»; malgré les protestations de confiance que ce jeune prince faisait au Roi. II accusait les grands vassaux d'avoir employé des moyens illicites, pour entraîner le peuple dans leur révolte, « sous ombre et couleur du bien de la chose publique ». En montrant, à ses bons et loyaux sujets, les conséquences de cette révolte, Louis XI allait jusqu'à leur faire entrevoirie retour des Anglais, alors si détestés en France et particulièrement dans le Beauvaisis. Le Roi voulant ramener à lui les victimes de la séduction et de Tirréflexion, offrait de recevoir « en sa bénigne grasce », tous ceux qui vou draient* venir et se réduire envers lui, dedans ung mois ou six semaines au plus tard » (l 43 ; j. d. c).
Jean d'Estampes, lieutenant général du Roi, Pierre de Morvillers, chancelier de France, Charles d'Artois, comte d'Eu, le sire de Torcy, Colart de Moy, bailli de Vermandois, Joachim Rouault, seigneur de Gamaches devaient se concerter et lever le plus de troupes qu'ils pourraient, pour le Roi, dans nos pays du Nord (j.d. c, ll166, 177, 179, etc.). « Jean, comte de Nevers, de Retel et d'Estampes, baron, doyen et seigneur de Dourdain, lieutenant dc monseigneur le roy, et capitaine général du pays de Picardie, Laonnois, Soissonnois, Beauvoisis. Tournesis, Cambresis, et aultres marches allenviron, aulx baillys de Vermandois, Amiens, Tournay, Tournesis, Senlis, Sainct-Quentin, Péronne, Montdidier, Roye, seneschal de Ponthieu, et aultres justiciers et officiers de mondict seigneur le roy, ou à leurs lieutenants, salut.
Aujourd'hui, date de ces présentes, avons receu lettres de mondict seigneur le roy, par lesquelles et pour certaines causes et raisons ad ce le mouvants, il nous escript et mande prestement mectre seure et bonne provision en toutes villes et forteresses situées et assises ès pays et marches dessus desclarés, et dont pour et de par luy avons la charge et gouvernement, en manière que bon compte luy en soit rendu, en sa bonne et vraie obéissance, toutesfois qu'il lui plaira et que mestier sera; et que pour le suivir, s'y mestier estoit, faisons préparer touts ses nobles vassaulx, féaulx et aultres, ayant accoustumé servir et fréquenter les armes, et iceulx tenir prests en leurs hostels sans en partir, ne eulx mectre sur les champs sans Tordonnance ou mandement de monseigneur le roy, ou de par nous; pourquoy nous, veuillant et désirant. comme raison, obéir à monseigneur le roy, et accomplir son bon voulloir et plaisir, vous mandons et enjoignons de par luy, l'en commectant se mestien est, et par ces présentes, que en ce et par tous les lieulxaccoustumés à faire cris et publications, ès termes de vos offices, vous etchascun de vous en droict soy faictes crier et publier en faisant commandement exprès de par monseigneur le roy, sur certaines et grosses peines : que touts capitaines et chiefs, quy par cy devant ont accoustumé avoir charge et conduicte de gens de guerre se prépa rent ou fassent préparer le plus des dictes gens de guerre que recouvrer polront, et aussi que tout aultres vassaulx et féaulx de mon dict seigneur le roy, qui' semblablement ont accoustumé, ou sont puissants eulx armer et fréquenter les guerres, se préparent en toute diligence au mieulx que possible leur sera, et se tiennent prest erTtéurs hostels garnis et pourveus de che vaulx et d'aultres accoustrements de guerre, pour eulx partir et mectre sur les champs, prestement qu'il plaira à mondict seigneur le roy ordonner, ou que de par luy le feroit sçavoir ; et au cas que aulcuns desdictes marches se seroint mis ou vouldroient mectre sus en armes, sans ordonnance de mondict seigneur le roy ou de nous, les constraigniez ou faictes constraindre de eulx en cesser, ou départir et retourner en leurs maisons et hostels, par prinse de leurs corps, biens et béri taiges, seigneuries et possessions, et soubs la main de mondict seigneur le roy les faire régir et gouverner, en y commectant par icelluy seigneur roy, baillys, recep veurs et aultres officiers solvents et ressevants, quy des frais et levées desdicts héritaiges et seigneuries puis sent et sçachent rendre bon reliqua, quand et où il appartiendra, sans en rendre compte et faire la main levée ou deslivrance, sinon par Tordonnance et com mandement de mondict seigneur le roy ou de nous.
De ce faire nous donnons pouvoir de par mondict seigneur le roy ; et mandons et commandons à vous, et a chascun de vous et vos commis, et députés en ceste partie, en ce faisants, diligemment obéir. Donné en nostre ville de Mezières, le seiziesme jour de mars mil quatre cents soixante quatre. Ainsy signé par M. le comte, lieutenant gouverneur et capitaine général, Berthaut » (j. D. C). En sa « semonce » du 25 mars 1465, le comte bourguignon, parlant en son propre nom, aussi bien qu'au nom de son père, faisait « défense et commandement exprès, que nul, quel qu'il soit, ne se mecte sus en armes ne aultrement, pour aller servir le comte d'Es tampes, son cousin, les Croy, ses ennemis, ne aultres sans nostre sceu, disait-il, licence ou congié, et que ce ne soit par Tordonnance de nous ou de ceulx, qui ont ou polroient cy-après avoir charge de par vous de cueillir et lever gents d'armes, pour nous servir à la garde, deffense et préservation des pays et subjects de mondict seigneur et père, à peine de confiscation de corps et de biens » (cl).
Sans nommer le Roi, le comte de Charolais, lui déniait, en la personne de son représentant, le comte d'Estampes, le droit de lever des troupes, dans les sei gneuries de son vassal. Bien plus, le vassal s'attribuait le droit de lever lui-même des troupes contre son suze rain. Plusieurs chevaliers et écuyers ne s'armèrent pour aucun parti. Parmi ceux qui se déclarèrent pour le Roi, se remarquaient : « le seigneur de Dammarq, le seigneur de Reubempré, le seigneur d'Aveluis, le sei gneur de Remy., etc. » Plusieurs abandonnèrent ensuite le comte de Nevers, pour passer au comte de Charo lais; « premièrement, le seigneur de Crèvecœur, son premier chambellan et principal gouverneur, le sei gneur de Miraumont, le seigneur de Beauvoir, etc. » (j. d. c. ; l. 175). Hector de Saveuse, ancien capitaine de Beauvais pour Philippe le Bon, resta dans le parti bourguignon, avec son frère Philippe de Saveuse (QQ. 1, 43).
Ces défections diminuaient le prestige du comte d'Estampes, dans TAmiénois. II y recruta néanmoins quelques hommes d'armes, et il se trouva dans les deux partis, des frères, armés les uns contre les autres. C'étaient le Beauvaisis et le Vexin, qui fournissaient le plus d'hommes fidèles au Roi et à la France. Du moins le 17 avril 1465, Rouhault avàît, sous ses ordres, les francs archers du Beauvaisis, du Vexin et du pays de Caux (b. c). III0 Hostilités. — Louis XI jugeait qu'il pourrait gagner la partie à force d'activité, en battant séparé ment chacun des grands vassaux. Le comte de Nevers était chargé d'arrêter le Charolais dans le Nord. Le comte du Maine devait contenir le duc de Bretagne à TOuest. Le Roi profiterait de ce répit, pour réduire le duc de Bourbon. Jean H, de Bourbon- Clermont, avait ouvert lui même les hostilités, en avril l'dX Le duc avait fait arrêter le sire de Crussol, alors écuyer du Roi, Guil laume Juvenel, l'ancien chancelier, toujours fidèle au Roi, et Pierre Doriole, alors général des finances de la Couronne, encore attaché au parti de Louis Xj (ch; l 158).
Jean, comte d'Armagnac, et son frère Jacques, duc de Nemours, levaient des troupes. Le Roi leur envoya Tordre de le rejoindre, dans le Bourbonnais. Ils Tirent semblant d'obéir à Tappei de leur suzerain ; mais arrivés dans le Bourbonnais, ils allèrent se ranger du côté des ennemis de Louis XI. Le Roi, à la tête d'une armée bien disciplinée et d'une excellente artillerie, que son père lui avait léguée, enlève rapidement Saint-Amand, Montluçon, San cerre, Gannat, Riom. Les princes n'osent pas accepter la bataille et sont réduits à lui faire des protestations de fidélité (l 163; j. d. c). Mais le Roi était fort inquiet des mouvements de ses ennemis du Nord. Le comte de Nevers, le maréchal de Gamaches, le chancelier Pierre de Morvillers, ColartdeMoy étaient encore à Amiens, le 12 mai, lors qu'ils apprirent que le comte de Saint-Pol avait sommé les habitants de Péronne de se rendre au comte Charollais.
Les habitants de cette place allaient « se faire bourguignons » , s'ils n'étaient secourus dans trois jours. « Ce voyant, le comte de Nevers partit d'Amiens, le quinziesme jour de may; avec luy Joachim Rohault, ses cent lances et deulx cent archiers dessoubs luy, et ce propre jour entra en la ville de Péronne, avecq luy, de cinq à six cents chevaulx, touts gents de guerre » (j. d. c). Ils laissèrent clans Péronne un certain nombre d'hommes d'armes, et 500 archers ; et se dirigèrent sur Noyon (ch). Le comte de Charolais avait passé la Somme, à Bray, le 4 juin. Nesle, Roye, Montdidier s'étaient rendus (j. D. C). a Le vingtiesme jour de juing, après ce que la ville de Mont-Didier se fust rendue, le comte de Charrollois se partist de Roye et alla mectre le siège devant le chastel de Beaulieu, qui est, disait J. du Clercq, un fort chasteau appartenant au seigneur de Neelle, et y avait ung gros vtllaige ; auquel chastel y avoit plu sieurs compagnons de guerre ; quy, sçachant sa venue, bouttèrent le feu en la ville autour du chastel, et ardi rent le plus beau et le meilleur de la ville.
Auquel siège y feust environ huict jours, durant lesquels le chasteau feut moult endommaigié de canons et aultres traicts à poudre, et fut tellement battu que ceulx de dedans se rendirent saufs leurs vies, biens et harnais et se rendit le chastel le jour Sainct-Jean-Baptiste » (cl ; cb). Ce « vieux Castel » détruit par les troupes du Bour guignon, était situé entre Beaulieu et Margny-aux- Cerises. Le chemin qui conduit du village actuel au lieudit, a conservé le nom de « Voie de la bataille » (G. R). Nevers et Rouault étaient entré à Noyon et avaient préservé la ville de Toccupation des Bourguignons. Ils continuèrent de côtoyer l'armée du comte de Charo lais, mais sans oser faire ■< aulcune entreprise » sur Tennemi (hny ; i. d. c'i ; quoique le Roi leur en lit d'instantes recommandations (ll 162, 163, 177).
Des détachements de cavaliers s'avancèrent jusqu'aux portes d'Amiens. Mais Philippe de Morvillers était dans la ville et la conserva sous Tautorité du Roi. Les Bourguignons se présentèrent également devant Com piègfre. Ce fut aussi en vain. Ils vinrent à Creil et n'eurent pas plus de succès. Gilles de Rouvroy, bailli de Senlis, avait mis garnison à Creil aussi bien qu'à Senlis (as). Enfin ils se replièrent sur Pont-Sainte- Maxence (mp). IV Passade de l'Oise. — Le corps de Tarmée du comte de Charolais avait pris la direction de la route de Flandre ou de Lille à Paris. « Charles de Bourgogne avoit ordonné de touts ses gens trois batailles : une avant-garde, que menoit le comte de Sainct-Pol ; une arrière-garde, que menoit le bastard de Bourgoingne, et le duc menoit la bataille, qui estoit la troisiesme », avec le comte de Ravens tein (cl). « Tout au long du chemin, ne faisoit ledit comte nulle guerre, ny ne prenoient riens ses gens, sans payer.
Aussi les villes de la rivière de Somme et toutes autres laissoient entrer ses gens en petit nombre, et leur bailloient ce qu'ils vouloient pour leur argent ; et sembloit bien, qu'ils escoutassent qui seroil le plus fort, ou le roi ou les seigneurs » (cm). « Le mardi 25 juin, le comte de Charolais était à Ressons, le 26 à Saint-Remy (Rémi) en Beauvoisis, le 27 à Fresnoy, le 28 à Pont-Sainte-Maxence (n. 336). Déjà « pendant que le siège estoit devant Beaulieu, le bastard de Sainct-Pol, seigneur de Hautbourdin, brave et hardi chevalier, avoit passé la rivière d'Oyse, luy et ses gens et estoit entré en la ville de Pont- Sainct-Maxence, ains que ceulx de la ville en sceuissent riens ». « |Tantost que le comte de Charollois sceut qu'il avoit passage par la rivière d'Oyse ; luy et toute son armée allèrent au Pont-Sainct-Maxence, et passèrent tous la rivière » (cl).
Un certain « Madrey » avait « baillé le pont Saincte- Maixence t> aux Bourguignons. Puis ce « vieil homme d'armes s'estoit engagé dans Tost du Charolois » (cm). « Ceulx de la ville de Pont feirent au comte de Charollois toute obéissance au nom du duc de Berry, dont il se disoit lieutenant-général ; et illecq, de par le duc de Berry, le comte feit crier que il mectoit jus tous les subsides, impositions, quatriesmes et autres debittes. Et pareillement avoit faict mectre jus à Mont-Didier », Roye, etc., (cl. v, xxviii). L'armée du comte de Charolais pouvait être de 1400 hommes d'armes, mal armés, mais fort bien montés, et bien accompagnés ; car peu vous auriez vu, qui n'eussent cinq ou six cheveaux. D'archers, il pouvait bien y en avoir 8 ou 9,000, bien choisis, tous à cheval ; sauf ceux conduisaient Tartillerie, qui était belle et grande, avec grand nombre de charrois (cm). « De Lille étaient venus, par Arras », deux cens trente-six chars, chargés d'artillerie, tant bombardes, mortiers, veuglaires, serpentines et aultres traicts à pouldre, et tel qu'il fault à ost ».
II en était aussi venu « grande quantité » de Bruxelles et de Namur par Cambrai (j. d. c). y avait, dans cet appareil formidable pour Tépoque, de quoi faire trembler les habitants du Beauvaisis. Car cet ost du comte de Charolais « estoit, disait J. du Clercq, le plus bel et plus grand que oncques duc de Bourgoingne eust faisct de gens de guerre, sans commune ». Et c'était à travers le Beauvaisis que la tempête s'avançait si menaçante. « Icelluy comte entra en la ville de Pont, le jour Sainct Pierre et Sainct Pol, où il resta le 29 et partit le 30, pour aller camper à Baron, sur Tonnette (Aunette) en TIsle de France; d'où il partit le mardy, deux juillet pour camper à Mitry. II y resta le 3 et le 4, et en partit le 5 pour aller à Saint-Denys » (n. 336). C'est aux portes de Paris, que les grands vassaux et leurs partisans s'étaient donné rendez-vous, le 24 juin 1465.
C'était sous les murs ou dans les rues de Paris, qu'une grande lutte devait décider du sort de la France. V° Paris. — Lorsque le comte de Charolais arrivait à Saint-Denis; le maréchal de Gamaches était entré dans Paris. Paris avait alors pour gouverneur Charles d'Artois, comte d'Eu. Le roi pouvait compter sur sa fidélité. Louis XI affectait aussi d'avoir la plus grande confiance dans les Parisiens. Mais les ducs de Bourgogne y avaient eu de nombreux et chauds partisans. Les habitants de Paris n'allaient-ils pas ouvrir leurs portes au fils de Philippe le Bon, au petit-fils de Jean-sans- Peur? Quatre hérauts du comte de Charolais se présentèrent à la porte Saint-Denis. « Estoient commissaires et cappitaines pour le jour maistre Pierre TOrfèvre, seigneur de Pont et Ermenonville, et Jehan de Poupain court », Seigneur de Sarcelles et de Liancourt, en Beauvaisis » (ch).
Ces capitaines refusèrent les vivres et le passage, que demandaient les Bourguignons. « Joachim Rohault vuida Paris, pour veoir Tarmée qu'il avoit si longtemps côtoyée. Mais tantost que les gens du comte le perceurent, ils le cuidèrent enclore ; et luy feust nécessité, qu'il retournast dedens Paris prestement » (cl). Comme Rouhault rentrait dans la ville le comte de Charolais fit « ruer sur la cauchie » force pièces d'artillerie. « Lors yeustbeauhurtebillis ; canons, vulglaires, serpentines, "couleuvrines et autre traict, dont y eust aucuns de tuez et navrez ». Le maréchal de Rouhault ne fut pas touché (cl). « Le huictiesme jour de juillet, icelluy comte de Charolais. et ses agents tous mis en bataille, s'en alla devant Paris, et si près que ceulx de la ville le pooient veoir tout à plein.
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The end
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